Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel

Part 4

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Nul cœur français ne saurait oublier l'héroïque dévouement d'Eustache de Saint-Pierre, de Jean d'Aire, des frères Jacques et Pierre de Wissant non plus que de deux autres bourgeois. Ils vinrent, pieds nus, la corde au cou, implorer pour leurs concitoyens la clémence d'Édouard.

D'un caractère farouche, enivré d'orgueil, et exaspéré, d'ailleurs, par la patriotique défense de Calais, le monarque allait se déshonorer en donnant l'ordre d'exécuter Eustache et ses amis. La reine, Philippine de Hainaut, préserva sa mémoire d'une pareille tache.

Se jetant aux pieds d'Édouard, elle rappela tous les périls que, déjà, elle avait bravés pour lui, et le conjura, surtout par l'enfant dont tous deux attendaient la naissance, de pardonner noblement.

Une pensée d'amour paternel, radieux rayon apparaissant au milieu des tristesses de la guerre, sauva la ville et ses courageux otages. Mais, pendant _deux cent douze ans_, elle dut se courber sous la loi anglaise.

L'année 1558 marqua sa libération.

Un grand homme de guerre, François, duc de GUISE, qui avait victorieusement repoussé, à Metz, les attaques de Charles-Quint, résolut de reprendre Calais. Par d'habiles marches et contre-marches, il trompa la vigilance du gouverneur anglais, lord Gray, et quand, à l'improviste, le siège fut mis devant la ville, la garnison ne put résister plus de huit jours. Un habile ingénieur picard, SÉNARPONT, se distingua dans cette attaque, et ce fut le 6 janvier, jour de l'Épiphanie, que Guise enleva la victoire.

Vainement la reine d'Angleterre, Marie Tudor, fille de Henri VIII, voulut-elle réparer cette défaite. Le dernier boulevard de la puissance anglaise sur la terre de France était tombé.

On prétend que Marie ne put se consoler de cet échec et que, peu de mois plus tard, elle répétait sur son lit de mort:

«Ouvrez mon cœur, vous y verrez inscrit le nom de Calais!»

En souvenir de l'heureuse campagne de François de Guise, on appliqua à Calais et à son territoire l'appellation de «pays reconquis».

* * * * *

Un instant, notre possession se trouva compromise. Les Espagnols s'en emparèrent en 1595, mais le traité de Vervins nous la rendait bientôt.

Nous recouvrions et nous ne perdîmes plus notre _Gibraltar_....

* * * * *

Une si longue occupation étrangère devait laisser et a, en effet, laissé des traces dans la ville. L'église, construite par les Anglais, possède un clocher très élevé, dont le sommet s'aperçoit de fort loin en mer et servait autrefois de phare.

L'hôtel dit _de Guise_ avait été bâti par Édouard III. Mais Henri II, roi de France, l'ayant donné à son illustre capitaine, il prit le nom du libérateur de la cité.

C'est à Richelieu que Calais, en 1636, dut la fondation de son arsenal et de la citadelle.

* * * * *

Les remparts, maintenant plantés d'arbres sont transformés en promenades. Les jetées sont fort belles et s'étendent assez loin en mer pour protéger le port qui, est doté d'un nouveau bassin à flot, avec 1800 mètres de quais verticaux et 7m50 de profondeur en morte-eau. De plus, le chenal se trouve élargi et un superbe outillage industriel y est installé: tels que treuils, grues... De l'extrémité des jetées, on peut, lorsque le ciel est clair, distinguer le château de Douvres et les côtes anglaises.

Que ceux de nos lecteurs qui n'ont jamais vu la mer, regardent attentivement le dessin représentant _les jetées par un gros temps_.

Ils pourraient croire à de l'exagération, mais ce serait une erreur. Le dessin est d'une scrupuleuse fidélité.... malheureusement, encore, la mer se charge trop souvent de prouver qu'il a été plutôt atténué!

Pensons aux pêcheurs forcés de lutter contre de tels dangers! Répétons-nous qu'à la rude école de la pêche se forme notre intrépide marine de guerre, et donnons un souvenir sympathique à ces vaillants petits bâtiments dont l'équipage travaille, avec un courage si indomptable, pour apporter dans notre alimentation une variété salutaire.

Calais est encore assez fréquenté comme port de pêche; mais, en dehors du service régulier des paquebots à vapeur qui ont chaque jour, plusieurs départs, et du mouvement du port d'échouage faisant communiquer la ville, par un canal, avec l'intérieur du pays, la principale, ou, plutôt, la première industrie de Calais, est la fabrication des tulles de soie et de coton. Le produit annuel de ces fabriques dépasse trente-cinq millions de francs. Toute une population (plus de dix mille ouvriers) y est employée et se partage entre la ville proprement dite et son faubourg: Saint-Pierre-lès-Calais[3].

[Note 3: On devrait écrire Saint-Pierre-lez-Calais. _Lez_ est un vieux mot, une préposition signifiant _voisin_ de tel endroit. Ainsi, par exemple, le château de Plessis-lez-Tours résidence favorite de Louis XI.]

Les tulles de ces localités sont connus du monde entier et, jusqu'à présent, conservent leur supériorité commerciale.

Les bains de mer sont extrêmement fréquentés à Calais: la plage est si belle! Un casino vaste et commode y a été construit.

* * * * *

Un voyage dans cette ville devient donc très intéressant. L'esprit se reporte aux souvenirs historiques qui ont rendu son nom célèbre, et les yeux sont agréablement satisfaits par les manifestations du génie moderne.

Il ne faut pas oublier que Calais eut la gloire de voir, en 1851, établir, sur sa côte, le point de départ du _premier_ câble sous-marin.

Elle est, également, voisine de l'endroit choisi pour le percement du tunnel projeté sous la Manche.

* * * * *

A dix kilomètres de Calais et touchant le cap Blanc-Nez, se trouve SANGATTE. Là doit être l'entrée du fameux tunnel sous-marin destiné à supprimer les désagréments de la traversée du Pas-de-Calais. Seulement le tunnel se fera-t-il jamais? On sait l'étrange émotion que l'annonce d'un pareil travail a excitée en Angleterre. Après tout, cela peut être heureux, et sans nous ranger, loin de là, parmi ceux qui déclarent l'entreprise impossible, nous croyons, cependant à des difficultés extrêmes d'entretien.

Rappelons que ce fut un Français, le savant ingénieur THOMÉ DE GAMOND, qui soutint sans se lasser jamais, l'idée première du projet de tunnel.

Rappelons, enfin, qu'un autre ingénieur, Charles BOUTET, a, dès 1867, croyons-nous préconisé la construction d'un PONT sur la Manche.

Il expliquait son plan avec une verve et des démonstrations entraînantes. Grâce à lui, le mot impossible semblait vraiment ne point faire partie de la langue française, mais...

Mais, selon toutes probabilités, les passagers qui redoutent le mal de mer seront, longtemps encore, obligés de se contenter des _bateaux sans roulis_. Par malheur, ces bateaux ne répondent guère, dit-on aux promesses de leur inventeur.

Voilà donc Sangatte forcé de renoncer, provisoirement au moins, à l'importance qui lui vaudrait l'achèvement du tunnel, importance autrefois obtenue si, comme le veulent plusieurs archéologues, ce bourg fut le _Portus Itius_ des _Commentaires_ de César.

Nous avons déjà vu réclamer ce nom pour Mardyck. Nous allons le voir, encore, donner à WISSANT.

* * * * *

Ce dernier bourg est voisin du cap Gris-Nez.

Jadis, la plus grande partie du commerce avec l'Angleterre prenait cette route, et bon nombre de documents permettent de supposer que César s'y embarqua, lorsqu'il crut le moment venu de tenter la conquête de la Grande-Bretagne.

Mais Wissant perdit promptement son importance. Les dunes s'accumulèrent autour de son enceinte et, dès le quatorzième siècle, son port était abandonné.

Les ruines avoisinant le bourg attestent, tout au moins, un assez long séjour des troupes romaines. On y trouve un camp, et des constructions, en partie dégagées du sable qui les recouvrent, permettent de se rendre compte de la situation de l'ancien port.

On visite encore avec intérêt le tumulus de la Motte Carlin, assis sur une base de soixante mètres, et les amateurs, quand même, d'antiquités, décorent le mont _d'Averlot_ du nom de _camp de César_. Soit! La position, au reste, eût été bien choisie, puisqu'elle est à une altitude de plus de quatre-vingts mètres.

Il est impossible, dans notre route vers Boulogne, d'oublier AMBLETEUSE, à l'embouchure de la Slack ou Sélaque. [Illustration: CALAIS.--Vue de l'entrée du port.]

On croit y retrouver une des nombreuses stations établies sur cette côte par les Romains.

Ce petit port eut l'honneur d'être fortifié par Vauban. Son écluse, ainsi que sa tour, furent construites sur les plans de l'illustre maréchal.

Aujourd'hui ensablée, la rade était jadis excellente. Lorsque le malheureux Jacques II Stuart, roi d'Angleterre, détrôné par son gendre, Guillaume d'Orange, dut se résigner à chercher un asile près de Louis XIV, ce fut à Ambleteuse qu'il aborda.

Treize ans plus tard, il succombait à Saint-Germain-en-Laye (1688).

* * * * *

Sept kilomètres plus loin, nous trouvons WIMEREUX, à l'embouchure du petit fleuve du même nom. Le port formé par ce cours d'eau est assez profond pour recevoir des navires importants. Peut-être songera-t-on à l'utiliser; il pourrait rendre de grands services sur cette côte sablonneuse.

Plus avancé dans les terres, est situé WIMILLE. Nous y entrons pour saluer le tombeau des intrépides et infortunés aéronautes PILASTRE DU ROZIER et ROMAIN.

On sait que, tous deux, avaient projeté de traverser en ballon le Pas-de-Calais.

Ils imaginèrent d'ajouter le gaz hydrogène au système nouvellement inventé par les frères MONTGOLFIER, et qui consistait dans la dilatation de l'air atmosphérique par la chaleur.

C'était commettre une irréparable imprudence. Les deux amis montèrent en ballon à Boulogne, le 15 juin 1785. Tout d'abord, ils s'élevèrent très haut et firent assez rapidement une petite partie de la route, mais le gaz prit feu au contact de la chaleur dégagée par la montgolfière....

Les flammes atteignirent la nacelle et les aéronautes vinrent se briser sur le sol de Wimille.... On les enterra dans le cimetière du bourg.

Ils furent les premières victimes de l'admirable découverte. Combien d'autres devaient et doivent les suivre, avant que le génie de l'homme puisse espérer soumettre les forces de l'air!...

CHAPITRE V

BOULOGNE-SUR-MER

Située à l'embouchure du petit fleuve la Liane, sur la mer de la Manche, BOULOGNE est une très jolie ville, au commerce actif, aux armements de pêche importants.

Elle se divise en deux parties: haute et basse ville.

La première, bâtie sur une colline dominant la rive droite de la Liane, n'a point de rues bien régulières. Pourtant elle possède un grand attrait, car les remparts, plantés d'arbres, offrent des promenades délicieuses, et la vue s'y étend sur le port, les plages, la mer... Elle a gardé la forme d'un quadrilatère percé de quatre portes à l'instar des camps et des castrums romains[4].

[Note 4: Son château fut bâti par Philippe Hurepel; son vieux beffroi médiéval et sa splendide cathédrale élevée par Mgr Haffreingue attirent l'admiration.]

Quand le temps est propice, les blanches falaises qui ont donné leur nom à l'Angleterre[5] deviennent visibles, et l'on découvre aussi une grande partie du Pas-de-Calais. Les campagnes voisines de la colline sont fraîches et fertiles. La Liane, très large, anime le paysage et, à lui seul, le port, toujours rempli d'une multitude de navires à voiles et à vapeur, devient un tableau mouvant de l'aspect le plus pittoresque.

[Note 5: Les poètes appellent encore l'Angleterre de son ancien nom: _Albion_, qui vient de la langue celtique: _alb_ ou _alp_. Ce nom s'explique par l'escarpement des falaises sud-ouest du pays, ou encore, par leur blancheur, car la craie les compose pour la plus grande partie.]

* * * * *

La basse ville prend chaque jour une importance nouvelle. Bien construite, elle annonce la richesse, et son apparence n'est point trompeuse.

Boulogne est redevenue, en quelque sorte une cité anglaise. La beauté de ses campagnes, sa magnifique situation, sa proximité avec Folkestone, qui rend le passage en Grande-Bretagne très fréquenté, la facilité des transports pour la France et l'Europe entière, tout se réunit en faveur de cette jolie ville.

Aussi, les Anglais, personnages sachant admirablement raisonner et concilier leurs plaisirs avec leurs affaires, ont-ils adopté Boulogne. Plus d'un _quart_ de la population est d'origine anglaise, sans compter, bien entendu, la population flottante qui, pendant la saison des bains de mer, devient très nombreuse, encombrant le magnifique établissement, où toutes les élégances de la vie moderne ont été réunies.

Boulogne, pour le mouvement général du commerce de la France, occupe une des premières places et procure au Trésor des droits considérables. En dehors de la florissante industrie des paquebots à voyageurs, entre l'Angleterre et notre pays, la ville s'intéresse, dans une large proportion, à la pêche de la morue, du hareng, ainsi qu'à la pêche côtière. Du reste, pour ces dernières industries, elle tient le premier rang.

* * * * *

Le port a été très amélioré; de grands travaux en ont diminué la difficulté d'accès et rendu ainsi la vie au commerce; car, il y a un siècle, les sables menacèrent d'anéantir le chenal et, seuls, les tout petits bâtiments pouvaient trouver fond sur la rade à demi comblée.

Un bassin de retenue fut décidé: il n'embrasse pas moins de soixante hectares de superficie. Les eaux de la Liane y sont captées et, suivant les besoins du port, sont chassées, à marée basse, d'une hauteur de plus de huit mètres au-dessus de la ligne du reflux.

La chute de ces eaux est superbe et, facilement, on comprend que leur passage, créant un fort courant, empêche les sables de prendre la consistance de bancs dangereux.

A diverses époques, les jetées ont dû être prolongées; elles le seront encore. De plus, on travaille à établir un nouveau port sur la place occupée par les dunes dites de _Châtillon_, à l'ouest de Boulogne. Le plan en est admirablement combiné. Des phares puissants éclaireront l'ensemble de la future rade, et leurs feux, à système tournant, compléteront les feux des côtes anglaises. Une partie de ces immenses travaux est exécutée à l'heure présente.

* * * * *

Des forts, des batteries importantes protègent la ville et le port; mais, dès qu'il s'agit de s'opposer aux envahissements de la mer, on doit lutter sans trève.

* * * * *

Ce n'est pas de nos jours, seulement, que les avantages de la position de Boulogne ont été appréciés. Les historiens s'accordent pour attribuer à Jules César l'origine de la ville, dont le nom viendrait de la cité italienne: _Bologne_. Tout de suite, le port reçut un grand nombre de passagers pour l'Angleterre, car les légions romaines avaient fort à faire avec les populations bretonnes.

Caligula, qui recouvrait fréquemment la raison et n'était pas toujours absorbé par les honneurs à accorder à ses chevaux favoris, Caligula fit construire une _tour à feu_ pour éclairer l'entrée du port.

Les empereurs Claude, Adrien et Constantin visitèrent Boulogne et l'embellirent.

«La ville, dit Malte-Brun, fit son apprentissage de résistance glorieuse aux invasions de 449; on ignore généralement qu'Attila échoua devant Boulogne, lui qui venait de semer les ruines par toute la Belgique. Mais Clovis la prit, et elle fit, dès lors, partie de la monarchie franque.»

* * * * *

Les côtes du Pas-de-Calais ne pouvaient échapper aux expéditions des _Northmen_. Charlemagne, prévoyant le danger, éleva des fortifications, imprenables pour le temps, mais la faiblesse et l'incurie de ses successeurs laissèrent périr son œuvre.

Boulogne en fut victime. L'année 882 la vit assiéger, prendre et ruiner de fond en comble.

Sa situation maritime la sauva d'une destruction absolue. Intrépides navigateurs, commerçants habiles et industrieux, ses habitants savaient promptement trouver moyen de réparer leurs désastres. Cette prospérité valut une réelle influence aux seigneurs de la ville, car Boulogne, et le territoire qui en dépendait, formèrent un comté ayant des seigneurs particuliers, vassaux de la couronne de France. L'un des plus célèbres fut Philippe _Hurepel_, qui s'occupa tant de Calais.

La puissance des comtes de Boulogne s'étendait jusqu'aux confins de la Champagne et du Luxembourg.

La famille comtale dut bientôt fractionner ses possessions. Une des dépendances devint le duché de Bouillon qui, par héritage, échut à un fils d'Eustache de Boulogne, GODEFROY, né vers 1058, à Nézy, près de Nivelle, dans le Brabant (royaume de Belgique). Du moins, quelques probabilités autorisent-elles à penser ainsi. Il est vrai que Boulogne revendique l'honneur d'avoir vu naître le héros de la première croisade, le chrétien admirable, qui refusa la couronne de roi de Jérusalem pour garder le simple titre de baron du Saint-Sépulcre.

D'ailleurs, il serait encore glorieux, pour la cité, que Godefroy fût simplement issu de la famille de ses comtes.

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A plusieurs reprises, Boulogne fut l'objet de luttes terribles. Les Normands s'étaient à peine éloignés que, tour à tour, les Français, les Bourguignons[6], les Anglais y dominèrent.

[Note 6: Il ne faut pas oublier que, jusque vers la fin du règne de Louis XI, la Bourgogne forma un duché puissant, contre-balançant souvent le pouvoir des rois de France.]

En 1477, Louis XI réussit à s'assurer du comté, mais il se voyait en face d'une difficulté fâcheuse: l'obligation de rendre hommage au duc de Bourgogne, suzerain immédiat du territoire boulonnais. Une telle servitude pouvait amoindrir son prestige; il la brisa par un coup de la plus fine politique.

On honorait, à Boulogne, une statue de la Vierge, que les légendes représentaient comme miraculeusement apportée dans la ville par un vaisseau mystérieux. Le concours des pèlerins se succédait sans relâche devant la statue vénérée; des titres apprennent qu'il fallut même construire des hospices pour recueillir les voyageurs qu'une cause fortuite empêchait de retourner chez eux. Une confrérie fut établie sous le vocable de Notre-Dame-de-Boulogne; elle se répandit rapidement. Reçue dans un petit village de la banlieue parisienne, elle lui donna son nom.

Louis XI, très dévot envers la Sainte Vierge, n'avait pas manqué de venir se prosterner devant la statue miraculeuse et, pendant ce pèlerinage, entrevit tout le parti qu'il pouvait tirer de la dévotion chère aux Boulonnais.

Solennellement, il fit don à Notre-Dame-de-Boulogne du comté entier, se reconnaissant son _vassal_ et engageant, avec lui, les rois ses successeurs. Pour gage de foi filiale, il offrit à l'autel un cœur d'or pesant treize marcs[7].

[Note 7: Trois kilos et demi.]

L'engagement de Louis XI fut toujours observé par les rois de France.

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En 1544, une grande calamité fondit sur Boulogne. Henri VIII, roi d'Angleterre, s'en empara à la suite d'un siège des plus meurtriers. Six ans après, le roi de France, Henri II, la rachetait pour une somme de quatre cent mille écus.

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Chaque fois que notre pays a été obligé de déclarer la guerre, on a vu les habitants de Boulogne se dévouer avec ardeur au triomphe de nos armes. Ses marins ont conquis un renom d'intrépidité bien justifié par tous les exploits qu'ils accomplirent.

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Un fait historique moderne attira, pour quelque temps, sur Boulogne les regards de l'Europe entière. La lutte séculaire de l'Angleterre et de la France sembla sur le point d'être terminée, en notre faveur, par un effort gigantesque.

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Bonaparte ne trouvait plus que le titre de Consul répondît à sa puissance ni à la place qu'il se croyait appelé à prendre dans le monde.

Toutefois, par un reste de prudence, il jugea utile de frapper un grand coup sur l'imagination française et, des plans divers qui pouvaient répondre à ses pensées secrètes, nul ne sembla devoir mieux réussir que celui dont le but aurait cette double portée: exalter l'amour-propre du peuple en satisfaisant son patriotisme.

C'était, également, mener de front les combinaisons du diplomate et celles du général, toujours en quête de victoires nouvelles.

Chez le futur souverain, l'exécution d'un plan suivait rapidement son cours. Des ordres furent donnés et, bientôt, l'Europe entière apprit avec crainte le danger qui menaçait la Grande-Bretagne, son alliée naturelle contre l'ambitieux soldat de fortune.

Donc, à la veille de se faire couronner empereur, Napoléon Ier conçut le projet d'une descente en Angleterre. Rien n'était mieux étudié: les armées de terre et de mer donneraient en même temps...

Afin de commencer l'exécution de ce projet, un corps d'armée prit la route de Boulogne, désignée pour être le lieu de départ des troupes. D'immenses travaux sont entrepris dans le port, qui voit se rassembler près de mille vaisseaux sous les ordres de l'amiral BRUIX.

Le maréchal SOULT dirige les opérations territoriales. Chacun se prépare aux événements futurs; le camp devient une sorte de ville à côté de la cité elle-même. Napoléon, pour entretenir une ardeur utile, veut y distribuer en grand appareil, le 15 août 1804, des croix de l'ordre nouveau de la Légion d'honneur.

La cérémonie fut tout à fait théâtrale. Le souvenir en a été conservé par un obélisque dont Soult posa la première pierre le 9 novembre 1804.

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Le succès allait-il répondre aux espérances conçues? La funeste défaite de Trafalgar répondit à l'interrogation....

La grande armée fut envoyée combattre en Allemagne, en Autriche, et le camp de Boulogne ne troubla plus l'esprit des Anglais.

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Les monuments de la ville sont en bien petit nombre. L'hôtel municipal a remplacé le vieux palais des comtes où, affirment les Boulonnais, naquit Godefroy de Bouillon. Le vieux château et le beffroi remontent au treizième siècle.

La nouvelle église consacrée à Notre-Dame-de-Boulogne s'élève sur une crypte curieuse, jadis dépendance de la cathédrale.

Près de la colonne du Camp, se voient les ruines du phare de Caligula. Il était construit en briques, n'avait pas moins de douze étages et s'élevait à quarante-deux mètres du sol. La tente de Napoléon Ier fut appuyée sur ces ruines.

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Boulogne compte plusieurs hommes célèbres.

Claude-François DAUNOU, né en 1761, mort en 1840, fut un savant historien, un professeur et un critique distingué. Ses ouvrages sont estimés, sa vie a mérité de grands éloges. Paris l'a honoré, en donnant son nom à une rue.

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Pierre SAUVAGE (1785-1857), fut un inventeur de génie. Il construisait des navires quand l'idée lui vint de reprendre les expériences de Charles DALLERY, d'Amiens. Ce que ce dernier n'avait pu terminer, Sauvage le réalisa. Il appliqua l'_hélice_ à la navigation, principe fécond en résultats heureux.

Mais, comme bien d'autres, le grand inventeur ne put, faute d'argent, exécuter sa machine dans les proportions nécessaires. Il eut même la douleur de se voir contester le mérite de ses travaux, et, pourtant, on s'en emparait sans scrupule.