Le journal d'une pensionnaire en vacances

Chapter 12

Chapter 123,803 wordsPublic domain

Pour le bon paysan de la campagne, le facteur rural est le messager fidèle qui s'intéresse aux événements; il est même quelquefois prié de lire la lettre qu'il apporte, et après avoir accepté le verre de vin ou la _bolée_ de cidre, qui doit le réconforter l'hiver et le rafraîchir l'été, il décachète solennellement l'enveloppe, pendant que toute la maison se groupe autour de lui pour l'entendre. Si les nouvelles sont heureuses, les yeux brillent, le sourire dénoue toutes les lèvres et le facteur prend sa part à la joie générale; si au contraire la lettre ne contient que des tristesses, si elle annonce que le fils qui fait son tour de France est tombé malade, oh! alors, le facteur trouve de bonnes paroles pour les rassurer; c'est lui qui apportera, il en est certain, la lettre de la convalescence, et, un peu plus tard, celle de la guérison. Comment ne s'identifierait-il pas à l'existence de tous ces braves gens? Il les connaît par leur nom, les rencontre souvent, fait leurs petites commissions à la ville et, après s'être occupé de leurs affaires, consent à engager, pendant deux ou trois minutes, un brin de conversation pour leur apprendre les nouvelles du pays. Il est aussi le porteur consciencieux de l'épargne péniblement amassée par la tendresse filiale ou maternelle et qui doit secourir l'enfant resté au loin sans travail, ou la mère souffrante à son foyer. C'est encore lui, qui remet directement à la jeune fille rougissante, la lettre de son fiancé que le sort a pris, mais qui reviendra fidèle..., et cette dernière lettre d'amour, toute rayonnante d'espoir et de bonheur, cette dernière lettre qui doit annoncer le retour, le facteur la prendra encore dans sa boîte, plus vaste que celle de Pandore qui ne contenait que l'Espérance. Oui, plus vaste, puisque la sienne contient tout..., la mort et la vie, le bien et le mal, l'espérance et les regrets, l'amour et la haine, tous les sentiments qui remplissent les âmes, toutes les pensées qui, après avoir circulé dans l'esprit, viennent circuler dans l'espace. Oui, cette boite contient tous les fils qui font mouvoir les plus illustres comme les plus simples acteurs du théâtre de la vie, tous les événements grands et petits, toutes les nouvelles politiques, où la raison cherche en vain à découvrir la vérité.

Honneur donc au facteur qui remplit scrupuleusement ses fonctions, modestes sans doute, et cependant si nécessaires. Moderne juif-errant, il reprend à chaque aurore, sans murmure, de bonne grâce et pour un bien faible salaire, sa course fatigante que rien n'arrête, ni les frimas de l'hiver, ni les soleils de l'été.

* * * * *

Il est impossible d'assigner une date certaine à l'origine de la Poste: elle remonte, au moins, à l'époque des conquêtes d'Alexandre.

L'institution _des Postes_, telle que nous la comprenons de nos jours, ne paraît pas avoir été connue des Anciens, mais ils employèrent les oiseaux et les chiens comme messagers et _Bergier_, dans son Histoire des grands chemins de l'Empire romain, dit que Cyrus introduisit l'usage des chars à quatre roues, attelés de quatre chevaux pour transporter les dépêches du gouvernement et que, de la mer Egée jusqu'à la ville de Suze, capitale du royaume des Perses, on comptait cent onze gîtes ou maisons de l'une desquelles à l'autre il y avait une journée de chemin. Sous les Romains, ce fut au temps d'Auguste, dit Suétone, qu'on employa les relais pour la rapidité des communications. Les Empereurs envoyaient leurs lettres par la voie des Postes Assises sur les routes militaires, si bien réglées et policées, qu'il n'était pas besoin au prince souverain de courir par les parties de son empire sans sortir de la ville de Rome, celui-ci pouvait gouverner la terre par ses lettres, missives, édits, ordonnances et mandements; lesquels n'étaient pas plutôt écrits, qu'ils étaient, par la voie des Postes, emportés aussi promptement que si des oiseaux en eussent été les messagers.

Dès ce temps-là, on employait la cryptographie, c'est-à-dire l'art d'écrire en signes conventionnels et particuliers, connus seulement de ceux qui s'en servaient, à l'aide d'une clef en permettant la lecture.

Lorsque deux personnes ont un intérêt majeur à cacher le contenu des lettres qu'elles s'adressent, les moyens employés, ordinairement, pour s'écrire, ne peuvent plus servir. Aussi pour arriver à correspondre d'une manière plus ou moins sûre, capable de déjouer les investigations d'une personne étrangère ou d'un ennemi, se sert-on alors de la cryptographie.

Donc, la science cryptographique remonte à la plus haute antiquité; l'histoire nous apprend, qu'en plusieurs occasions, le prophète Jérémie se servit de caractères secrets pour sa correspondance, et on sait que les Romains, les Grecs, les Carthaginois, les Perses et les Phéniciens usèrent de ces moyens, et parfois très utilement. Polybe, Plutarque, Suétone, Aulu-Gelle, Jules l'Africain nous ont laissé de précieux renseignements à ce sujet.

Pour correspondre secrètement, les Anciens se servaient de planchettes ou de dés percés de vingt-quatre trous, (représentant les lettres de l'alphabet) au travers desquels, un fil passait dans un certain ordre et aidait à deviner la signification du texte qui s'y trouvait caché; il suffisait, en effet, que le correspondant, recevant la dépêche, sût à l'avance la lettre convenue pour chaque trou. Connaissant cette clé, il lui était alors facile d'opérer le déchiffrement.

Ce procédé a été inventé par Tenéas, le tacticien, qui en parle dans ses commentaires, sur la défense des places (IVe siècle avant Jésus-Christ). Il est loin d'être inviolable et fait partie de la catégorie des systèmes, dits de substitution simple, dans lesquels la même lettre est toujours remplacée par le même signe.

Tenéas indique aussi divers autres moyens que l'on employait de son temps.

Les États chinois et quelques autres pays lointains n'ont pas de postes régulières, l'État n'a pas là-bas le monopole et aucune entreprise n'est chargée de ce service.

Chacun est libre d'ouvrir des «boutiques pour lettres» et d'essayer à ses risques et périls du transport des correspondances.

Cela ne veut pas dire que le service postal y soit plus mal fait qu'ailleurs.

À Shang-Haï, par exemple, il n'y a pas moins de 200 boutiques pour lettres où l'on rivalise de zèle pour être agréable au public.

La taxe de chaque lettre varie suivant la distance à parcourir. Cette taxe varie aussi suivant que l'enveloppe contient ou ne contient pas de valeurs.

On croit généralement en France que l'institution des Postes ne remonte qu'à Louis XI, c'est une erreur; Charlemagne est le premier souverain qui se soit occupé de cet important service. Il institua pour les besoins de l'empire un corps de courriers qui se nommaient _Cursores_ et il permit à l'Université d'entretenir un certain nombre de messagers pour faire communiquer les étudiants avec leurs familles. Pendant les guerres qui suivirent la mort du grand empereur, le service des Postes fut interrompu et même abandonné et ce fut en effet Louis XI qui procéda à la réorganisation des Postes par l'édit qu'il rendit à Doulens au mois de juin de Tannée 1464. Ses successeurs continuèrent l'oeuvre commencée. Les rois Charles VIII, Charles IX, Henri III s'en occupèrent particulièrement. Louis XIII créa les charges de _Maîtres des courriers et contrôleurs généraux des postes et des relais_. Ces maîtres coureurs, nos maîtres de postes, reçurent des rois de nombreux privilèges qu'ils conservèrent jusqu'en 1790. Sous Louis XI, les Postes n'avaient été établies que pour le service du roi, et ce n'est que plus tard que les particuliers obtinrent la permission de faire porter leurs lettres par les courriers du gouvernement. Jusque-là, et pendant des siècles, les Français ne correspondaient entre eux que par l'entremise des messagers que l'Université de Paris expédiait à des époques indéterminées et à son profit, dans les principales villes du royaume. Sous Louis XIV, ceux qui étaient chargés de distribuer les lettres en fixaient le prix à leur gré et le percevaient à leur profit. À partir de 1676, sous le ministère de Louvois, les Postes furent affermées; en 1791, l'État se chargea lui-même de l'exploitation. La taxe régulière des lettres date du commencement du siècle, mais elle variait suivant la distance qu'elles avaient à parcourir. C'est à partir de 1848 seulement que l'affranchissement des lettres devint uniforme par toute la France. La petite poste de Paris fut inventée en 1759 par M. de Chamousset, conseiller d'État. On commença le service le 1er juin 1760 au grand ébahissement des Parisiens, et le premier jour, M. de Chamousset suivit en chaise à porteurs les distributeurs de lettres pour voir s'ils faisaient bien leur nouveau métier. Oh! si M. de Chamousset pouvait revenir, c'est lui à son tour qui serait ébahi, non seulement, du service si complet des postes actuelles, mais surtout des merveilles du service télégraphique et téléphonique.

Pendant longtemps le transport des lettres se fit dans une malle attachée sur le dos d'un cheval, car les routes étaient alors à peu près impraticables aux voitures; c'est en souvenir de cet usage que la voiture des courriers fut appelée _la malle_. En 1818 on remplaça les anciennes malles-postes par de nouvelles, plus nombreuses, moins lourdes et mieux aménagées et en 1828 un service spécial fut créé pour les campagnes. Jusqu'à cette époque, les lettres restaient quelquefois huit et dix jours dans un bureau par suite de la lenteur des communications. À partir de cette année 1828, cinq mille facteurs ruraux furent chargés de parcourir les trente mille communes ne possédant pas encore de bureaux de poste. Depuis les améliorations ont été continuelles; ils sont légions maintenant les facteurs qui portent en France bon an, mal an 500 millions de lettres, sans compter les journaux, les cartes de visite, les circulaires, catalogues et imprimés de toutes sortes et les cartes postales! Ah! les cartes postales c'est par milliards qu'elles parcourent le monde, l'Allemagne à elle seule en expédie chaque année 1 milliard, accompagné de plusieurs millions.

La législation des postes fut d'abord très sévère. En 1471 un employé fut pendu pour avoir intercepté deux lettres. Un décret de 1742 formula la peine de mort, contre tout employé qui décachèterait une lettre pour s'en approprier les valeurs. Comme on le voit, on n'y allait pas de main-morte dans ce temps-là. Aujourd'hui les peines se sont fort adoucies et l'on n'a plus besoin de ces menaces pour obtenir la probité et l'exactitude des employés.

Le budget des postes est un des rares budgets qui rapporte plus qu'il ne coûte, quoique les dépenses s'élèvent à plus de 150 millions. Cela se comprend, quand on pense au nombre de lettres qui s'expédient toute l'année et particulièrement pendant le mois de janvier. Et les cartes de visite donc! elles tombent en avalanches, c'est le cas de le dire, car ces petits cartons glacés qui s'envoient par millions sont trop souvent à l'unisson du coeur des recevants et des envoyants.

On avait entrepris une campagne contre l'usage des cartes de visite.

--Vieux jeu, disaient les uns.

--Mauvais ton, ajoutaient les autres.

Mais, on a eu beau dire et beau faire, cet usage prévaut toujours.

C'est par milliards que s'expédient lettres, cartes de visite, cartes postales, catalogues, et échantillons, revues et journaux, puisqu'on évalue au moins à douze milliards le nombre d'objets transportés annuellement par le service des postes sur toute la surface du globe. On ne compte pas les cartes de visite, bien entendu, ce serait un travail de Romains on les pèse; on a reconnu qu'il faut environ 275 cartes pour 1 kilog.

Celui qui, de tous les souverains, reçoit le plus de lettres, c'est le Pape.

Il arrive au Vatican quotidiennement plusieurs milliers de lettres et journaux. Pour l'expédition de ces affaires on emploie dans le palais papal 35 secrétaires et scribes. Sa Sainteté ne lit que les lettres les plus importantes.

Le Président des États-Unis reçoit à peu près 1,400 lettres et de 3 à 4.000 journaux et livres par jour.

Le roi d'Angleterre a également un courrier important: environ 1.000 lettres et 2 à 3.000 journaux et livres par jour.

L'empereur d'Allemagne reçoit quotidiennement 1.000 lettres et de 3 à 4.000 journaux et livres. Guillaume II n'ouvre que les lettres recommandées qu'il classe lui-même. Il dicte ses réponses personnellement à ses secrétaires et signe chaque lettre de sa main.

La correspondance du Czar est moins importante. Elle se compose à peu près de 600 lettres par jour, et celle du roi d'Italie en compte 300.

La reine Wilhelmine reçoit de 100 à 150 lettres par jour.

TROISIÈME DEVOIR

LES TIMBRES-POSTE

«Mesdemoiselles, nous a dit ce matin notre maîtresse, il est tout naturel qu'après avoir parlé du facteur des postes, vous parliez aussi des timbres-poste. Voilà le sujet de votre prochain devoir trouvé; cherchez, furetez, à vous de le rendre à la fois instructif et intéressant.»

Après ce préambule, nous nous sommes toutes mises à piocher. Voici notre devoir collectif. Chacune de nous ayant apporté son petit bagage de renseignements, notre maîtresse nous a engagées à les réunir pour faire un travail plus complet.

On nomme philatélistes les collectionneurs de timbres-poste et philatélie leur douce manie. Ce mot rébarbatif vient du grec:

_Philos_, ami, amateur, et _atelès_ (en parlant d'un objet), franc, libre de charge ou d'impôt, affranchi. Substantif _ateleia_. Philatélie signifie donc: amour de l'étude de tout ce qui se rapporte à l'affranchissement.

C'est un peu tiré par les cheveux, mais il en est souvent ainsi avec les mots qui sont formés de racines grecques.

La première origine des timbres-poste en France est très curieuse.

L'histoire de ces petits carrés de papier, dont plus d'un a fait le tour du monde, remonte au XVIIe siècle ainsi que le prouve l'extrait ci-dessous de la _Gazette de Loret_.

En France, sous Louis XIV, quand le roi était éloigné du lieu où la cour résidait, les personnes de sa suite se procuraient des marques qu'elles apposaient sur les lettres destinées à Paris, pour les faire recevoir et porter par les courriers de Sa Majesté.

Un collectionneur, M. Feullet de Conches, possède une lettre envoyée à Paris, écrite à Mlle de Scudéry par Pélisson Fontanier et sur laquelle se trouve ce genre de timbre-poste.

Voici d'ailleurs le règlement du 18 août de 1654:

«On fait assavoir à tous ceux qui voudront escrire d'un quartier de Paris à un autre que leurs lettres, billets ou mémoires seront portés et diligemment rendus à leur adresse, et qu'ils en auront promptement réponse, pourvu que lorsqu'ils escriront, ils mettent à leurs lettres un billet qui portera port payé, parce que l'on ne prendra d'argent; lequel billet sera attaché à la dite lettre, ou en toute autre manière qu'ils trouveront à propos, de telle sorte néanmoins que le commis puisse voir et l'oster aysément.»

Ainsi que le dit Loret, le prix de ce billet d'affranchissement était d'un _sou tapé_. Le règlement se termine ainsi: «Les commis commenceront à porter les lettres le dix-huit août 1654. On donne ce temps afin que chacun ay le loisir d'acheter des billets.»

La _Gazette de Voss_ nous apprend qu'en 1650 déjà, mais seulement pendant très peu de temps, la poste anglaise mit à la disposition du public des enveloppes timbrées, idée qui fut ensuite, en 1818, remise en pratique dans l'île de Sardaigne, mais aussi seulement pendant peu de temps. Ces enveloppes sardes devenues rarissimes, sont payées par les collectionneurs au poids du diamant.

C'est à partir de 1840, que l'usage des timbres-poste s'est introduit d'une façon générale d'abord en Angleterre (1840), au Brésil (1843), à Genève (1844), aux États-Unis (1846), en Russie (1848), en France (1849), en Prusse (1850), etc.

Avant 1866, il existait à l'usage des différents États de l'Allemagne jusqu'à 177 timbres-poste; aujourd'hui en dehors des timbres de l'empire il n'y a plus que la Bavière et le Wurtemberg où l'on se serve de timbres particuliers; la Bavière spécialement tient à conserver ce privilège en mémoire de ce fait que cet État a le premier en Allemagne adopté, en 1849, l'usage des timbres-poste.

C'est donc en 1849 qu'eut lieu la première émission de deux timbres chez nous. Ces deux timbres étaient à l'effigie de la République, l'un de 20 centimes pour l'intérieur, il était noir. L'autre de 1 fr. pour l'étranger, il était rouge.

En 1852, nouveaux timbres-poste de 10 centimes (bistre) et de 25 centimes (bleu) avec la tête de Louis Napoléon Bonaparte. En 1853, on vit apparaître le timbre de 40 centimes. En 1855, on nous donna celui de 5 centimes, et en 1860, celui de 1 centime.

Un changement s'opéra dans les timbres français en 1863: Napoléon III y fut représenté la tête couronnée de lauriers. Vint, hélas! le 4 septembre de 1870, on remit en usage le timbre de 1849 à l'effigie de la République et jusqu'en 1876 il ne subit que de petites variations, depuis il a été créé plusieurs types nouveaux. On assure que pour la Semeuse, dernier modèle, 700 concurrents se sont présentés et 3 modèles seulement ont obtenu des prix.

C'est en Amérique que l'on trouve la plus grande variété de timbres. Ils représentent habituellement le portrait d'un des grands hommes des _United States_. Selon la valeur, le portrait varie: avec le timbre d'un centime, on a l'effigie de Franklin; avec un autre, celui de Washington; avec un autre encore, celui de Jefferson, et ainsi de suite. Il n'en faudrait pas conclure cependant que les Américains estiment leurs gloires nationales à la valeur de leurs timbres.

D'autres timbres des États-Unis représentent l'image de Christophe Colomb sur sa Caravelle la _Santa Maria_; tous les timbres commerciaux, en nombre incalculable, sont aux effigies variées.

Les États-Unis, lors de l'exposition de Buffalo, ont émis une série de timbres donnant les divers modes de locomotion à l'aurore du XXe siècle.

Le 1 centime vert, représente un bateau à vapeur des grands lacs de l'Amérique du Nord. Dans le timbre de 2 centimes rose, nous voyons un train express aux longues et confortables voitures filer à toute vapeur à travers une plaine à perte de vue. Voici le 4 centimes brun-rouge, avec un coupé automobile, arrêté devant le capitole de Washington. Le 5 centimes bleu ciel, nous présente un magnifique pont d'une seule arche, jeté sur les chutes du Niagara; tandis que le 8 centimes violet nous fait assister au passage d'un grand vapeur à travers une écluse.

Enfin, dans le 10 centimes brun clair nous voyons un transatlantique, dont les deux grosses cheminées lancent des torrents de fumée, fendre les vagues furieuses de l'Océan.

Cette puissante République révèle qu'elle émet chaque année 4 milliards et demi de timbres-poste, et un mathématicien (les mathématiques se fourrent partout) constate que ce nombre colossal de timbres collés bout à bout sur la ligne de l'équateur, formeraient un ruban faisant sept fois le tour du monde, et, capable peut-être d'affranchir le poids total de la terre, si on pouvait la faire entrer en une boîte aux lettres.

Aucune souveraine n'a été autant collée en effigie sur les enveloppes que _Her gracious Majesty Victoria_. En effet, il n'est point de colonie anglaise qui n'ait donné à l'indigène le portrait de la Reine Victoria, comme signe d'affranchissement... de ses lettres.

Ces États qui pendant 60 ans, depuis 1840 ne connurent que des timbres de la reine Victoria, les gravent aujourd'hui à l'effigie de son fils et successeur, le roi Edouard VII.

L'Angleterre, ayant à célébrer le cinquantenaire de Rowland Hill, l'inventeur du timbre-poste, lui en consacra un.

Avant que sir Rowland Hill inventât la poste à 2 sous, on se servait peu d'enveloppes, car un papier enfermé dans un autre, si mince qu'il fût entraînait doubles frais.

L'emploi des enveloppes ne se répandit qu'à partir de la taxe uniforme.

La première machine à les fabriquer a été imaginée par Edwin Hill, frère de Rowland Hill, et c'est à elle que succéda, plus tard, la machine de la Rue pour les plier.

L'Amérique du Sud tient le premier rang pour la beauté de ses timbres. Ceux du Pérou représentent soit un lama, soit un soleil aux rayons resplendissants, soit encore les armes du pays. Le Guatemala a deux bien jolies figures de timbres gravées avec une finesse qu'on ne s'attendrait guère à rencontrer chez des peuples aussi commerçants: une tête d'Indienne empreinte de tristesse, mais non sans charme, et un magnifique ara perché sur une colonne à demi-brisée.

La Nouvelle-Galles du Sud a frappé aussi un timbre pour faire connaître au monde le centenaire de sa fondation; Hong-Kong et Shang-Haï, le cinquantenaire de la leur; le Monténégro, pour rappeler l'anniversaire de l'introduction de l'imprimerie dans la principauté, a fait un timbre.

Le Portugal a frappé un timbre à la gloire de Christophe Colomb; l'Espagne, à propos du troisième centenaire de Velasquez, reproduisit sur les siens les chefs-d'oeuvre du maître. La Belgique, à l'occasion de la grande exposition d'Anvers, fit également un timbre.

Le portrait du Shah, que nous donnent les timbres de Perse, prouve qu'avec le Coran, comme avec le Ciel, il est des accommodements; on sait que la loi musulmane défend aux Croyants de faire représenter leur image.

Dans les États de l'Hindoustan et au Japon, les timbres ne portent que des inscriptions sur papier de couleur.

Cependant Mut-Suhito, l'empereur du Japon, lors de la célébration de ses noces d'argent avec l'impératrice Haruko, émit un timbre-poste spécial, valable seulement ce jour-là. Ces timbres peu nombreux puisqu'il n'y en eut qu'une seule émission ont une largeur de 3 centimètres 1/2. Leur valeur est de 2 et de 3 _sen_. Les uns sont rouges, les autres bleus. Au milieu, il y a le soleil, emblème de Louis XIV, entouré de l'exergue anglais: _Impérial Wedding 25 anniversary_ (25e anniversaire des noces impériales.) À droite et à gauche du soleil se tiennent deux flamants, et en haut et en bas, on lit en anglais et en japonais les mots: _Empire de Japon_. Ces premiers timbres, lors de leur apparition en Europe, ont été, tout de suite, cotés très haut par les amateurs.

L'Égypte, elle-même avec son timbre au Sphinx et à la Pyramide, nous offre un pittoresque que la France n'a plus.

Nos colonies ont depuis quelques années sur leurs timbres une allégorie plus gracieuse que celle des timbres de la métropole: une femme, tenant un drapeau déployé, s'appuie sur l'écusson portant pour inscription la Valeur, tandis qu'on aperçoit un vaisseau filant à l'horizon.

Nous avons encore un autre timbre artistique, mais toujours pour nos colonies; c'est celui de la toute petite colonie d'Obock. Il représente au premier plan, un chameau monté par un indigène près duquel se trouve un autre indigène, armé d'un bouclier. Un troupeau de chameaux s'aperçoit à l'horizon.

Ce timbre pittoresque, destiné à affranchir les lettres pour les endroits périlleux, coûte 10, 25 et 50 francs.

En aucun pays, croyons-nous, le sens artistique ne produirait mieux que la France, dont les graveurs sont renommés.

Comme on vient de le voir, dans beaucoup de pays les timbres rappellent des faits importants de leur histoire. Il n'en est pas de même chez nous. L'État païen, que nous subissons, a préféré nous donner un Mercure ou une Minerve rococos qui n'ont rien de national.

Quand aurons-nous donc une série de timbres, nous donnant soit l'effigie de Jeanne d'Arc, soit les principaux faits de l'histoire de France? Mais, hélas! cela viendra-t-il? Saint Michel ferait aussi très bien sur un timbre.

En excluant l'idée religieuse, on exclut forcément ce qui est le plus élevé, et l'on est réduit à de plates allégories, à de grosses femmes au type banal représentant la Loi, la Justice, la Vertu même, ou à des emblèmes formant bric à brac: des bonnets de Mercure avec des ailes et des serpents, des épis, des coqs ou des canons.