Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris)
Part 7
[103] «Et de ce on parla en mainte manière», dit P. de Fenin. En effet, après le récit de Juvénal des Ursins, voici la version de Monstrelet. Il dit que la Rivière était en prison, «où, en luy desespérant, comme on luy meit sus, luy mesmes se frappa d’un pot d’estain plusieurs coups en la teste, tant qu’il s’escervela et mourut; mais, pour dire la vérité, il fut autrement», et Monstrelet raconte le coup de hachette et conclut: «et luy (de Jacqueville), issu de là, sema et feit semer aval la ville de Paris que luy-mesme dudit pot s’estoit occis, et puis fut tenu pour plusieurs pour vérité.» Aussi Labarre ne donne-t-il que la version du pot d’étain: «Car il estoit mort, et ce estoit tué d’une pinte pleine de vin, dont il s’estoit cassé la teste et la cervelle.» Le Laboureur raconte ainsi l’entrevue de Jacqueville et de la Rivière: «Et en estant venus au démentir, l’autre luy raa un coup de marteau de fer par la teste, qui l’étourdit de sorte qu’il ne put parler depuis intelligiblement, et non pas mesmes accuser celuy qui l’avoit assassiné.»
[104] «L’Anonyme de Saint-Denis dit qu’il fut décapité aux Halles le samedi 4 juin. En 1413, le 4 juin tombait un Dimanche.» (_Note de Mˡˡᵉ Dupont_: Pierre de Fénin.)--«Autrefois, dit Sauval, on exécutait les Criminels les Fêtes et les Dimanches, de même que les autres jours. Le lendemain de Pâques de l’année 1301, une maquerelle fut exposée à l’échelle de Sainte-Geneviève; Pierre Remi fut mis en croix le jour de saint Marc de l’an 1328, et un Chevalier convaincu de vols, de violemens et de meurtres, fut mis à mort le premier Dimanche du mois de mai 1344.»
[105] «Colin de Brie, dit Labarre, fut traisné comme Symonnet davant dit, et couppé sa teste ès Halles, de ladite Bende, très-plein de tyrannie, très-laide et cruelle personne.»
[106] JUVÉNAL DES URSINS, _Histoire de Charles VI_, p. 319.--P. DE FÉNIN, _Mémoires_, p. 34.--MONSTRELET, _Chroniques_, t. I, p. 170.--LABARRE, _Mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne_, p. 14.--LE LABOUREUR, _Histoire de Charles VI_, t. II, liv. 33, p. 873.--SAUVAL, t. II, p. 587.
[107] J. DU BREUL: «Jusques en l’an 1413 il y a eu une grosse tour que l’on nommoit la Tour du Bois, vis-à-vis de la porte qui retient encore le surnom de l’ancien hôtel de Nesle, et près du lieu où pour lors se tenoit le marché aux moutons, où (selon Corrozet) Pierre des Essars, par auparavant prévost de Paris, fut décapité sous le règne de Charles sixiesme.»
[108] JUVÉNAL DES URSINS, _Histoire de Charles VI_, p. 321.--LABARRE, _Mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne_, p. 14 et 18.--LE LABOUREUR, _Histoire de Charles VI_, t. II, liv. 33, p. 878 et 899.--MONSTRELET, _Chroniques_, t. I, p. 171.--J. DU BREUL, _Le Théâtre des Antiquitez de Paris_, p. 5.--SISMONDI, _Histoire des Français_, t. XII.--MICHELET, _Histoire de France_, t. IV, p. 253.
[109] JUVÉNAL DES URSINS, _Histoire de Charles VI_, p. 410.
[110] MONSTRELET, _Chroniques_, t. III, p. 52.--_La Chronique scandaleuse_, p. 121 et 128.
[111] _Le Journal d’un bourgeois de Paris_, p. 67.
[112] SAUVAL, t. III, p. 621: «A Estienne le Febvre, pour avoir fait ladite figure, quatre livres 8 sols parisis. Pour une torche pesant deux livres de cire, 12 sols parisis. Pour une chemise froncée, pour mettre sur ladite figure, 8 sols parisis. Pour une paire de chausses noires, pour mettre sur ladite figure, 20 sols parisis. Pour le louage d’une robe de drap noir doublée pour les paremens de demie ostade et bordée à l’entour d’avocat, avec un pourpoint de velours noir, 12 sols parisis.»
[113] _Le Journal d’un bourgeois de Paris._
[114] _Le Journal d’un bourgeois de Paris._
[115] P.-V. PALMA CAYET, _Chronologie novenaire_ (Collect. Michaud et Poujoulat), t. III, p. 32.--_Revue rétrospective_, t. VII, p. 91-108: _Arrêts et exécutions au XVIᵉ siècle_.--P. DE L’ESTOILE, t. I, p. 320.--FÉLIBIEN et LOBINEAU, t. III (_Preuves._)
[116] Cela résulte d’un acte en date du 3 décembre 1627, par lequel le Chapitre Notre-Dame permet à Jean Berthault, conseiller du roi, de faire tirer du plâtre d’une pièce de terre située près de Montfaucon; il lui est toutesfois recommandé de ne pas endommager la butte sur laquelle se trouve le gibet de Paris.
Voici à ce sujet une pièce plus importante; elle est de 1619: «Veu le renvoy fait par le Roy en son conseil, le quinzième janvier dernier, du placet présenté par M. Michel Ménard, advocat au parlement de Paris, tendant à ce qu’il plût à Sa Majesté lui accorder et faire don de neuf arpens de terre, ou plus grande quantité s’il s’y en trouve, ès environ du lieu vulgairement appelé Montfaulcon, les terres où sont bâties les fourches patibulaires, lesquelles terres ont de temps immémorial servi à la voirie de ladite ville pour y jeter les immondices, et à présent, à cause de l’hôpital Saint-Louis, ladite voirie a été transportée plus loing, ensemble la restitution des fruits provenus desdites terres que quelques particuliers se seroient emparés sans permission de Sa Majesté; pour desdites terres jouir par ledit Ménard, ses hoirs et ayans cause à perpétuité en propriété, et en disposer comme bon lui semblera; mesme luy permettre de faire fouiller lesdites terres pour en tirer les pierres à plastre et autres, si aucunes y a, à condition de laisser ung quartier de terre si besoing est pour enterrer les suppliciés par justice, comme il avoit accoutumé d’être fait cy-devant, et de ne démolir aucune chose de ce qui est édifié audit lieu pour marque de ladite Justice, et à la charge de payer annuellement et perpétuellement..., etc.»
_Archives du Royaume, section administrative.--Extrait des registres du Conseil d’Etat._--DE LA VILLEGILLE, _Des Anciennes Fourches patibulaires de Montfaucon_, p. 89-90.
[117] JAILLOT, _Recherches historiques et topographiques sur Paris_ (_Quartier Saint-Martin_).
[118] Claude Le Petit est une personnalité qui tient de trop près à notre sujet pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. C’était un poëte, et quel poëte! et ne pourrait-on vraiment pas mettre ces mots: _Portrait du peintre_, au-dessous de ce sonnet de sa façon?
LE POÈTE CROTTÉ:
Quand vous verrez un homme, avecque gravité, En chapeau de clabaud, promener sa savate, Et, le col étranglé d’une sale cravate, Marcher arrogamment dessus la chrétienté;
Barbu comme un sauvage et jusqu’au cu crotté, D’un haut de chausse noir, sans ceinture et sans patte, Et de quelques lambeaux d’une vieille buratte, En tous temps constamment couvrir sa nudité;
Envisager chacun d’un œil hagard et louche, Et, mâchant dans les dents quelque terme farouche, Se ronger jusqu’au sang la corne de ses doigts;
Quand, dis-je, avec ces traits vous trouverez un homme, Dites assurément: «C’est un poëte françois!» Si quelqu’un vous dément, je l’irai dire à Rome.
Mais Petit «estoit si fatallement pour la satyre et pour les femmes, qu’il lui estoit aussi impossible de ne point escrire que de ne point chevaucher»; et comme sa vie se passait en débauches et en libertinage, sa poésie était des plus libres et des plus impies, et son _B....l céleste_, qui renfermait des vers abominables contre la Sainte-Vierge, le conduisit droit à la Grève.
C’est lui dont Boileau a dit:
A la fin tous ces jeux que l’athéisme élève Conduisent tristement le plaisant à la Grève.
A la Grève..., dont Petit s’était bien moqué aussi dans son _Paris ridicule_.
LA GRÈVE:
Autre sujet de raillerie, Autre matière à camouflet; Invoquons d’un coup de sifflet Le Démon de la Bernerie. A moy, gentil bouffon Momus! Je t’enfonce cet _Oremus_; Voy de bon œil ma Pasquinade; Exauce mes vers et mes vœux: Si Pégase icy rétrograde, C’est à la Grève que j’en veux!
Malheureux espace de terre, Au gibet public consacré; Terrain où l’on a massacré Cent fois plus d’hommes qu’à la guerre; Certes, Grève, après maint délict, Vous estes, pour mourir, un lit Bien commode pour les infâmes, Puisqu’ils n’ont qu’à prendre un bateau, Et, d’un coup d’aviron, leurs âmes S’en vont au Paradis par eau.
On le voit, rien ne lui était sacré, il riait à la potence comme il riait à toute chose, vivant sans plus de crainte de Dieu que de Jean-Guillaume, jusqu’au jour où ce dernier
Prist la peine De danser sur son chien de cou Le petit bransle de Poitou.
_Le Bulletin du Bouquiniste_, nº 17, 1ᵉʳ septembre 1857; nº 69, 1ᵉʳ novembre 1859; nº 72, 15 décembre 1859; nº 73, 1ᵉʳ janvier 1860; nº 77, 1ᵉʳ mars 1860; nº 78, 15 mars 1860.--_Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle_, par C. Le Petit, Berthod, Colletet, Scarron, etc. (édit. de P. L. Jacob). 1 vol. in-18.
[119] SAUVAL, t. II, p. 585.
End of Project Gutenberg's Le gibet de Montfaucon, by Firmin Maillard