Le journal d'une pensionnaire en vacances
Chapter 20
«Hier, pour la première fois depuis la Révolution, a eu lieu la procession de la Fête-Dieu, avec le concours d'une partie de la garnison de Paris et la présence de représentants de tous les corps constitués et de toutes les administrations de l'État.
«On évalue à plus de trois cent mille le nombre des curieux qui se sont pressés sur son passage.
«Aucun désordre ne s'est produit.
«Partout régnaient un recueillement et une joie universels.»
Charles X se faisait un devoir et un honneur, entouré des princes du sang, des officiers de sa maison, des ministres et de tous les dignitaires de la cour en grande tenue, en frac écrasé de broderies de suivre à pied et tête nue, le très Saint-Sacrement pendant toute la durée de la procession. Cet exemple du souverain et de la famille royale, suivi par tout le peuple, donnait à cette imposante manifestation de la Foi un éclat ignoré de nos jours.
Et lorsque, du haut d'un reposoir le _Benedicat vos omnipotens Deus!_ tombait des lèvres du prêtre sur les soldats qui présentaient les armes et sur la foule agenouillée, un doux frémissement agitait tous les coeurs, et la Foi remplissait les âmes, courbées sous la bénédiction du Ciel.
Les personnes qui assistèrent jadis à ces fêtes magnifiques n'en ont jamais perdu le souvenir.
On n'en est plus là actuellement! hélas! cette guerre à la Religion est insensée et misérable.
Depuis qu'on a arraché le Christ des écoles, des hôpitaux et des prétoires, on a trouvé aussi que la sortie du Très Saint-Sacrement à travers les rues, même une seule fois par an, gênait la circulation et que le Bon Dieu n'avait plus qu'une chose à faire, c'était de se renfermer dans ses églises comme dans une prison et de n'en plus sortir.
Oui, c'est en temps de République, c'est-à-dire de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, qu'on défend de suivre Celui qui est venu inaugurer ici-bas le règne des petits et des pauvres, et apprendre à tous les hommes la fraternité évangélique, la seule possible.
Des pygmées s'insurgeant contre leur Créateur! Quelle satanique démence! Aujourd'hui il faut aller chez les Musulmans et même chez les sauvages pour voir la Fête-Dieu et se réconforter le coeur.
Dans les villes turques où se trouve un grand établissement catholique tel que soeurs religieuses hospitalières, soeurs de Saint Vincent de Paul, école des Frères, la procession a le droit de sortir et le peuple musulman la respecte. À Brousse, la Fête Dieu s'appelle Gul-Baïram, la Fête des Roses et les Broussiottes s'empressent, sinon de la suivre, du moins de la contempler avec admiration.
Ce qui les frappe surtout, ce sont les couronnes de roses que portent les jeunes filles de l'école des Soeurs de Saint-Vincent de Paul et la profusion de fleurs qu'elles jettent sur le parcours de la procession, d'où le nom de _fête des roses: Gul-Baïram_.
Un missionnaire, qui enseigne la religion du Christ chez les peuples lointains, racontait ainsi la dernière Fête-Dieu à laquelle il a assisté. «J'ai dit qu'on ne voit rien de précieux à cette procession, la simple nature y prête toutes ses beautés, car sur les fleurs et les branches des arbres qui composent les arcs de triomphe sous lesquels le Saint-Sacrement passe, on voit voltiger des oiseaux de toutes couleurs, attachés par les pattes à des fils si longs qu'ils paraissent avoir toute leur liberté et être venus d'eux-mêmes pour mêler leur gazouillement aux chants des musiciens et de tout le peuple.
D'espace en espace, on voit des tigres et des lions enchaînés, afin qu'ils ne troublent point la fête et de très beaux poissons qui se jouent dans de grands bassins remplis d'eau; en un mot toutes les espèces de créatures vivantes y assistent comme par députation pour y rendre hommage à l'Homme-Dieu dans son auguste Sacrement.
On fait aussi entrer dans cette décoration les choses dont on se régale dans les grandes réjouissances, les prémices de toutes les récoltes pour les offrir au Seigneur et le grain qu'on doit semer afin qu'il lui donne sa bénédiction. Le chant des oiseaux, le rugissement des lions, le frémissement des tigres, tout s'y fait entendre sans confusion et forme un concert unique...
Dès que le Saint Sacrement est rentré dans l'église, on présente aux missionnaires les choses comestibles qui ont été exposées. Ils en font porter aux malades ce qu'il y a de meilleur, le reste est partagé à tous les habitants de la bourgade...
Ces simples apprêts plaisent au divin Maître aussi bien que les magnificences déployées dans nos contrées civilisées, parce que c'est la même foi, le même amour, qui inspirent les uns et les autres.
DIX-NEUVIÈME DEVOIR
L'ASSOMPTION
I
L'esprit humain se trouble au nom de Vierge-Mère, L'orgueil de la raison en demeure ébloui; De la vertu d'En-Haut, ce chef-d'oeuvre inouï, Pour leurs vaines clartés, est toujours un mystère: La foi, dont l'humble vol perce au-delà des cieux, Pour cette vérité trouve seule des yeux; Seule, en dépit des sens, la connaît, la confesse; Et le coeur, éclairé par cette aveugle foi, Voit avec certitude et soutient sans faiblesse Qu'un Dieu, pour nous sauver, voulut naître de toi!
P. CORNEILLE (1665.)
La fête de l'Assomption, célébrée depuis le Ve siècle, prit une grande solennité, à partir du jour où Louis XIII consacra par un voeu solennel sa personne, son royaume et ses sujets, à la très Sainte Vierge en 1637.
La procession eut lieu pour la première fois le 15 août 1638 à l'issue des vêpres dans toutes les églises de France. Le roi qui se trouvait ce jour-là à Abbeville assista à cette procession à l'église des Minimes, où il avait reçu le matin même la sainte Communion. Depuis cette époque la _déclaration_ de Louis XIII fut plusieurs fois renouvelée par ses successeurs et la procession, en dépit des impies, a continué de se faire chaque année.
Le sépulcre où la Vierge ne passa que quelques instants, puisque son corps ne connut jamais les corruptions du tombeau, était au bourg de Gethsémani, en la vallée de Josaphat. Mais sous les empereurs Vespasien et Tite, ce lieu fut tellement saccagé par les armées de ces princes qui prirent Jérusalem, que les fidèles de cette époque ne purent retrouver ensuite le sépulcre de Marie. C'est pourquoi saint Jérôme fait mention des tombeaux des patriarches et des prophètes visités par sainte Paule et sainte Eustochée, et ne parle nullement de celui de la Vierge. Il ne fut découvert que longtemps après, mais, alors, il était si chargé de ruines, qu'il fallait descendre soixante degrés pour y parvenir. Bède écrit aussi que, de son temps, les pèlerins de Terre Sainte pouvaient aller le voir entaillé dans le roc.
La mort de la Vierge Marie est la consommation de tous les mystères de sa vie. C'est sa véritable Pâque, après avoir satisfait aux nécessités de la nature humaine, par sa mort elle entre dans la vie glorieuse et immortelle, devenant ainsi semblable à Jésus ressuscité.
L'auguste Marie, après l'Ascension de son Fils et la descente du Saint Esprit, demeura encore 23 ans et quelques mois sur la terre, c'est-à-dire jusqu'à la 72e année de son âge et la 57e année du Sauveur.
«On s'est demandé pourquoi Jésus-Christ qui avait tant de respect et d'amour pour sa mère ne l'emmena pas avec lui, lorsqu'il monta au Ciel et pourquoi il la laissa au milieu des calamités d'ici-bas.
«C'est que Marie avait une grande mission à remplir dans le monde. Elle devait devenir pour l'Église naissante la mère qui élève, la maîtresse qui instruit, le modèle qui forme et sert d'exemple, elle devait devenir enfin la reine qui soutiendra l'Église contre les persécutions des Juifs et des Gentils. C'est elle qui encouragera les Apôtres, découvrira aux Evangélistes tous les détails de la vie cachée de son Fils, qui fortifiera les premiers Martyrs, inspirera aux Vierges et aux Veuves l'amour de la pureté. On ne saurait croire combien sa présence a aidé les Evangélistes dans l'érection de ce merveilleux et éternel monument qu'est le Christianisme.»
Quelques Pères de l'Église, par respect, n'ont donné au décès de Marie que le nom de sommeil, tant sa mort fut douce, mais il est reconnu qu'elle est morte suivant les conditions de la chair.
De même que Jésus donna l'exemple de la plus héroïque et généreuse des morts violentes, Marie donna l'exemple de la plus sainte et la plus douce des morts naturelles.
Les traditions rapportent que Notre-Seigneur lui envoya quelque temps auparavant un des premiers anges de sa Cour pour lui annoncer que le moment de sa récompense était proche. On croit que ce fut l'ange Gabriel; celui qui lui avait déjà annoncé l'incarnation du Verbe divin et à qui, selon saint Ildefonse «la charge de tout ce qui lui appartenait avait été donnée». Comme depuis l'Ascension du Sauveur la Vierge Marie soupirait après le bonheur de lui être réunie, on comprendra avec quelle joie elle accueillit ce Messager du Ciel. Elle était alors à Jérusalem dans la maison du Cénacle où tant de mystères de notre religion se sont accomplis et qu'on a depuis érigée en église sous le nom de Sainte Sion.
La Vierge y priait à son oratoire comme dans l'humble maison de Nazareth et l'on croit que sa réponse fut la même qu'au jour de l'Annonciation. «Voici la Servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.» Marie avertit ensuite saint Jean de ce qui arriverait bientôt et, cette triste nouvelle s'étant répandue, les apôtres, les patriarches, les saints, les disciples, les convertis au Christ vinrent en foule à Jérusalem, pour voir une dernière fois la Mère de leur Dieu. Les fidèles pieux étaient accourus portant des flambeaux allumés, des parfums de grand prix et mêlèrent leurs larmes et leurs regrets à ceux de la troupe apostolique. Marie les consola par un discours admirable, leur promit son assistance et sa protection, les assurant que jamais elle n'abandonnerait ceux qui, dans la sincérité de leur âme, se confieraient à elle. C'était le testament de son âme. Pour ce qui était des choses de la terre, s'en étant détachée depuis longtemps ou même ne les ayant jamais possédées, elle léguait à deux saintes filles qui l'assistaient les quelques vêtements qu'elle portait. Le jour annoncé arriva bientôt. Marie n'était nullement malade et, quoi qu'elle eût 72 ans, son visage ne portait aucun signe de vieillesse et avait conservé son ancienne beauté; «on y voyait même un nouvel éclat qui prouvait bien que l'âme qui y logeait se ressentait déjà de l'approche de l'Éternité». Il ne faut donc point croire qu'elle fut alitée et qu'on l'entoura des soins qu'on rend ordinairement aux malades.
Le moment de son passage étant arrivé, Jésus-Christ, son Fils Bien-Aimé, selon les témoignages de saint Jean Damascène, de Métaplisaste et de Nicéphore, descendit du Ciel sur terre avec sa Cour céleste pour recevoir son Esprit bienheureux. La Sainte Vierge lui rendit alors la plus parfaite adoration qu'il ait jamais reçue sur la terre. «Que votre volonté soit faite, dit-elle, il y a longtemps, mon Fils et mon Dieu, que je soupire après vous; mon bonheur est de vous suivre et d'être où vous êtes, pour toute l'Éternité.»
Les anges entonnent alors un cantique céleste qui fut entendu de tous les assistants quoique tous ne vissent pas Notre-Seigneur.
Durant cette mélodie divine, l'humble Marie s'incline modestement sur sa couche, dans la position où elle voulait être ensevelie répétant ces mots: «Qu'il me soit fait selon votre parole», auxquels elle ajouta, ceux que son Fils avait prononcés sur la croix:
«Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains.»
Ainsi, les mains jointes, les yeux élevés vers son Bien-Aimé, le visage tout embrasé d'amour, elle lui remet son âme pour être transportée au Paradis.
L'assemblée, qui avait assisté à la mort de la Sainte Vierge, gardait un religieux silence. Le chagrin oppressait tous les coeurs, les larmes, coulaient; après les premiers moments donnés à une légitime douleur, les apôtres entonnèrent des hymnes et des cantiques en l'honneur de Dieu et de sa divine Mère.
Des malades ayant obtenu la faveur de baiser les membres de Marie se relevèrent guéris: des aveugles recouvraient la vue, des sourds, l'ouïe; des muets, la parole; des boiteux, l'usage de leurs jambes.
Les apôtres et les saintes femmes s'occupèrent ensuite de la sépulture.
Les deux saintes filles, qui s'étaient attachées à Marie étant venues pour embaumer le corps de leur reine, furent prises d'un grand saisissement en voyant des rayons de flammes sortir de son coeur. Sa couche était si lumineuse, qu'elles ne purent entrevoir son corps. Elles coururent vers les apôtres pour leur dire ce qui se passait, ceux-ci comprirent par là que ce corps sacré ne devait être ni découvert, ni touché par personne; on l'enveloppa dans un linceul sans avoir ôté ses vêtements et on l'emporta au bourg de Géthsémani, dans la vallée de Josaphat.
Jamais pompes funèbres ne furent aussi saintes. Les apôtres portaient eux-mêmes le cercueil. Les fidèles les accompagnaient en procession, tenant des flambeaux à la main. Les Juifs, quoique très montés contre les Chrétiens, ressentirent une telle impression de crainte et de respect, qu'ils ne songèrent point à troubler cette cérémonie.
Les Saints Pères sont unanimes à reconnaître que les anges accompagnaient de leurs harmonies célestes ce cortège sacré; une odeur délicieuse embaumait les lieux par où il passait. Les malades rencontrés sur la route furent guéris instantanément et plusieurs juifs se convertirent en voyant tant de prodiges. Enfin, le corps de Marie, ce trésor inestimable, fut déposé avec un profond respect dans le sépulcre qui lui avait été préparé et on le recouvrit d'une grosse pierre afin que celle, qui avait si bien imité les vertus de Jésus-Christ, lui ressemblât encore dans l'humilité de sa sépulture. Après la cérémonie, les fidèles retournèrent à Jérusalem, mais les apôtres, se relevant l'un l'autre, ne quittèrent pas le chevet sacré de leur Reine, près duquel les Anges veillaient aussi. Juvenal, patriarche de Jérusalem, nous apprend en son discours à l'empereur Marcien et à l'impératrice Pulchérie son épouse, qu'ils y demeurèrent encore trois jours. Au bout de trois jours, saint Thomas, le seul des Apôtres, qui n'eût pas été présent aux obsèques sacrées de la Vierge, arriva de l'Ethiopie, où son zèle ardent pour la conversion des âmes l'avait conduit. Ayant appris ce qui s'était passé, il désira encore une fois revoir le visage de son auguste Reine. Les autres Apôtres trouvèrent fort à propos de lui donner cette consolation ne doutant pas que ce retard ne fût mystérieux et ménagé par Dieu pour quelque grand motif, encore inconnu. Ils s'assemblèrent donc autour du sépulcre et, après quelques prières, enlevèrent la pierre; mais leur étonnement fut grand: un parfum incomparable s'échappait du tombeau vide, ne contenant plus que le linceul et les vêtements de la Vierge. Ils virent bien que personne sur la terre ne pouvait avoir enlevé ces pieux restes, la pierre n'avait pas été touchée et eux-mêmes étaient restés là, veillant à sa garde. Marie était ressuscitée, son âme avait repris sa dépouille mortelle pour remonter aux Cieux. Ce tombeau était donc vide comme celui de Notre-Seigneur, trois jours après sa mort, c'est pourquoi l'Église célèbre la fête de l'Assomption qui signifie élévation en corps et en âme de la Vierge au Ciel.
II
O toi qu'un regard touche Laisse descendre de ta bouche Un langage délicieux. O Rose entr'ouvre tes corolles, Et tes parfums et tes paroles Nous feront respirer les Cieux.
Quelle plume pourrait rendre dignement le triomphe de Marie entrant au Ciel. Nous en avons une belle et sensible figure dans l'arche-d'alliance; cette arche sainte et figurée qui renfermait les tables de la loi, faite d'un bois incorruptible, et revêtue d'or très pur. David la fit transporter dans la ville de Jérusalem entourée des prêtres, des lévites, de tout le peuple, faisant résonner l'air de leurs musiques, de leurs chants d'allégresse, de leurs acclamations de joie. Nous en avons encore une autre figure dans la magnificence avec laquelle la reine de Saba vint visiter Salomon. Il est dit qu'elle arriva à Jérusalem, au milieu d'un nombreux cortège avec des richesses infinies en pierres précieuses et parfums. Marie aussi n'est-elle pas entrée au Ciel, entourée du brillant cortège des anges et chargée de richesses infinies, c'est-à-dire du trésor inestimable de ses vertus.
«Qu'est-ce qui pourra jamais déclarer les merveilles de l'Assomption de Marie? car autant elle a reçu de grâces sur la terre au-dessus de toutes les créatures, autant elle a reçu dans le Ciel de gloire particulière au-dessus de tout ce qu'il y a de créé.»
Ne peut-on appliquer à Marie ces magnifiques louanges du Cantique des Cantiques. «Qui est celle-ci qui s'élève, répandant partout des parfums de myrrhe, d'encens, de cinname et de toutes sortes de senteurs exquises»; ces parfums, ne sont-ce pas ceux de son âme: son humilité, sa modestie, sa dévotion, sa ferveur, sa persévérance, sa miséricorde?
«Quelle est celle-ci qui voit germer sous ses pieds des étoiles?
«Quelle est celle qui s'avance comme l'aurore qui commence à poindre, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille.»
Dans cette comparaison nous voyons l'éclat de sa pureté, l'éminence de sa science et de sa sagesse, la grandeur de son amour pour Dieu, et l'ardeur de son zèle pour le salut des âmes, qui la rend redoutable à toutes les puissances du monde et de l'enfer.
«Qui est celle-ci qui monte du désert toute comblée de délices et appuyée sur son Bien-Aimé?» Il nous explique par là sa parfaite ressemblance avec son fils et les douceurs ineffables de leur union.
Dans les livres saints et en suivant l'interprétation des docteurs de l'Église, ce doux nom de Marie est comparé à l'huile répandue, parce que, de même que l'huile adoucit les plaies et guérit les blessures du corps, de même le nom si doux de Marie guérit les plaies de l'âme, adoucit les angoisses du coeur, calme toutes les tristesses de l'existence.
Plusieurs filles ont amassé de grandes richesses, ô Marie, mais vous les avez toutes surpassées parce que vous avez été humble et cachée comme un jardin fermé, comme une fontaine scellée. Vous serez appelée la cité de Dieu, la Sainte Sion, la Jérusalem céleste, la Reine du Ciel et de la terre. Votre demeure est dans la plénitude des Saints et comme s'écriait un éloquent prédicateur, ne trouvant plus d'expressions pour peindre vos vertus surhumaines: «À vous seule, vous résumez tout le Paradis!»
Le catholicisme, ami des pompes religieuses, de tout ce qui charme les yeux et touche le coeur, a consacré à Marie le mois de mai, ce gracieux mois de mai que fleurit le printemps.
C'est dans le plus beau règne de la nature, dans le règne brillant et embaumé des fleurs, que l'on a trouvé ses emblèmes.
C'est pourquoi les jeunes filles ornent avec joie ses autels et courent en foule à ses fêtes. Elles recherchent son amour, racontent sa gloire et chantent son nom si doux.
Marie! quel nom suave et délicieux. Ne renferme-t-il pas l'anagramme du doux mot aimer?
Doux est le murmure du ruisseau, traversant la prairie.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la plainte de la vague harmonieuse, bercée par le zéphir.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est l'accord de la lyre éolienne, à travers le feuillage.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la rosée du Ciel qui se répand sur la terre et fait naître la fleur.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est le parfum du lis immaculé et de l'humble violette.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est l'exquise senteur de la rose de Jéricho.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la plainte de la brise, caressant le palmier verdoyant de Cadès.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce et immaculée est la cime des neiges éternelles.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est au fond des bois les gazouillements de l'oiseau.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est au cerf altéré l'onde claire de la source.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est le chant de la colombe gémissant au bord de son nid.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce, était aux Israélites, la Manne du désert!
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est aux lèvres altérées le fruit de la vigne.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est au prisonnier le rayon de soleil éclairant son cachot.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est au coeur du marin l'étoile qui le guide sur la mer orageuse.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la voix de la femme égrainant les notes perlées de son gosier d'or.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la contemplation du ciel semé d'astres lumineux.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est au coeur de la mère la voix de l'enfant qui l'appelle.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est l'espérance, au coeur du voyageur dans le désert.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est à l'âme l'extase que fait naître ton amour.
Aussi doux est ton nom, ô Marie!
Marie, ô nom divin, étoile du Pécheur.
Rose du paradis, baume plein de fraîcheur,
Qui parfume le monde et qui révèle aux âmes,
La femme la plus sainte entre toutes les femmes!
III
«Marie, dit sainte Brigitte[12], est la fleur des fleurs. Cette fleur incomparable qui était éclose à Nazareth, couvrit le Liban de ses grâces et de ses parfums. Elle s'est élevée au-dessus de toute hauteur, parce que la Reine du Ciel surpasse en dignité, en pouvoir et en beauté toutes les créatures.»
«Marie, dit encore Auguste Nicolas, est la fleur de grâce de toute la création. C'est en cette fleur virginale qu'a pris naissance le Fruit divin. Sans elle, le Fils de Dieu et le genre humain ne se rencontraient pas, et toute l'économie du plan divin était rompue.»
Marie a su inspirer tous les arts: les musiciens et les poètes ont accordé leurs lyres, l'éloquence et l'architecture y ont puisé leurs meilleures inspirations, les sculpteurs ont transformé la pierre et le marbre, le peintre, emporté sur l'aile de son génie est arrivé au faîte des plus admirables conceptions.
«Poètes, peintres et sculpteurs, s'écrie un pieux écrivain, Marie est pour nous le bel idéal de la virginité, de la maternité, le bel idéal de la femme, le type parfait et divin de la beauté créée.» C'est elle que Raphaël et Michel Ange, Fra Angelico, Titien et tant d'autres ont méditée et contemplée avec le génie de la foi; artistes modernes, prenez aussi vos palettes, vos ciseaux et vos lyres en l'honneur de la Mère de Dieu, l'étude de sa beauté a inspiré dans le passé bien des chefs-d'oeuvre et doit en inspirer encore jusqu'à la consommation des siècles. Ce sujet est inépuisable.
HYMNE À LA VIERGE
Oui, pour toi, divine Merveille Qui nous donna le Créateur, La terre joyeuse et vermeille S'éveille et chante en ton honneur:
Le lis superbe des vallées Dans son éclatante blancheur, L'eau claire des sources voilées Cachant dans l'herbe sa fraîcheur,
La rose entrouvrant ses corolles, Le soleil brillant dans l'air pur, Le flot berçant nefs et gondoles Mollement, sur son sein d'azur,
L'oiseau dans son tendre ramage Chantant un hymne au Créateur, La brise ondulant le feuillage. Cueillant les parfums de la fleur;
La fraîche oasis qui se cache Dans les déserts mystérieux; L'éclair perçant qui se détache Lançant ses traits capricieux,
Le Ciel, dans ses nuits les plus belles, Roulant des milliers d'univers Qui reflètent leurs étincelles Aux centuples miroirs des mers;
L'hiver, au long manteau d'hermine Pressant le sol entre ses bras, L'ornant de la dentelle fine De son givre et de ses frimas;
Le printemps accordant sa lyre, Habillant la fleur, l'arbrisseau, Partout envoyant son sourire Pour saluer le renouveau;
Secouant sa blanche fourrure, La terre prenant à la fois, Et sa verdoyante ceinture, Et sa couronne de grands bois;
L'été, la campagne féconde, Ouvrant l'écrin de son trésor, Semant sur sa tunique blonde, Bluets coquets et boutons d'or;