Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel

Part 5

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A Sauvage revient encore la gloire de plusieurs inventions, entre autres de la _machine à réduction_, qui rend d'immenses services aux sculpteurs, car elle leur permet de réduire à volonté les dimensions d'une statue ou d'un groupe.

L'homme de génie mourut à la peine.... Sa mémoire est maintenant, à l'honneur, puisqu'on lui a élevé un monument. Mais s'il avait reçu une aide sérieuse pendant sa vie, peut-être nous aurait-il donné de nouveaux chefs-d'œuvre.

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Charles-Augustin SAINTE-BEUVE, le poète original, l'écrivain de talent, le critique incomparable, était né à Boulogne en 1804. On sait la place toute spéciale qu'il avait conquise dans notre littérature contemporaine où, jusqu'à présent, personne ne l'a remplacé.

CHAPITRE VI

LA PÊCHE DU HARENG.--LA PÊCHE CÔTIÈRE

Boulogne est un des centres de l'armement pour la pêche du hareng et des industries qui s'y rattachent.

Le hareng appartient au genre _Clupe_, comme les _sardines_, les _anchois_, l'_alose_....

Il paraît être bien peu de chose, ce petit poisson que nous, habitants d'un pays favorisé pour toutes les productions du sol, n'employons guère autrement qu'à l'état de condiment. Mais, dans le nord entier de l'Europe, la consommation du hareng prend des proportions plus grandes; assez grandes pour que (le calcul en a été fait) un _million_ de personnes, environ, soient employées à cette pêche et aux diverses industries qui en sont la conséquence.

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Les naturalistes ne sont pas d'accord sur les causes de l'apparition en troupes pressées (bancs) des harengs visitant nos côtes. Ce que l'on connaît bien, c'est leur marche régulière et le moment de leur arrivée.

Dans le commerce de ce poisson, la Hollande trouva une source de richesses immenses. Elle le répandait, salé, par le monde entier, et affirmait avec orgueil qu'un de ses enfants, Guillaume Bukels ou Deukels, de Biervliet (né vers 1340, mort en 1397), avait inventé l'_encaquage_ du hareng, c'est-à-dire sa conservation en barils, où on le dispose, par couches, avec du sel.

Il peut se faire que le pêcheur de Biervliet ait donné un grand essor, dans son pays, à cette industrie, mais les Hollandais vont trop loin en lui en attribuant _l'invention_.

Les archives françaises renferment des pièces émanant de nos rois, et portant sur des questions de règlement ayant trait au commerce du _hareng salé_. Plusieurs de ces documents remontent au treizième siècle; ils sont donc de beaucoup antérieurs à l'époque où vivait le pêcheur devenu célèbre.

Circonstance remarquable, ils parlent du salage du hareng non comme si la découverte de ce moyen de conservation était _récente_, mais comme d'une chose habituelle.

On peut donc, en vérité, supposer que le nom de l'_inventeur_ est encore à trouver.

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Quoi qu'il en soit, la Hollande, pendant bien longtemps, employa de véritables flottes pour la pêche de l'humble petit poisson, et c'est un proverbe vrai celui qui affirme que la ville d'Amsterdam est bâtie sur des _arêtes de harengs_, l'origine de la plupart des fortunes amsterdamoises datant de l'ère, florissante entre toutes, où les Hollandais avaient le monopole de cette pêche.

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Aujourd'hui, les nations riveraines de la mer du Nord, de la Manche, de la Baltique, ne manquent point de tenir compte du passage des _bancs_ de harengs. Les Écossais se distinguent principalement par leur ardeur à chercher à monopoliser le commerce de ce poisson, très abondant sur leurs côtes.

En France, plusieurs de nos ports arment pour la pêche du hareng. Dix mille marins, environ, y sont employés. C'est au mois de juillet que la campagne commence et, généralement, dans les parages des archipels des îles Shetland et des Orcades. Vers la fin de septembre, les _bancs_ suivent la mer du Nord et viennent dans la Manche, où on les poursuit jusqu'à la fin de décembre.

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Voir un hareng mort, même à l'état frais, ne peut donner une idée de la beauté de son aspect lorsque la vie l'anime. L'or, l'argent, les pierres précieuses semblent former la matière même de ses écailles.

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La pêche a ordinairement lieu la nuit. Les filets, appelés _tessures_, sont immenses, des _flotteurs_ les maintiennent, dans une position verticale, en avant de la route suivie par le poisson. Les _bancs_ donnent, tête baissée, contre l'obstacle. Il s'agit ensuite d'en alléger le filet. Le moment est arrivé où commence l'opération du salage.

Les pêcheurs arrachent les intestins des harengs et placent le poisson, avec du sel, soit par couches, dans les barils, soit tout simplement à fond de cale du bateau. Plus tard, au port de débarquement, on reprendra la manipulation.

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Tous, nous connaissons les deux états que l'industrie fait subir au hareng capturé.

Il est appelé _pec_, quand on le consomme salé. Il est appelé _saur_ lorsque, préalablement sorti de la saumure, on le suspend à des baguettes au-dessus d'un foyer garni de petits fagots de chêne, de hêtre ou de genévrier. Ce dernier bois, très aromatique, fait merveille pour le _saurissage_.

Les fagots doivent brûler lentement, et les cheminées des foyers sont disposées de manière à ce que la fumée, se répandant tout autour du poisson, pénètre bien sa chair et détruise les germes de fermentation. Après ce dernier soin, il n'y a plus qu'à livrer le hareng à la consommation.

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Boulogne s'occupe donc activement de cette pêche productive, ainsi que de la pêche de la morue.

Mais nous ne reviendrons sur cette dernière qu'au moment où nous aurons à nous intéresser aux armements pour la pêche sur les bancs de Terre-Neuve.

Nous ne pouvons quitter la jolie ville mi-partie française, mi-partie anglaise, sans donner un peu d'attention à la pêche côtière et à celle du rivage.

Faisons une petite station à la poissonnerie; les marchandises les plus délicates y pourraient abonder, car le fond de sable des côtes nourrit le turbot, la sole, la barbue, sans compter la raie et beaucoup d'autres espèces utiles....

Par malheur pour Boulogne, comme pour nombre d'autres ports de mer, grands ou petits, Paris, toujours affamé, accapare le produit des bateaux de pêche, et fait main basse sur le contenu des paniers des infatigables pêcheuses de crevettes et de coquillages.

Les pêcheuses boulonnaises sont renommées, entre toutes, pour l'intrépidité avec laquelle, courant au-devant du flot, on les voit jeter leur filet, n'importe le temps qu'il puisse faire. Robustes et fraîches malgré un si dur métier, elles apportent dans la famille une aide réelle.

Pourtant le salaire est bien mince! Car si la crevette reste un aliment de luxe, il faut s'en prendre à bien d'autres causes que le gain des pauvres pêcheuses.

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Les crevettes appartiennent à la classe des animaux dits _crustacés_, ou recouverts d'une _croûte_ et, en effet, nous voyons les écrevisses, les homards, les langoustes, les crabes, les crevettes, revêtus d'une enveloppe ou croûte qui, chez eux, remplace en quelque sorte le squelette.

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Heureusement pour les gourmets, la crevette ne peut se conserver longtemps hors de l'eau. Il devient impossible de commettre à son égard le _crime_ dont on se rend coupable envers les pauvres homards et les langoustes, expédiés vivants dans des paniers où leur chair se fond en eau, ne laissant plus, après cuisson, qu'une carapace vide au moins des deux tiers.

On divise les crevettes en deux espèces distinctes: celles qui deviennent d'un beau rouge sous l'action du feu, et celles qui se teintent à peine d'une nuance rose.

Les rivages boulonnais ne sont pas, loin de là, dépourvus de homards ni de langoustes, mais nous retrouverons ces excellents crustacés infiniment plus nombreux sur les côtes bretonnes, où les récifs multipliés leur offrent tous les abris nécessaires.

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A côté des industries se rapportant à la marine, il faut placer, comme un élément de la richesse du vieux comté boulonnais, les entreprises diverses que l'on y a implantées. C'est ainsi que nous trouverons des fabriques de plumes métalliques, des scieries, de nombreuses usines qui produisent un ciment très renommé.

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L'élevage des chevaux y est assez fructueux.

On le voit, le département du Pas-de-Calais se montre le digne voisin du département du Nord.

Donnons encore un coup d'œil aux belles promenades de Boulogne, à ses ponts, à ses quais si animés, à ses bassins, et souhaitons que les travaux dont elle doit être l'objet apportent un élément nouveau à la prospérité de cette ville si intéressante.

CHAPITRE VII

DE BOULOGNE A L'EMBOUCHURE DE LA SOMME

Nous passons au PORTEL, industrieux petit port qui est, en même temps, une localité s'occupant activement d'agriculture. Ses propriétaires fonciers s'adonnent à l'élève des chevaux et y réussissent fort bien.

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Puis, toujours en suivant la côte, nous traversons plusieurs petites plages avant d'arriver à ÉTAPLES, ville située à l'embouchure de la CANCHE et qui, une fois de plus, nous montrera l'instabilité des prospérités en apparence le mieux établies.

On s'accorde assez généralement pour reconnaître dans Étaples une station romaine, _Quintovicus_. Des fouilles pratiquées à diverses époques ont confirmé, sinon le nom, tout au moins l'importance de l'ancienne cité.

Mais la mer a passé par là, amoncelant le sable, exhaussant le fond de l'estuaire, et le port a vu diminuer, chaque année, le nombre des navires qu'il pouvait recevoir.

Aujourd'hui, les bateaux de pêche sont à peu près ses seuls visiteurs.

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Cette situation a appelé, depuis longtemps, l'attention de l'État, qui reconnut la nécessité de la plantation de végétaux spéciaux pouvant amener l'immobilisation des dunes.

«Les premières tentatives faites à cet effet remontent à près de trois siècles. Elles eurent lieu dans la baie de Canche, pour préserver Étaples d'un engloutissement imminent. On se servit, pour fixer les dunes, de la plante appelée oyat (_Arundo arenaria_), qui rayonne partout avec ses longues racines, et prépare admirablement le terrain sablonneux à recevoir le semis des arbres destinés au boisement.

«Des lettres-patentes de 1608 ordonnent, sous Henri IV, de planter _des hoyards pour arrêter l'invasion des sables sur les côtes de France_.

«Depuis cette époque, plusieurs titres constatent les mêmes préoccupations et ordonnent, encore, diverses mesures de précaution à prendre.

«Enfin, de nos jours, quelques propriétaires intelligents se sont livrés, en grand, à la fixation des sables par le boisement et ont obtenu d'excellents résultats, en fertilisant des dunes stériles et en abritant ainsi les cultures voisines contre les sables mouvants.

«C'est ce que le célèbre ingénieur Brémontier a fait jadis pour la côte de Gascogne.»

Par tous les moyens possibles, ces travaux si utiles sont encouragés. L'État, non seulement y pousse les propriétaires de dunes, mais il leur fournit souvent les graines nécessaires aux semis. Les conseils généraux votent des subventions, distribuent des récompenses.

La question en vaut la peine quand on songe que, dans le Pas-de-Calais seul, plus de _dix mille hectares de dunes_ constituaient une ceinture sablonneuse, n'ayant pas moins de _six kilomètres de largeur_! Ceinture toute prête à envahir, sous l'influence des ouragans, les campagnes voisines.

Il est donc grandement désirable que toutes les communes riveraines des plages de sable ne se lassent point de lutter contre l'ennemi dont elles sont menacées.

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Comme toutes les villes du littoral, Étaples supporta le choc terrible des invasions normandes.

Ce fut en 842 qu'elle devint leur proie, et, certes, ainsi que ses sœurs en infortune, elle répéta volontiers la mélancolique invocation des populations maritimes françaises de la Manche, au moyen âge:

«_De la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur!_»

Trois cents ans plus tard, vers 1160, un comte d'Alsace, Matthieu, la pourvut d'un château fort, détruit vers la fin du seizième siècle. Quelques ruines en subsistent encore.

Étaples a attaché son nom à un traité de paix signé entre la France et l'Angleterre.

Charles VIII, méditant la campagne d'Italie, se préoccupait des dispositions de Henri VII, le monarque anglais, et voulut, de ce côté, assurer le repos de son royaume. La négociation réussit; un traité fut signé en 1492. Charles partit confiant en son étoile. On sait les résultats éphémères de sa courte et brillante campagne.

Un pont, de cinq cents mètres de longueur, relie Étaples à la rive gauche de la Canche. Près de cette rive, MONTREUIL-SUR-MER s'élève, porté par une colline d'environ cinquante mètres d'altitude. C'est à son ancienne situation que Montreuil doit son surnom; car, de nos jours, il est à une distance de seize kilomètres du rivage.

Mais, autrefois, la mer venait battre le pied de son coteau formant une vaste baie de l'embouchure actuelle du petit fleuve. On va jusqu'à prétendre que les Phéniciens, ces hardis navigateurs du vieux monde, avaient construit un phare sur le promontoire. En se retirant, les flots laissèrent des mares saumâtres, au milieu desquelles ne craignit pas de s'établir une petite population gauloise qui, bientôt soumise par César, dut laisser bâtir le fort _Vinacum_.

Cette opinion peut se soutenir, de même qu'une autre imposant à la première bourgade le nom de _Wimaw_[8], dérivé du mot signifiant: oseraie, en gaulois. Et vraisemblablement, en effet, les osiers, de même que les joncs marins, ou oyats, devaient jouer un grand rôle dans la défense de ces villes primitives. Nous ne nous brouillerons donc pas avec les antiquaires; mais, les laissant paisiblement accorder tant bien que mal leurs preuves, nous nous occuperons surtout des faits certains passés ou modernes.

[Note 8: Le pays dont elle fait partie s'appelait, au moyen âge, le _Wimeux_.]

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Dès le neuvième siècle, Montreuil avait ses seigneurs particuliers et, en 1188, elle se targuait fièrement de sa charte communale.

Fréquemment assiégée pendant les désastreuses guerres du moyen âge, elle eut un instant de répit en 1299, lorsque Philippe IV _le Bel_ et Édouard Ier d'Angleterre y signèrent un traité de paix.

Mais l'humiliante convention de Brétigny la donna aux Anglais. Dix ans plus tard (1370), Duguesclin la délivrait du joug étranger.

Une dernière calamité lui était réservée. Les troupes de l'empereur Charles-Quint s'en emparèrent en 1537, après un siège célèbre pendant lequel les habitants firent preuve du plus grand héroïsme. Une défense si belle trouva promptement sa récompense. Les Français rentrèrent bientôt dans les murs de Montreuil.

Pour le présent, la ville se livre au commerce des toiles et elle a acquis, près des gourmets, un renom justifié par ses excellents pâtés de bécasses.

Quelques petits bâtiments caboteurs et des barques de pêche la visitent.

Cela suffit pour entretenir son commerce et donner de l'animation, à ses deux foires principales, dont la seconde, fixée au jour de Sainte-Cécile, ne dure pas moins d'une quinzaine.

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On ne peut quitter le département du Pas-de-Calais sans donner quelques heures à BERCK, cette plage de sable si salutaire aux enfants de faible constitution, et qui depuis quelques années à pris un grand développement.

La ville est divisée en deux parties: l'ancien BERCK, quartier des pêcheurs, appelé Berck-Ville éloigné de 3 kil. du nouveau Berck, appelé Berck-Plage où viennent séjourner les baigneurs.

Trois hôpitaux y sont établis, l'un dépendant de l'assistance publique de la Seine et pouvant contenir 500 enfants, un second bâti par le baron Nathaniel de Rotschild pour ses correligionaires et troisième dû à l'initiative privée[9].

[Note 9: La plupart des enfants admis dans ces établissements sont orphelins, ou bien leurs familles n'ont pas les ressources nécessaires pour les soigner. Le temps qu'ils passeront à Berck restera, sans doute, leur meilleur souvenir, mais leur _saison_ de bains de mer n'aura pas de joyeux lendemain...

Ne les oubliez pas, vous, les favorisés de la vie, et quand, vous roulant gaiement sur le sable des grèves, ou vous précipitant au-devant de la lame, vous vous trouverez plus forts, plus vigoureux, souhaitez que les petits enfants pauvres de l'hôpital de Berck recouvrent la santé.. Souhaitez que les difficultés de l'avenir soient pour eux aplanies.

Montrez-vous dignes de votre propre bonheur.]

La plage s'est couverte de nombreux chalets, plus de 12000 baigneurs s'y rassemblent tous les ans pour s'y reposer ou y retrouver la santé.

Le Nord de la France ne compte guère de stations de bains plus recherchée.

CHAPITRE VIII

LES PORTS DE LA SOMME

Le petit fleuve appelé AUTHIE marque la limite de la Somme et du Pas-de-Calais.

Sa rive droite appartient à ce dernier; elle se termine par la pointe de ROUTHIAUVILLE, où s'élève seulement un modeste hameau; car, au fur et à mesure que l'on avance vers l'embouchure de la Somme, le rivage s'abaisse; il finit, bientôt, par devenir tout à fait plat, et les dunes de sable se représentent menaçantes.

De grands travaux sont nécessaires pour protéger les ports de toute cette partie du littoral. Le sable est l'ennemi toujours prêt. Aussi les navigateurs regardent-ils la baie de la Somme et les rivages voisins comme extrêmement dangereux, les bancs changeant souvent la face des chenaux les mieux connus, en venant encombrer des fonds que l'on croyait être suffisamment pourvus d'eau.

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Afin de comprendre le péril, il faut se souvenir que ces plages sont de formation nouvelle.

Ainsi, une petite ville appelée RUE, éloignée, maintenant, de _dix_ kilomètres de la mer, était, il y a mille ans, un port florissant. Un lac de _vingt mille_ hectares, connu sous le nom de _Marquenterre_, l'entourait. Peu à peu, les dunes firent leur œuvre; mais la Somme et l'Authie, ainsi que plusieurs autres rivières et ruisseaux, coulaient librement; lors des grandes marées, les dépôts maritimes s'ajoutaient aux dépôts fluviaux. Les Picards se demandèrent s'ils ne devaient pas imiter les Flamands, et assainir leur pays en le transformant.

Le travail fut long, opiniâtre; son achèvement complet ne date guère que de cent cinquante ans; mais, aujourd'hui, le Marquenterre est un pays relativement sain. Seulement, on doit toujours veiller; car, le long du rivage, on retrouve les restes de plusieurs villes enfouies sous le sable.

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Le sol conquis forme, à présent, un excellent terrain de culture et, quoique plat, offre de charmants points de vue.

La seule ville de quelque importance que l'on y rencontre, Rue, est une très ancienne place forte qui obtint, au douzième siècle, de son seigneur, Guillaume, comte de Ponthieu, une charte communale. Les traditions affirment la présence de la mer au pied de ses murailles.

Un fait beaucoup plus certain, c'est la renommée dont elle a été entourée à cause du pèlerinage de son Crucifix.

Cette dévotion valut, à Rue, au quinzième siècle, un admirable monument dont les nombreuses sculptures, ou ravissantes, ou naïves, charment les yeux du visiteur.

Plusieurs statues de personnages célèbres ornent la façade de cette église, dédiée au Saint-Esprit.

Ce sont celles de Philippe _le Bon_, duc de Bourgogne, des rois de France Louis XI et Louis XII, placées côte à côte, des effigies du pape Innocent VII et de sainte Isabelle ou Élisabeth, reine de Portugal. Cette souveraine avait accompli le pèlerinage.

Au fronton même du portail, est un bas-relief expliquant la légende du Crucifix, origine de la chapelle.

Louis XI avait fait don d'une forte somme en or à ce sanctuaire. C'est par reconnaissance, probablement, que sa statue décore la façade.

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Le promontoire du CROTOY, à huit kilomètres de Rue, marque l'extrémité sud des anciens marécages. La petite ville qui a pris le nom de cette colline n'offre rien de bien intéressant. Située sur la rive droite de la Somme, elle passa, au quatorzième siècle, sous la domination anglaise.

Son château, bâti par les conquérants, eut le triste honneur de recevoir, en 1431, Jeanne d'Arc prisonnière. La pauvre héroïne, coupable d'avoir délivré sa patrie, ne devait quitter ce cachot que pour aller expier, sur le bûcher élevé à Rouen, son indomptable fidélité à sa mission divine.

Quarante ans après ce funeste événement, le 3 octobre 1471, Louis XI et Charles _le Téméraire_, duc de Bourgogne, signaient, au Crotoy, un traité de paix.

La ville actuelle et un banc de galets, appelé _le Barre-Mer_, recouvrent deux anciennes villes devenues la proie des sables.

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Quoique l'on ait construit, au Crotoy, un immense bassin de retenue, afin de balayer les passes conduisant à la pleine mer, les savants regrettent de ne pas voir concentrer sur ce petit port, bien abrité du vent du large, les travaux exécutés à SAINT-VALERY, dont le chenal reste beaucoup plus difficile et expose les bâtiments à croiser longtemps devant lui.

Ainsi que le fait remarquer M. Élisée Reclus, la construction du viaduc, établi pour relier Saint-Valery à la rive droite de la Somme, hâte encore la formation d'îlots sablonneux qui, dans un laps de temps très court, se relient au continent, troublent le régime du fleuve et menacent de l'encombrer d'une manière désastreuse pour la navigation.

Mais on ne se lasse pas d'opposer tous les moyens possibles à cet état de choses, et, il faut l'espérer, le moment n'est plus éloigné où l'on pourra considérer comme vraiment vaincus tant de formidables obstacles.

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Le bourg de NOYELLES-SUR-MER a pris une importance nouvelle depuis qu'il a servi de point de raccordement entre Saint-Valery et Boulogne.

Lorsque la marée monte, l'estacade du chemin de fer, qui traverse la baie, est battue par le flot. Elle ne mesure pas moins de 1567 mètres de longueur; on la regarde avec raison comme un admirable ouvrage d'art.

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SAINT-VALERY, sur la rive gauche et à l'embouchure de la Somme, est une ville d'antique origine. Elle prit naissance, selon toutes probabilités, lors de l'établissement du camp romain dont on retrouve les restes dans son voisinage.

La préoccupation constante dont elle a été l'objet exerce une heureuse influence sur sa prospérité.

Son port devient de plus en plus fréquenté. Le bassin de relâche, construit à la pointe du HOURDEL, a déterminé cette recrudescence de commerce.

Étagée sur une colline, la ville se divise en deux parties: c'est dans _la Ferté_, ou ville basse, que le mouvement industriel et commercial se concentre.

Mais c'est dans le _quartier des pêcheurs_ et dans la ville haute que le voyageur et l'artiste trouvent matière à observation.

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Tout ce peuple essentiellement maritime, habitué à braver en face les dangers les plus redoutables, se montre à la fois grave et exubérant d'allures, ardent ou froidement résolu. Il ne se plaint pas trop. Si seulement, pourtant, on pouvait avoir plus promptement raison des sables!

Le poisson qui se joue sur ces fonds est excellent, oui; mais les barques labourent, par malheur, bien souvent, de leur quille, ces bancs dont les marées déplacent le sommet.