Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel

Part 3

Chapter 33,427 wordsPublic domain

Du côté de la mer, les quais, avec leur population affairée; le port, pavoisé de tous les drapeaux connus; la rade splendide, sillonnée de bâtiments entrant ou sortant, les longues jetées, puis les flots qui se confondent avec l'horizon....

* * * * *

Peut-être, cependant, le paysage gagne-t-il encore en beauté quand vient le crépuscule, alors que les phares tournants ou fixes, et les feux flottants, projettent au loin leur lumière sur la vague mobile....

* * * * *

Les bains de mer des environs de Dunkerque sont très fréquentés.

ROSENDAËL, située à 5 kilomètres, prend, chaque année, plus d'importance. Un très joli casino y a été bâti. Son aspect délasse un peu de la vue des cheminées d'usines diverses, rencontrées si fréquemment, car tout un monde industriel occupe la banlieue dunkerquoise. Sécheries de morue, filatures, raffineries de sucre, distilleries, corroieries, fonderies, forges, poteries, brasseries, fabriques de tulle.... On voit bien que l'on se trouve dans le département du Nord, le plus peuplé et le plus riche de la France, après le département de la Seine.

* * * * *

Il est impossible de quitter Dunkerque sans visiter BERGUES, sa voisine, qui, comme elle, doit sa fondation aux comtes de Flandre.

* * * * *

Baudoin _le Chauve_ la fortifia; mais, en 1083, elle fut entièrement détruite par un incendie. Relevée de ses ruines, elle était de nouveau, en 1125, la proie des flammes et, moins d'un siècle plus tard, en 1215, la même cause la rejetait dans une profonde misère.

Il semble, en vérité, que la pauvre ville dût, périodiquement, subir cette affreuse épreuve: on note, encore, un incendie en 1494, et un autre en 1558. Ce dernier avait été allumé par le maréchal de Thermes, qui luttait pour la France contre les Espagnols.

Le roi d'Espagne Philippe II s'intéressa beaucoup à Bergues. Turenne la prit en 1658, mais pour peu de temps, et la France dut attendre que la paix d'Aix-la-Chapelle (1668) confirmât la capitulation définitive obtenue de la cité, par Louis XIV, l'année précédente.

* * * * *

Bergues possède un des plus beaux beffrois de la Flandre, justement classé parmi les édifices historiques.

* * * * *

Jadis, la ville était très malsaine à cause des marécages dont elle se trouvait entourée. On a remédié à cet état de choses par de grands travaux de dessèchement. Plusieurs canaux viennent y aboutir. L'un d'eux, long de huit mille mètres, la réunit à Dunkerque.

* * * * *

Tout est prévu pour permettre, en cas d'invasion, de submerger et de rendre, par conséquent, impraticables, les campagnes situées entre le port de Dunkerque et la place forte de Bergues, c'est-à-dire sur une étendue de plus de _dix_ kilomètres.

La nappe d'eau n'atteindrait pas moins de _un mètre cinquante centimètres de profondeur_....

Le moyen de défense serait extrême et coûterait, le danger passé, de longues années de travail pour rétablir les canaux actuels.

Mais, quand il s'agit de défendre sa patrie, aucun sacrifice peut-il être refusé!

CHAPITRE II

LA PÊCHE DE LA MORUE EN ISLANDE

Nous n'avons dit que quelques mots de la pêche de la morue sur les côtes islandaises, mais cette industrie mérite bien un chapitre spécial. A tous les points de vue, elle est intéressante.

Les pêcheurs qui s'y adonnent sont d'admirables marins, des travailleurs infatigables.

Chaque année, au mois de mars, les engagements sont contractés, car il faut être prêt pour quitter le port à l'époque ordinaire: 1er avril.

Autrefois, les navires employés étaient d'une forme particulière, assez disgracieuse, se conduisant bien à la mer, mais très lourds et d'une marche lente.

Depuis une quarantaine d'années, on emploie des goélettes, bâtiments à deux mâts, légers et fins voiliers, que l'on aménage spécialement en vue du travail accompli à bord. L'achat de chacun de ces navires, leur armement, c'est-à-dire tous les frais nécessités par l'assurance, par l'embarquement des vivres, par le bon entretien de chaque objet utile à la pêche future, ainsi que par les avances de solde à faire à l'équipage; enfin, le désarmement, consistant dans le payement de ce qui reste dû aux pêcheurs, le déchargement des tonnes de poisson, les réparations à la goélette,...toutes ces dépenses réunies varient de 80 à 90 000 francs. Or, il y a de cent à cent cinquante navires dunkerquois occupés, par année, dans les mers d'Islande, et chacun d'eux embarque de douze à quinze hommes.

Voilà donc toute une petite armée et une somme d'au moins _dix millions_ engagées dans la plus rude des campagnes. Quand la pêche a été abondante, c'est un peu d'aisance qui entre chez le matelot, car, en général, les _Islandais_ sont payés à la _prime_; autrement dit, ils reçoivent un prix déterminé par chaque tonne de morue rapportée.

Mais si le poisson n'a pas donné, si les mauvais temps ont causé des avaries graves au bâtiment ou contrarié constamment le travail, une misère véritable devient le partage de la famille du pêcheur.

Aucun métier ne réclame plus d'abnégation, n'expose à de plus grands efforts, à des privations plus pénibles.

* * * * *

La morue est rangée par les naturalistes dans le genre _Gade_, dont font partie la _merluche_, le _merlan_, le _lieu_, la _lotte_. On reconnaît l'espèce à ses nageoires ventrales jugulaires, qui sont étroites et pointues. Les nageoires sont appelées _jugulaires_, lorsque, comme dans les poissons que nous venons de citer, elles sont placées sous la gorge, en avant des pectorales. Ces dernières, situées aux deux côtés de l'animal, jouent fort bien le rôle de bras.

La morue se multiplie beaucoup. Un savant hollandais, Leuwenhoeck, a été assez patient pour en compter les œufs. Il a trouvé un total étourdissant: plus de _neuf millions_!

On comprend, dès lors, l'existence de ces _bancs_ exploités depuis si longtemps et non encore épuisés.

* * * * *

Tout est utile dans la morue: Aucun de ses débris n'est perdu.

Les œufs, mis à part, sont entassés avec un peu de sel. Ils fournissent le meilleur des appâts pour la pêche de la sardine. Cette préparation est connue sous le nom de _rogue_. Nous verrons les _sardiniers_ de Douarnenez et autres ports de pêche bretons en faire un incessant usage.

* * * * *

Le poisson étant capturé, on tranche sa tête et on la divise en plusieurs morceaux; l'un d'eux, plus délicat, est appelé _langue_, mais n'est autre chose que le _palais_. Les intestins serviront à amorcer les lignes mêmes auxquelles se laisseront prendre des centaines d'autres morues. La vessie natatoire donne une très bonne colle; le _foie_, convenablement préparé, abandonne une huile dont les propriétés médicinales sont bien connues. La chair, enfin, fournira un aliment sain et qui, grâce au salage, peut se conserver très longtemps.

Le matelot chargé de disséquer le poisson s'appelle, à bord des navires dunkerquois, _paqueur_; après lui, vient le _saleur_, qui dispose les morues dans des tonnes et les recouvre, au fur et à mesure, du sel nécessaire pour les protéger de la corruption. Ensuite, le tonnelier ferme, aussi hermétiquement que possible, chaque baril, et le marque du chiffre spécial à l'armateur.

* * * * *

Au retour des bâtiments, le contenu des tonnes est, de nouveau, visité, les morceaux sont triés et séchés.

Ce n'est donc pas une affaire de mince importance que la pêche dite _islandaise_, et elle ne réussit qu'à une condition, nous le répétons: celle d'y employer les plus grands efforts, de se résoudre aux plus pénibles privations, à des dangers de tous les instants. Et non point pendant une ou deux semaines, mais durant cinq longs mois, sous un climat glacial! Aussi la vieillesse et les infirmités arrivent-elles vite pour le pêcheur de morue....

Saluons le courageux marin, admirons son énergie, sa vaillance, et ne méprisons plus le produit d'une pêche conquis au prix d'un tel labeur.

* * * * *

Il peut se faire que, sous forme de conserve salée, la morue plaise moins à notre goût blasé que le _cabillaud_, c'est-à-dire la morue fraîche; toutefois, ne songeons point seulement à nos préférences.

Rappelons-nous que ce poisson donne lieu à un très important mouvement commercial, que sa pêche fait vivre une population considérable d'hommes, de femmes, d'enfants.

Rappelons-nous surtout, que si notre privilège d'habitants d'un pays à climat tempéré nous dispense d'avoir recours, dans une large mesure, aux aliments salés et fumés, il existe d'autres peuples pour qui ces mêmes aliments deviennent la plus précieuse des ressources. L'égoïsme est toujours mauvais conseiller; il montre la face d'un tableau, mais souvent le revers a une portée bien autrement grande.

Il faut désirer qu'un noble pays comme la France ne néglige aucun moyen de contribuer à la prospérité des industries qui font sa richesse. Toutes les améliorations, tous les encouragements donnés soit à nos grandes pêches, soit à nos pêches côtières, se traduiront par une augmentation des revenus nationaux.

D'ailleurs, n'est-ce pas à cette rude et périlleuse école que se forment nos excellents matelots?

N'oublions jamais une semblable considération, elle compte au nombre des plus importantes qui doivent nous intéresser.

CHAPITRE III

MARDYCK.--GRAVELINES

A douze kilomètres de Dunkerque, on trouve, gisant sous les dunes, un pauvre village comptant moins de cinq cents habitants. La ceinture sablonneuse l'étreint à l'étouffer; chaque jour, la marée nouvelle joint son œuvre à l'œuvre de la précédente marée. Peut-être le village finira-t-il par périr et son nom, autrefois célèbre, tombera-t-il dans l'oubli...

Nous sommes à MARDYCK, la vieille cité où Jean-Jacques Chifflet, le savant antiquaire, médecin du roi d'Espagne Philippe IV, place _l'Itius Portus_ des Romains.

Nous n'avons point à décider si cette opinion est certaine ou mal fondée, mais, incontestablement, Mardyck fut, pendant longtemps, un port fréquenté, large, profond, attirant un grand commerce; de plus, on le regardait comme très important au point de vue de la situation.

Pas plus que ses sœurs, les autres villes de Flandre, Mardyck n'échappa aux conséquences des guerres incessantes dont la province fut le théâtre. Depuis l'année 943, où les Normands la brûlèrent après l'avoir pillée, elle subit plusieurs sièges, passa et repassa, alternativement, des mains d'un prince à celles d'un autre souverain; fut conquise, en 1558, par les Français; livrée, par un traître, aux Espagnols, et reprise après avoir subi les horreurs d'un long siège. Perdue de nouveau pour nous, Turenne l'enlevait en 1657, et le traité des Pyrénées nous confirmait sa possession.

* * * * *

Vinrent les malheurs de la fin du règne de Louis XIV, puis la paix d'Utrecht, qui terminait la guerre causée par l'avènement du petit-fils du roi au trône d'Espagne.

Quoique cette paix, fruit des victoires de l'illustre Villars, fût, en elle-même, le salut pour la France, plusieurs de ses clauses étaient bien lourdes. Ainsi, nous le savons, les Anglais avaient obtenu la destruction du port et des fortifications de Dunkerque.

L'acte de vandalisme resta à mi-chemin d'exécution, mais c'était trop, encore, pour Dunkerque, dont ce coup terrible provoquait l'anéantissement.

Désespéré, Louis XIV essaya de créer un autre port sur cette côte si importante à la défense et au commerce du pays.

Il choisit Mardyck.

Parmi les immenses travaux entrepris, figurait un canal intérieur devant relier la ville à Dunkerque. Mais nos ennemis ne se méprirent pas sur les conséquences d'un tel projet, et s'y opposèrent avec tant d'acharnement que le duc d'Orléans, Régent de France, se vit, en 1717, obligé de détruire l'œuvre de son oncle.

Mardyck ne se releva pas de l'épreuve.

Les dunes aidant, la cité décrut rapidement. L'histoire affirme qu'en l'année 1766 sa population ne dépassait pas _cent vingt_ habitants!...

La ruine était complète et la prospérité ancienne devenait un incertain souvenir.

* * * * *

De nos jours, on visite Mardyck pour sa vieille église, dont la flèche, surmontant une tour carrée, s'aperçoit de fort loin, et les voyageurs, soucieux des grands faits d'autrefois, ne manquent pas d'aller reconnaître les ruines du canal creusé par Louis XIV.

Son abandon l'a rendu impraticable, sinon dans la partie enclose à Dunkerque, où elle sert aux besoins du port.

* * * * *

Suivant notre route à travers les dunes, nous arrivons à GRAVELINES, jolie petite ville dont le nom est formé de deux mots flamands: _Graven linghe_, signifiant _canal du comte_, parce qu'elle fut fondée, en 1160, à l'extrémité d'un canal creusé par THIERRY, comte souverain de la Flandre, pour y amener les eaux de l'Aa.

Remarquons, en passant, que le mot Aa appartient à la langue celtique et veut dire: _eau courante_. Plusieurs rivières et fleuves européens portent ce nom.

Malheureusement pour Gravelines, le courant de son petit fleuve n'a pu lutter contre les dunes, il reste, comme le port, très encombré et une distance de deux kilomètres s'est établie entre la ville et la mer.

Le nom de Gravelines apparaît souvent, dans l'histoire, accolé à toutes les vicissitudes subies par le pays flamand, qui resta si longtemps le théâtre de guerres meurtrières.

Elle passa de la maison des comtes de Flandre aux Anglais, aux Bourguignons, enfin aux Espagnols. Charles-Quint la fortifia. Elle devait, en 1558, voir le désastre infligé par le fameux comte d'Egmont, général du roi d'Espagne Philippe II, au maréchal de Thermes, commandant l'armée française. Ce dernier expiait ainsi les horribles excès qu'il venait de commettre dans la Flandre entière, à Bergues principalement.

La France devait, longtemps encore, attendre une complète revanche, car ce fut seulement un siècle plus tard que le traité des Pyrénées lui assura la possession de Gravelines.

* * * * *

Aujourd'hui, la petite ville est place de guerre de seconde classe, mais elle se préoccupe moins de cet honneur que des moyens d'étendre son commerce.

Malgré la petitesse et le manque de profondeur de son port, elle est devenue une sorte de centre pour le trafic des œufs et des pommes expédiés, à Londres, en quantités prodigieuses. Elle possède, aussi, un entrepôt de sel et un chantier de construction maritime. Toutefois, quoique plusieurs de ses navires prennent part à la pêche de la morue, du hareng, et même de la baleine, les difficultés, à peu près insurmontables, qu'oppose l'ensablement aux manœuvres de bâtiments d'un fort tonnage[2], empêchent les armements d'augmenter.

[Note 2: On appelle _tonnage_, la capacité ou la charge qu'un navire peut supporter. En terme de marine, un _tonneau_ est l'équivalent du poids de _mille kilogrammes_. Ainsi, lorsque l'on dit: bâtiment de 500 tonneaux, par exemple, l'expression équivaut à: charge de 500 000 kilogrammes.]

CHAPITRE IV

LES COTES DU PAS-DE-CALAIS.--LA VILLE DE CALAIS.--SANGATTE.--WISSANT

Depuis sa ligne frontière au nord, le rivage français continue en pente douce jusqu'au cap Gris-Nez où, subitement, il devient perpendiculaire, prolongeant, ainsi, ses grèves un peu au delà de l'embouchure de la Somme.

Sur plusieurs points du département, les sables l'envahissent encore, en particulier sur les quarante-cinq kilomètres de côtes appartenant à la mer du Nord. Mais, dès le cap Blanc-Nez, le sol se relève, et les soixante-cinq kilomètres dépendant du bassin de la Manche offrent quelques monticules, ramifications de la chaîne ondulée traversant l'ancien Artois.

Du Pas-de-Calais tout entier, les deux caps que nous venons de citer sont, peut-être, les collines les plus remarquables. Leurs noms, francisés, rappellent la prononciation anglaise de leurs noms véritables:

_Black-Ness_ ou _Cap Noir_ (par allusion aux rocs dont il est formé), et _Craigh-Ness_, ou _Cap des Rochers_.

D'ailleurs, les mots de Blanc-Nez et de Gris-Nez ont prévalu chez nous.

Le premier de ces promontoires élance, à la hauteur de 134 mètres, le sommet des belles roches dont il est composé, et qui deviennent d'autant plus imposantes sur l'ensemble d'une plage basse, sans autre relief.

Le second atteint seulement cinquante mètres. Il marque la ligne idéale séparant la mer de la Manche de la mer du Nord, et s'avance fort près des côtes anglaises: c'est de là que l'on s'en trouve à la plus courte distance. De là, encore, pour aboutir à Calais, s'étend le célèbre détroit auquel on a donné le nom de la ville.

Après le cap Gris-Nez, les falaises commencent à disparaître, et les sables reprendraient leur œuvre fatale, si on n'avait grand soin de les arrêter dans leur marche vagabonde par des plantations de joncs marins appelés _oyats_.

Viennent ensuite les collines des environs de Boulogne, les grèves très basses et les profondes échancrures formées par les estuaires de la _Canche_ et de l'_Authie_. La rive droite de ce dernier fleuve sépare le Pas-de-Calais du département de la Somme.

On l'a dit avec raison, cette partie du littoral français est très dangereuse. Les vents d'ouest la balayent avec une irrésistible violence, car elle y est directement opposée. En même temps, les bancs de sable, rendus mobiles sous la double action des tempêtes de l'air et de la mer, avancent ou reculent, bouleversant tout sur leur passage.

Les moyens suggérés pour remédier à un tel état de choses sont nombreux; mais aucun ne semble absolument infaillible. En attendant, les ports doivent être entretenus avec soin; c'est ce que l'on ne manque pas de faire et, en dépit des obstacles, ils s'améliorent progressivement.

Presque toute la campagne située à l'est de Calais repose sur des terrains marécageux que l'on a assainis par les moyens employés dans l'arrondissement de Dunkerque.

Si l'œil n'y découvre point de panoramas pittoresques, l'agriculture y gagne un champ dont elle sait tirer parti.

* * * * *

Un souvenir historique se lie à ces plaines: le _Camp du Drap d'Or_, ruineuse et inutile entrevue devant réunir, pour quelques heures, François Ier et Henri VIII, roi d'Angleterre, y fut tenu le 7 juin 1520.

Là, de grands seigneurs, pour faire assaut de luxe, de richesse, portèrent gaiement, «leurs châteaux et leurs terres sur leurs épaules»; autrement dit, ils dissipèrent leur fortune sans que le résultat, grâce à tant de légèreté, d'étourderie, eût la moindre influence pour le bien de la patrie.

* * * * *

CALAIS, qui a donné son nom à un département, est de fondation très ancienne, quoique son origine reste un peu obscure.

Des actes authentiques du neuvième et du dixième siècles le mentionnent. En 1128, Louis VI, roi de France, accorde diverses faveurs à ses bourgeois et, avant la fin du même siècle, les Calaisiens obtenaient de leurs suzerains, les comtes de Boulogne, une charte communale.

Ils avaient, alors, acquis une réelle importance commerciale, puisque l'on voit de grands seigneurs ne pas dédaigner de faire partie de leur association ou _ghilde_.

C'était, sous un autre nom, le principe de la _hanse_ destinée, dans plusieurs villes européennes, à protéger les intérêts des commerçants.

Paris eut, au temps de la domination romaine, une _hanse_ célèbre de ses bateliers; l'association se perpétua jusqu'en 1672, où Louis XIV la supprima.

Sur l'initiative des bourgeois de Hambourg et de Lubeck, l'Allemagne, en 1241, vit se former la fameuse ligue dite des: _Villes Hanséatiques_, à laquelle plus de quatre-vingts cités allemandes ou étrangères voulurent s'associer. Elle prit fin en 1630; mais, de nos jours, un vestige de cette puissance commerciale subsistait encore, puisqu'il a fallu une des dernières guerres de la Prusse pour faire disparaître les privilèges des _villes libres_, membres de la _Confédération germanique_.

Calais, dit-on, fit partie de la hanse européenne; cela prouve l'importance acquise par son commerce.

Mais bientôt la pauvre ville allait être victime de sa situation territoriale. Bâtie au point où le canal maritime séparant l'Angleterre de la France est le plus étroit, Calais ne pouvait manquer de se voir envier par les conquérants de la Grande-Bretagne.

Deux circonstances devaient produire un premier levain de discorde.

Au milieu de ses nombreux démêlés avec les rois anglais, Philippe-Auguste prit la résolution d'opérer une descente dans leurs états insulaires.

L'entreprise réussit, et Henri II se vit sur le point d'être détrôné par le monarque français. Malheureusement, un traité intervint, qui nous enleva le fruit de nos victoires.

Quelques années plus tard, l'occasion parut, de nouveau, se présenter favorable.

Jean Sans-Terre, fils de Henri II, avait réussi à succéder à son frère Richard Cœur-de-Lion. Méprisé, détesté à cause de ses vices et des crimes dont il se souillait, les barons anglais l'abandonnèrent et demandèrent à Philippe-Auguste de leur accorder pour roi son fils Louis.

La prière fut accueillie, d'immenses préparatifs commencèrent, neuf cents navires étaient destinés à renouveler l'exploit d'une descente en Angleterre. Le jeune prince Louis arriva à Calais et s'y embarqua pour son futur royaume... L'habileté diplomatique de Jean Sans-Terre conjura le péril imminent. Philippe dut renoncer à voir son fils lui rendre hommage pour la couronne anglaise.

Jusqu'à cette époque, Calais était assez mal défendu. Sa situation engagea Philippe _Hurepel_ (_rude peau_, fils d'Agnès de Méranie et de Philippe-Auguste), comte de Boulogne, son suzerain, à la fortifier soigneusement.

Saint Louis sut faire tourner au profit de la France la force de cette nouvelle place de guerre. On a, de lui, une convention où il est spécifié que Calais, dans la probabilité d'une guerre avec l'Angleterre, devra donner asile aux troupes françaises.

Après Louis IX, on voit successivement Philippe IV le Bel, puis son fils Charles IV, s'occuper de défendre la possession de Calais.

Hélas! les malheurs du règne de Philippe VI de Valois commencèrent.

* * * * *

Édouard III, petit-fils, par sa mère Isabelle, de Philippe IV, prétendait à la couronne de France. La guerre ne tarda pas à être déclarée: elle devait durer plus d'un siècle!

Le 26 août 1346, Philippe et le monarque anglais se rencontraient à Crécy-sur-Maie (Somme). Un engin guerrier, d'invention récente, le canon, décide du sort de l'armée française... Cruellement vaincue, il lui devient impossible de secourir Calais, et Édouard songe à assurer ses conquêtes par une station de facile débarquement pour ses troupes.

Sans perdre un moment, il remonte vers le nord, s'empare de Wissant, ville encore importante alors, et, le 30 août, vient mettre le siège devant Calais.

Le courage, l'intrépidité de la ville ne se démentirent point pendant _une année entière_; mais, réduite à la dernière extrémité et Philippe ne pouvant la sauver, il lui fallut se résoudre à implorer le vainqueur.