Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel

Part 17

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Car les falaises sont en argile bleue d'Oxford et elles renferment beaucoup de richesses géologiques, sans compter que les roches offrent des trésors pour les pêcheurs patients. Les varechs soutiennent des moules presque microscopiques, mais si délicates! Les anfractuosités des pierres servent de retraite aux crabes, le flot montant y amène beaucoup de crevettes et les oiseaux de mer s'y rencontrent nombreux.

Pour toutes ces raisons, il ne faut pas hésiter, lorsque l'on est bon marcheur, à passer devant les _Equerniats_.... Tel est le nom pittoresque donné aux groupes de falaises par les gens du pays.

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Nous n'ajoutons point, la chose se comprenant d'elle-même, que la route de la plage ne peut être suivie qu'à mer basse.

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Toujours en longeant la côte, dont beaucoup de points atteignent une hauteur de _cent mètres_, on arrive à HOULGATE-BEUZEVAL.

Ces deux localités se touchent et, pourtant, on les croirait placées à une grande distance l'une de l'autre.

Houlgate possède de vrais châteaux, des parcs, des villas, des lacs, des pelouses, un temple.... remplaçant de beaux herbages ou des dunes de médiocre valeur.

Aujourd'hui, une colonie anglaise y a élu domicile, apportant avec elle le goût du _confortable_ et de l'élégance britannique dans sa pureté intégrale.

A Beuzeval, par contre, on se croit plus en famille, moins obligé de sacrifier à la mode, de faire parade d'une grande fortune.

Et, chose à considérer, le pays y est aussi agréable, puisque, nous le répétons, les deux localités se touchent.

Lorsque l'on a pris son bain, on peut se donner le plaisir de longues promenades à travers une campagne souriante, accidentée, bien ombragée et bien arrosée.

Tout ce coin de la Normandie est vraiment superbe.

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Ne quittons pas Beuzeval sans rappeler que, lors des guerres du premier Empire, un pilote de ce village eut le bonheur de se signaler par un grand acte de courage et de sang-froid.

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Deux frégates, appelées _le Vésuve_ et _la Confiance_, sortaient du port du Havre; chassées par l'ennemi, elles s'efforçaient d'atteindre la petite rivière de Dives.

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MAUGER, le pilote beuzevalais, rappelons hautement son nom, Mauger n'hésita point à commander une manœuvre hardie qui força le succès. Le _Vésuve_ fut sauvé par lui. La _Confiance_, moins bonne marcheuse, fut victime du feu de l'ennemi, mais l'équipage put gagner la grève de Houlgate.

Peut-être ce souvenir, et plusieurs autres du même genre, ajoutés à un fait historique d'une importance immense, dont nous nous occuperons tout à l'heure, ont-ils contribué à donner l'éveil sur les services que la rivière de Dives pourrait être appelée à rendre, dans la défense de cette partie du littoral français.

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De nos jours, c'est par un bon chemin, conquis sur la mer, que l'on se rend de Beuzeval à la ville de Dives; mais les gens de la contrée se rappellent le temps où, pour accomplir ce trajet, il fallait attendre le bon plaisir du flot, si l'on ne préférait gravir péniblement le sommet de la côte.

Trop souvent même, quand on avait attendu, il fallait se résigner à la fatigue de l'ascension, parce que les vagues, dans leur effort, avaient enlevé ou fait écrouler une partie de la falaise.

Semblable accident se renouvelle encore assez fréquemment, malgré le minutieux entretien du chemin. C'est que les collines n'ont pas d'autre assise que l'argile. Des pluies prolongées aident l'action des flots, et il n'est pas rare d'assister, en un espace de temps très court, à la formation de galets considérables, dus à l'action de l'eau salée sur cette argile[31].

[Note 31: Les superbes travaux du chemin de fer qui relie Dives à Trouville, mettent Beuzeval aussi à l'abri que possible des catastrophes causées par les grosses marées et les violents coups de mer.]

Nous allions oublier, et c'eût été dommage, de mentionner l'un des plaisirs favoris des baigneurs et des habitants de la côte: _La pêche à l'équille_.

Le mot: pêche, n'est pas absolument exact, car, pour s'emparer du petit poisson, couleur d'argent, si exquis en friture, point n'est besoin de filets ni de barque.

Une fourche à branches aplaties et un panier suffisent.

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L'_équille_, nommée _lançon_ en Bretagne[32], ressemble beaucoup à une anguille, mais les plus longues ne dépassent guère vingt centimètres sur une grosseur de cinq à six centimètres. C'est alors un beau _brin_, disent les pêcheurs normands.

[Note 32: L'équille fait partie de la classe des poissons _apodes_, c'est-à-dire des poissons qui ne possèdent pas de nageoires ventrales.]

L'équille se cache dans le sable humide du rivage. A certains moments de fortes marées, on peut, disent toujours les bonnes gens du pays, _la prendre d'assis_, c'est-à-dire qu'elle est tellement abondante que les plus maladroits _pêcheurs_, ou _chasseurs_, comme on voudra, en capturent une grande quantité.

A ce jeu, il faut avoir les reins souples et une réelle vivacité de mouvements. On enfonce dans le sable la petite fourche dont on est muni, et on la relève, amenant à la surface, avec les tas de sablon mouillé, un ou plusieurs points brillants qu'il faut se dépêcher de saisir, car le museau pointu de l'équille rouvre, avec une rapidité surprenante, le chemin au pauvre petit poisson vers une retraite nouvelle.

De très loin, les cultivateurs viennent en partie de plaisir pêcher avec leur famille. Parents, enfants se portent des défis, et c'est un tableau des plus animés, des plus joyeux.

Les habiles y gagnent d'excellents changements à leur nourriture ordinaire; parfois leur garde-manger s'enrichit de conserves, l'équille supportant bien une salaison modérée.

CHAPITRE XXXIII

DE DIVES A OUISTREHAM

Depuis quelques années, DIVES, ville très ancienne, est reliée au grand réseau des chemins de fer de l'Ouest, par une ligne qui se raccorde à la station de Mézidon. Mais on n'a pas trouvé ce progrès suffisant, et, à travers le sol accidenté de la vallée d'Auge, il a été construit une ligne nouvelle partant de Deauville. L'établissement en a été coûteux; il a fallu établir beaucoup de viaducs et d'aqueducs, sans compter un pont, très difficile à édifier, à l'embouchure de la Dives, dont le lit est profond, presque mouvant.

On a triomphé certainement de ces difficultés, mais peut-être le port en souffrira-t-il...

Il est vrai que la nouvelle ligne ferrée rentre dans le plan stratégique des routes devant raccorder nos rivages entre eux.

En elle-même, l'idée est donc bonne; toutefois, il est permis de regretter que l'on ne cherche pas à tirer meilleur parti d'une excellente position maritime. Si on le voulait, le port de Dives acquerrait bien vite une réelle notoriété et développerait, dans de grandes proportions, la prospérité de la contrée.

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Nous nous souvenons que plusieurs historiens, Augustin Thierry, notamment, ont désigné Saint-Valery-sur-Somme comme point d'embarquement de Guillaume, duc de Normandie, futur fondateur du royaume d'Angleterre. Mais des recherches patientes ont démontré, jusqu'à l'évidence, l'erreur d'une telle assertion.

C'est à Dives que furent faits les préparatifs de l'expédition. C'est de Dives que sortirent les vaisseaux du _Conquérant_[33].

[Note 33: La ville a pris le nom de la rivière qui la baigne.]

En souvenir de l'événement, une colonne en granit a été érigée (1861) sur le point culminant de la falaise de Caumont, regardant la rivière, et des tables de marbre, portant inscrits les noms des compagnons du duc normand, ont été placées dans l'église du bourg.

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Les habitants disent: ville. L'aspect des lieux leur donne raison. On retrouve plus d'une trace de l'importance de Dives. Beaucoup de rues se dirigent au loin dans la campagne, témoignant que les maisons devaient être plus nombreuses. Les halles, fort anciennes (quatorzième et quinzième siècles), ne sont pas celles d'un village.

Encore bien moins l'église, vaste et bel édifice, dont quelques parties remontent au onzième siècle.

On a dit avec raison que ce monument vénérable prouverait, à lui seul, la prospérité dont, il y a huit siècles, jouissait la petite ville. Une simple bourgade n'avait pas besoin d'une église bâtie sur de pareilles proportions; mais les chevaliers de Guillaume devaient s'y sentir à l'aise.

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On visite encore avec intérêt une maison bien conservée datant du dix-septième siècle, et une autre, plus vieille de cent ans, sinon davantage.

Cette dernière porte fièrement le nom d'_Hostellerie de Guillaume le Conquérant_. Une chronique prétend que la mer baignait alors les murailles du vieux logis. Cela se pourrait; la pointe de Cabourg n'existait pas encore. Elle ne s'est formée que peu à peu, sous l'effort des vagues, charriant d'immenses quantités de sable. L'embouchure de la rivière devait occuper une position plus à l'ouest de la gare actuelle du chemin de fer conduisant à Mézidon.

Une chose très certaine, c'est qu'il fallait trouver des ressources de toute sorte pour l'armée normande, composée de cinquante mille hommes. Plusieurs navires furent envoyés de Touques, à Dives, rejoindre l'expédition.

Aujourd'hui, la petite ville se consacre toute entière aux travaux de la paix. Elle possède une source de revenus importants dans la population, de plus en plus nombreuse, des baigneurs attirés par la beauté du pays.

Le samedi, un marché fort bien approvisionné réunit les petits propriétaires et les fermières qui y apportent de magnifiques volailles, du beurre excellent, du fromage délicieux.

C'est le pays _du bon vivre_.

Le 9 septembre, une foire célèbre commence et dure trois jours. Autrefois, on pouvait y admirer les riches costumes normands. Maintenant, les modes modernes envahissent les campagnes les plus reculées. C'est fâcheux pour le coup d'œil, mais, naturellement, les affaires n'en souffrent pas.

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Pour nous, simples voyageurs, nous ne quitterons pas la ville sans gravir le _Pavé_. Ainsi s'appelait une vieille route pavée, remplacée par une voie empierrée, allant rejoindre celle qui, de Trouville par Touques, conduit à Varaville et à Caen.

L'excursion n'a rien de très pénible, quoique la côte soit des plus rapides. Le fût-elle davantage, on oublierait bien vite ce léger inconvénient devant la splendeur du tableau dont on jouit avidement.

A droite, la côte se recourbe en un immense fer à cheval, jusqu'à la jetée du Havre, montrant dans ses replis les jolies constructions blanches des stations de bains, des bouquets de bois touffus, la ligne brillante des ruisseaux, des rivières et du grand fleuve: la Seine.

L'ondulation du sol dentelle les rivages de la verdure gaie des prairies ou du sable aride des dunes.

A gauche, c'est la plage coquette de Cabourg, puis une courbe nouvelle, et la pointe dessinée par les terres de l'embouchure de l'Orne; sur la ligne d'horizon passent, nombreux, les navires et les barques; à nos pieds, c'est un profond ravin tout frais, tout vert, baigné par la Dives.

Sous l'éclat du soleil, l'ensemble est prestigieux; pourtant, à la nuit tombante, un charme plus séduisant ajoute à la magie de l'ensemble.... Les phares font briller leur lumière protectrice, tantôt fixe et blanche, tantôt mouvante et colorée. On croirait que les étoiles de la pointe de la Hève s'avancent vers les feux de la pointe d'Ouistreham et toutes ces lueurs, se mêlant aux lueurs des habitations, jettent sur les vagues d'étincelantes traînées, où les nuances de la palette divine sont avivées par le mouvement perpétuel du flot.

Quand on a gravi la côte de Grâce, à Honfleur, et le _Pavé_, à Dives, on peut, sans exagération, dire que l'on a contemplé les deux plus beaux horizons de cette partie du littoral français.

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CABOURG, station de bains toute moderne, paraît, ensuite, un peu moins agréable; mais, rentrant ainsi dans les exigences de la vie ordinaire, on se trouve, inconsciemment, poussé à l'injustice.

Cabourg est devenu une véritable ville, élégante et simple à la fois, avec une admirable plage, de belles et fraîches avenues, un casino, des chalets gracieux.

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Qu'il y a loin de ces richesses aux marécages de jadis, et comme la nouvelle église ressemble peu à l'antique chapelle, dédiée à saint Michel, dont se contentaient les pêcheurs habitant ces landes et ces terrains humides, si peu attrayants.

Chaque jour, cette station de bains prend plus d'extension, le chemin de fer rendant les communications très faciles.

Les transformations s'accomplissent vite sur ces belles plages normandes, devenues une sorte de banlieue de Paris, tellement l'habitude est prise d'y aller passer, dans la belle saison, un jour ou deux par semaine.

En voyant si pimpant le HOME-VARAVILLE, continuant en quelque sorte le champ de courses renommé de Cabourg, on a peine à se souvenir du pauvre poste de douaniers occupant encore, il y a bien peu de temps, cette station de bains, déjà très suivie.

Nous nous y sommes arrêté un moment, très volontiers, et notre halte nous a valu d'entendre une histoire qui mérite de ne pas rester confinée dans des traditions locales trop peu souvent fouillées.

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A une petite distance du Home, et faisant partie de la commune de MERVILLE, on trouve une vieille redoute, un fort, dont les gardiens devaient, autrefois, surveiller une assez vaste étendue de côte et particulièrement l'entrée de la rivière l'Orne.

Par malheur, on négligeait souvent de renouveler ces garnisons, et le moment vint où la redoute de MERVILLE ne compta plus qu'un _seul_ défenseur.

Mais, dans le cœur de cet unique soldat, un grand courage s'alliait à l'amour de la Patrie: il en devait donner une preuve merveilleuse.

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C'était en 1762. Nous nous trouvions en guerre avec l'Angleterre et, chaque jour, des tentatives nouvelles avaient lieu contre nos ports. Une après-midi, MICHEL CABIEU, ainsi se nommait le gardien de la redoute, s'aperçoit que des navires ennemis se dirigent vers l'embouchure de l'Orne, avec l'intention évidente d'y préparer un débarquement de troupes.

Une anxiété généreuse étreint l'âme de Cabieu. Que peut-il faire? Périr ou être emmené prisonnier.... sans que sa propre perte soit utile à la Patrie. Le brave soldat ne se résigne point à une telle alternative. L'esprit, le sang-froid, unis au courage, lui inspirent un plan bien simple.

Il sait que la redoute est à demi-cachée par les dunes de sable. Facilement, il épie toutes les manœuvres de l'ennemi, sans que ce dernier soit à même de se rendre compte du plus ou moins de force de la garnison française.

Cabieu profite de cette situation. S'emparant d'un tambour, il se hâte de battre une charge furieuse, en même temps qu'il crie, parle, donne des ordres à des soldats imaginaires, fait rouler des cailloux le long des murailles. Le tout sans relâche et avec un entrain extraordinaire.

Les Anglais s'étonnent.... Auraient-ils été mal renseignés? Leur entreprise, si bien combinée, va-t-elle trouver un obstacle sérieux? Le tapage redoublant, la prudence l'emporte, les voiles sont déployées et les navires s'éloignent lentement......

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Cabieu n'ose encore croire à son triomphe. Il continue à faire tout le bruit possible; mais quand, enfin, vaincu par la fatigue, il tombe épuisé, son regard suit avec joie, dans l'ombre du soir, la silhouette, de moins en moins distincte, des bâtiments ennemis.

Au matin, l'air frais le ranime, mais nul danger ne menace plus ce point du pays: la mer est libre....

Les habitants firent une ovation à Michel qui, désormais, fut connu sous la caractéristique appellation de: _Général Cabieu_.

Gaîment, il la porta jusqu'en 1804, époque de sa mort.

Elle était bien méritée.... A soi, tout seul, disperser une flotte!

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Les annales de nos provinces sont pleines de ces traits généreux que l'indifférence oublie, mais qu'il est bon de présenter, parfois, à notre souvenir pour raviver en nous la grande image de la PATRIE.

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Les circonstances du beau _fait d'armes_ de Cabieu se trouvent diversement relatées dans plusieurs documents authentiques; mais tous sont unanimes à louanger l'humble garde-côte.

Un Mémoire tiré du recueil de M. C. Hippeau, ancien professeur à la Faculté de Caen, Mémoire faisant partie des archives du château d'Harcourt, dit que.... «Cabieu, sergent garde-côte de la paroisse d'Ouistreham, se mit à la tête de trois ou quatre gardes-côtes qu'il rencontra et marcha vers les Anglais: ses compagnons _l'abandonnèrent_.»

Une autre pièce est le récit fait à l'Assemblée constituante, le 4 septembre 1790, par M. Cussy, député du Calvados; il contient ce passage significatif: «.... _le seul tambour_ de sa compagnie l'avait suivi, mais _ne tarda pas à le quitter_....»

Un rapport rédigé par Oudot et lu à la Convention nationale le 25 thermidor an II (12 août 1794), dit expressément:

«Michel Cabieu se porte au-devant de l'ennemi....»

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La seule différence dont nous devions tenir compte, c'est que la redoute défendue doit être celle d'Ouistreham. Toutes les relations s'accordant à la placer sur la rive _gauche_ de l'Orne, tandis que la station de Merville est située sur la rive _droite_.

Quoi qu'il en soit, le numéro du _Moniteur universel_, portant la date du 15 août 1794, contient un décret de la Convention donnant à Ouistreham le nom de _Cabieu_.

C'était dignement honorer le courageux soldat.

Pendant quelques années, le décret fut respecté et l'on trouve, toujours dans le _Moniteur_, le récit de plusieurs faits accomplis à _Cabieu_; une parenthèse sépare le nom nouveau du nom ancien, qui finit par reprendre droit de cité.

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Louis XV avait accordé à Cabieu une pension de cent livres. Le 4 septembre 1790 et le 12 août 1794, il fut, de nouveau, recommandé aux députés.

La Convention lui vota un secours de six cents livres et nous venons de voir ce qu'elle fit pour sa réputation.

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Né le 2 mars 1730, le _général_ Michel Cabieu mourut le 4 décembre 1804.

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Donnons un coup d'œil à SALLENELLES, situé sur la rive droite de l'embouchure de l'Orne. Les plages du Home et de Cabourg ont détrôné ce village où, autrefois, on allait volontiers prendre les bains de mer. Cependant, la mode pourra bien, un de ces jours, prendre Sallenelles sous sa protection et en faire une jolie station. Le pays y prête.

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Si nous ne voulons pas franchir l'Orne en bateau, nous suivrons la rive du petit fleuve jusqu'au pont de Ranville, pont _tournant_ qui a remplacé le bac incommode dont devaient, il y a peu de temps encore, se contenter les piétons et les voituriers.

Mais ce léger détour ne nous empêchera pas d'aller visiter OUISTREHAM ou OYESTREHAM.

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Le nom seul de cette ville indique son origine saxonne, et l'orthographe en a été modifiée pour la rendre plus euphonique à nos oreilles et à nos yeux français.

Ouistreham fait un assez florissant commerce, dont le plus clair bénéfice provient de la mer et de tout ce qui s'y rattache.

Son port possède un beau chantier de construction pour les petits navires et un vaste bassin muni de _portes de flots_ énormes, magnifiques, qui ont dû coûter bien des soins à leur entrepreneur.

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Dans ce bassin même, débouche _le Canal de Caen à la mer_, voie de quatorze kilomètres, extrêmement utile au commerce, car les passes naturelles de l'Orne sont d'un accès difficile et ont été trop souvent l'occasion d'abordages désastreux.

Le chenal de l'avant-port d'Ouistreham est éclairé, la nuit, par deux feux placés, l'un dans le clocher de l'église, l'autre dans la redoute défendant la petite cité, qui voit passer les navires chargés de grains, de farines, de sel, de houille, de fonte, d'acier, de fer, de vins, d'eaux-de-vie, de sapins du Nord, de denrées coloniales, d'huile, de machines: Caen, chef-lieu du département, étant très commerçant.

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Ouistreham peut offrir plus d'un sujet d'études agréables.

L'église, maintenant classée parmi les monuments historiques, est presque tout entière de style roman. A son chevet, ou abside, de forme ronde, s'élève une grosse tour quadrangulaire supportant l'un des feux qui éclairent l'entrée du port.

La façade offre cette particularité que quatre des ordres d'architecture y sont superposés.

Un édifice aussi important prouve bien, qu'autrefois, Ouistreham fut un lieu renommé, beaucoup plus peuplé qu'il ne l'est à l'heure actuelle: Caen, par sa situation et son activité, lui ayant enlevé une notable partie des affaires commerciales, dues à la navigation de l'Orne.

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Une seconde preuve de l'ancienneté et de l'intérêt que l'on attachait à cette petite ville, se retrouve dans les ruines intéressantes découvertes sur son territoire.

Les sculptures, très nombreuses, témoignent que de riches habitations et des temples y avaient été élevés.

Puis, on retrouve une voie romaine et un camp également construit par les soldats du conquérant des Gaules.

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Enfin, si tous ces souvenirs paraissent être un peu trop sérieux, on se rend au bord de la mer soit pour se baigner, soit pour pêcher: la côte, quoique bien fouillée, donnant encore asile à une foule de petits poissons de rivage, sans compter les crevettes et les huîtres.

Aussi, pendant l'été, vient-on beaucoup aux bains de mer d'Ouistreham. Toutefois, on fera bien de se méfier de certaines parties des grèves. Les courants constants, qui agitent ces immenses masses de sable, créant plus d'un danger sérieux.

On ne doit jamais oublier que si la mer offre de grandes séductions, elle est, par-dessus tout, capricieuse et terrible. La plus simple prudence commande donc de ne point s'exposer à subir le contre-coup de ses retours offensifs.

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Il est impossible de venir à Ouistreham et de ne point aller visiter Caen, l'une des villes les plus industrieuses du Calvados. Elle a, d'ailleurs, un véritable port formé par le confluent de l'Orne et de l'Odon et qui compte au nombre de ceux dont l'amélioration a été reconnue nécessaire.

CHAPITRE XXXIV

CAEN

Relativement à plusieurs autres cités du Calvados, Caen est une ville moderne.

Longtemps avant la conquête romaine, Bayeux était connu. De même, Lisieux comptait au nombre des forteresses gauloises.

Caen, cependant, ne pouvait tarder à obtenir la première place. Son avantageuse situation, au confluent d'une rivière et d'un petit fleuve, lui assurait la prépondérance sur toutes les villes voisines.

HUET, le célèbre évêque d'Avranches, qui dédia à Caen «sa chère patrie» l'ouvrage historique entrepris uniquement «pour elle», écrit que cette ville fut, en quelque sorte, «l'ouvrage du hasard» et cite le premier témoignage historique auquel on puisse avoir recours.

Il date de 1026, et porte le sceau de Richard II, duc de Normandie. qui alloue à l'abbaye de Fécamp, la dime sur les douanes de la petite cité.