Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel
Part 8
Cette catastrophe sembla être le signal de la décadence de la ville. Le développement toujours croissant du Havre porta une atteinte irrémédiable à son commerce. Enfin, les amoncellements de galets, charriés par le courant qui ronge les plages cauchoises, firent délaisser le port; il resta, cependant, le plus profond et le plus sûr des mouillages de la mer de la Manche.
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Mais le courage des Dieppois ne s'est pas laissé abattre, tout le possible a été fait, et, malgré les obstacles, ils maintiennent leur bonne renommée de navigateurs et de commerçants. Le cabotage est considérable, les armements sont importants pour la pêche de la morue, du maquereau et du hareng.
La pêche côtière est très active, l'envoi du poisson frais à Paris augmente tous les jours.
Les pêcheries de la ville sont célèbres par la qualité de leurs produits. Aussi, comme à Boulogne, des trains spéciaux, dits _de marée_, apportent-ils, en quatre heures à peine, sur le carreau des Halles, le contenu, toujours très recherché, de nombre de mannes et paniers.
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Le chiffre des marchandises expédiées à l'étranger, par le port, ou reçue de lui, tient une belle place sur nos livres de douane.
Des communications fréquentes avec l'Angleterre ont nécessité l'établissement d'un service de paquebots entre Dieppe et New-Haven.
A ces éléments de prospérité, se joint la fabrication de tabletterie très estimée. Qui n'a admiré les merveilleux objets en os et en ivoire dus aux artistes dieppois? On dirait que, pour ce genre de travail, ils ont pris des leçons d'adresse et de patience des Chinois et des Japonais, leurs rivaux.
L'horlogerie, les dentelles forment encore deux branches appréciables du commerce de la ville. Quant à la corderie, à la tonnellerie pour les salaisons, aux scieries de bois: en un mot, quant à tout ce qui concerne la navigation, l'activité ne se ralentit jamais.
Dieppe, on le voit, ne s'est pas abandonné à d'inutiles lamentations au sujet de la prospérité du Havre. Il travaille et travaille encore: c'est la meilleure manière de vaincre les coups contraires de la fortune.
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Deux très belles jetées protègent le port de Dieppe, qui peut recevoir des bâtiments jaugeant[13] 1500 tonneaux. Deux _bassins à flot_ réuniraient facilement, entre eux, six cents navires et barques de pêche. Un _bassin de retenue_ s'étend à plus d'un kilomètre de la ville, le long du cours de la rivière d'Arques, dont il contient les eaux, par le moyen de portes d'écluse, pendant la marée haute. A marée basse, les portes s'ouvrent et la rivière s'épanche librement dans l'avant-port.
[Note 13: On appelle _jauge_ la capacité d'un navire en chargement. De ce mot est venu le verbe _jauger_, pour dire mesurer.]
Ces beaux travaux ont rendu de grands services à la navigation.
Les quais ont été très soigneusement construits; ils présentent toujours un aspect animé. Toutes les nations de l'Europe entretiennent des consuls à Dieppe.
Le chemin de fer n'a pas tardé à développer le commerce de la ville, et la mode, depuis bien longtemps, a adopté la plage dieppoise. L'établissement des bains de mer est un des plus importants et des mieux entendus.
Si l'on est fatigué des bains, et que les promenades à pied semblent préférables, on n'a vraiment que l'embarras du choix: les jetées, le jardin anglais, créé entre la ville et la plage, sur une longueur de plus de mille mètres, le cours, et, surtout, les falaises, offrent des aspects toujours nouveaux.
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Au sommet de la colline qui s'élève près du casino, apparaissent les tourelles du _château_, très curieux à visiter, car il a conservé le cachet de l'époque où il fut bâti. Aussi est-il, avec raison, rangé parmi les monuments historiques.
Les deux églises méritent d'être vues. Saint-Jacques, la plus ancienne, date de 1354. On y trouve une chapelle dite de Jean Ango, parce qu'elle renfermait le tombeau du célèbre armateur dont l'histoire est devenue presque fabuleuse, tellement elle renferme d'événements extraordinaires et pourtant, strictement vrais.
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Jean ANGO, né vers la fin du quinzième siècle, était fils d'un riche armateur. Devenu armateur lui-même, après la mort de son père, son génie commercial se développa rapidement.
Bientôt, une colossale fortune récompensa son labeur incessant. Ses navires formaient une flotte nombreuse, trafiquant avec le monde entier.
Il se sentit de force à rivaliser avec les rois et en donna une preuve irréfutable. Les Portugais étaient alors (1530) en paix avec la France; cependant, la jalousie porta quelques armateurs de cette nation à s'emparer d'un des navires de Jean Ango, leur concurrent redoutable dans le commerce avec l'Afrique et les Indes.
Le fier Dieppois résolut de venger cet outrage et de le venger _seul_. Ne prenant conseil que de lui-même, il arma toute une flotte nouvelle, en envoya une partie bloquer le port de Lisbonne et l'autre partie ravager, jusque dans les Indes, tous les établissements portugais.
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En vain, le roi de Portugal voulut combattre; il ne possédait pas, comme Ango, d'incalculables richesses. Après quelques mois de lutte impuissante, il fut bien obligé d'envoyer un ambassadeur à Dieppe! Encore, François Ier dut-il employer ses bons offices pour obtenir que le _roi Ango_ consentît à la paix!...
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C'était là un glorieux succès pour l'armateur qui, du reste, se montrait bon Français, et tint à honneur de recevoir splendidement le roi François Ier, quand ce souverain, en 1532, visita Dieppe. Charmé de l'accueil d'Ango, le monarque lui conféra des titres de noblesse et la dignité de gouverneur de la ville.
Cette prospérité merveilleuse devait avoir un terme. Après la mort de François Ier, Ango éprouva d'énormes pertes qui parurent le conduire à une ruine complète. Il n'en fut pas ainsi, néanmoins; mais ces revers frappèrent l'armateur d'un coup terrible. Il ne put supporter l'idée de voir sa puissance décroître avec sa fortune: il mourut de chagrin en 1551.
Dieppe lui devrait bien une statue; car, certainement, il contribua dans une large mesure à rendre fameuse sa ville natale.
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Un autre enfant de Dieppe a obtenu cet honneur. Sur la place du Marché, s'élève la statue d'Abraham DUQUESNE, le vaillant chef d'escadre, l'illustre marin dont la carrière ne compte que des succès.
Né en 1610, Duquesne, fils d'un très habile capitaine, prouva de bonne heure ses talents. Il avait à peine vingt-sept ans, quand il chassa les Espagnols des îles de Lérins (Provence). Chacune de ses campagnes fut marquée par une victoire.
Plus tard on le voit, impatient de l'inaction où Mazarin laissait la flotte française, demander la permission de s'engager au service de la Suède, alors en guerre avec le Danemark. Grâce à lui, les Danois furent vaincus.
Mais des succès plus éclatants allaient le signaler à l'Europe entière et lui mériter la glorieuse épithète de _Grand_, que l'on ne saurait oublier lorsque l'on prononce le nom de Duquesne.
Trois fois opposé au fameux amiral hollandais Ruyter, réputé le plus habile et le plus heureux des hommes de mer du temps, trois fois il le vainquit. Le dernier de ces combats eut lieu devant Catane (Sicile), en 1676. Peu de jours après, Ruyter mourait des suites de ses blessures.
Les guerres de la France avec l'Espagne rendirent Duquesne redoutable aux flottes espagnoles. En deux ans, par ses efforts principalement, notre pays était en possession d'une marine admirable.
Enfin, pour couronner une si belle carrière, deux éclatants succès étaient réservés à Duquesne.
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Alger était alors, comme il le redevint plus tard, un véritable repaire de pirates dont les vaisseaux semaient la terreur sur toute l'étendue de la Méditerranée.
Un moment, Colbert avait songé à faire exécuter une sérieuse expédition dans les États barbaresques. Mais la France était absorbée par trop de complications politiques, et le projet, depuis réalisé en 1830, se borna à une rude leçon donnée par Duquesne.
Deux fois, l'illustre marin vint ranger ses navires devant la capitale du dey. Au premier de ces blocus (1682), on fit usage d'un nouvel engin de guerre: les galiotes à bombes, invention de BERNARD RENAU D'ÉLISAÇARAY (ou ELIÇAGARAY), savant officier de marine béarnais. Cette terrible découverte assura le succès, et, après le second blocus, Mezzo-Morto, qui venait de succéder au dey Baba-Hassan, tué par ses sujets révoltés, se vit forcé d'implorer la clémence de Louis XIV.
Pendant quelque temps, la Méditerranée fut purgée de ses écumeurs.
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La dernière campagne de Duquesne se termina encore par un triomphe.
La République de Gênes, si puissante sur mer, eut l'imprudence de croire qu'elle pourrait lutter contre le Roi-Soleil. Duquesne la tira de son erreur.
Le doge, coupable d'avoir prêté secours, non seulement aux Espagnols, mais aux Algériens, dut venir humilier sa fierté à la cour de Versailles.
Événement inouï, sans précédent, qui arracha à l'orgueilleux potentat la réponse célèbre, alors qu'on lui demandait l'impression produite sur son imagination par les splendeurs de la cour.
«Je suis surtout étonné de m'y voir!»
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L'expédition contre Gênes termina la carrière maritime de Duquesne, carrière marquée, surtout, par des succès, et de laquelle on a pu faire ce digne éloge:
«De nos jours encore, il est plus d'un habile marin qui regarde Duquesne comme le plus grand homme de mer que la France ait eu. Eh! qui, d'ailleurs, serait assez sûr de son jugement pour oser affirmer que le vainqueur de Ruyter, de Ruyter, qui avait vaincu l'élite des amiraux anglais, n'est pas le plus grand homme de mer, non seulement de la France, mais de toutes les nations modernes! Mais ce qu'on peut dire, sans crainte de contradiction, c'est qu'en tenant compte des changements et des progrès qui sont survenus, si le grand Duquesne a son égal dans l'histoire, il n'a point son supérieur[14].»
[Note 14: M. Léon Guérin, _les Marins illustres_.]
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Un nom plus modeste est celui de BOUZARD.
Simple pilote, il ne figure point parmi ceux qui remportèrent de sanglantes batailles; mais, infatigable dans son dévouement, il se consacra au sauvetage des navires en danger. Le nombre est grand des naufragés qui lui durent le salut!
Dieppe a honoré la mémoire de Bouzard en lui élevant une statue, récompense bien méritée d'une existence faite tout entière de sacrifices sublimes.
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Beaucoup d'autres Dieppois se sont illustrés dans les arts et dans les sciences. JEAN PECQUET, mort en 1674, fit de très importantes découvertes anatomiques. BRUGEN DE LA MARTINIÈRE (dix-septième et dix-huitième siècle) fut un savant géographe. DESCELIERS (seizième siècle) devint le premier hydrographe de son temps. Dieppe lui doit d'avoir eu, entre toutes les villes maritimes de France, l'honneur d'établir une école d'hydrographie.
Plusieurs biographes font naître à Dieppe le fameux JEAN DE BÉTHENCOURT; c'est une erreur. Harfleur le revendique justement comme sien.
De même, la petite ville bretonne de La Roche-Bernard dispute à la cité normande l'honneur d'avoir été, en quelque sorte, le berceau de la marine militaire française.
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Voici, en effet, ce que dit, à ce sujet, l'amiral Thévenard:
«....Le vaisseau _la Couronne_, de soixante-quatorze canons, fut construit, en 1637, à la Roche-Bernard.... CHARLES MORIEU (de Dieppe) apporta dans sa construction tout l'art que l'on possédait dans ces temps, où ce vaisseau fut la merveille de l'architecture navale.
«L'ignorance où l'on était alors fit trouver surprenant aux marins de voir ce vaisseau se mouvoir, en tous sens, avec la même facilité et avoir même plus de vitesse qu'un petit bâtiment brûlot, avec lequel il rejoignit l'armée devant Fontarabie (3 juillet 1638), où il fit l'admiration des marins français d'alors et de ceux des nations voisines....»
Entre autres détails curieux, l'amiral ajoute:
«Le grand pavillon de France, que l'on arborait au grand mât dans les solennités, coûtait _onze mille écus_, chose incroyable, à moins que cette dénomination ne fût d'une valeur beaucoup moins grande que celle d'aujourd'hui.»
Il faut plutôt croire à une erreur du copiste chargé de répéter les chiffres du compte de dépenses. Mais d'un autre côté, M. l'amiral Paris fait remarquer que ces étendards, énormes, tout en soie et brodés avec luxe, devaient, à cause précisément de leur perfection, coûter fort cher.
Quoi qu'il en soit, on vit pendant longtemps, à la Roche-Bernard, les ruines du chantier d'où partit _la Couronne_, et, comme l'ingénieur était Dieppois, une confusion s'établit au profit de sa ville natale, qui passa pour avoir vu construire le fameux navire.
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Dieppe est divisée en deux parties distinctes, la ville proprement dite, et le _Pollet_, ou port de l'Est, ainsi nommé parce que ce faubourg se trouve à l'est du port.
Un peu partout les vieilles mœurs s'effacent, mais le pêcheur polletais garde encore une physionomie originale. Intrépide, habitué dès la première enfance aux pénibles travaux de la mer, il devient un marin admirable dont le courage ne saurait être surpassé.
Une visite au vieux Pollet est tout particulièrement pittoresque. Ce sont les moindres détails de l'existence, prise sur le vif, de ces familles qui ne connaissent et ne veulent connaître d'autre horizon que la mer.
Déjà, le costume des pêcheurs est une révélation, il ne ressemble à aucun autre.
Les chemises de toile et de laine, les amples gilets bien chauds; une, deux ou, parfois, trois vestes énormes; plusieurs paires de bas, deux pantalons, au moins; d'immenses bottes où se perdent les jambes et les cuisses, et, brochant sur le tout, un grand caban goudronné!...
C'est à se demander comment le pêcheur polletais peut faire un pas.
Mais, aussi, quand il se trouve exposé à l'orage, au brouillard, aux vagues démontées, son armature laineuse le préserve de plus d'une maladie grave. La phthisie, par exemple, l'atteint rarement.
Longtemps (et nous n'affirmerions pas que toute trace en ait disparu) un véritable antagonisme régna entre Dieppois et Polletais. Ces derniers, se livrant surtout à la pêche côtière, restaient un sujet de risée pour les premiers, plus entreprenants, mais qui se gardaient, d'ailleurs, de chercher à frayer avec leurs robustes adversaires.
M. Vitet a donné pour origine de cette rivalité, l'établissement violent, au faubourg du Pollet, d'une colonie vénitienne dont serait descendue la population actuelle. Le savant académicien tirait les plus ingénieuses conjectures de mille traits de mœurs, de costume, de prononciation.
Quoi qu'il en puisse être, ces hardis pêcheurs seraient de dignes fils de la Reine déchue de l'Adriatique.
Les Polletais se montrent d'une hardiesse extrême dès qu'il s'agit de prendre la mer. Leurs _bateaux_ (les Dieppois appellent _barques_ les embarcations similaires) sont, comme eux, lourds d'aspect, mais se comportent admirablement, surtout pour s'élever dans l'aire du vent. Le gréement est celui du _lougre_, avec quelques modifications spéciales au Pollet. Le jaugeage varie de dix à quatre-vingts tonneaux, et l'équipage, selon l'importance du bateau, présente un ensemble de cinq à trente hommes, presque tous parents: les Polletais se mariant rarement à l'_étranger_, c'est-à-dire en dehors du faubourg qu'ils habitent.
Une promenade en mer, à bord d'un bateau du Pollet, laisse la plus vive impression d'estime pour ces braves travailleurs si calmes, si froids en apparence, mais toujours prêts à se sacrifier si le pays ou leurs semblables font appel à leur dévouement.
L'époque tourmentée de la fin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième a montré le patriotisme des Polletais. De nombreux sauvetages accomplis prouvent leur humanité.
Il y a peu de temps encore, M. Richepin, l'écrivain bien connu, signalait la conduite héroïque d'un maître haleur du Pollet, Louis VAIN, dit GELÉE, qui, à lui seul, a déjà sauvé une _soixantaine_ de personnes et a préservé plusieurs navires d'une destruction totale!
Ce serait affaiblir la profonde émotion excitée par de semblables faits que d'essayer même de mettre en lumière leur sublimité.
CHAPITRE XIV
DE DIEPPE A SAINT-VALERY-EN-CAUX
Toute la côte dieppoise est, à juste titre, célèbre par les points de vue que l'on y rencontre. Seul, l'embarras du choix peut faire hésiter le touriste.
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Voici d'abord, à une distance de moins de huit kilomètres, en suivant la charmante vallée de la rivière de Dieppe, un petit bourg dont le nom a, plus d'une fois, pris place dans nos annales glorieuses.
ARQUES, jadis fortifié, possédait un château que, tour à tour, se disputèrent les Anglais, les Flamands, les Français. Philippe Auguste s'en empara, lorsqu'il arracha la Normandie à Jean sans Terre.
Mais le sceau de la renommée fut, pour la petite ville, l'issue de la bataille livrée par Henri IV, le 15 septembre 1589, au duc de Mayenne, son compétiteur.
Qui ne se souvient de l'humoristique lettre du roi adressée à Crillon:
«Pends-toi, brave Crillon, nous avons vaincu à Arques et tu n'y étais pas! Adieu! Je t'aime à tort et à travers!»
Depuis cette époque, la tranquillité régna dans l'ancienne forteresse qui vit tomber ses murailles, ruiner son château et, peu à peu, perdit toute importance.
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Ici, comme en une foule de petites localités normandes, les légendes abondent et, entre elles, dominent les récits où figurent _Guillaume le Conquérant_ et son père. Ce dernier, _Robert le Magnifique_, plus connu sous le nom de _Robert le Diable_, a épuisé la verve des conteurs populaires. Son existence agitée, la splendeur de sa cour, l'impétuosité de son caractère, la manière dont il s'empara du trône ducal, ses caprices et sa mort, en Terre-Sainte, au retour d'un pèlerinage d'expiation, tout, en lui, était fait pour exercer un empire sans limites sur des populations ignorantes et superstitieuses.
Satan lui-même, affirment les ballades, avait été son père, et ce fut au château d'Arques que sa mère infortunée, succombant sous le poids de la douleur, laissa pénétrer l'horrible secret.
(Pour plus amples détails, relire le livret de l'opéra de Meyerbeer.)
Une promenade à Arques n'est donc pas chose indifférente, puisqu'elle nous met en présence de personnages entourés du prestige en tout temps attaché au surnaturel.
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Congé pris du mystérieux Robert, dirigeons-nous vers CAUDECOTE et POURVILLE, à l'embouchure de la SCIE. Les horizons ravissants sur la mer et les falaises se multiplient. L'admiration n'est pas un seul instant lassée, car chaque paysage possède sa beauté propre, son attrait particulier.
Toujours en côtoyant la Manche, nous arrivons à VARENGEVILLE, qui garde les ruines de la maison de plaisance du _roi de Dieppe_: Jean Ango.
Il y reçut magnifiquement François Ier, dont le goût délicat fut frappé des trésors d'art accumulés par l'armateur.
Boiseries sculptées, meubles sans prix, tentures idéales, rien n'y avait été oublié. Le souverain pouvait se croire dans une des résidences royales qu'il prenait soin d'embellir...
Le manoir est devenu une ferme! Des splendeurs qui le rendirent un lieu enchanté, on retrouve à peine quelques débris de sculpture, des baies architecturales et les restes d'une grande peinture à fresque. Les trésors d'art ont été dispersés ou détruits...
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Mais le pays lui-même n'a pas subi cette loi du destin.
La mer y est toujours aussi belle.
Avec une immuable majesté, ses flots arrivent du fond de l'immense horizon baigner les blanches falaises, pendant que Dieppe paraît s'endormir au murmure de son éternelle mélodie...
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On ne quitte pas cette partie des falaises sans aller se reposer au pied du phare d'AILLY, situé sur une pointe haute de près de cent mètres. Sa construction date de l'année 1775. A cette époque, le gouvernement de Normandie décida de remédier aux dangers présentés par la vaste étendue de récifs qui prolongent la pointe d'Ailly.
Le phare, de première classe électrique, est un feu tournant de minute en minute. Sa tour carrée, en solides pierres de taille, supporte la lanterne qui, par les nuits claires, envoie à plus de quarante kilomètres le brillant éclat des appareils lumineux dont elle est composée.
Nous nous arrêterions volontiers, ici, pour étudier les deux modes d'éclairage des phares; mais, bientôt, les feux jumeaux de la célèbre pointe de la Hève seront sous nos yeux. Attendons.
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Saluons le bourg de SAINTE-MARGUERITE et sa belle église, non loin de laquelle a été découverte une villa romaine, ornée d'une mosaïque si remarquable que l'administration des monuments historiques a revendiqué le droit de la conserver.
Partout, sur le territoire de la commune, les sépultures antiques sont nombreuses, et on y a reconnu un cimetière gallo-romain.
Aussi les visiteurs sont-ils nombreux à Sainte-Marguerite. Ils le sont davantage encore à VEULES, petit port d'échouage, où tout semble être réuni pour le plaisir des yeux.
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Aux archéologues, les ruines de l'église de Saint-Nicolas, le couvent des Pénitents et la vieille maladrerie du douzième siècle, devenue la chapelle du VAL.
Aux ingénieurs et aux mécaniciens, le _Moulin de la Mer_ qui, pour force motrice, n'a pas craint d'utiliser le mouvement éternel des marées, devançant ainsi la réalisation d'un des problèmes favoris de la science moderne.
Aux artistes, aux poètes, les longues stations sur la falaise.
Aux rêveurs, les délicieuses promenades le long de la petite rivière clapotante, épandant ses vagues en miniature au milieu des campagnes rendues si fraîches, si veloutées par l'émeraude de nombreuses cressonnières.
On ne quitte pas Veules sans se promettre d'y revenir.
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Le mouvement commercial de cette partie de la haute Normandie revient en entier à SAINT-VALERY-EN-CAUX, port petit, mais très sûr, et qui peut recevoir les navires même par les vents d'ouest et du nord-ouest, si redoutés sur la côte entière.
La ville a été fondée, au huitième siècle, par l'apôtre qui se bâtit un asile à l'embouchure de la Somme et évangélisa le pays de Caux.
La légende ne pouvait manquer de se mêler à l'histoire. On voit saint Valery, voulant anéantir un culte idolâtre rendu à la petite rivière qui baigne le pays, en boucher les sources avec des ballots de laine.
Le remède fut efficace, puisque l'eau ne reparut pas avant le quinzième siècle; mais quelque chose contraria de nouveau son cours, car, cent ans après, elle redevenait invisible et ne manifesta plus sa présence qu'au moment où il fut question de creuser le bassin de retenue pour abriter les barques de pêche.
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