Le journal d'une pensionnaire en vacances
Chapter 18
Et la multitude prodigieuse, accourue à Jérusalem pour célébrer la fête de Pâques, sortit pour aller au-devant du divin Maître, l'accompagnant de ses hommages et de ses bénédictions. Les uns étendaient leurs vêtements sur son passage, les autres jonchaient de feuillages les rues qu'il devait parcourir pour se rendre au Temple. Ni Salomon, qui en fut le fondateur, ni les pontifes, qui y officiaient avec tant d'éclat, nul autre avant Jésus n'avait jamais reçu pareil honneur. Toute la foule, portant des palmes et des branches d'olivier à la main, criait: «Hosanna au fils de David; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.» Car Jésus-Christ avait accompli un miracle, dont les habitants de Jérusalem avaient été les témoins, et qui s'était répandu dans toute la Judée. Il avait ressuscité Lazare, cet homme mort et descendu au tombeau depuis quatre jours. Voilà le prodige que le peuple avait admiré et qui lui avait donné une si haute idée de la puissance du Christ. Ce n'étaient que transports de joie et acclamations de toutes parts, et personne, à cet instant n'aurait pu croire que, cinq jours après, ces chants d'allégresse se changeraient en cris de mort!
Voilà cependant bien le peuple, toujours le même, mobile, changeant, alors, comme aujourd'hui. Oui, un souffle suffit pour faire déborder la marée du flot populaire... et détourner son cours... les masses sans réflexion, sans raisonnement suivant l'impression du moment, s'élevant et s'abaissant avec la même facilité, se laissent entraîner presque à la même heure dans les directions les plus contraires.
Mais les prophéties faites depuis quatre mille ans devaient s'accomplir, et il fallait que le Fils de Dieu mourût pour racheter le monde.
Dans la primitive Église, le dimanche des Rameaux porta différents noms. On l'appela souvent le dimanche d'indulgence, à cause de la réconciliation solennelle des pénitents publics et le baptême des catéchumènes ayant lieu ce jour-là; actuellement il n'en a conservé que deux, qui sont le dimanche des Rameaux et celui de Pâques Fleuries «à cause des fleurs dont on faisait autrefois des bouquets qu'on portait sur de hautes tiges à la procession et que l'Église avait bénites avec les rameaux d'arbres.»
_Pascha floridum_, d'où les Espagnols ont donné le nom de Floride à cette contrée de l'Amérique, parce qu'ils l'avaient découverte le jour de Pâques Fleuries, l'an 1543.
Tout le monde connaît la légende de Pâques fleuries qui commence à Noël. Ce jour-là ou plutôt ce soir-là, dans certaines localités de Bretagne et de Normandie, des jeunes filles en quête d'un mari s'en vont, en secret, couper en revenant de la messe de minuit, un petit rameau de pommier, à cette époque bien gris, bien desséché, qu'elles placent, avec toutes sortes de précautions, dans une fiole pleine d'eau et qu'elles suspendent devant la fenêtre de leur chambrette, pour que le rameau précieux et mystérieux reçoivent le plus possible d'air et de soleil pouvant lui rendre quelques instants la vie. Si un seul bouton vient à poindre et à s'épanouir sur la tige avant Pâques, la jeune fille à laquelle la branche appartient est certaine d'entrer en ménage avant la fin de l'année; si la floraison est générale, ce qui est excessivement rare, l'heureuse propriétaire jouira en ce monde d'un bonheur parfait, et cueillera sur sa route une abondante floraison de joie et de plaisir. C'est ce qui s'appelle une pâque fleurie. Il va sans dire que les partisanes de sainte Catherine n'ont jamais vu verdir le moindre bourgeon.
Dans certaines villes, on ne se contente pas, pour la solennité des Rameaux, de quelques brins de buis, d'une tige de romarin ou d'une branche de laurier. À Paris, ces simples rameaux rapportent environ six cent mille francs chaque année; ils donnent, pendant quelques jours un aspect particulier aux halles que le buis et le romarin, expédiés de la Normandie, de la Bretagne et des Cévennes, remplissent de leurs amères senteurs. Pour parler comme le chemin de fer qui les apporte il en passe là, de 50 à 60 tonnes chaque année et il n'y en a jamais assez. Tous les petits camelots de la rue se transforment en marguilliers installés à la porte des églises. Le métier est bon, car la botte de 50 centimes débitée brin par brin rapporte 2 à 3 francs; et c'est ainsi que ces rameaux vendus aux halles de Paris produisent environ 600.000 francs par an.
À Rome surtout, la fabrication des palmes, faites avec art, devient pendant une semaine un commerce important; s'il y a des rameaux depuis 10 centimes, pour que chacun puisse avoir le sien, il y a aussi des palmes qui se vendent jusqu'à 20 francs et même plus. À Saint-Pierre de Rome, les palmes du clergé sont conservées jusqu'au carême suivant; on les brûle alors et leur résidu sert à la cérémonie des Cendres, présidée solennellement par le Saint-Père, à la chapelle Sixtine.
Une seule famille a le droit, dans la ville éternelle, de fabriquer ces rameaux, si nombreux pendant la semaine sainte, et voici à quel événement elle doit ce privilège:
Lorsque Sixte V fit élever par l'architecte Fontana l'obélisque de porphyre rouge sans hiéroglyphe et d'un seul morceau (c'est le plus grand travail de cette pierre qu'on connaisse), dont le fils de Sésostris avait orné en Égypte le temple du Soleil, et qui, enlevé d'Héliopolis par Caligula, était venu ensuite embellir les jardins de Néron, lorsque le pape dis-je, fit élever ce magnifique obélisque sur la place Saint-Pierre, défense formelle, sous peine de mort, fut faite au peuple de prononcer un seul mot. On craignait que ses exclamations n'eussent troublé les ingénieurs ou empêché leurs ordres d'arriver jusqu'aux ouvriers.
Tout à coup, au moment décisif, quand le monument est presque dressé, les cordes se relâchent, elles mollissent et menacent, en s'allongeant, de laisser retomber cette aiguille, haute de 24 mètres et du poids de 500,000 kilogrammes; elle va se briser sur le pavé et broyer de ses éclats des centaines de personnes.
Tous les yeux sont fixes et les poitrines haletantes; l'anxiété est à son comble... Soudain, au milieu du silence général, une voix puissante s'écrie: «_Acqua, acqua alle funi_. De l'eau, de l'eau aux cordes.» Cette idée, émise par un jeune marin est un trait de lumière; les cordes sont inondées, elles se raffermissent, elles se resserrent, le travail peut être continué, et quelques minutes après, l'obélisque triomphant vient s'asseoir sur ses quatre lions d'airain, au milieu de cette place superbe où tant de siècles doivent le contempler.
Ce jeune marin de San Remo, près Gênes, s'appelait Guillemo Bresca; le pape le fit appeler et lui demanda quelle récompense il désirait pour l'immense service qu'il venait de rendre. Bresca n'en voulut pas d'autres que celle de pouvoir fabriquer seul, à Rome, les palmes des Rameaux. Depuis cette époque, lui et ses descendants ont toujours joui de ce monopole.
Rameaux verdoyants où le palmier et l'olivier se mêlent à tant d'autres feuillages, soyez vénérés. Que chaque fidèle vous emporte dans sa chambre et vous place au fond de son lit, près du bénitier que vos fleurs délicates parfumeront d'une odeur toute suave et céleste!
Cher petit rameau que je tiens entre mes mains, ta vue fait naître dans mon coeur les plus douces pensées; viens, rameau bénit, faire alliance de protection avec le bénitier qui contient la goutte d'eau sainte qui, soir et matin, descend sur nos fronts pour purifier nos âmes... Toujours tu as porté bonheur, et en ce moment même, tu me rappelles cette branche d'olivier que la colombe rapporta autrefois vers l'arche, en signe de paix. Tu me fais souvenir encore de ces palmiers superbes qui ombrageaient Jérusalem et demeurèrent sacrés; selon la remarque d'un Père de l'Église, le palmier s'éleva pendant plusieurs siècles sur les ruines de la cité déicide, et, par un trait de la Providence, échappa seul aux ravages des Romains.
Dans bien des pays existe encore cette pieuse coutume de suspendre aux petits lits des enfants, comme un talisman de bonheur, le rameau bénit qui appelle sur eux la protection du Ciel, et nous apparaît comme un abrégé de toutes nos croyances.
Rameaux précieux, tes branches embaumées sont un appel à nos âmes qui doivent aussi fleurir pour la vertu et s'épanouir en bonnes oeuvres. Il est rapporté, dans une touchante et pieuse légende, que les rameaux des prédestinés reverdissent dans leur tombe. Oui, leur fraîche verdure parle du Ciel; elle symbolise à nos regards l'espérance des chrétiens, appelés à conquérir la vie éternelle.
QUINZIÈME DEVOIR
LE VENDREDI SAINT
Hier, Jeudi Saint, nous avons eu sortie l'après midi, toutes les élèves sont allées visiter les sépulcres, généralement très beaux. En voyant l'affluence des fidèles dans les chapelles et dans les églises on se dit, avec une profonde joie au coeur, que la Foi n'est pas morte dans notre douce France, et cependant que ne tente-t-on pas pour l'affaiblir, l'ébranler, l'arracher même des consciences? Voilà plusieurs années qu'on a commencé et l'oeuvre néfaste se continue toujours. Aujourd'hui, hélas! d'après l'odieux arrêté du ministre de la marine, on a proscrit l'hommage rendu à Dieu le Vendredi-Saint, à bord de tous nos navires.
On sait que, le jour du Vendredi-Saint, les bâtiments de nos escadres mettaient leurs pavillons en berne. Cette tradition n'était pas spéciale à la marine de guerre, elle est générale dans la marine de commerce et même de plaisance. Mais à présent, les francs-maçons ont découvert que cet usage hautement clérical, constitue, non seulement une insulte à la liberté de conscience, mais encore un outrage à la République. Non, il y avait point danger pour la République parce que, un jour par an, le pavillon était amené à mi-mât sur nos navires de guerre, et cet usage, loin d'offenser la conscience de nos marins, était, au contraire, absolument conforme à leurs sentiments religieux et à leurs aspirations de croyants.
C'est égal, les sectaires auront beau faire et dire, ils passeront avec leurs stupides théories et nous verrons un jour cette tradition séculaire reprendre ses droits.
Le Vendredi-Saint me rappelle une petite historiette que j'ai entendu quelquefois raconter à mon vieil oncle Edmond, qui, jadis, sillonna les mers, quand il était capitaine au long cours. Alors il était fort jeune et débutait dans la carrière comme second à bord d'un grand navire de commerce du Havre, naviguant en ce moment aux confins de l'Atlantique.
Je laisse parler mon oncle.
«Le Jeudi-Saint, je fus trouver mon capitaine et lui demandai quel genre de vivres il faudrait distribuer le lendemain à l'équipage en ce jour anniversaire de la mort de Notre-Seigneur, jour que tous les chrétiens respectent; parfois même, ceux qui se posent en libres-penseurs.
Mon capitaine était franc-maçon. À cette époque les FF [symbole franc-maçon: trois points] n'avaient pas pour but de déchristianiser la France.
La franc-maçonnerie était alors une société de secours mutuels, une association philanthropique consistant à l'exercice de la bienfaisance, l'étude de la morale universelle et la pratique de toutes les vertus. Les adeptes devaient donc se reconnaître comme frères et s'entr'aider en quelque lieu qu'ils se trouvassent, à quelque nation, à quelque rang qu'ils appartinssent. On comprend que beaucoup de marins faisaient partie de la franc-maçonnerie qui leur rendait tant de services à l'étranger, particulièrement en cas de naufrage.
À ma question le capitaine me répondit. Nous ne pouvons pas forcer à faire maigre les hommes dont le service en mer est toujours pénible, n'ayant d'ailleurs rien de passable à leur offrir.
--Cependant, capitaine...
Le capitaine m'interrompit. «Oui, oui, je sais que vous êtes un fervent catholique. Eh bien! soit; consultez les hommes, et que chacun dise s'il veut faire gras ou maigre.
Je me rendis donc au gaillard d'avant où nos hommes prenaient leurs repas du soir: «Matelots, leur dis-je, vous savez que demain est un grand jour de deuil pour tous les chrétiens. Moi, je vous engage à faire maigre, mais vous êtes absolument libres de manger ce que vous voudrez.»
Tous répondirent sans hésitation: «Nous ferons maigre.»
Cette réponse me fit plaisir, je la portai de suite à mon capitaine et lui demandai ce qu'on servirait aux officiers.
«Les officiers seront libres aussi, répondit-il, quant à moi je reconnais que cela m'est un peu indifférent, mais n'importe, faisons un petit arrangement. Voilà bien des jours que nous ne pêchons rien qui vaille; eh bien! tendez vos grosses ligne d'arrière et, si vous prenez un beau poisson je m'engage à faire maigre toute la journée...
J'avoue que, le soir en jetant hameçons et harpons, je dis tout bas et bien dévotement une petite prière à Marie, l'Étoile des mers, la Protectrice des marins.
Le lendemain j'étais de quart de 4 heures à 8 heures du matin. Vers 6 heures, j'entends soudain un bruit insolite, je regarde et j'aperçois un gros poisson qui se débattait et frappait fortement le navire de sa queue. Je cris, comme c'est l'habitude dans ces agréables circonstances: «Bonne pêche! bonne pêche!» Les hommes du quart arrivent en courant l'un d'eux armé d'une longue gaffe dont le crochet était très aigu. Le poisson faisait force résistance. Il fallut six hommes pour le haler à bord. Le capitaine, entendant tout ce mouvement et persuadé que nous avions fait une belle capture, arrive à son tour. En effet, c'était un poisson appelé par les marins tazar, nom nullement scientifique, l'un des meilleurs de la haute mer; sa longueur était de 1m 60.
Il y avait de quoi régaler tout l'équipage, officiers et marins:
«Que dites-vous de ma pêche? dis-je au capitaine qui souriait.
--Que je vous félicite, et que je n'ai qu'une parole.
--C'est très bien, mon capitaine, mais, ce qui serait encore mieux, ce serait de reconnaître que ce beau poisson, qui, pour nous, est monté du fond de l'abîme, comme la manne en Égypte tombait du haut du ciel, nous vient aussi de Dieu.
C'est la récompense qu'il nous envoie pour n'avoir pas voulu enfreindre sa loi et avoir respecté le grand deuil du Vendredi Saint.»
Et mon oncle termine toujours sa petite narration, en se frottant les mains d'un air de conviction satisfaite, et ajoute: «Voilà comment l'équipage de notre navire, notre navire ce point perdu dans l'immensité des mers, sut rendre à notre Sauveur, ce jour-là, les honneurs qui lui sont dus.»
SEIZIÈME DEVOIR
LA PREMIÈRE COMMUNION
Je viens de passer une semaine bien agréable à la maison. Notre excellente supérieure, à la demande de maman venue me chercher, m'a octroyé la permission d'assister à la première communion de mon jeune frère. Le temps a favorisé ces grandes solennités, et demain, sous l'égide d'une bonne religieuse, je retournerai à mon cher couvent.
J'ai donc assisté à la première communion et à la confirmation du collège Saint-Sauveur, et le dimanche suivant à la paroisse, aux hommages rendus à Jeanne d'Arc.
La première communion, c'est la fête par excellence de l'enfance. Comme elle émeut délicieusement les âmes. Elle apporte comme un parfum de pureté et d'innocence charmant tous les âges, l'âge mûr et même la vieillesse. Chers enfants, on aime à vous contempler, votre lèvre est souriante, votre regard radieux. Le bonheur s'épanouit sur tous ces frais visages, que les soucis de l'existence, le poids des années n'ont point encore flétris.
La parole du Seigneur leur appartient aussi:
«Laissez venir à moi les petits enfants»; et plus tard, à toutes les étapes de la vie, la vision de ce beau jour évoque les plus suaves pensées. On se rappelle cette félicité sans mélange, à laquelle ne s'ajouta jamais l'arrière-goût d'amertume qui se retrouve au fond de toutes les joies humaines. Ce souvenir est plus doux qu'aucun autre.
Les pompes religieuses du collège Saint-Sauveur sont particulièrement belles et recueillies. La procession de la première communion, qui est en même temps celle du Très Saint-Sacrement, puisqu'elle a toujours lieu le jeudi de la Fête-Dieu, se déroule le soir, à la lueur des étoiles et à la lumière des cordons de feux, étincelant de tous les côtés. La procession serpentant sous les grands cloîtres, souvenir d'un passé lointain, a quelque chose de particulièrement imposant et grandiose.
Chaque année, sans se répéter jamais, maîtres et élèves savent varier les décors et leur donner un nouvel attrait. Une magnifique mosaïque, tapis de fleurs et de flammes, revêtait cette fois la cour d'honneur. Les reposoirs étaient fort beaux, celui des grands surtout. C'était un monument donnant l'illusion complète d'un vaste portique de cathédrale.
La rentrée solennelle de la procession est d'un effet saisissant. La chapelle constellée de lumières ressemble à un firmament d'étoiles. Les chants se mêlent à la voix majestueuse de l'orgue, et la dernière bénédiction, descendant sur tous les fronts inclinés, retentit dans le coeur comme un écho tombé des Cieux.
Après la première communion au collège, nous avons eu la confirmation à la paroisse. Monseigneur a dû être satisfait. Une grande partie de la population s'était rendue à sa rencontre pour lui souhaiter la bienvenue. La petite cité Redonnaise, cette fille de l'antique abbaye fondée sur les bords de la Vilaine, par saint Conwoïon il y a mille ans, cette petite ville, hameau d'abord, qui grandit sous l'égide protectrice des moines et dont les développements suivirent ceux du monastère, avait bien fait les choses.
L'église était décorée avec goût et élégance. Le groupement des oriflammes militantes, le jeu des lumières réfléchies dans le cristal des lustres, les fleurs et les verdures formaient un ensemble charmant. Le soleil, un peu voilé le matin, s'est éclairci dans l'après-midi; et la procession, cette longue file de robes blanches et de pantalons noirs, avec ses oriflammes et ses bannières, s'est déroulée à travers les rues, sous un ciel rayonnant.
Enfin, hier dimanche, M. le Curé nous avait convié à rendre nos hommages à Jeanne d'Arc. L'église avait gardé ses belles décorations, faisceaux de drapeaux, guirlandes de verdure, lustres éblouissants. Les chants et l'excellente musique des Frères rehaussaient encore l'éclat de cette fête.
Oui, la France a senti passer le souffle des grands, des sublimes dévoûments, à l'évocation de cette jeune bergère, inspirée par Dieu. Elle accomplit, l'humble fille des champs, des prodiges qui étonnèrent ses contemporains et qui nous étonnent encore.
Oui, la vraie France de Clotilde et de Clovis, de Geneviève et de Charlemagne, de Louis IX, de Blanche de Castille, la France, fille aînée de l'Église, se lève pour acclamer l'héroïque libératrice du pays.
Autour de cette vaillante et chrétienne figure devraient se grouper tous les Français. Les plis de son étendard victorieux ne devraient abriter qu'un parti, celui de la Patrie. Les anti-patriotes qu'on nomme juifs et francs-maçons ne l'entendent pas ainsi. Ils ne veulent pas s'incliner devant cette gloire si pure!
Victor Hugo a dit: «Tout homme qui écrit un livre, ce livre c'est lui; qu'il le sache ou non, qu'il le veuille ou non, cela est. De toute oeuvre quelle qu'elle soit, chétive ou illustre se détache une figure, celle de l'écrivain. C'est sa punition s'il est petit, c'est sa récompense s'il est grand.» L'homme est comme l'écrivain, il écrit sa propre histoire par la voie qu'il suit et par la vie qu'il mène. Ah! se sont-ils fait assez chétifs, assez petits tous ces hommes qui nient les vertus et les gloires de Jeanne d'Arc, uniquement parce qu'elle fut chrétienne, parce qu'elle fut grande aussi, par sa foi et par sa fidélité à cette religion du Christ, qui seule relève et ennoblit l'humanité.
Jeanne, la France entière a gardé ta mémoire; Dans la gloire, apparais sur un trône immortel. Jeanne, nous t'acclamons, c'est un chant de victoire Qui passe frémissant aux quatre coins du ciel! Ton âme est avec nous, le sublime génie Qui t'inspira nous reste, et ce précieux legs, À travers le temps plane encor sur la Patrie, Vierge de Domrémy, patronne des Français. Puis après le triomphe et les apothéoses, Où la gloire à ton front met l'auréole d'or, L'Église t'a donné, sacrant toutes ces choses, La palme de ses saints pour te grandir encore!
DIX-SEPTIÈME DEVOIR
LES PROCESSIONS
Ces belles pompes religieuses du catholicisme observées par les uns, honorées par les autres et toujours respectées, datent d'une très haute antiquité. On peut les faire remonter à la cérémonie de la translation de _l'Arche d'Alliance_, célébrée en grandes pompes parmi le peuple d'Israël. La bible cite encore la procession de Josué autour des murs de Jéricho et celle, pendant laquelle le roi David dansa devant l'Arche. Ces solennités n'étaient que la figure des manifestations extérieures et pieuses que nous appelons aujourd'hui: processions.
Nous ne parlerons pas ici des processions païennes des Grecs et des Romains; en l'honneur des dieux de l'Olympe ils en faisaient de très solennelles à diverses époques de l'année.
En France, les processions religieuses du Moyen-Age étaient plus nombreuses que de nos jours, mais beaucoup, ayant alors dégénérées en mascarades grotesques, l'Église dut en supprimer un grand nombre.
Elles sont encore fréquentes en Italie, en Espagne, en Portugal et en Belgique.
On distingue les processions commémoratives, votives, de bénédictions, d'intercessions, d'honneur, à stations, d'actions de grâce, de pèlerinages, de translation et enfin de pénitence. À ce propos, on peut rappeler le trait suivant. Un de nos rois, faisant un jour une procession de ce genre à travers sa bonne ville de Paris, pieds nus et les reins ceints d'une corde, rencontra le bourreau emmenant un pauvre diable à Montfaucon. «Sire, s'écria le malheureux, ayez pitié de moi!
--Soit, dit le roi en s'arrêtant, il faut donner aux coupables le temps de se repentir; bourreau, tu ne pendras cet homme, que lorsqu'il aura dit, à haute voix, son acte de contrition.» Et le roi continua sa marche.
Une demi-heure après, l'aide du bourreau accourait à toutes jambes. «Sire, le condamné a déclaré qu'il ne dira jamais tout haut son acte de contrition et comme on ne peut le pendre qu'après; le bourreau est fort embarrassé. Que faire?»
Le roi réfléchit un instant, puis souriant répondit: «Un roi n'a que sa parole, je fais grâce au condamné.»
La fête des Rogations vient du mot _rogare_, prier, elle fut instituée en 474 par saint Mamert, évêque de Vienne, en Dauphiné, dans le but d'attirer la protection de Dieu sur les biens de la terre; elle consiste en processions autour des champs, pendant lesquelles le prêtre bénit la terre, en appelant sur elle les grâces du Ciel. On la célèbre pendant les trois jours qui précèdent l'Ascension.
Ce fut le pape saint Grégoire le Grand qui institua la grande litanie ou procession de saint Marc, l'an 590 lorsque la colère de Dieu se faisait sentir dans Rome où la peste[9] jetait partout le deuil. Ce grand saint, voulant apaiser le Seigneur, justement irrité, ordonna des processions générales ou prières publiques, durant trois jours. C'est ce qu'on appelle litanies septénaires, parce que le saint pape ayant rangé tous les fidèles en sept choeurs différents, les fit partir en même temps de sept églises, comme autant de processions. La confiance que ce grand pape avait en la puissante protection de la sainte Vierge, et, en l'intercession des saints ne fut pas vaine; le saint pasteur portait l'image de la sainte Vierge, celle que l'on croit communément avoir été peinte par saint Luc. Lorsqu'il fut près du môle d'Adrien, on vit un Ange qui mettait l'épée dans le fourreau, et dès lors le fléau de Dieu cessa; le château bâti à la place où se fit l'apparition a été nommé, en mémoire de cet événement, le Château Saint-Ange. L'on croit que ces processions ou litanies furent instituées le 25 avril, jour de la saint Marc, c'est pourquoi l'Église en fait l'anniversaire tous les ans en ce jour.