Le littoral de la France, vol. 1: Côtes Normandes de Dunkerque au Mont Saint-Michel

Part 16

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Sur le bûcher, et serrant contre son cœur l'informe croix de bois liée à la hâte par un soldat anglais, Jeanne d'Arc, personnifiant le dévouement à la Patrie, rappellerait aux cœurs faibles que le droit, la vaillance peuvent succomber pour un temps, mais que l'heure de la justice sonne toujours, que nul crime ne reste impuni.

Le supplice de Jeanne, un Anglais, BEDFORD, l'ordonna pour venger son pays, humilié de succomber sous la main d'une femme!

Et il ne voyait pas que lui-même jetait une poignée de boue au front de l'Angleterre.... une boue sanglante impossible à laver!!

La parole prophétique d'Alain Blanchard se réalisait.

Chaque fois qu'un vainqueur a déshonoré son triomphe, l'histoire, implacable, enregistre l'action honteuse et bientôt vient l'expiation.

* * * * *

Pourquoi réveiller ces cruels souvenirs? dira-t-on, peut-être. Pourquoi? Ne pouvons-nous y trouver un aliment à notre douleur, en même temps que le principe d'une force nécessaire à l'attente sage, mais en éveil? Aux noms des martyrs d'autrefois joignons les noms de nos martyrs d'hier, entourons-les d'un souvenir inaltérable!

L'échafaud d'Alain Blanchard nous apprendra comment on peut clouer un vainqueur au pilori!

Le bûcher de Jeanne d'Arc nous rendra la foi dans les destinées de notre pays, trop souvent près de périr, mais renaissant toujours plus grand!

* * * * *

Parle, sublime paysanne! Pénètre nos cœurs, nos âmes, de cet amour de la France pour lequel, sans murmurer, tu accomplis ton cruel sacrifice!

Si nous aimons notre Patrie comme tu l'as aimée, elle réparera une fois de plus ses ruines! Si nous assistons à son triomphe, notre récompense sera grande. Mais, si nous devions succomber en essayant la tâche sainte, inspire-nous ton courage.

Mourir pour la France, si l'on ne peut vivre pour elle, est préférable à l'infamie de douter de son honneur, de déserter son drapeau!...

CHAPITRE XXIX

LA NAVIGATION DE LA SEINE.--PARIS PORT DE MER

Nous avons vu le Havre travaillant sans relâche à améliorer son port, à étendre ses relations avec le monde entier. Les progrès et les nécessités de la marine moderne exigent impérieusement ces transformations incessantes. L'avenir paraît devoir être aux immenses steamers qui, depuis leur apparition, ont bouleversé toute l'économie ancienne de la navigation et réclament des conditions d'atterrage spéciales.

La profondeur d'un port en eau vive, la largeur d'un chenal, la sûreté d'évolution dans une rade, les facilités de déchargement à quai, la prompte dispersion des marchandises importées, la rapidité d'arrivage d'une cargaison, sont les principales sources de l'activité commerciale d'une place maritime. Sous peine de décadence, nous ne pouvons nous laisser devancer longtemps par nos concurrents anglais, belges, allemands.

Les premiers ne sont pas, à beaucoup près, aussi redoutables qu'ils semblent l'être. Notre position continentale reste un immense avantage et, nous le répétons, il nous suffirait de _vouloir sérieusement_ pour acquérir une indiscutable influence.

Cette question préoccupe tous ceux qui ne se désintéressent pas, à la légère, de l'étude des efforts réalisés par nos voisins de Belgique et d'Allemagne.

Le premier de ces pays possède Anvers; le second Hambourg, deux ports admirablement situés, et plus admirablement encore aménagés.

Là, on ne s'est pas contenté de tirer parti des avantages locaux, on a tout fait, on continue de tout faire pour que des améliorations nouvelles viennent puissamment en aide à la diffusion des relations.

Chemins de fer, canaux et routes à bon marché complètent un système de fret intelligent, réduit, quant aux dépenses; supérieur, quant à la manière dont il est compris.

Il en résulte que les transactions augmentent chaque jour à Hambourg et à Anvers.... Pourquoi ne profiterions-nous pas de ces leçons?

Nous pouvons faire mieux: hâtons-nous. Ce n'est pas de l'argent improductif, celui qui est prodigué pour mettre en œuvre les forces vives d'un pays.

Depuis longtemps, on réclame l'amélioration de la navigation de la Seine, mais des influences néfastes, avivées par des querelles de clocher, ont apporté des entraves à tous les projets présentés.

Le Havre croit lutter contre des mesures désastreuses. Rouen sait combien il lui importe d'obtenir une route d'eau toujours de plus en plus facile, sûre, directe. Les travaux accomplis et les résultats obtenus prouvent ce que l'on peut attendre de l'avenir.

Il ne faut pas oublier que la Seine coule entre deux chaînes de collines laissant peu de solutions de continuité. Les eaux, gênées par ces barrages naturels, ont dû se frayer un lit sinueux changeant brusquement, et à chaque instant, de direction.

C'est bien à elles que l'on pourrait appliquer le nom de _Méandre_. Ainsi, on compte à peine quatre-vingt-quatre kilomètres de Rouen au Havre, par la route de terre, mais la route fluviale présente un développement de _cent cinquante_ kilomètres. Il y a donc avantage de près de la moitié du parcours, si l'on prend la voie de terre.

Mais là n'existe pas l'obstacle le plus sérieux, quoiqu'il faille compter avec lui. Le vrai danger résulte des bancs de sable obstruant le lit du fleuve, bancs remués par chaque marée et qui ont causé un grand nombre de naufrages: _La Traverse_ en témoigne.

On appelle ainsi la brusque déviation du cours du chenal canalisé qui, suivant la rive droite depuis Caudebec jusqu'à la Pierre-du-Poirier, se dirige subitement vers la rive gauche, et la longe sur un parcours dépassant le port de Quillebeuf (Eure).

Le chenal est, d'ailleurs, jalonné avec soin, mais plusieurs des balises et des bouées ont leur point d'attache sur les mâts et les carènes de navires depuis longtemps ensablés!...

La _barre_, enfin, accompagne toujours la mer montante. Elle ne devient guère tout à fait menaçante qu'aux marées équinoxiales, mais elle n'en constitue pas moins une cause de retard pour la marche des navires, car cette énorme vague, formée des flots refoulés du fleuve, se dresse comme une muraille perpendiculaire, et roule souvent depuis l'embouchure de la Seine jusqu'à Rouen.

Une canalisation nouvelle s'impose donc si l'on ne veut voir, dans un avenir presque prochain, diminuer le trafic fluvial.

Pour commencer à remédier à une telle éventualité, un canal a été creusé entre le Havre et la pointe du TANCARVILLE, village riverain de la Seine, célèbre par les belles ruines de son vieux château-fort.

La distance est d'un peu plus de trente kilomètres.

Les avantages sont très réels, puisque l'embouchure du fleuve est évitée. Cependant, il va de soi que tout ne saurait se borner là, et que ce travail en appelle un autre, prolongé non pas seulement jusqu'à Rouen, mais jusqu'à Paris, sinon même au delà.

* * * * *

Cet espoir n'a rien de chimérique pour les ingénieurs. Il y a longtemps qu'un projet beaucoup plus grandiose encore sollicite leur attention. Déjà, on avait rêvé de faire de Paris un _port de mer_, en construisant des navires n'exigeant qu'un faible tirant d'eau.

Les Parisiens se souviennent du joli petit bâtiment _l'Esther_, appartenant au capitaine Le Barazer, et du _Frigorifique_, conception de M. Le Tellier. Ce dernier navire fit le voyage de la Plata et en rapporta des viandes conservées par le froid.

Mais la marine commerciale moderne ne s'accommode plus de dimensions aussi restreintes. Elle veut des moyens de transport équivalant à ses aspirations, et l'on est en train de rivaliser avec le _Great-Eastern_, de légendaire mémoire.

Certes, tous les steamers, non plus que les bâtiments de commerce, en général, ne seront point taillés sur un pareil gabarit; néanmoins, loin de se montrer disposé à réduire les proportions, on leur donnera plus d'ampleur. Le régime de la navigation fluviale doit donc pouvoir souffrir ces changements inévitables.

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Un savant du plus haut mérite, un ingénieur des plus distingués, M. BOUQUET DE LA GRYE, répond à cette alternative en offrant de faire de Paris un véritable port _maritime_.

Preuves en mains, par le moyen du travail de l'auteur, nous assistons au couronnement d'une entreprise gigantesque et qui, pourtant, semble être presque simple. La Seine élargie, approfondie, supporte des navires d'un fort tonnage. Ils viennent, sans escale, s'amarrer dans de vastes bassins creusés à Argenteuil, à Saint-Ouen.... La marée remonte jusqu'à la Villette....

Rêve! disent les incrédules. Réalité possible! affirment ceux qui prennent la peine de se pénétrer du beau travail de M. Bouquet de la Grye et qui désirent vivement le voir mettre à exécution, car il en résulterait, nous le croyons, un grand bien non seulement pour le commerce de Paris, mais pour celui de la France entière.

CHAPITRES XXX-XXXI

HONFLEUR

Plus de cinq cents ans avant que l'on songeât aux avantages offerts par les bassins naturels du Havre, un duc de Normandie, Robert le Magnifique, fondait, en 1034, au sommet d'une colline élevée, située sur la rive gauche de l'embouchure de la Seine, un oratoire devenu immédiatement célèbre.

_Notre-Dame-de-Grâce_, tel était le nom donné par Robert à cette chapelle, et, certainement, il n'en pouvait guère trouver un meilleur pour la nombreuse population de marins au milieu de laquelle on l'élevait.

En effet, cette colline accusant nettement la rive gauche de l'embouchure de la Seine, comme les coteaux d'Ingouville et de Sainte-Adresse signalent la rive droite du même fleuve, elle devient un point de repère précieux pour les navigateurs. Les touristes y trouvent un splendide observatoire.

* * * * *

Mais si, tout de suite, nous nous rendions à Grâce, HONFLEUR perdrait de son prix à nos yeux; hâtons-nous donc de le visiter.

Malgré le voisinage du Havre, cette ville travaille activement et tire le meilleur parti possible de sa position. La population maritime s'y livre à la pêche côtière.

Il possède de vastes chantiers de bois du Nord et fait un commerce assez étendu de charbons anglais. Dernièrement, de grandes améliorations ont été apportées au service de la navigation et, en dépit des vases, des galets, Honfleur se trouve en possession d'un vaste avant-port et de bassins à flot.

Quelques débris semblent indiquer l'emplacement de la forteresse élevée par Henri IV. On trouve encore de vieilles maisons dans la rue Basse.

Toutefois, ce que l'on visite avec le plus d'intérêt, c'est la vieille et très curieuse église Sainte-Catherine. Sa tour, bâtie en bois comme l'église, en est séparée par une rue; des poutres, recouvertes d'ardoises, l'étayent de tous côtés. Des sculptures et des tableaux achèvent de rendre digne d'attention cet antique monument.

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Un souvenir qu'il est impossible d'oublier quand on parcourt Honfleur, c'est la bravoure déployée par ses marins, chaque fois que les nécessités de la guerre les ont appelés à combattre l'ennemi.

Lors des terribles épreuves subie par la France, sous le règne de Charles VI, devenu fou, les habitants de Honfleur coulèrent bas la flotte anglaise, commandée par l'amiral Hugues Spencer.

En 1795, ils contribuaient à la prise du fameux commodore Sidney-Smith, et peut-être que, si on le leur avait laissé garder, l'habile marin ne se fût point échappé, et n'eût pu préparer le désastre subi, par notre armée d'Égypte, devant Saint-Jean-d'Acre, en 1799.

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De patients chercheurs ont prétendu que, par l'examen de vieilles chroniques, on pouvait affirmer que les marins honfleurais abordèrent les _premiers_ en Amérique.

Nous ne pouvons décider de cette prétention; mais, certainement, Honfleur suivait l'exemple de Dieppe, et engageait des navires dans les expéditions les plus aventureuses.

C'est de son port que le capitaine DENIS partit pour Terre-Neuve, dont il prit possession au nom de la France.

Honfleur revendique l'honneur de compter parmi ses enfants le navigateur BINOT LE PAULMIER DE GONNEVILLE, premier explorateur des terres australes. Mais Harfleur résiste à cette prétention. Peut-être la synonymie d'appellation des deux villes a-t-elle causé quelque confusion pour les historiens.

Nulle incertitude, au contraire, en ce qui concerne le lieu de naissance de l'un des pères de la photographie moderne. DAGUERRE est bien Honfleurais.

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L'entrée du port de Honfleur est protégée par deux phares: l'un, feu fixe rouge, de quatrième ordre, se trouve à l'extrémité de la nouvelle jetée; le second, feu blanc fixe, de premier ordre, se trouve sur la jetée de l'Hôpital.

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Lorsqu'on arrive dans la ville par la route de Caen, une avenue de plus de trois kilomètres de longueur donne aux touristes l'ombrage de ses arbres séculaires, et l'impression n'en est que meilleure pour se disposer à gravir la colline de Grâce.

Autrefois, il est vrai, la côte était infiniment plus abrupte. De nos jours, on en a adouci la pente, on a même poussé la prévenance jusqu'à y installer des bancs de repos.

Mais admettons une fatigue plus grande encore, le dédommagement est bien merveilleux.

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On croirait avoir gravi une hauteur prodigieuse, tellement l'horizon se déroule grandiose. La Seine, élargie, vient mêler ses eaux calmes aux flots plus tumultueux de la Manche.

Il est vrai que, les jours de vents d'ouest, le fleuve, imitant la mer, roule de grosses vagues, et qu'à l'époque du mascaret, ou _barre_, le spectacle devient saisissant. Les habitants du pays appellent simplement ce phénomène: _le flot_. En effet, c'est un véritable flot qui, de la mer, va rouler jusqu'à Rouen, et refoule en grondant les eaux de la Seine.

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Deux bancs de sable appelés d'_Amfard_ et le _Rattier_, futures îles formées par les dépôts fluviaux, divisent l'embouchure de la Seine. Puis c'est Honfleur lui-même, Tancarville, Harfleur, Le Havre, la Manche, incessamment sillonnée de navires...

* * * * *

C'est la verdure des campagnes, mêlant sa teinte fraîche au bleu du ciel, au vert glauque ou azuré des flots, à la blancheur de l'écume, toute diaprée des reflets du soleil...

C'est le murmure venant de la terre et se confondant avec le sourd bruissement qui frappe sans relâche le rivage.... C'est la pointe noirâtre des écueils, couverte ou surgissant tout à coup.... C'est, en un mot, comme une prière immortelle offerte à Dieu par les œuvres de sa main paternelle.

* * * * *

On ne quitte que bien à regret ce tableau admirable..... On ne peut jamais l'oublier.

Honfleur est en communication avec Le Havre, distant de 12 kilomètres environ, au moyen d'un bateau à vapeur qui fait plusieurs voyages par jour.

Il communique aussi avec l'Angleterre par Southampton.

CHAPITRE XXXII

DE HONFLEUR A DIVES

Chaque petit village normand, situé sur un point quelconque de la côte, devient vite, à présent, une station de bains. Beaucoup d'entre ces bourgades, cependant, sont loin d'avoir une plage favorable; mais l'air pur, joint à la proximité de Paris, fait leur fortune.

Qui donc, autrefois, songeait à VASOUY, à VILLERVILLE?

Moins aristocratiques que Trouville et Deauville, on y rencontre, pourtant, des buts de promenades charmantes. Toute la campagne est riche, fertile, bien cultivée. Après le bain, il est agréable de longer ces champs si verts ou de se reposer à l'ombre des pommiers touffus.

* * * * *

Le château ou, plutôt, les ruines du château de BONNEVILLE, reculées de sept kilomètres dans les terres, occupent à peu près le sommet d'un triangle dont les pointes s'étendent de Touques à pont-l'Évêque. Cette forteresse célèbre fut bâtie par Guillaume, duc de Normandie, qui allait devenir le maître de l'Angleterre.

Guillaume affectionnait beaucoup son _bon_ château de Bonneville, et il y tenait volontiers sa cour. De même, il protégea Touques, où nous retrouverons des marques de sa munificence.

* * * * *

Avant d'entrer à Trouville, faisons une petite station à TOUQUES, ce sera justice. On ne parlait point encore de la moderne ville de bains de mer que, depuis des siècles, sa voisine était en possession d'un commerce très florissant. Nous avons une preuve de son ancienne importance, par ses deux belles églises: _Saint-Pierre_ et _Saint-Thomas_.

La première date du règne même du fameux Guillaume, et elle a conservé quelques parties de cette époque. Elle est rangée parmi les monuments historiques. _Saint-Thomas_ date d'une centaine d'années plus tard.

Après ces vénérables édifices, témoignages de la munificence des souverains normands, on visite les vieilles halles en bois et le château de Montruit, superbe spécimen de l'architecture du seizième siècle.

Mais les jours de gloire de l'antique petite cité ont pris fin. TROUVILLE s'est emparé de tout le commerce, de tout le mouvement de voyageurs, de tout le bruit de la mode.... et oublie qu'il doit, en quelque sorte, sa prospérité à un habitant de.... Touques.

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Frappé de la belle position de l'humble station de pêcheurs, M. DESSEAUX se mit en tête d'en faire une ville véritable. Cette idée qui, plus tard, devait être le point de départ de tant de fortunes, ne fut pas heureuse pour l'_inventeur_ de Trouville.

Quinze ans après, la renommée de la nouvelle plage de bains grandissait chaque jour, et elle n'a fait que s'accroître.

Cette renommée, d'ailleurs, est méritée. Tout se réunit en faveur de Trouville.

Les rues étroites de la vieille ville contrastent avec les quais spacieux, toujours animés par la présence d'un grand nombre de bateaux de pêche, de yachts de plaisance, de bâtiments de commerce.

La grève, immense, déploie un véritable luxe de sable fin et doux. Les galets n'y blessent point le pied des baigneurs, les vases et l'eau saumâtre n'affectent point leur odorat.

Un panorama ravissant se déroule devant leurs yeux, et le fond du tableau est formé par de charmantes collines couvertes d'une verdure touffue, parsemées de riches villas, de coquets chalets.

La mode a donc eu raison d'adopter Trouville. Mais une ombre ternit cette splendeur. La proximité de la ville avec Paris y amène, pendant l'été, une véritable foule, très élégante, qui veut, à la fois, profiter de l'air salubre et garder toutes les habitudes mondaines. On va au théâtre, aux courses....

Cela répand beaucoup d'argent chez les habitants; toutefois, les personnes souffrantes ou ayant besoin d'un véritable repos préfèrent une plage moins bruyante, et l'on en trouve lorsque l'on suit l'admirable côte qui va se déroulant de Trouville au delà de Cabourg.

Traversons la rivière qui a donné son nom à Touques. Nous voici dans la très élégante et très fréquentée DEAUVILLE, rivale de Trouville, plus aristocratique même que cette dernière.

Il y a trente ans, on ne songeait guère à la possibilité d'une semblable transformation. Les marais et les dunes occupaient en maîtres tout le terrain.

C'était le pays de la fièvre, peu habité, du reste.

Quand on voulait traverser le petit fleuve, on avait recours à un passeur, qui demandait cinq centimes pour prix de son labeur.

Aujourd'hui, on franchit la Touques sur un très beau pont, et, à la place des marécages, des sables arides, on trouve de magnifiques villas, des châteaux princiers.

Rien ne manque à la cité nouvelle qui possède une église, une mairie, un temple, des rues bien tracées.... Un hippodrome, très à la mode, voit chaque année des courses célèbres.

* * * * *

Nous qui aimons davantage la tranquillité, nous continuons vite notre route vers Dives.

D'abord assez plat, le sol ne tarde point à s'élever et, bientôt, les côtes se présentent rapides. Au sommet de la falaise, nous passons devant le hameau de BÉNERVILLE, dont l'humble chapelle, toute verdie de mousse, semble s'effondrer sous le poids de sa pauvre toiture.... Elle date du onzième siècle, cette église presque abandonnée, car le mouvement de la population se porte vers Deauville, d'un côté, et, de l'autre, vers le bourg, toujours grandissant, de Villers-sur-Mer.

* * * * *

De la hauteur où nous sommes parvenus, l'horizon est admirable.

Pourtant, nous ne nous arrêterons pas longtemps; car, plus loin, nous verrons mieux encore. Chaque tour de roue de notre voiture nous conduira, désormais, vers les plus charmants paysages.

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La côte franchie, le chemin devient facile jusqu'à VILLERS, hameau en 1852, et aujourd'hui station de bains très appréciée.

Peut-être, sous les ducs de Normandie, Villers était-il important. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on retrouve, près du beau château moderne, une motte ancienne marquant l'emplacement d'une demeure féodale. Puis, aussi, l'église est remarquable. Sa nef date du onzième siècle et le chœur du treizième siècle. Une vieille tradition affirme, qu'autrefois, l'église se trouvait _au centre_ de la paroisse qui, du côté de la terre, s'étend à plus de _quatre_ grands kilomètres. La mer ayant beaucoup gagné sur la grève, trois cents mètres à peine, la séparent du monument et, sans doute, elle emportera encore plus d'un lambeau de la jolie plage.

La générosité des nombreux baigneurs venant chaque année passer la saison dans cette agréable station, a permis de restaurer avec soin l'intéressant édifice.

Ici, tout comme à Trouville, il y a beaucoup d'élégance. Les constructions nouvelles reculent de plus en plus les bornes de la petite ville. Ce ne sont que maisons et véritables châteaux bâtis avec un confortable, une richesse ne laissant rien à désirer.

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La campagne y est extrêmement attrayante: ce sont de hautes collines boisées, des ravins rapides, couverts d'une herbe épaisse et animés par le bruit des ruisseaux; des fermes annonçant l'aisance, de magnifiques prairies avec leur population de bœufs et de vaches dignes, souvent, de figurer dans les concours.

Quant à la plage, elle est toute de beau sable, et sa ligne d'horizon ne lasse jamais l'admiration des baigneurs.

Lorsque, de Villers[30], on veut se diriger vers Dives, deux routes se présentent: celle qui permet l'emploi de la voiture, en faisant, à travers champs, un long détour aboutissant à Beuzeval; celle qui, accessible seulement aux piétons, passe sous les falaises d'Auberville, en côtoyant le banc de petites roches appelées les _Vaches Noires_.

[Note 30: Où l'on arrive maintenant par un chemin de fer, prolongé sur Dives et Cabourg.]

Cette dernière est de beaucoup la plus agréable. La fatigue qu'elle peut occasionner trouve une compensation dans les mille aspects de la grève et les _découvertes_ marines qu'il arrive de faire.