Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel
Part 26
Son livre, trop modestement appelé: _Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel_, a été écrit sur un plan nouveau. La préface contient ces lignes très vraies et qui visent une foule d'erreurs commises dans nombre de travaux précédents:
«L'architecture a ici une importance considérable. L'histoire du Mont Saint-Michel est écrite sur les murs de son abbaye et de ses remparts; toutes les grandes époques de son existence sont marquées par des édifices superbes, documents parlants, pour ainsi dire, qu'il suffit d'interroger pour qu'ils répondent péremptoirement et affirment leurs origines.»
La tâche si délicate une fois entreprise, M. Corroyer l'a menée à bien avec une sûreté rare de critique approfondie. Il serait impossible de trouver une meilleure autorité pour assigner une date à chaque partie de ces constructions dont l'ensemble domine de près de cent mètres le niveau de la mer, suite de chefs-d'œuvre qui conduisent le visiteur d'émerveillement en émerveillement jusqu'à l'enthousiasme sans limites.
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L'abbaye primitive n'était pas fortifiée. Non seulement le rocher qui la supportait est inaccessible au nord et à l'ouest, mais la mer présentait une défense assez redoutable pour un asile voué entièrement à la prière.
Les incursions normandes ayant provoqué l'établissement d'une petite population sur cet étroit espace, il fallut songer à lui donner une plus réelle sécurité, en même temps qu'il était nécessaire de mettre les trésors de l'église à l'abri d'un audacieux coup de main.
Les modestes clôtures primitives cédèrent la place à de solides remparts, qui enveloppèrent tous les endroits accessibles; ceinture protectrice opposée, à la fois, aux terribles marées d'équinoxe et aux bandes de partisans de toutes nationalités, pillards impitoyables, effroi du pays entier. Elle subsiste encore, mais aucune de ses parties ne remonte au delà de la seconde moitié du treizième siècle, et de grands travaux seront, pendant longtemps, indispensables pour assurer leur conservation.
La _Tour du Nord_ est la plus ancienne de toutes et la _Tour de l'Arcade_ est la seule qui soit arrivée jusqu'à nos jours dans sa forme primitive.
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Il faut lire ce que dit M. Corroyer de l'état d'abandon où périssait le noble édifice tout entier, quand, enfin!! la Commission des monuments historiques a pu en entreprendre la restauration.
Partout, les traces ignominieuses de l'étrange destination qui lui avait été assignée prouvaient l'urgence du secours.
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La petite ville du Mont est entièrement renfermée dans l'enceinte fortifiée. On y pénètre par une porte ouvrant sur l'unique rue qui la compose, rue suivant les courbes du flanc de la colline et venant aboutir, par des suites de degrés à paliers, devant l'entrée de l'abbaye.
Aucune des habitations, au nombre d'une soixantaine, ne présente un réel intérêt, quoique leur groupement et les différences de niveau du sol produisent des effets imprévus de pittoresque.
Mais on ne peut manquer d'aller voir les débris de la demeure que fit construire Duguesclin pour sa première femme, Tiphaine Raguenel. Ils se réduisent à un portail à trois arcades qui tirent leur importance de la mémoire glorieuse du grand connétable.
Une seconde enceinte couvrait les approches de l'abbaye. Son entrée, placée à l'ouest, est appelée _Porte de la Ville_ ou _du Roi_. Robert Jolivet, abbé du Mont, l'éleva dans les premières années du quinzième siècle en même temps que la majeure partie des défenses nouvelles de la ville.
Cette belle porte franchie, on éprouve un instant de perplexité. Tant de sujets sollicitent l'attention! Mais le choix ne saurait être douteux. Pèlerins, artistes ou simples voyageurs se dirigent vers l'église, le bâtiment le plus ancien du Mont et celui qui résume son histoire entière.
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«Richard II, duc de Normandie, écrit M. Corroyer, chargea Hildebert II, quatrième abbé du Mont, du détail des travaux. C'est à Hildebert qu'il faut attribuer les vastes substructions de l'église romane, qui, principalement du côté occidental, ont des proportions gigantesques
«Cette partie du Mont Saint-Michel est des plus intéressantes à étudier; elle démontre la grandeur et la hardiesse de l'œuvre de l'_architecte_ Hildebert. Au lieu de saper la crête de la montagne, et, surtout, pour ne rien enlever à la majesté du piédestal, il forma un vaste plateau, dont le centre affleure l'extrémité du rocher, dont les côtés reposent sur des murs et des piles, reliés par des voûtes, et forment un soubassement d'une solidité parfaite.
«Cette immense construction est admirable de tous points; d'abord par la grandeur de la conception, et ensuite par les efforts qu'il a fallu faire pour la réaliser au milieu d'obstacles de toute nature, résultant de la situation même, de la difficulté d'approvisionnement des matériaux et des moyens restreints pour les mettre en œuvre.»
Commencée en 1020, l'église ne fut terminée qu'en 1135, sous le gouvernement de Bernard du Bec, treizième abbé du Mont. Trois siècles après, il devint nécessaire de reconstruire le chœur, attendu que «l'an mil quatre cent vingt et un, veille de la Saint-Martin, Jean Gonault (gouvernant le monastère pendant une absence de l'abbé) vit tout le haut de l'église, jusqu'aux chaires du chœur, tomber par terre, sans néanmoins, Dieu mercy, que personne fût blessé.» (Dom Jean Huynes.)
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En 1450, Guillaume d'Estouteville commençait le chœur tel qu'il existe encore aujourd'hui.
Voilà pourquoi l'église ne présente pas une complète unité de style. La nef, plus ancienne, d'apparence plus robuste, s'il est possible d'employer une telle comparaison, rehausse encore la richesse, l'élégance, la grâce du chœur où les maîtres ne peuvent reprendre qu'une tendance trop grande au raffinement.
Nous ne blâmerons pas la critique, mais nous ne croyons pas qu'il faille se montrer sévère pour une œuvre d'exécution exquise en ses moindres détails, et en face de laquelle le mot perfection vient si naturellement du cœur aux lèvres!...
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Combien devait être imposante et belle, aux jours prospères de l'abbaye, cette église dont la vue, malgré des traces d'occupation indigne, émeut encore si profondément!
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Alors que les verrières laissaient filtrer un jour harmonieusement coloré; que les sculptures de granit s'alliaient aux sculptures de chêne, les fresques des murs avec les ornementations des chapelles; quand les voix unies des religieux répondaient à la voix de la mer montante... quand une foule de chevaliers et de châtelaines, en riches costumes, s'agenouillaient sur les dalles... Jamais scène fut-elle mieux faite pour inonder l'âme de sensations poétiques?...
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Par malheur, ces scènes ne renaîtront jamais et il faut souffrir, aujourd'hui, la plus étrange alliance entre les merveilles conservées et les travaux qui, fréquemment, vont à rencontre de ce que l'art véritable serait en droit d'exiger.
Nous n'osons espérer que la restauration entreprise sera, de tout point, intelligente, car, avec M. Corroyer, nous déplorerons que l'art moderne n'ait pas cherché, au moins pour la statue du saint patron de l'abbaye, une source d'inspiration dans l'imagerie et la statuaire du moyen âge.
On nous montre une image _chrétienne_, dit le savant architecte, et on l'affuble soit de vêtements grotesques, soit d'un costume théâtral, _imité des Romains_, costume païen par conséquent. Et il termine en ajoutant que si l'on n'a pas encore trouvé un vêtement digne d'une aussi grande figure, on devrait restituer au séculaire patron de la France son véritable costume national: l'armure française au moyen âge.
L'observation n'est pas inutile devant la statue dont nous reproduisons le dessin. Le grand nom de Raphaël[74] ne suffit pas à la faire trouver acceptable, et nous souhaiterions fort la voir remplacer par une copie de la belle figure ornant l'Office de saint Michel dans le _Livre d'heures de Pierre II, duc de Bretagne_[75].
[Note 74: Elle est une imitation du tableau de Raphaël.]
[Note 75: Manuscrit sur vélin conservé à la Bibliothèque nationale. M. Corroyer nous a fait connaître le frontispice si remarquable dont il est question ici.]
Mais, c'est peut-être beaucoup demander.... Contentons-nous de parcourir les chapelles, d'admirer leurs nervures et leurs pendentifs; de suivre la courbe, en forme de fer à cheval, des collatéraux, puis de nous rendre à la crypte.
La configuration du sol et les énormes fondations, nécessitées par les bâtiments extérieurs, ont permis de ménager cette église souterraine qui, sauf le nombre des chapelles, reproduit les dispositions du chœur.
On n'y pénètre pas sans respect, les beaux piliers ronds gardant un reflet de grandeur, de noblesse bien en harmonie avec le reste de l'édifice.
Les murs nord et sud de la crypte contiennent les citernes qui alimentaient l'abbaye.
Si, de l'église souterraine, on veut se rendre au logis abbatial, il faut franchir un _pont fortifié_, encore pourvu de ses mâchicoulis.
De même, on pourrait aussi passer, après une longue ascension, des ténèbres de cette église aux rayonnements du clocher le plus élevé: des degrés ayant été ménagés dans l'épaisseur de l'un des contreforts méridionaux, degrés qui, après avoir conduit dans l'église supérieure, se continuent au-dessus des chapelles et aboutissent à l'_escalier de dentelle_....
Nous retrouverons bientôt ce fragile escalier, car nous le suivrons pour aller embrasser du regard le panorama du Mont et de ses abords.
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L'abbaye dut beaucoup à Robert de Torigni qui, dans son gouvernement de trente-deux années (1154 à 1186), s'occupa sans relâche d'entretenir les constructions, d'y en ajouter de nouvelles et d'augmenter la valeur de la bibliothèque, dernière sollicitude souvent imitée, l'abbaye devant, plus tard, mériter le surnom glorieux de _Cité des Livres_.
Lorsque Philippe Auguste voulut relever le monastère des ruines causées par Guy de Thouars, il trouva dans l'abbé Jourdain un zélé et ardent collaborateur. C'est de 1203 à 1228[76] que s'élevèrent les constructions du nord, si justement appelées la _Merveille_.
[Note 76: M. Corroyer établit très nettement cette date jusqu'à lui controversée.]
Elles se composent de plusieurs étages: au rez-de-chaussée, ou étage inférieur, se trouvent l'_aumônerie_, ou salle des aumônes, et le _cellier_, immense salle de 70 mètres de longueur sur 12 de largeur, qui portent toutes deux le nom de _Montgommery_ ou _Montgommeries_; ce nom rappelle la tentative malheureuse du fameux partisan huguenot qui, en 1591, espérait enlever la place par surprise.
Le récit donné par dom Jean Huynes de cette tentative est des plus dramatiques, et rappelle la hardie expédition de Bois-Rosé à Fécamp. Mais Montgommery n'obtint pas le même succès.
Le soldat faisant partie de la garnison du Mont, qu'il croyait avoir gagné, avertit le gouverneur militaire. Une contre-embûche fut dressée. Quatre-vingt-dix-huit soldats furent successivement hissés jusque dans la salle, où ils trouvèrent la mort.
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Au-dessus des Montgommery se trouve le _Réfectoire_. Moins célèbre que la _Salle des Chevaliers_, sa voisine, il n'est pas moins beau. Ses piliers ronds, se dressant sur une base octogonale, séparent la construction en une double nef, aux voûtes ogivales, de proportions très heureuses, éclairée par neuf grandes fenêtres. L'effet d'ensemble est imposant. Le réfectoire date de 1215.
La _Salle des Chevaliers_, terminée vers 1220, ne compte pas moins de quatre nefs formées par deux rangs de huit belles colonnes à chapiteaux richement sculptés. L'ogive des voûtes est ornée de clefs délicates.
Deux vastes cheminées élèvent leurs manteaux jusqu'au plafond, où l'architecte a su fort heureusement dissimuler les larges conduits de fumée.
Cette admirable salle doit son nom à la cérémonie d'installation de l'Ordre royal de Saint-Michel. On a conjecturé qu'elle était, auparavant, la salle des assemblées générales ou celle du chapitre de l'abbaye. M. Viollet-le-Duc croyait qu'elle avait servi, au treizième siècle, de dortoir à la garnison du Mont.
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Le troisième étage date de 1225. Il formait le _Dortoir_ des religieux. Une rangée de petites fenêtres, style mauresque, l'éclairent; deux autres fenêtres, ouvrant sur la baie, celles-ci larges, hautes, y font pénétrer l'air et la lumière.
Si intéressante que soit cette salle, on a hâte de passer dans le _Cloître_ ou _Aire de Plomb_, «l'un des plus curieux et des plus complets parmi ceux que nous possédons en France[77]».
[Note 77: Viollet-le-Duc.]
Terminé en 1228, par Raoul de Villedieu, le cloître est entouré de galeries en arcades ogivales doubles, soutenues par de ravissantes colonnettes, qu'accompagnent de délicates sculptures remplissant l'intervalle des ogives, et une frise pour laquelle le mot _admirable_ est trop faible.
Originairement, le cloître était peint, et ce devait être, pour les religieux, le plus enviable lieu de repos....
Chef-d'œuvre, il termine la série de chefs-d'œuvre si justement nommée la _Merveille_.
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Mais comment, dans une description forcément trop sommaire, espérer faire passer une ombre de la beauté dont est empreinte l'abbaye?
Ce qu'il faut, c'est VOIR: puis, quand on a vu, quand on a réussi, ensuite, à fixer dans sa pensée ce démesuré souvenir, il faut recommencer le pèlerinage....
Alors, seulement, une impérissable image apparaît toute radieuse de grandeur, de triomphante poésie que l'on ne saurait jamais oublier.
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Nous nous contenterons donc de dire, qu'après la _Merveille_, on trouve la terrasse de _Beauregard_ ou _Mirande_, bien nommée, elle aussi: la perspective sur laquelle on plane étant splendide. On y est, néanmoins, importuné, en songeant que, de là, un malheureux prisonnier se jeta trois fois sur les rochers avant de trouver la mort. L'appellation de _Saut-Gaultier_ vient de cette circonstance.
Montons, montons toujours... pensons qu'il faut franchir plus de cinq cents marches pour arriver à la lanterne du clocher actuel! Passons par l'_Escalier de dentelle_, chemin aérien, dont la descente, comme l'ascension, peut donner le vertige aux plus aguerris.
Nous voici accoudé sur la balustrade supérieure entourant le chœur; l'horizon a grandi. Il grandit encore à chaque nouvelle marche gravie.... Bientôt, devant la baie entière, se dégagera une sensation de beauté, de génie, de splendeur qu'il serait impossible de dépasser.
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Reprenons le même chemin; il nous reste à parcourir les étages souterrains creusés dans le roc vif. Leurs noms disent assez ce que devaient être de telles prisons.
Le _Grand Exil_, le _Petit Exil_, le _cachot du Diable_, des caveaux où jamais un rayon de jour n'a paru....
On en sort au plus vite, en poussant des soupirs de soulagement, en respirant avec bonheur l'air frais envoyé par la mer.
De même, on ne peut pas partir sans voir la _Tour Perrine_, le _Châtelet_, la _Tour Claudine_, la _Tour Boucle_, le _Corps de garde_, la _Tour du Guet_, la _Tour Gabriel_, supportant les ruines d'un moulin à vent.... Ou, pour parler plus exactement, rien ne laisse indifférent, et, après avoir vu, on désirerait voir encore.
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Nous sommes, de nouveau, dans la petite ville du _Mont_. C'est son importance militaire, au moyen âge, qui lui a valu une qualification dont, aujourd'hui, on sourit volontiers.
Sa population se compose tout entière d'hôteliers et de marins. On doit s'adresser à ces derniers si l'on veut clore le voyage par la contemplation d'un tableau magique: le tour du rocher fait au moment de la haute marée. Il n'a de comparable que le flux équinoxial pendant lequel la mer, d'abord retirée à _quatorze kilomètres_ de distance, monte avec une furie, un déchaînement de vagues implacables.
Lors du plein d'une haute marée, l'ensemble est autre. Sans crainte, on peut se confier aux hardis pêcheurs, ils connaissent le moindre repli des grèves.
Enfants, n'ont-ils pas commencé leur rude apprentissage avec les _coquetiers_ et _coquetières_, pauvres gens tout occupés à ramasser, dans le sable, le succulent petit mollusque bonnement appelé: _coque_. La _coque_ ou un autre coquillage plus grand, assez abondant aux environs du Mont, a eu l'honneur de figurer sur le blason de l'abbaye, sur le collier de l'Ordre royal de Saint-Michel.
Sa réputation était grande, puisque les pèlerins de tous pays se croyaient obligés d'en orner leurs vêtements, et que la célèbre image de Saint-Jacques de Compostelle en porte sur son camail. Ce fait prouverait la rapidité de diffusion du culte de _Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer_.
Il n'y a donc rien à craindre en se confiant aux pêcheurs montois. Leur premier travail les a familiarisés avec tous les dangers de la baie.
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On a écrit, et cela est strictement vrai, que, vu de la mer, l'aspect de l'abbaye change à chaque coup d'aviron.
Les constructions se présentent faisant corps avec le roc, se recourbant autour de lui, le domptant ou empruntant de ses déchirures, de son escarpement, une magnificence nouvelle.
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Les sables grisâtres ont disparu, car le Mont est éloigné de deux kilomètres du rivage. Il domine tout.
L'îlot voisin, _Tombelaine_, ancien château fort, ancien pèlerinage de _Notre-Dame-la-Gisante_, maintenant désert, semble prêt à s'abîmer dans les flots, écrasé par la puissance de son rival.
On comprend que les traditions affirment l'existence, sur le Mont, d'un temple dédié à Jupiter.
Les Romains ne pouvaient choisir un meilleur emplacement pour l'autel du Maître des dieux.
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Que devait être le paysage, lorsque le rocher dominait une immense forêt bornée par la mer?
N'importe ce qu'il a été, le paysage actuel le surpasse. Nous n'en voulons pour preuve qu'une excursion en pleine eau pendant les sereines nuits de juin, où un clair crépuscule remplace le soleil.
L'abbaye, la ville, plongées dans la douce lumière, font penser aux cités fantastiques, palais des enchanteurs de l'Orient.
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Et si l'on ne redoute pas le froid d'une longue nuit d'hiver, le choc des flots turbulents, l'impression éprouvée sera plus durable encore.
Le Mont, chargé de ses vieux remparts, de son audacieuse église, ressemblera aux palais sombres, puissants, demeures préférées des enfants d'Odin....
Nous touchons, maintenant, à la terre bretonne. L'immense développement de son littoral mérite bien que nous lui consacrions un travail spécial.
Ce sera le texte de notre second volume, destiné, nous l'espérons, comme celui que nous achevons aujourd'hui, à faire mieux connaître, à faire mieux aimer la GRANDE PATRIE FRANÇAISE!...
V. VATTIER D'AMBROYSE
TABLE DES MATIÈRES
Chapitres Pages.
INTRODUCTION I
I La mer du Nord.--Ses rivages.--Dunkerque 1
II La pêche de la morue en Islande 29
III Mardyck.--Gravelines 37
IV Les côtes du Pas-de-Calais.--La ville de Calais.--Sangatte. --Wissant 43
V Boulogne-sur-mer 63
VI La pêche du hareng.--La pêche côtière 75
VII De Boulogne à l'embouchure de la Somme 85
VIII Les ports de la Somme 93
IX Abbeville 101
X La pointe du Hourdel.--Cayeux.--Ault.--Mers.--La Bresle 109
XI Le Tréport.--Eu.--La pêche côtière 113
XII La côte jusqu'à Dieppe.--Huys.--La cité de Limes 121
XIII Dieppe 127
XIV De Dieppe à Saint-Valery-en-Caux 147
XV Fécamp 157
XVI De Fécamp au Havre par Étretat 169
XVII Les phares de la Hève.--Le pain de sucre.--Notre-Dame-des- Flots.--Les bouées 175
XVIII Sur la jetée.--Les sémaphores 187
XIX Le Havre 203
XX Les bassins.--Un paquebot transatlantique 215
XXI Promenade à travers le Havre 229
XXII La Société des sauveteurs.--La catastrophe du 26 mars 1882.--Durécu 243
XXIII Les étrangers au Havre.--Les régates 253
XXIV Les environs du Havre.--Harfleur.--Orcher 257
XXV Rouen à travers l'histoire 267
XXVI Rouen monumental 279
XXVII Rouen moderne 295
XXVIII Quelques gloires rouennaises 303
XXIX La navigation de la Seine.--Paris port de mer 315
XXX-XXXI Honfleur 319
XXXII De Honfleur à Dives 327
XXXIII De Dives à Ouistreham 343
XXXIV Caen 357
XXXV De Caen à Port-en-Bessin 381
XXXVI Les fosses du Soucy.--Bayeux.--La tapisserie de la reine Mathilde 393
XXXVII De Sainte-Honorine à la baie des Veys 407
XXXVIII Carentan.--Saint-Vaast-de-la-Hougue.--Barfleur 413
XXXIX Cherbourg 423
XL Les Chantiers.--Visite aux navires on construction.--Le Salut 439
XLI Armement et lancement d'un vaisseau 451
XLII Une date cherbourgeoise.--Les environs de la ville.--Notes biographiques 459
XLIII Quelques mots d'hommage à notre marine militaire 461
XLIV La côte de Cherbourg à Coutances 467
XLV Coutances.--Le comte de Tourville.--Les Hauteville 477
XLVI Granville.--Avranches.--Pontorson 489
XLVII Le Mont Saint-Michel 499
TABLE DES GRAVURES
230 gravures dans le texte; 66 planches hors texte.
(Les gravures hors texte sont indiquées en PETITES CAPITALES)
Pages.
PATRIA Frontispice.
INTRODUCTION I
Salut au drapeau XII
FRONTISPICE DE DUNKERQUE Après l'Introduction
Les Dunes 2
DUNKERQUE 3
DUNKERQUE.--LE PORT 7
La tour de Leughenaer 9
Le phare et les signaux de marée.--Marée montante.--Marée haute.--Marée descendante 10