Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel

Part 7

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CAYEUX, proche voisin du Hourdel, est une preuve trop frappante de l'action funeste des sables. La campagne y semble irrémédiablement stérilisée. En vain on a essayé, depuis quelques années, de combattre, par des plantations de pins maritimes, le recul de la dune. Cayeux n'est point encore soustrait à la possibilité d'une catastrophe finale. Bon nombre de ses maisons, en paille et argile, dépassent à peine la ligne élevée des tertres mouvants!

Les habitants, au reste, ne s'émouvaient pas beaucoup de cette condition territoriale. Ils avaient soin de multiplier les portes des constructions et si, pendant la nuit, ou pendant une tempête, le sable venait emplir les rues, ils trouvaient toujours moyen de sortir et de reprendre, avec calme, le travail de déblaiement.

L'église de Cayeux date du douzième siècle. Les couleurs des pierres qui ont servi à sa construction lui donnent une certaine ressemblance avec un vaste damier. Son beau clocher se profile fièrement sur le ciel.

On retrouve encore les ruines d'une forteresse, qui doit avoir été bâtie à l'époque où les invasions des Normands portaient la terreur sur le littoral de la Manche.

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Adonnée principalement à la pêche, la population, cependant, s'occupe quelque peu d'industrie, surtout de serrurerie, et les bains de mer attirent, chez elle, des touristes, moins soucieux de briller sur les plages à la mode que de trouver le calme, l'air pur d'une côte dédaignée par les élégances du jour.

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AULT est, comme Cayeux, un laborieux petit pays où la fabrique de la quincaillerie et des filatures de coton viennent en aide aux familles de pêcheurs.

La saison des bains y attire beaucoup de voyageurs.

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Nous nous trouvons bien près du département de la Seine-Inférieure; le terrain devient onduleux.

Des parties basses et plates se présentent encore, mais, bientôt, les roches se montrent pour former, jusqu'au delà de Fécamp, une falaise abrupte, sans autre solution de continuité que les ports naturels dus aux petites rivières tributaires de la mer de la Manche.

Avant de quitter la Somme, nous passerons par MERS pour admirer les jolies sculptures de son église et sa belle croix en pierre, ornée de figures en relief; puis, la limite administrative franchie, nous trouvons la jolie vallée de la BRESLE et nous entrons en plein PAYS DE CAUX.

CHAPITRE XI

LE TRÉPORT.--EU.--LA PÊCHE CÔTIÈRE

Nous abordons une succession de plages charmantes, voisines de campagnes, dont la muraille élevée et grisâtre des falaises ne laisse pas deviner les surprises merveilleuses.

A quelques instants de marche, on trouve, après le bain salutaire, le plaisir de promenades dont il est presque impossible de se lasser, car les aspects changeants du sol, sa verdure luxuriante, les cours d'eau qui le fertilisent composent un tout bien fait pour reposer l'âme et les yeux.

Chaque année, les plages reçoivent un nombre plus considérable de baigneurs; malheureusement, toutes sont menacées par les galets qu'apporte, en quantités énormes, un courant dirigé du sud-ouest au nord-est. Une étude attentive de la côte a prouvé que ce courant ronge, chaque année, les falaises sur une étendue d'environ trente-trois centimètres.

La mer, pourvoyeuse admirable, instrument sublime de civilisation, n'en reste pas moins une ennemie, contre les efforts de laquelle le génie humain doit réagir sans repos.

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La Seine-Inférieure n'a pas moins de cinq bons ports sur la Manche, et, dans ce nombre, le Havre, favorisé par une situation exceptionnelle, compte au rang des premiers ports de commerce français. Il y existe, également, beaucoup de petites stations d'échouage. Parmi elles, on trouverait peut-être sans peine la position désirée pour l'établissement d'un second port militaire sur la Manche.

Non que nous soyons admirateur sans réserve d'aucune marine militaire. Combien de forces vives y sont englouties sans profit pour un pays!... Mais, puisque l'ère de la paix universelle est encore reléguée dans le domaine de l'utopie, il faut tout faire pour ne rester en arrière sur aucun terrain....

Comme il ne rentre point dans notre travail d'aborder ces questions, reprenons simplement la route du touriste et parcourons le beau littoral normand.

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Situé à l'embouchure de la Bresle, l'_Ulterior Portus_ des Romains était, ainsi que l'indique son nom, le vrai port de la ville d'Eu, bâtie à quatre kilomètres du rivage.

En 1056, ROBERT, duc de Normandie, le dota d'une abbaye consacrée à saint Michel et, peu à peu, il prit le rang d'une ville importante. Les guerres du quinzième siècle arrêtèrent son essor. Plusieurs descentes des ennemis y causèrent d'irréparables ravages.

Pourtant, ses marins gardaient un grand renom de courage et d'intrépidité. Souvent, ils firent payer cher aux Anglais leur façon de comprendre une lutte entre peuples civilisés. Quelques chroniques citent des expéditions de corsaires du TRÉPORT sur les côtes britanniques.

La première moitié du quinzième siècle vit ce port tout à fait ruiné. Une surprise (1545) favorisa la flotte anglaise, qui répara l'échec, subi vingt-deux ans auparavant, en brûlant impitoyablement la ville. Ensuite eut lieu le retour de Calais à la nationalité française. Autant de causes pour que le Tréport rentrât dans l'obscurité.

Un moment, il espéra revivre par les soins de Richelieu; mais ce ministre de génie savait calculer. Il comprit les obstacles sans nombre de la position et refusa de dépenser, sans utilité réelle, l'argent que l'on pouvait mieux employer ailleurs.

Le duc de Penthièvre, comte d'Eu, qui faisait un noble emploi de son immense fortune, se préoccupa du Tréport. C'est, vraiment, des travaux exécutés par son ordre que date la reprise d'activité de la ville.

Une forte écluse, chassant les eaux de la Bresle au moment du reflux, aide à désobstruer le chenal d'entrée et la petite rade des sables et des galets.

Plus tard, une digue, très bien comprise, a été opposée aux coups de mer, et un bassin à flot, complété par le canal de la Bresle à la ville d'Eu, rendent le Tréport excellent comme station de relâche. Les navires à destination de Dieppe en savent quelque chose quand, les vents contraires soufflant sans interruption, ils sont obligés de fuir devant eux et manquent l'entrée du chenal dieppois.

Le Tréport n'a pas été négligé dans les projets en cours d'exécution sur nos côtes. Avant peu, il pourra rendre des services plus importants, et sa vaillante population de pêcheurs y gagnera un surcroît de bien-être.

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Les bains de mer du Tréport sont, chaque année, plus suivis. La plage s'étend sur une longueur d'un demi-kilomètre et un joli casino y a été construit. Mais, en dehors de cet attrait, la ville possède un joyau véritable: son église paroissiale, dédiée à saint Jacques.

Elle est bâtie sur une colline, au sommet de laquelle on parvient en gravissant un long escalier à pic.

L'ascension en est rude. Toutefois, on se trouve amplement dédommagé de la peine prise.

Un porche, couvert de sculptures de l'effet le plus pittoresque, conduit à l'intérieur du monument où, entre autres détails, on ne peut se rassasier d'admirer de superbes et gracieux pendentifs. Puis, si l'on ne redoute pas un supplément de fatigue, on gravit la rampe du clocher pour se plonger au milieu d'un horizon immense, plein de lumière et de couleur.

Ce beau clocher sert d'_amer_[10] à la côte entière.

[Note 10: On sait que le mot, ainsi employé désigne, pour les marins, tous les objets d'une côte facilement reconnaissables en plein jour, tels: un clocher, un roc bizarrement découpé....]

Les campagnes voisines offrent d'intéressants buts d'excursion et la ville d'Eu, distante à peine de quatre kilomètres, mérite bien que l'on se dérange pour la parcourir.

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EU, affirment les antiquaires, doit sa fondation aux Romains; la meilleure preuve de la valeur de cette opinion se trouve dans la voie militaire, facilement reconnaissable, et dans quelques débris de construction.

La ville ne remonte pas au delà du dixième siècle, répondent plusieurs historiens. Elle se groupa autour de la forteresse bâtie par ROLLON, conquérant de la Normandie, qui voulait mettre garnison sur ce point pour défendre la frontière de sa principauté nouvelle.

Rapidement, Eu prit de l'importance; car, dès 996, on l'érigeait en comté pour un fils du duc Richard Ier. Au treizième siècle, la maison de Brienne devenait maîtresse du comté. Elle le posséda peu de temps.

Jean II, roi de France, accusa de trahison le connétable de Brienne, à qui la peine capitale fut infligée, et Jean d'Artois reçut le comté en apanage.

Après notre cruelle défaite à Azincourt (octobre 1415), Henri V, roi d'Angleterre, s'empara d'Eu. Plus tard, redevenue française, la seigneurie échéait au comte de Nevers, mais sa prospérité déclinait. Elle succomba tout à fait lorsque Louis XI, craignant de voir les Anglais s'emparer de la ville, ordonna de la brûler.

Eu tomba alors au rang de simple demeure princière. Henri de Guise, _le Balafré_, ayant épousé Catherine de Clèves (veuve d'Antoine de Croï, de la maison de Nevers), résolut de faire bâtir un château dans sa nouvelle cité. La construction fut digne du propriétaire.

Classé au rang des monuments historiques, le château forme un vaste édifice en briques rouges et pilastres de pierre de la plus noble apparence, se développant sur une étendue de près de cent mètres.

Les bâtiments ne datent pas tous de l'époque du duc de Guise. Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, _Mademoiselle_, ainsi que la dénommait l'étiquette de la cour, avait acheté le château et s'y plut beaucoup, en dépit de son humeur fantasque. Non seulement elle le fit achever, mais elle s'appliqua à l'embellir, trompant, par une activité incessante, le chagrin dont l'abreuvait Louis XIV, qui refusait de reconnaître son mariage avec Lauzun.

Le moment vint cependant, où le Roi-Soleil, comprenant à miracle ses intérêts, écouta les sollicitations de sa cousine et rendit à la liberté Lauzun, que le caprice de Mme de Montespan avait envoyé dans la forteresse de Pignerol. Mais _la Grande Mademoiselle_ se vit forcée de payer cette faveur par l'abandon de son comté normand au duc du Maine.

Le duc de Penthièvre, qui mérita le surnom de _vertueux_, en devint le maître et le donna en dot, avec d'autres biens formant un total immense, à sa fille ADÉLAÏDE, la femme infortunée du duc d'Orléans, le futur PHILIPPE-ÉGALITÉ.

Les événements politiques en France, depuis bientôt un siècle, ont fait changer souvent le nom des seigneurs d'Eu. Aujourd'hui, le château est redevenu propriété du comte de Paris.

Après avoir parcouru la royale résidence et ses jardins splendides, il reste à visiter l'église paroissiale, ainsi que la chapelle du collège. Toutes deux mériteraient d'être détaillées à loisir. La première fut bâtie en remplacement de la vieille église collégiale qui vit célébrer le mariage de Guillaume le Conquérant avec sa cousine Mathilde, fille du comte de Flandre.

Cette union était une infraction aux lois canoniques. Nous pourrons, plus tard, à Caen, admirer ce qui reste des deux abbayes fondées par les époux royaux pour obtenir, du pape Nicolas II, la régularisation de leur situation.

Des anciennes constructions il reste deux tours, de style roman, et quatre piliers.

Ce fut dans la chapelle du collège, autrefois propriété de la Compagnie de Jésus, que BOURDALOUE donna les prémices de son talent pour la prédication.

Deux tombeaux, chefs-d'œuvre attribués à Germain PILON, et que le génie de l'illustre sculpteur ne répudierait certainement pas, recouvrent les sépultures du _Balafré_, victime de Henri III, à Blois, et de sa femme, Catherine de Clèves. La chapelle, elle-même, fut érigée par Catherine, qui passa à Eu les longues années de son veuvage, et signala sa présence par beaucoup d'œuvres de bienfaisance éclairée.

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Eu possède une belle forêt renfermant un monument gallo-romain, dit d'_Augusta_. C'est peut-être à lui que la ville dut son nom.

On éprouve un véritable plaisir à parcourir les sentiers ombreux des jardins du château et de la forêt. L'esprit se reporte aux époques où tout était animation dans ce pays, maintenant si calme.

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Après les expéditions des Northmen, les chevauchées des hommes d'armes des ducs; après les surprises guerrières, la retraite mélancolique de Catherine de Clèves, la cour bruyante de Mlle de Montpensier et les allures plus discrètes de celle du duc de Penthièvre. Que de grands personnages ont passé là.... malgré l'état des routes dont on ne se tirait pas toujours aisément. Témoin le duc de Penthièvre, prisonnier pendant _plusieurs heures_ au fond de son carrosse renversé! Mais, alors, on prenait très philosophiquement son parti de tels inconvénients; ce qui ne nous empêche pas, au contraire, de préférer les routes modernes.... lorsqu'il nous est donné de les parcourir au hasard de notre fantaisie.

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La principale, on pourrait dire la seule industrie des habitants de la côte, c'est la pêche. Ils s'y adonnent avec une intrépidité absolue. Bien rarement, les soudains caprices de la Manche les empêchent de draguer avec ardeur le moindre point de l'espace marin qui s'ouvre devant eux. On les accuserait, plutôt, de ne point apporter à leur travail assez de discernement, car beaucoup du fretin pris eût gagné à vivre quelque temps encore et aurait, ainsi, fourni mieux que des arêtes.

Mais, bon ou mauvais, le produit de la pêche est attendu par des familles nombreuses et, dans ce combat pour l'existence, il faut bien sacrifier.... le poisson.

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Nous n'ajouterons pas (plein de respect pour le courage et les services rendus par ces vrais hommes de mer) l'intérêt du consommateur.

Seulement, songeant à la délicatesse de chair, à la finesse de goût des poissons, des mollusques, des crustacés pris sur les fonds sablonneux du littoral normand, souhaitons qu'ils se multiplient beaucoup, en dépit de la guerre à outrance qui leur est faite.

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Voisin d'Eu, se trouve un village, FLOQUES, dont le nom est inscrit au livre d'or de la marine française.

JACQUES SORE, fameux armateur, devenu, par la confiance de Jeanne d'Albret, _amiral de Navarre_, y naquit.

Nul marin de l'époque (dernière moitié du seizième siècle) n'éclipsa sa renommée. Il fut surtout redoutable aux Espagnols, et sa valeur, sa science nautique, contribuèrent beaucoup à fortifier, en France, le parti protestant.

C'était le rival en courage, en audace, en succès, du fameux capitaine POLAIN, le même dont Brantôme a dit: «Longtemps après sa mort, il sembla que les flots bruissaient du nom et des exploits du capitaine Polain.»

Rassasié de gloire, Jacques Sore voulut mourir dans son hameau natal. M. Léon Guérin a tiré son nom de l'oubli.

CHAPITRE XII

LA COTE JUSQU'A DIEPPE--PUYS--LA CITE DE LIMES

Depuis le Tréport, la ligne des falaises tend de plus en plus à s'élever. Leur flanc, d'un blanc grisâtre, devient presque vertical et se troue, à grand'peine, pour livrer passage aux nombreuses petites rivières qui, humbles ou murmurantes, veulent s'épancher directement dans la Manche.

On suit la côte, se livrant au plaisir de contempler l'aspect toujours nouveau de la mer. Par une de ces belles matinées de septembre tout inondées de soleil, quoique légèrement embrumées, le moindre objet prend un relief saisissant.

Le flot, verdâtre ou bleui, mord ou baise les contours dorés de la plage, paresseusement étendue entre les écueils sertissant le pied des falaises et les falaises elles-mêmes. Les barques passent, comme endiamantées par la frange écumante de la vague, et les goélands, les mauves font étinceler en rapides tourbillons leur plumage d'argent.

Vers le bord extrême de la côte, le terrain, aride, se couvre à peine d'une herbe courte, sèche; mais, plus en arrière, les champs, les arbres, se pressent nombreux. La fumée des métairies s'envole grisâtre sur le ciel d'un bleu laiteux....

Des bœufs, lourds de graisse; des chevaux à la croupe brillante; des moutons, déjà revêtus de leur parure d'hiver, croisent les sentiers....

On écoute les voix multiples formant la voix des solitudes et.... tout à coup, un abîme s'ouvre, au fond duquel s'élargit le ruisseau à peine regardé trois ou quatre lieues au delà, tellement son cours était insignifiant.

Sur ses berges nouvelles, des villas se groupent, des jardins improvisés exhalent leurs parfums.

Le hameau inconnu, tapi au creux de la grève, devient une élégante station de bains de mer, et, sans trop regretter le passé, on dévale ou on escalade les pentes abruptes, sous l'œil bienveillant des colons aux joues rougies par la santé recouvrée.

Ainsi, presque sans interruption, d'un point à l'autre de la mer de Normandie! Ces rivages fortunés ont, maintenant, moisson double et triple, tout comme ces champs qui, après avoir fourni le pain, engraissent des bestiaux succulents, donnent un cidre très apprécié....

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S'arrêter à chacune de ces stations serait impossible. Contentons-nous de citer BIVILLE, BERNEVAL, BELLEVILLE, mais donnons une matinée à PUYS; d'abord parce qu'un grand écrivain, Alexandre Dumas fils, a _découvert_ ce charmant petit village; ensuite, parce que, d'ici, nous pouvons, sans fatigue, faire une excursion à la curieuse enceinte gauloise (?) romaine (?) connue sous le nom de _Cité de Limes_ ou _Cité d'Olyme_.

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Elle s'allonge, en forme de triangle, sur un espace occupant près de _soixante_ hectares et on ne peut mieux choisi, au point de vue de la défense des soldats qui s'y renfermèrent. Borné d'un côté par la mer, d'un autre par l'échancrure où Puys est bâti, le camp gaulois ne pouvait être attaqué que du côté de Bracquemont, et cette partie faible avait été creusée de larges fossés, renforcés d'une muraille atteignant au moins quinze mètres d'élévation. Trois portes fermaient le refuge. Il n'en reste plus que les baies. Aussitôt franchies, le pied heurte des tombes et soulève la poussière crayeuse des ruines de pauvres chaumières achevant de s'éparpiller au souffle du large.

L'impression ressentie est douloureuse. De quels combats fut témoin ce camp retranché? Au prix de quels sacrifices essaya-t-on de le défendre? Combien fallut-il d'assauts, ou quelles ruses durent être mises en œuvre pour le ravir à ses possesseurs?

Pas un pouce de terrain au monde qui n'ait été abreuvé de sang! L'homme a-t-il donc été uniquement créé pour ces luttes sauvages?

Cessons de philosopher, le temps et le soleil sont propices. Ils rendent faciles le petit trajet de cinq kilomètres qui nous sépare de Dieppe.

CHAPITRE XIII

DIEPPE

Nous arrivons dans une ville datant à peine de huit cents ans, mais que l'illustration d'un grand nombre de ses enfants a rendue très célèbre.

Au commencement du onzième siècle, Dieppe n'avait encore pour habitants que des pêcheurs établis à l'embouchure de la petite rivière appelée _Deep_, c'est-à-dire _profonde_. Depuis, ce cours d'eau a pris le nom d'_Arques_; toutefois, la première appellation a eu l'honneur de s'imposer à la ville. Telle est l'opinion des étymologistes: tout s'accorde pour leur donner raison.

A l'époque où se fonda Dieppe, on n'avait point encore apprécié l'importance des bassins naturels du lieu qui, cinq cents ans plus tard, devait prendre ce nom universellement connu: Le Havre-de-Grâce.

Bénéficiant de cette ignorance, Dieppe ne tarda pas à devenir un admirable centre commercial et maritime.

Les Dieppois, on peut le dire avec justice, furent, au moyen âge, de véritables _rois de la mer_. Intrépides navigateurs, ils portaient leur pavillon sur tous les océans.

Les immenses ressources offertes par le continent africain attirèrent leur attention. Ils fondèrent, à l'embouchure de la Gambie[11], deux villes, qu'ils appelèrent fièrement _le Petit Dieppe_ et _le Petit Paris_; ces comptoirs devinrent pour leur commerce un entrepôt donnant d'incalculables bénéfices.

[Note 11: Grand fleuve de la côte occidentale d'Afrique qui a un cours d'environ 1700 kil. tombe dans l'océan par plusieurs embouchures.]

A peu près vers la même époque, ils retrouvaient les fameuses _îles Fortunées_, appelées de nos jours _Canaries_.

Leur activité sans bornes les poussa, des premiers, vers le nouveau monde. C'est aux Dieppois que plusieurs colonies de l'Amérique du Nord doivent leur origine, et la ville de Québec, au Canada[12], a été fondée également par eux.

[Note 12: Découvert, pour la plus grande partie, par un Malouin, Jacques Cartier.]

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Les traditions locales vont jusqu'à affirmer que la découverte du continent américain reviendrait à un enfant de Dieppe, Jean COUSIN, dont le voyage remonterait à 1488. Malheureusement, la ruine de la ville, en 1694, entraîna la destruction des archives de sa marine et l'on en est réduit à de simples conjectures.

Quoi qu'il en soit, et même cette dernière prétention restant à l'état hypothétique, on comprend sans peine le haut degré de renommée atteint par les Dieppois.

Leur courage donna à la cité une auréole nouvelle; ils ne manquèrent pas de se signaler pendant les guerres constamment renouvelées entre l'Angleterre et la France.

Ces guerres furent trop souvent une cause de ruine pour Dieppe; toujours, cependant, l'énergie des habitants répara les désastres accumulés.

Les cruels événements du règne de Charles VI firent de la ville une place anglaise. Elle resta prisonnière jusqu'en 1435, époque à laquelle un vaillant Dieppois, le capitaine DES MARAIS, surprit la garnison ennemie.

Talbot, le fameux général, vint assiéger Dieppe, mais ne put réussir à s'en emparer. L'histoire a conservé le trait héroïque de Louis XI, alors dauphin, qui, envoyé par son père au secours de la ville, réduisit la garnison d'une forteresse construite, par Talbot, sur la falaise dominant Dieppe.

Les soldats français, découragés par l'insuccès d'une première attaque, allaient reculer, quand le dauphin lui-même leur donna l'exemple d'une intrépidité sans égale.

Depuis cette époque, la ville resta française, mais subit le contrecoup de tous les événements dont la patrie eut à souffrir.

Deux des derniers combats intéressant Dieppe furent, le premier, une victoire complète; le second, une défaite cruelle. En 1690, Tourville battait, au large du port, les flottes réunies d'Angleterre et de Hollande.

Par malheur, quatre années plus tard, ces mêmes flottes, revenues, s'acharnaient à un bombardement si effroyable que, de Dieppe tout entier, il resta seulement trois monuments: le château, l'église Saint-Jacques et l'église Saint-Remy.