Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel
Part 18
Néanmoins, celle-ci devait alors commencer à sortir de son obscurité, puisque l'acte ducal mentionne l'église, le marché et le _port de Cathim_[34]. Ainsi orthographiait-on le nom de la ville. Plus tard, on écrivit _Cathem_ d'où, par contraction, est venue l'appellation moderne. Longtemps on a prononcé _Caën_.
[Note 34: D'autres ont lu: _Cadon_, mot saxon qui signifierait: _ville de guerre_.]
Les ducs normands eurent le mérite de comprendre l'avantage offert par une semblable position, voisine de la mer et pouvant faire rayonner facilement ses relations sur une grande étendue de territoire.
Le fils de _Robert le Magnifique_, ou le _Diable_, Guillaume, futur souverain de l'Angleterre, alliait aux mérites du capitaine le génie d'un chef d'État. Il aima et protégea Caen, lui donnant, en toute occasion, des marques de sa munificence: témoin, la fondation des monastères dits: _Abbaye-aux-Hommes_ et _Abbaye aux-Dames_. Ces deux splendides joyaux furent construits par obéissance envers le pape Nicolas II qui, moyennant une telle soumission, levait la censure ecclésiastique frappant le mariage de Guillaume avec sa cousine Mathilde de Flandre.
Ainsi qu'il arrive toujours, le duc s'attacha à son œuvre et la dota de façon royale, lui léguant, entre autres choses, sa couronne et son sceptre. L'_Abbaye-aux-Hommes_ (Saint-Étienne) devint le lieu de sa sépulture, et l'_Abbaye-aux-Dames_ (Sainte-Trinité) fut celle de la reine-duchesse, Mathilde.
En même temps, Caen se fortifiait. On l'entourait de remparts et on lui donnait la protection d'un château.
Les successeurs de Guillaume imitèrent son exemple. L'un d'eux, pour améliorer le port, y fit dériver l'Orne, dont le cours était un peu différent de ce qu'il est aujourd'hui.
La prospérité de la ville croissait rapidement.
Jean sans Terre chercha à s'en faire une alliée et lui octroya une charte communale; mais le monarque n'était pas plus aimé des bourgeois de Caen que de ses vassaux anglais, et Philippe Auguste, son heureux rival, trouva la ville fort bien disposée pour une annexion à la France.
Cette fidélité ne se démentit pas, lorsque, après une période de plus d'un siècle, pendant laquelle Caen avait continué à étendre son influence, la puissante armée d'Édouard III, d'Angleterre, toute enflée des victoires remportées sur Philippe de Valois, vint mettre le siège devant ses murs.
On ne saurait croire, si les annales les plus authentiques n'étaient là pour l'affirmer, combien fut effréné le pillage qui punit les bourgeois de leur résistance héroïque.
Une _centaine_ de navires emportèrent le butin!... Grand nombre d'habitants et de chevaliers furent emmenés prisonniers....
Sous le règne de Charles VI, pareil désastre se renouvela. Henri V, le monarque anglais, se montra digne successeur d'Édouard III. Tous les crimes furent commis par les soldats du vainqueur, et _deux mille_ bourgeois périrent sur leurs murailles envahies....
C'en était trop, la malheureuse ville, écrasée, ne put essayer de travailler elle-même à son affranchissement et dut attendre dix-neuf années avant d'être secourue par Charles VII en personne.
Elle se montra toujours reconnaissante de sa délivrance. En 1532, nous voyons ETIENNE DUVAL, riche marchand caennais, faire entrer des vivres dans Metz, assiégée par Charles-Quint.
De l'époque néfaste de la conquête, subsiste un seul souvenir qui, aux yeux des lettrés, peut légèrement atténuer la tyrannie odieuse des vainqueurs. Ils dotèrent Caen d'une Université: ce fut l'origine de la réputation littéraire bientôt obtenue par la ville. Les concours poétiques, désignés sous le nom de _Puy de Palinod_, et institués sur la proposition de l'avocat JEAN LE MERCIER, étaient regardés avec faveur par les écrivains empressés à s'y distinguer.
Depuis lors, la nouvelle renommée créée brilla d'un vif éclat, et la liste est longue des poètes, ainsi que des prosateurs, inscrits sur les registres de la vieille Université. Il semblerait même que Caen préféra cette gloire à toute autre; du moins, on ne voit pas son nom se joindre aux noms des cités normandes profondément troublées par les guerres entre catholiques et protestants.
Les huguenots, néanmoins, y commirent plus d'un excès, qui atteignirent surtout les belles églises de Caen; ils allèrent jusqu'à brûler les sépultures de Guillaume et de sa femme Mathilde.
Plus tard, la révocation de l'Édit de Nantes amena, par contre-coup, de nouvelles et bien fâcheuses violences; mais, bientôt, le calme de l'étude domina complètement.
Aujourd'hui, la ville a conquis une solide position commerciale. Le canal d'Ouistreham y a beaucoup aidé, en diminuant les difficultés de la navigation dans les bouches ensablées de l'Orne.
L'activité du port va toujours grandissant, et les navires sortis de ses chantiers de construction sont très appréciés. Les nombreux produits naturels et agricoles du Calvados, l'un des plus riches départements français, alimentent largement l'exportation. De son côté, l'industrie fournit, dans une mesure assez importante, aux transactions commerciales. Parmi les objets les plus recherchés, figurent les dentelles de luxe et communes. Beaucoup de ces tissus peuvent rivaliser avec ce que le goût moderne a composé de plus charmant.
Le légendaire bonnet de coton normand a dû exercer une influence heureuse sur les fabriques bonnetières de la contrée, car leurs produits s'exportent un peu partout.
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L'importation a surtout lieu pour les bois du Nord, les engrais, les fers, les aciers, la houille.
Toutes les nations commerciales ont, à Caen, un représentant.
Les navires entrant ou sortant donnent un total, toujours en progression, de plusieurs centaines de mille tonnes, et la population exclusivement maritime atteint un chiffre élevé. En un mot, Caen occupe, après le Havre, Boulogne et Saint-Malo, une place au premier rang parmi les ports de la Manche. Cette place lui est maintenue par la facilité d'accès de ses quais, de ses bassins, et par un système fort bien entendu de remorquage, permettant de braver les vents contraires.
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Dès le premier pas dans la ville, on s'aperçoit de la prospérité qui y règne. Située au milieu de superbes et grasses prairies, entourée de ravissantes promenades, baignée par les eaux de l'Odon et de l'Orne, elle est, de plus, fort bien bâtie. Ses rues sont suffisamment larges, aérées. Ses maisons, pour la plupart, ne ressemblent pas aux immenses casernes affectionnées par nos modernes architectes.
Peut-être la ville doit-elle ce bon goût aux nombreux monuments historiques qui lui conservent un si vif attrait.
Les églises Saint-Étienne et de la Sainte-Trinité (vocables des abbayes bâties par Guillaume et Mathilde) restent le legs le plus précieux du passé.
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La première, fondation particulière du souverain, est justement regardée comme une œuvre splendide que, seule, dans la vieille province Normande, l'église rouennaise de Saint-Ouen surpasse en beauté.
Primitivement, une tour haute de cent vingt-quatre mètres, dominant la vaste construction, s'harmonisait avec deux autres tours, de forme octogonale, à la fois belles et gracieuses.
La façade si hardie, quoique sévère d'aspect, devait y gagner encore en majesté.
De nos jours, la tour centrale est veuve de sa flèche, mais elle reste entourée de gracieux clochetons marquant l'emplacement des transepts, le pourtour du chœur et l'extrémité de l'abside.
L'intérieur de l'édifice répond dignement à cet aspect si bien fait pour disposer les yeux.
La nef, en forme de croix latine, se profile, immense, sans rien perdre, dans aucune de ses parties, du caractère simple quoique majestueux de son style.
L'ornementation, très sobre, ne vient pas briser les lignes pures des demi-colonnes qui, tour à tour, soit en un bloc unique, soit par la réunion de trois fûts tronqués, soutiennent les voûtes, ainsi que les arcades séparant les ailes du vaisseau central.
Le chœur, spacieux à cause du prolongement des collatéraux, renferme seize chapelles.
Mais depuis les mutilations qui, au seizième siècle, désolèrent Saint-Étienne, le riche tombeau de son fondateur a disparu. Plusieurs fois jetées au vent, c'est à peine si l'on a pu réunir quelques parcelles des cendres du Conquérant. Une dalle de marbre noir les recouvre.
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Il était dans la destinée de Guillaume, le guerrier sans scrupules, de ne pouvoir «dormir» en paix «son dernier sommeil».
Augustin Thierry raconte d'une façon saisissante la mort et les funérailles de celui qui avait eu tant de puissance.
Abandonné de tous, le cadavre du roi restait nu sur le plancher d'une des salles du château de Rouen. Ému de pitié, un vieux serviteur, Herluin, «simple gentilhomme de campagne,» entreprend de le faire transporter à Caen.
Là, dans cette riche _Abbaye-aux-Hommes_, sa fondation, il trouvera une sépulture honorable.
La cérémonie commence. Tout à coup, l'ancien cri de _haro_ (celui par lequel les Northmen de Rollon imploraient sa justice) retentit.
Asselin, fils d'Arthur, vient de pénétrer dans les rangs des assistants.
--Le terrain sur lequel s'élève l'église est à moi, proteste-t-il. Guillaume me l'a pris sans me le payer. Je ne veux pas que son corps y repose!
Clergé et seigneurs convinrent de vérifier l'assertion d'Asselin. Il était dans son droit strict et, pour obtenir qu'il retirât sa plainte, on lui acheta, moyennant soixante sous d'or de l'époque, le terrain injustement pris.... Puis la cérémonie continua.
Hélas! une nouvelle infortune attendait les restes de Guillaume.
Quand il s'agit de les ensevelir, le caveau préparé se trouva trop étroit.... On n'en tint compte et l'on chercha à y introduire le cadavre qui ne put résister à la pression.... les entrailles en sortirent!!... Il fallut brusquer l'enterrement et déserter l'église, que l'on eut beaucoup de peine à désinfecter.
Une fois de plus, la mort se montrait ironique et cruelle....
Dans la sacristie de Saint-Étienne, on conserve un portrait, plus ou moins authentique, de celui dont l'audace heureuse devait exercer une si grande influence sur notre pays.
Les anciens bâtiments claustraux sont affectés à l'usage du lycée, qui se trouve être, par là, le plus beau de la France entière.
On ne se lasse pas d'admirer le grand escalier, si large, si hardi, non plus que l'ancienne salle du chapitre et la vieille construction de style ogival où, selon la tradition, se tenaient les gardes du corps de Guillaume.
Saint-Étienne avait été autrefois fortifié, on retrouve encore quelques pans des murailles de son enceinte.
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L'_Abbaye-aux-Dames_, actuellement église de la Trinité, est due à Mathilde de Flandre, qui voulut y avoir son tombeau.
Les mêmes actes de vandalisme qui profanèrent la sépulture de Guillaume, se répétèrent contre ce monument funèbre; toutefois, on a pu le réparer, mais il renferme seulement d'infimes débris.
Comme Saint-Étienne, l'église de la Trinité témoigne de la munificence de sa fondatrice. Les proportions en sont élégantes et la nef contient de belles galeries courant le long des travées. En outre de la disposition du sanctuaire, formant un péristyle à double étage, surélevé par plusieurs rangées de degrés, il existe, dans le chœur, une admirable crypte, jadis destinée à l'inhumation des supérieures de l'abbaye.
La commission des monuments historiques prend souvent ses devoirs au sérieux. Quand cela n'arrive pas, c'est qu'on lui marchande les fonds indispensables. Elle rendra, on doit l'espérer, à la vieille église toute sa splendeur.
Après ces deux magnifiques spécimens de l'art au moyen âge, on croirait ne pouvoir s'intéresser à aucun autre souvenir du même genre: mais, sous ce rapport, Caen est très riche.
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_Notre-Dame-Saint-Sauveur_ présente un curieux mélange de plusieurs styles et une bizarrerie peu commune. Deux nefs la composent: elles se rejoignent sur le sens de leur largeur, et l'arc qui les lie constitue une véritable curiosité architecturale.
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La fondation de _Saint-Pierre_ remonte au huitième siècle. La tour actuelle date de 1308; sa flèche, d'une rare élégance, se dresse fièrement à une hauteur de 70 mètres. L'intérieur est tout brodé de sculptures aussi charmantes que riches; mais plusieurs portent le cachet de l'époque où elles furent exécutées et étalent une liberté naïve, une crudité d'allures peu en rapport avec la destination de l'édifice.
_Saint-Jean_ est un assez beau monument de style ogival. D'ailleurs, pas une des églises, ni même des chapelles, très nombreuses à Caen, n'est en vain parcourue: toutes renferment quelques détails intéressants.
Il en est ainsi pour les vieux édifices civils.
L'hôtel des _Quatrans_, situé rue de Geôle, et tout bâti en bois, remonte à la fin du quatorzième siècle; le beau logis _d'Écoville_, appelé aussi _le Valois_, date de 1538.
Le Tribunal de commerce et la Bourse imitent ces gracieuses constructions italiennes, où la beauté des sculptures le dispute à la richesse de l'ornementation.
La rue Saint-Pierre, la rue Saint-Jean, la rue Froide, possèdent encore de remarquables maisons anciennes, construites en bois ou en pierre.
Quant aux habitations historiques, elles sont en grand nombre. BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, venu enfant à Caen, a vécu rue de l'Académie.
JEAN BERTAUD, l'un des fils de la ville, où il naquit en 1552; le poète, aux vers purs et pleins de sentiment, qui a mérité d'être honorablement cité par Boileau, logea au carrefour Saint-Sauveur.
DANIEL HUET, le savant prélat, le travailleur infatigable, habita rue Saint-Jean.
FRANÇOIS DE MALHERBE, le critique de goût, le père de la poésie moderne, naquit rue Notre-Dame.
REGNAULD DE SEGRAIS, le charmant poète idyllique et pastoral, habita rue de l'Engannerie.
Là ne se termine pas, à beaucoup près, le défilé d'hommes célèbres dont Caen garde pieusement la mémoire.
JEAN MAROT, poète et historiographe, serait plus connu, si la gloire de son fils CLÉMENT ne l'avait éclipsé.
GRAINDORGE, au seizième siècle, fabriqua des figures sur toile ouvrée et donna ainsi l'idée des tapisseries de haute lice.
L'architecte HECTOR SOHIER, dirigea l'établissement des voûtes du cœur et des chapelles de l'église Saint-Pierre. Il y prodigua toutes les ressources d'un talent aussi souple qu'élégant.
BOIS-ROBERT fut le familier de Richelieu et l'un des fondateurs de l'Académie française.
Les travaux du géomètre PIERRE VARIGNON sont estimés.
TANNEGUY LEFEBVRE, le savant philologue, eut pour fille la fameuse helléniste Mme DACIER.
MALFILATRE promettait de devenir un poète exquis.
A l'enseignement du compositeur CHORON, se formèrent les plus grands artistes-chanteurs du premier tiers de ce siècle.
AUBER était son compatriote. Auber, dont la musique vive, gaie, si française par l'esprit et la clarté, contribuera longtemps à la fortune de nos scènes lyriques.
Le général DECAEN défendit pendant _huit ans_ nos colonies des îles de France et de Bourbon contre les Anglais.
Mais c'est nous attarder trop dans une nomenclature forcément aride.
Caen, ville littéraire, et, autrefois, siège des cours souveraines de Normandie, a toujours brillé d'un grand éclat dans les lettres, ainsi que dans l'étude plus sévère du droit. Elle se montre jalouse de sa renommée.
Tant mieux, cela compense un peu l'indifférence générale du pays qui, en dépit d'un luxe véritable de statues, oublie ceux dont le génie a formé sa gloire multiple.
Les places de Caen sont, en général, jolies. La plus remarquable est la place Royale, jadis ornée d'une belle statue de Louis XIV[35].
[Note 35: On vient d'enlever cette œuvre d'art... Est-ce vraiment avoir fait preuve de sens et de goût?]
Devant l'Université s'élèvent les statues de Malherbe et de LAPLACE. L'illustre astronome était né à Beaumont-en-Auge, riche bourg situé à 38 kilomètres de Caen.
En passant de nouveau rue Saint-Jean, nous n'oublierons pas qu'au numéro 148 habita celle que Lamartine, avec une étrange emphase, appela _l'Ange de l'Assassinat_: CHARLOTTE CORDAY.
Les ruines militaires de la ville consistent presque tout entières dans le château ou, plutôt, dans l'enceinte du château bâti par Guillaume.
Il était situé sur un petit monticule dominant le nord de la ville. Mais, des constructions, il reste seulement les murailles extérieures et un donjon carré, accosté de tours rondes, à l'usage des réserves de l'artillerie. Ce n'est point très imposant et, çà et là, deux ou trois autres vieilles tours ne se présentent pas, non plus, sous un aspect bien formidable.
Laissons donc ces souvenirs guerriers qui, ici, rappellent les plus tristes époques de l'histoire de la ville, et parcourons les attrayantes promenades des faubourgs.
Les _Cours_ ont été plantés vers la fin du dix-septième siècle. Ils encadrent royalement la vaste prairie, contenant l'hippodrome renommé. Lorsque vient l'époque des courses, on peut y comparer entre elles les races chevalines étrangères et françaises.
Nous ne nous piquons pas d'être bien profond connaisseur en cette matière. Mais, dût notre franchise prouver une réelle ignorance, nous avouons donner le prix aux belles races françaises.
Que leur manque-t-il? Ce n'est, à coup sûr, ni l'élégance d'ensemble, ni la générosité du sang, ni l'ampleur des formes, ni le fond, ni le courage....
Mais depuis qu'il est de mode de tout sacrifier à une vitesse stérile aux dépens de la solidité et du fond, on prise moins les qualités de nos chevaux, et, sous prétexte d'amélioration, on est en train, croyons-nous, de diminuer la valeur réelle de ces excellents animaux.
Il ne nous appartient pas de pousser plus loin ces recherches; nous avons seulement voulu effleurer un des côtés du caractère français.
Trop souvent, nous donnons l'étonnant spectacle du mépris de nos véritables richesses pour nous jeter dans l'engouement de pauvretés exotiques.
Les étrangers profitent de cette folie, puis, à beaux deniers comptants, nous viennent revendre ce qu'ils nous ont acheté à un prix très modeste....
Quand donc, en _tout_, serons-nous _d'abord_ Français?
Le panorama des courses caennaises est on ne peut plus séduisant. La beauté du paysage où elles se passent, l'intérêt particulier, la curiosité intelligente dont elles sont l'objet, ajoutent beaucoup à leur propre attrait.
Il y a là tel riche propriétaire-cultivateur, modestement vêtu d'une solide blouse en toile ou d'une petite veste en gros drap, qui, d'un coup d'œil, juge en maître les concurrents.
Puis il fait bon voir onduler cette population normande, fraîche, vigoureuse, bien tenue, respirant l'aisance, le contentement.
Après ce tableau, vient celui du port et des bassins où le travail règne en maître: bâtiments long-coursiers, bâtiments caboteurs, petits navires ou barques s'y succèdent presque sans interruption, et, en cherchant bien, il ne serait peut-être pas impossible de retrouver un vieux pêcheur fidèle au costume que son père portait il y a cinquante ans.
Ainsi qu'il est facile de le comprendre, la pêche côtière tient une assez large place dans le commerce local: les huîtres de Courseulles y trouvent un excellent débouché: l'Orne et l'Odon y apportent leur tribut en poissons.
A certaines époques, la ville entière paraît vouloir se livrer au plaisir de la pêche. Chacun va se poster sur les bords du fleuve et, beaucoup, sans le secours de filets ni de lignes, réalisent, cependant, une _récolte_ magnifique.
C'est le moment de la _montée_.
Alors un banc de menu fretin, d'anguillules, arrive en masses compactes, suivant le flux marin. On plonge à même dans l'épaisseur de la marée animée, qui un panier, qui un engin plus primitif encore.
Nous devons l'avouer, l'aspect du résidu de la _montée_ ne nous a pas toujours semblé très engageant. Dans bien des cas, il a l'apparence d'une sorte de gelée frétillante dont nous n'aurions pas volontiers pris notre part.
Cependant, un plat de _montée_ frite est, disent les amateurs, quelque chose de fort délicat.
Cela nous rappelle les minuscules anguilles de la Loire, nommées, si notre mémoire ne nous trompe, _civelles_, par les Nantais.
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Au nombre des excursions préférées par les touristes vient, d'abord, celle du hameau de CALIX, où l'on admire la MAISON DES GENDARMES, construction des premières années du seizième siècle, élevée par GÉRARD DE NOLLENT, qui en voulut faire, à la fois, un manoir d'agrément et un château capable de subir un siège.
Il y réussit à souhait. Sa demeure participe de ce double caractère: maison de plaisance et forteresse. Le nom qui a prévalu sur celui du fondateur, provient de l'ornementation de la tour occidentale du château.
Deux statues en pierre dominent la plate-forme de cette tour. Elles représentent deux soldats, ou _gens d'armes_, de l'époque à laquelle vivait Gérard de Nollent. L'un se dispose à croiser la hallebarde dont il est armé, L'autre s'apprête à se servir de son arc. Symbole parlant de la vigilance des défenseurs de la place.
On revit un moment dans le passé, en parcourant ce gracieux logis féodal, et l'on ne se trouve que mieux disposé pour visiter la belle église romane de SAINT-CONTEST; les délicieux ombrages de LOUVIGNY; la belle tour des IFS et le très intéressant château de FONTAINE, bâti sous Louis XI.
Si tout cela n'a pas encore fatigué notre attention, nous nous rendrons dans les divers musées de Caen. La Société d'archéologie a réuni de curieux débris, et le musée d'histoire naturelle a eu l'heureuse fortune d'hériter des riches collections de DUMONT-D'URVILLE.
C'est, du reste, justice, l'illustre contre-amiral étant enfant du pays, et Caen, mieux que sa petite ville natale, CONDÉ-SUR-NOIREAU, pouvant donner un cadre convenable au résumé de ses gigantesques travaux.
Nous quitterons Caen par la voie d'eau, afin de saisir l'occasion de nous rendre un compte exact de son importance. Des navires et embarcations de tout genre croisent notre bateau. Il faut souhaiter que l'on continue à améliorer ce beau canal, artère précieuse pour le commerce de cette partie de la province: pas un des petits ports du Calvados ne pouvant primer le port du chef-lieu.
La ville doit, en conséquence, ne pas craindre de lui consacrer la plus grande partie de ses ressources. Elle y gagnera une augmentation de trafic et, par suite ses revenus croîtront rapidement.
CHAPITRE XXXV
DE CAEN A PORT-EN-BESSIN
Nous revenons vers la côte, que nous suivrons, et nous allons trouver un grand nombre de petites stations, toutes intéressantes pour divers motifs.
Nous nous rendrons, d'abord, à COLLEVILLE-SUR-ORNE, fière, à juste titre, de son église, dont quelques parties remontent au onzième et au douzième siècles. On visite aussi, avec beaucoup d'intérêt, un beau _tumulus_, c'est-à-dire une de ces constructions en pierre et terre, affectant l'apparence d'un cône, que les anciens peuples aimaient à édifier sur les tombeaux des personnages renommés parmi eux. Nous aurons occasion, en Bretagne, d'admirer plusieurs de ces étranges monuments, qui figurent de véritables collines.
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LION-SUR-MER continue la série des charmantes plages normandes qui, chaque jour, deviennent plus appréciées, parce qu'elles offrent, à la fois, proximité avec Paris, beau paysage, grève de sable fin et vie de famille.