Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel
Part 22
On appelle ainsi, d'ordinaire, des chalands, avec pont, très solides et assez élevés sur l'eau, quoique de faible tirant. Ils servent à des travaux difficiles et exigeant une certaine force de résistance, par exemple à _renflouer_ un navire, c'est-à-dire à le remettre à flot, quand un accident l'a jeté sur un écueil ou sur la côte, ou, encore, à le retirer de la mer, s'il a coulé bas.
Mais on trouve, parfois, avantage à se servir de vaisseaux rayés du cadre de la flotte. Quoique ne pouvant plus tenir leur rang, ils sont excellents pour une telle destination. On les y approprie en rasant leur mâture et en faisant les changements nécessaires dans leur installation intérieure.
Ce même nom de _pontons_ est donné à des bâtiments déclassés où l'on interne des prisonniers de guerre.
Nos marins n'ont pas perdu le souvenir de ce que furent, pour leurs devanciers, les pontons anglais et espagnols!!
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Hâtons-nous d'échapper à ces fâcheuses réminiscences, en parcourant les chantiers de construction.
CHAPITRE XL
LES CHANTIERS.--VISITE AUX NAVIRES EN CONSTRUCTION.--LE SALUT
Les chantiers sont toujours fort animés, car les modèles les plus divers de navires y sont construits.
On y trouve toujours, en outre des travaux courants, des cuirassés destinés à faire partie d'une escadre et plusieurs des constructions navales cherbourgeoises sont célèbres: telles _le Furieux_, _le Vauban_. C'est encore de Cherbourg que sortent le croiseur à barbettes: _le Dubourdieux_; le croiseur à bastingages: _le Roland_; l'aviso: _le Météore_; l'aviso à roues: _la Mésange_[51]. Une liste complète serait longue et, en somme, un peu fastidieuse.
[Note 51: Ce vaisseau a été lancé dernièrement.]
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Les yeux restent stupéfaits devant les proportions données aux vaisseaux cuirassés. Non seulement la vieille langue maritime est à peu près transformée; mais, encore, les types ou gabarits modernes s'éloignent de plus en plus des modèles anciens. On a quelque peine à se reconnaître au milieu de ces nouveaux venus.
Il n'en faut pas moins essayer de se rendre compte de ce que nous voyons. Pour les vaisseaux cuirassés, cela est encore assez simple. On comprend de suite qu'une armure protectrice recouvre la carène et les murailles, afin de les mettre, dans une certaine mesure, à l'abri des boulets, soit d'une flotte ennemie, soit des forts chargés de défendre l'accès d'une baie. Les différences essentielles résident donc dans l'aménagement intérieur, dans l'installation des hélices et des machines à vapeur, qui ont absolument changé les conditions de la voilure.
Pour les noms d'_avisos_ et de _croiseurs_, ils s'appliquent, avec des modifications plus grandes, à des navires chargés de services spéciaux. En thèse générale, un aviso est un léger bâtiment de guerre, bon voilier, destiné à porter des ordres. Aussi une corvette ou un brick peuvent-ils le remplacer. Voilà pourquoi, dans de vieilles relations maritimes, on trouve ces mots corvette-aviso, brick-aviso. A présent, la dernière qualification est seule conservée.
Nous avons vu, au Havre, des navires à vapeur construits d'après les deux systèmes à roues et à hélice. On a compris, sur-le-champ, le type adopté pour l'aviso: _la Mésange_.
Le nom de _croiseur_ correspond, lui aussi, à des transformations reconnues nécessaires. Il en existe, nous venons de le voir, à _barbettes_ et à _bastingages_.
Le premier de ces termes signifie que l'artillerie du vaisseau n'est point renfermée dans des batteries, mais placée sur le pont même, de manière à faire porter ses coups _par-dessus_ les plats-bords.
Autrefois, les bastingages étaient des filets, doublés en toile peinte, régnant autour d'un bâtiment et se recouvrant, selon les nécessités du jour, par une seconde toile peinte. Leur installation permettait d'y placer les hamacs des matelots, qui, ainsi, n'encombraient pas, pendant le jour, l'enceinte intérieure du navire et subissaient une aération nécessaire.
Aujourd'hui, la plupart des bastingages sont en bois et toile, mais construits de façon à ne pas gêner les manœuvres. Lors d'un combat naval, cette muraille, si légère qu'elle puisse être, devient une protection pour l'équipage, moins exposé à souffrir de tout ce qui n'est pas projectile d'une grosse artillerie.
Remarquons, en passant, la tendance de plus en plus prononcée à donner à nos vaisseaux des noms ou lugubres ou terribles. Nous avons une _Dévastation_, un _Furieux_, un _Tonnant_, un _Fulminant_. Il existe une _Vipère_, un _Scorpion_....
Tous ces vocables, d'ailleurs, sont bien appropriés au rôle que peuvent jouer les _canonnières_, les _torpilleurs_, les cuirassés à _éperon_.
Le _Fulminant_ est de ce dernier type. Monstre en fer, se mouvant sans l'aide d'aucune voilure et entre deux eaux, comme un énorme crocodile, il ne laisse guère apercevoir que sa tour, agencée sur plate-forme à pivot, et abritant deux canons de dimensions gigantesques. Vienne l'ennemi, la tour s'ébranle, les canons, en un instant, peuvent menacer n'importe quel point de l'horizon!
Il fait plus encore, un éperon d'acier est fixé sur son avant. Au choc du terrible engin, les cuirasses cèdent, les murailles en bois qu'elles protègent s'entr'ouvrent, le navire frappé coulera....
A la mer, maintenant, comme à terre, la victoire n'est plus au courage, à l'énergie, à l'adresse, elle appartient aux gros bataillons; elle se fait acheter non en gloire, mais à coups de millions.
Les vieux marins déplorent cet état de choses. Adieu aux héroïques combats navals des Jean Bart, des Duquesne, des Tourville, des Duguay-Trouin! Tout, ou à peu près, devient question de construction et d'artillerie.
Eh bien! sans s'arrêter aux critiques inutiles, nous devons, non pas seulement suivre le courant, mais le devancer, le maîtriser, et continuer à rendre notre flotte assez forte, assez bien équilibrée pour que nulle autre ne puisse lui disputer la suprématie.
On a dit de la France qu'elle était assez riche pour payer sa gloire. Il est encore plus vrai de dire qu'elle peut être assez riche, assez résolue, pour se faire respecter.
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Cherbourg étant l'un des ports d'attache des vaisseaux cuirassés, il est rare que la rade n'offre pas le spectacle d'une de ces prodigieuses masses flottantes qui, par leurs proportions, ressemblent à des îlots. Près d'eux, les frégates même paraissent s'abîmer dans les flots, et les chaloupes ne sont plus que des points imperceptibles.
Ils sont dignes, au reste, du paysage entourant la rade, paysage vraiment imposant avec ses belles montagnes qui, du côté de l'est, se profilent jusqu'à la pointe de Gatteville-Barfleur, et, du côté de l'ouest, jusqu'au cap de la Hague ou de la Hogue[52].
[Note 52: Il ne faut pas confondre ce cap avec la rade de la Hougue, que nous avons déjà visitée: cette dernière se trouvant entre Carentan et Barfleur.]
C'est, justement, dans la profonde échancrure existant au milieu de la ligne maritime contenue entre les deux pointes, que Cherbourg a été fondé.
Creusé en plein roc, le fond du port a fourni une grande partie des matériaux de la digue qui, elle-même, ferme artificiellement les mille hectares de la rade.
Les grands cuirassés peuvent occuper jusqu'à près du tiers de cette surface, et l'on améliorera encore les endroits rendus inaccessibles par des rochers sous-marins.
Ici, nous pouvons facilement comprendre la signification de ces mots usuels de la marine militaire: _vaisseau_, _frégate_, _corvette_; en même temps, quelques-unes des belles manœuvres nous deviendront familières.
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Dans l'ancienne marine de guerre, le mot: Vaisseau, correspondait à une construction navale ayant une ou plusieurs batteries d'artillerie couvertes et munies de quatre-vingts à cent vingt canons.
Ce dernier type était connu sous le nom de _Vaisseau à trois ponts_ ou, généralement, un _trois-ponts_, ou, encore, _Vaisseau de premier rang_.
Celui de second rang n'avait plus que cent canons, celui de troisième quatre-vingt-dix, et celui de quatrième rang quatre-vingts canons.
Il arrivait parfois, il peut toujours arriver, que des défectuosités de construction rendent un vaisseau impropre à un bon service, dans la classe où on l'a rangé.
Il n'est point, pour cela, hors d'usage. Une de ses batteries étant jugée superflue, on la _rase_, et l'ensemble du bâtiment gagnant en légèreté, la marche ainsi que la facilité des manœuvres acquièrent des qualités réelles. Voilà pourquoi les mots de: _vaisseau-rasé_ ne veulent pas toujours dire: vaisseau hors d'usage, mais bien: _vaisseau transformé_.
Les anciens bâtiments n'avaient généralement pas les dimensions données à nos vaisseaux, même avant l'adoption du type cuirassé. Beaucoup étaient extrêmement petits. Plusieurs n'avaient que cinquante pièces d'artillerie, d'autres en portaient soixante-quatorze. On les range dans les classes modernes desquelles ils se rapprochent le plus.
C'est ainsi que nous voyons un vaisseau de 74 dans la gravure précédente. Il court _vent largue_; autrement dit, ses voiles se trouvant frappées par un vent favorable, on leur laisse la facilité d'y donner prise en relâchant les cordages qui les maintiennent aux mâts.
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De plus, nous voyons la fumée des pièces qui viennent d'exécuter le _Salut_. Il y a, pour un vaisseau, plusieurs occasions de _Saluer_. Par exemple, en croisant des bâtiments de nations amies, en arrivant devant un fort, ou en recevant la visite d'un personnage important. Suivant les pays, le nombre de coups de canon varie. Généralement, il est échelonné de 3 à 21 coups.
Mais il est des cas où le simple Salut devient une _Salve_. Alors, toutes les pièces d'artillerie tirent ensemble une, deux ou trois fois. Dans les grandes revues d'apparat, cette sorte de simulacre de combat est d'un effet prodigieux.
Les bâtiments de commerce étant dépourvus d'artillerie, saluent en _amenant_[53] leurs voiles les plus élevées, ou en faisant flotter plus largement l'une même de ces voiles.
[Note 53: Synonyme de: _descendre_.]
Quelques-uns, autrefois, faisaient davantage: ils _amenaient_ et _hissaient_ successivement leur pavillon. Mais on a condamné avec force une telle pratique.
Le drapeau d'un pays ne saurait être employé ainsi. Sa seule place est la place d'honneur; il y doit flotter constamment, et, s'il en descend, il faut que ce soit par suite d'un accident imprévu ou après un combat dans lequel la victoire aura trahi le courage....
On ne trouverait plus, croyons-nous, de capitaine marchand disposé à donner une semblable marque de soumission absolue.
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Combien de fois la question du Salut n'engendra-t-elle point de querelles!
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L'excellent dictionnaire de marine _Bonnefoux et Pâris_ donne, à ce sujet, de curieux renseignements.
«Autrefois, lisons-nous, et jusqu'au dix-huitième siècle, le Salut, à bord, consistait, non seulement, comme aujourd'hui, en un certain nombre de coups de canon, mais aussi dans l'obligation d'amener, dans certains cas, ou de ferler[54] son pavillon, d'amener les voiles hautes et de prendre le dessous du vent[55].
[Note 54: Synonyme de: _relever_, _plier_ le long d'un mât, d'un cordage.]
[Note 55: Se mettre sous la ligne de vent d'un autre bâtiment et, par conséquent, sous sa dépendance.]
«Ces obligations dénotaient, alors, une grande soumission; elles étaient imposées aux plus faibles sans admettre de réciprocité, et quelques nations voulant l'exiger des bâtiments de guerre d'autres nations, il en résulta plus d'une fois, des refus, rixes, batailles.
«C'est ainsi qu'en 1688 les amiraux français et espagnol _Tourville_ et _Papachin_ se livrèrent un rude combat, par la seule raison que _Papachin_ avait refusé le Salut exigé.
«Aujourd'hui, le Salut n'est plus un signe de domination ou de soumission, mais, simplement, un échange de courtoisie et de bons procédés qui, toutefois, présente tant de cas d'application, qu'il demande du tact, du discernement et, souvent, un sentiment élevé des convenances.
«Entre étrangers, c'est le pavillon ou l'État, représenté par le pavillon, que l'on Salue. Celui qui arrive, Salue le premier d'un certain nombre de coups de canon, et, quelle que soit la force relative du bâtiment ou du fort qui Salue, il doit y être répondu par un nombre égal.
«Entre nationaux, c'est, ordinairement, le grade des commandants des bâtiments ou la dignité des personnes qui s'y trouvent, que l'on Salue, et l'inférieur, qui arrive, doit, s'il y a lieu, Saluer le premier. Le nombre de coups de canon qu'il tire, alors, et celui qui est rendu, sont réglés par une disposition ministérielle.»
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Nous comprenons, maintenant, l'importance de cette manœuvre, en apparence si simple et presque insignifiante.
Un second dessin nous montre un vaisseau placé _en panne_.
Son attitude peut correspondre à plus d'un incident. Tout d'abord, si le vent poussait vers un point où l'on ne voudrait pas jeter l'ancre. Un homme tombe à la mer; si le navire conservait son allure, il n'y aurait nulle espérance de sauver le naufragé; mais en neutralisant autant que possible l'effet de la voilure, on gagne du temps et les canots, mis à flot, opèrent le sauvetage.
On met en panne de plusieurs façons différentes; mais toutes arrivent à ce résultat de disposer les voiles en un sens gênant pour les mouvements de la quille et opposé, par conséquent, autant que possible, à la marche en avant ou en arrière. Le gouvernail aide à la manœuvre.
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Nous ne pouvons entrer dans des développements qui réclameraient l'emploi de termes techniques nombreux. Toutefois remarquons, en nous souvenant de l'étude faite, au Havre, sur les bâtiments de commerce, que les voiles de hune, le petit foc et la brigantine jouent le rôle principal dans la manœuvre de _mettre en panne_.
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Les frégates modernes portent de 40 à 60 canons; leur rang est gradué de dix en dix pièces d'artillerie, celles de 40 appartiennent au troisième rang, et ainsi de suite. Toutes n'ont qu'une batterie couverte: c'est ce qui les distingue des vaisseaux.
Elles en diffèrent encore, d'ailleurs, par leur aspect plus élancé, plus léger, par la rapidité de leurs allures. Rien de plus gracieux qu'une frégate sous voiles....
Les flots semblent s'ouvrir sans effort sous sa carène et le vent paraît lui obéir....
En temps de guerre, ce sont les meilleurs bâtiments de croisière.
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La frégate représentée par le dessin marche à l'allure du _plus près_, ce qui signifie qu'elle veut promptement _gagner_ ou avancer dans la direction d'où souffle le vent.
Elle _Salue à la voix_, c'est-à-dire que l'on répète, à son bord, le cri indiqué par le commandant, d'après les règlements. Nous venons de voir les différents cas exigeant le _Salut_.
Lorsqu'il s'agit de _Saluer à la voix_, les hommes de l'équipage vont se poster du côté où passe, soit le bâtiment, soit le personnage auquel il faut faire honneur.
Puis, tous les matelots étant montés dans les haubans[56] et sur les vergues[57], profèrent, à leur tour, le cri ordonné.
[Note 56: _Haubans_, cordages importants servant à soutenir et à assujettir les mâts.]
[Note 57: _Vergues_, pièces de bois croisant sur les mâts et supportant les voiles.]
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Les grandes solennités maritimes rassemblent souvent les différents genres de Salut simultanément exécutés.
Pavoisés et brillants sous leurs fraîches peintures, les vaisseaux font feu de leur robuste artillerie, pendant qu'en tenue de parade l'équipage lance aux échos ses formidables hourras.
Rien, à notre avis, ne surpasse ces solennités: la mer encadrant le tableau d'une poésie pénétrante et l'ensemble d'une flotte ayant des aspects mobiles du plus piquant imprévu.
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La _corvette_ prend rang après la frégate. Pontée bas, élancée et possédant une excellente voilure, elle est un admirable éclaireur; mais, de nos jours, on lui donne de beaucoup plus grandes dimensions qu'elle n'en avait, même vers la fin du dix-huitième siècle.
Ainsi, nos corvettes de premier rang portent 30 canons et ont une batterie couverte; elles correspondent aux frégates de guerre du temps de Louis XVI.
Les corvettes de second rang portent de 20 à 24 canons, établis en «batterie barbette,» comme nous l'avons vu précédemment.
Vaisseaux, frégates et corvettes sont pourvus de trois mâts. Dans ce nombre de mâts, le _beaupré_ ne compte jamais[58].
[Note 58: Nous l'avons déjà expliqué à l'article: Havre.]
Vient ensuite, toujours par rang de force, le _brick_ ou _brig_ de guerre, sensiblement plus petit et n'ayant que deux mâts.
La marine militaire classe les bricks selon l'importance de leur artillerie. Il y a des bricks-avisos qui, dans une escadre, jouent le rôle d'un véritable bateau-poste; d'autres sont employés au service côtier.
Parmi les bâtiments destinés à protéger nos rivages, il faut encore citer les _gardes-côtes cuirassés_. Ce nom indique suffisamment le but que l'on a voulu atteindre; trop longtemps les navires gardes-côtes ayant été laissés dans un état d'impuissance absolue, quant aux services que l'on réclamait d'eux.
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Enfin, les _canonnières_ font partie de toute cette catégorie d'engins guerriers nouveaux: monitors, batteries flottantes.... car leurs proportions et leur armement sont bien faits pour bouleverser les vieilles classifications.
CHAPITRE XLI
ARMEMENT ET LANCEMENT D'UN VAISSEAU
Port militaire avant tout, Cherbourg, nécessairement, doit abriter une nombreuse population n'ayant pour objectif que la marine de guerre ou ce qui y confine.
Le tiers des habitants, a-t-on dit, vit des travaux du port.
Cela doit être. Il faut beaucoup de bras pour suffire aux besoins de l'arsenal, des chantiers de construction, de la manutention, des corderies.... en un mot, de cette immense entreprise qui s'appelle l'armement d'un vaisseau.
Tout y est prévu, puisque le vaisseau représente une forteresse flottante qui, à un moment donné, peut se trouver réduite à ses seules ressources.
Le vaisseau se tiendra en garde non seulement contre les caprices de la mer, mais l'existence tranquille de chaque jour de paix, comme les nécessités de chaque minute de la terrible phase d'un combat naval doivent y être assurées.
Ce n'est pas tout encore, il devient le gardien de l'honneur de la patrie. Le pavillon déployé dans sa mâture lui rappelle que, par une extension touchante, son pont représente une fraction du sol natal qu'il est chargé de faire respecter et ne peut céder avant d'avoir franchi la limite de l'impossible....
De là, le profond sentiment de dignité dont se pénètrent les officiers et les marins de la flotte.
Le temps n'est pas encore très éloigné où les équipages du commerce avaient à peine le droit de revendiquer devant eux l'humble qualité de matelots. C'était pis, même, quand il s'agissait de l'armée de terre ou de l'infanterie de marine.
Heureusement, les rivalités ou n'existent plus ou s'effacent avec rapidité.
La marine militaire, on l'a compris, c'est le droit dans sa force fière, puissante, protégeant, servant les nobles causes.
L'infanterie, qui lui doit son nom, c'est l'auxiliaire indispensable de nos escadres, la vaillante gardienne de nos colonies.
La marine marchande c'est le travail, l'activité de la nation, contribuant à la conquête de sa fortune, au développement de son génie.
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Nous serons peut-être dans le vrai, si nous avançons que l'introduction de la vapeur à bord des bâtiments de guerre a beaucoup aidé à ce résultat.
Le système naval tout entier se transforme constamment.
Jadis si difficile à acquérir, l'expérience nautique se montre moins hérissée d'obstacles. Non pas que nos officiers soient inférieurs à leurs prédécesseurs, mais l'occasion est souvent rare, pour eux, de mettre à profit leurs patientes études.
Les périlleuses traversées exigeant, autrefois, plusieurs mois, s'accomplissent maintenant en quelques semaines, et celles qui réclamaient de longues semaines, s'effectuent en quelques jours.
La navigation mixte simplifie l'étude des manœuvres de voilures et l'on compte à présent, affirment les pessimistes, «nos vieux loups de mer».
Lamentations bien exagérées, ce nous semble. Mais, si nous devions rechercher la vraie source de la pénurie d'excellents et solides équipages, il faudrait entrer dans des développements et des considérations que notre travail ne saurait admettre.
Répétons, seulement, combien il importe qu'une protection efficace remédie aux maux dont souffrent nos pêcheurs. La pêche, on ne saurait trop le redire, est la pépinière de notre marine de guerre; tout ce qui se fera pour elle, sera, par contre-coup, fait pour notre flotte: ne l'oublions jamais....
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Un des plus grandioses événements auxquels on puisse assister dans un port militaire, c'est le lancement d'un vaisseau.
Le Havre construit des steamers immenses, cependant la mise à l'eau d'un cuirassé émeut encore davantage. Si l'on n'a pas vu le chantier où repose un de ces géants, on ne saurait se faire la moindre idée des audaces auxquelles sont arrivés nos ingénieurs.
La cale immense qui le contient est absolument bondée, du sol à la toiture, par la masse de la coque, quoique les poutres d'étais soient enlevées.
Il ne se trouve plus maintenu que par les _coittes_, énormes pièces de bois placées de chaque côté. Ce soutien l'empêchera de pencher avant qu'il ait atteint l'eau du bassin, sa future résidence, en attendant le moment où, l'armement se trouvant complété, sa carrière maritime commencera.
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Le _ber_ est tout prêt. Ce lit des madriers et de cordages va permettre au nouveau vaisseau de glisser doucement sur le plan incliné de la cale.
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L'art moderne a perfectionné le lancement comme il a révolutionné les règles de la construction ancienne.
C'était, jadis, une opération redoutable, celle de mettre un navire à la mer. Au dernier moment, un homme devait aller, sous la quille, frapper à coups de hache les étais la soutenant encore.
Il lui fallait se maintenir sur un plancher déclive, avoir le regard assez juste pour frapper là seulement où c'était nécessaire; le bras assez fort pour ne pas se reprendre trop longtemps, et le pied assez agile pour éviter le choc fatal de la masse entière brusquement ébranlée.
Plus d'une fois, la mort fut la récompense de tant d'audace, mais il arriva aussi que des condamnés, ayant subi victorieusement cette redoutable épreuve, obtinrent la grâce méritée par leur courage.
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De nos jours, les accidents sont rares, justement en raison de la simplification de la manœuvre.
C'est au moment où la marée montante a rempli le bassin confinant le chantier, que le vaisseau, tout enguirlandé et pavoisé, est admis à prendre possession de son nouveau domaine.
Le glissement d'un semblable poids sur les poutres du bord détermine une élévation de température, qui se traduit par des étincelles, prélude d'incendie. Mais on a obvié à ce danger.