Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris)

Part 5

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Claude le Petit! qui sait s’il n’alla pas non plus se balancer à Montfaucon?[118]... Mais poursuivons. Sauval dit que de son temps le gibet tombait en ruines: «Présentement (1650), la cave est comblée, la porte de la rampe rompue, ses marches brisées: des pilliers, à peine y en reste-t-il sur pied trois ou quatre, les autres sont entièrement ou à demi ruinés: la plupart de leurs pierres, entassées les unes sur les autres, confusément, couvrent de ruines une partie de la plate-forme de la masse: en un mot, de ce lieu patibulaire, si solidement bâti, à peine la masse en est-elle encore debout. De l’éminence même sur laquelle il était élevé, il ne subsiste que la terre, que cette masse remplit: les environs ont été couverts et sont convertis en plâtrières. Rien ne s’est garanti des injures du temps et des hommes, qu’une grande croix de pierre qui semble moderne[119].»

* * * * *

En 1760, comme les faubourgs Saint-Martin et du Temple commençaient à se peupler, on détruisit le gibet et on le transporta à l’endroit où est la grande voirie que l’on appelle aussi Montfaucon; mais on n’y pendit plus.--Il en fut de même pour les expositions: le gibet royal resta comme un symbole de la haute justice du trône, et l’on ne fit plus qu’enterrer à son ombre les suppliciés de la place de Grève. Le patient auquel on venait d’arracher la vie était transporté dans la salle basse du Pilori; vers minuit, le bourreau, assisté de ses aides, prenait le cadavre, le mettait dans une voiture et le conduisait, sans autre appareil, jusqu’à l’enclos des Fourches patibulaires, où le matin on avait creusé une fosse. Le corps y était descendu, recouvert de terre, et personne n’eût pu le lendemain retrouver trace de la tombe maudite.

Après le 21 janvier 1790 les pilliers restants furent détruits, et les blocs de grès achetés par un plâtrier nommé Fessard.--C’est avec eux qu’on a bâti le parapet le long duquel s’arrêtaient les voitures de vidanges.

_Se vous clamons, frères, pas n’en devez_ _Avoir desdaing, quoyque fusmes occis_ _Par justice. Toutesfois, vous sçavez_ _Que tous les hommes n’ont pas bon sens assis;_ _Intercédez doncques, de cueur rassis,_ _Envers le Filz de la Vierge Marie:_ _Que sa grace ne soit pour nous tarie,_ _Nous préservant de l’infernale fouldre._ _Nous sommes mors, ame ne nous harie;_ _Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!_

OUVRAGES CITÉS.

SAUVAL. Histoire et antiquités de la ville de Paris. 1724. 3 vol. in-fol.

LE PETIT (C.). La Chronique scandaleuse, ou Paris ridicule. (Paris ridicule et burlesque au XVIIᵉ siècle. 1857. 1 vol. in-18.)

COLLETET (F.). Le Tracas de Paris. (Id.)

GIRAULT (X.). Dissertation historique sur le lieu de supplice de Brunehaut. 1811. In-8.

HUGO (V.). Notre-Dame de Paris. 1853. 1 vol. in-8.

LOYSEAU (C.). Les Traitez des Seigneuries. 1678. 1 vol. in-fol.

MARESCHAL (M.). Traicté des Droicts honorifiques des seigneurs ès églises. 1665. 1 vol. in-4.

Revue rétrospective. 1833-1838. In-8.

JAILLOT. Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris. 1762. 5 vol. in-8.

PIGANIOL DE LA FORCE. Description historique de la ville de Paris. 10 vol. in-12.

DE LA VILLEGILLE. Des Anciennes Fourches patibulaires de Montfaucon. 1836. 1 vol. in-8.

ADENÈS. Li Roman de Berte aus grans piés. 1832. 1 vol. in-12.

La Satyre Ménippée. 1824. 2 vol. in-8.

L’ESTOILE (P.). Journal de Henri III et de Henri IV. (Collect. Petitot.) 5 vol. in-8.

DULAURE. Histoire de la ville de Paris. In-12.

MICHEL (F.). Etudes de philologie comparée sur l’argot. 1856. 1 vol. in-8.

Le Roman du Renart.

Le premier volume des Catholiques Œuvres et Actes des Apôtres. 1541.

DE L’ARIVEY (P.). Le Morfondu.

Les Péripatétiques Résolutions et remontrances sentencieuses du docteur Bruscambille aux perturbateurs de l’Estat. (Édit. des _Joyeusetez_).

D’ASSOUCY. Les Œuvres de Monsieur d’Assoucy.

OUDIN. Curiositez françoises.

Le Mistère de la Passion de J.-C. (Édit. de Vérard.) 1490.

Le Facétieux Réveille-matin des esprits mélancholiques. 1654.

B. DE V. Le Moyen de parvenir.

DES PÉRIERS (B.). Contes et joyeux devis.

VILLON (F.). Œuvres complètes. (Collect. Elzévirienne.) 1854. 1 vol. in-16.

LEBEUF. Dissertation sur l’histoire civile et ecclésiastique.

Anciens arrêts extraits des registres _Olim_.

Registres de la Tournelle criminelle.

MÉZERAY. Abrégé chronologique de l’histoire de France, 1667. 3 vol. in-fol.

ID. Histoire de France. 1643. 3 vol. in-fol.

Les Grandes Chroniques de Saint-Denys. (Collect. Michaud et Poujoulat.)

Bibliothèque de l’École des Chartes. In-8.

RIOLAN (J.). Opuscules anatomiques.

La Complainte et le Jeu de Pierre de la Broce, chambellan de Philippe le Hardi. 1835. In-8.

DANIEL (G.). Histoire de France. (Édit. du P. Griffet.) 1761. 17 vol. in-4.

DE NANGIS (G.). Chronique latine. (Édit. de H. Géraud.) 1843. 2 vol. in-8.

BELLEFOREST. Histoire des Neuf Roys Charles de France. 1568. 1 vol. in-fol.

SAINT-FOIX. Essais historiques sur Paris. (5ᵉ édit.) 1776. 7 vol. in-12.

LA CROIX DU MAINE ET DU VERDIER. Les Bibliothèques françoises. (Édit. de Rigoley de Juvigny.) 1772. 6 vol. in-4.

CORROZET (G.). Les Antiquitez, histoires et singularitez de Paris, ville capitale du royaume de France. 1550. 1 vol. in-8.

VAISSETTE (J.). Histoire générale du Languedoc.

BRICE (G.). Description de Paris. 1752. 4 vol. in-12.

JUVÉNAL DES URSINS. Histoire de Charles VI. 1614.

LE LABOUREUR. Histoire de Charles VI, roy de France. 2 vol. pet. in-fol.

BRANTOME. Œuvres complètes. (Édit. du _Panthéon littéraire_.)

MONSTRELET. Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet. 1595. 3 vol. pet. in-fol.

LABARRE. Mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne. 1729. 1 vol. in-4.

La Chronique scandaleuse.

COMINES (P. DE). Mémoires (Édit. de Lenglet du Fresnoy.) 1747. 4 vol. in-4.

BARBIER. Chronique de la régence et du règne de Louis XV, 1718-1763. (Édit. Charpentier.) 8 vol. in-12.

LISLE. Du Suicide: statistique, médecine, histoire et législation. 1855. 1 vol. in-8.

GAUTIER (TH.). Les Grotesques. 1856. 1 vol. in-18.

CIMBER et DANJOU. Archives curieuses de l’Histoire de France, depuis Louis XI jusqu’à Louis XVIII. 1837-1840. 27 vol. in-8.

MOLINET (J.). Les Faicts et Dicts de feu de bonne mémoire maistre Jehan Molinet. 1540. 1 vol. in-12.

Le Journal d’un bourgeois de Paris sous le règne de François 1ᵉʳ. (Édit. de L. Lalanne.)

GIRAULT DE SAINT-FARGEAU. Les Quarante-huit Quartiers de Paris. (3ᵉ édit.)

MAROT (C.). Œuvres complètes.

BÈZE (T. DE). Œuvres.

AMELOT DE LA HOUSSAIE. Mémoires historiques, politiques, critiques et littéraires. 1722. In-12.

VARILLAS. Histoire de François Iᵉʳ. 1685. 2 vol. in-4.

BOURDIGNÉ (J. DE). Chronique d’Anjou.

BOUCHET (J.) Annales d’Aquitaine.

DREUX DU RADIER. Récréations historiques, critiques, morales et d’érudition. In-12.

MALINGRE. Annales de Paris. In-fol.

Les Archives du Royaume.

LA PONNERAYE. Histoire de l’amiral Coligny. 1830. 1 vol. in-8.

D’AUBIGNÉ. Histoire universelle. 1620. 3 vol. in-fol.

ID. Les Tragiques. (Collect. Elzév.) 1 vol. in-16.

Le Mercure françois, ou Suite de l’Histoire de la paix commençant à l’année 1605. 1611-1643. 25 vol. in-12.

Variétés historiques et littéraires. (Collect. Elzévirienne.)

Lettres de Malherbe à Peiresc.

CHRISTINE DE PISAN. Le Livre des fais et bonnes meurs du sage Roy Charles V. (Collect. Michaud et Poujoulat.)

LE LABOUREUR. Les Tombeaux des personnes illustres. 1642. 1 vol. in-4.

DU BREUL (J.). Le Théâtre des Antiquitez de Paris. 1612. 1 vol. in-4.

DE FÉNIN (P.). Mémoires. (Publ. par Mlle Dupont.) 1837. 1 vol. in-8.

SISMONDI. Histoire des Français.

MICHELET (J.). Histoire de France.

PALMA-CAYET (P.-V.). Chronologie novenaire. (Collect. Michaud et Poujoulat.)

BOILEAU. Œuvres.

Le Bulletin du Bouquiniste. (Librairie Aubry.)

FÉLIBIEN et LOBINEAU. Histoire de la ville de Paris. 1725. 5 vol. in-fol.

ACHEVÉ D’IMPRIMER

_Pour la première fois à Paris_

Le 5 mai 1863

PAR JOUAUST ET FILS

POUR AUG. AUBRY, LIBRAIRE A PARIS

Tiré à 500 exemplaires

* * * * *

_DU MÊME AUTEUR_

RECHERCHES

HISTORIQUES ET CRITIQUES

SUR

LA MORGUE

LA BASSE GEOLE DU GRAND CHATELET.--DESCRIPTION DE LA MORGUE. ADMINISTRATION.--STATISTIQUE. ERREURS ET PRÉJUGÉS.--LA LÉGENDE DE LA MORGUE. LES FILETS DE SAINT-CLOUD.

6015.--Paris, imp. de Jouaust et fils, rue Saint-Honoré, 338.

NOTES:

[1] SAUVAL, _Histoire et antiquités de la ville de Paris_ (1724. 3 vol. in-fol.), t. II, p. 583--_Traihouer_, _Traihoir_, _Trihouer_, _Tyroer_, _Tiroye_.--Je n’en finirais pas, si je voulais citer toutes les variantes de ce mot.

LA CROIX DU TIROIR.

Cette croix me met bien en peine: Que fait-elle dedans ce lieu? Seroit-ce une Croix de par Dieu, Ou bien une croix de Lorraine? Nenny, c’est la Croix du Tiroir, La seule noble antique à voir, Dedans ce village moderne: Qu’elle est grande! On la voit de loin; Mais sa disgrâce me lanterne: Pourquoi l’a-t’on mise en ce coin?

Muse, c’est ce qu’il me faut dire; Autrement, je crie aux voisins, Et nous ne serons pas cousins A la fin de cette Satire: Brûle, comme magiciens, Plustost tes livres et les miens... Ha! ma mémoire s’est refaite: Sçavez-vous pourquoy c’est, Badaults? C’est qu’icy la reyne Gilette[2] Fut tirée à quatre chevaux.

(_La Chronique scandaleuse_, ou _Paris ridicule_, de Cl. Le Petit, un poëte sur lequel nous reviendrons plus longuement à la fin de notre livre.)

Colletet n’a pas oublié non plus «ce carrefour noir de peuple», comme dit Victor Hugo dans son admirable _Paris à vol d’oiseau_.

Sçais-tu quelle est cette fontaine? Ce n’est pas la Samaritaine; C’est l’autre que tu viens de voir, C’est icy la Croix du Tiroir, Place où Némésis punit le vice Du honteux et dernier supplice. Prens garde contre ce poteau De t’aller casser le museau! Ne t’es-tu point blessé la joüe? C’est un voleur sur une roue Qu’on expose là quelque temps, Pour servir d’exemple aux passans. (_Le Tracas de Paris._)

[2] Cl. Le Petit se trompe au sujet de la _reyne Gilette_.--Ce n’est pas à la Croix du Tiroir que reine Gilette (Brunehaut) fut tirée à quatre chevaux. V. la curieuse étude de M. X. Girault, _Dissertation historique sur le lieu de supplice de Brunehaut_. In-8, 1811.

[3] Le siége épiscopal, qui remonte au moins au IIIᵉ siècle, n’a eu que le titre d’évêché jusqu’en 1622.

[4] L’ESCHELLE DU TEMPLE.

Grâce, grâce, ou miséricorde! S’en va-t’on pendre icy quelqu’un? Est-ce une eschelle du commun, Ou bien une eschelle de corde? Non, c’est une eschelle de bois, Où les Templiers autrefois Ont confirmé, par leur exemple, Pour aller au ciel où vit Job, Qu’un bout de l’eschelle du Temple Vaut toute celle de Jacob.

(_La Chronique scandaleuse_, ou _Paris ridicule_, de Cl. Le Petit.)

[5] LOYSEAU, _Œuvres_ (_Les Traitez des Seigneuries_). 1678, 1 vol. in-fol.--De La Mare, _Traité de la Police_ (Paris, 1722, 4 vol. in-fol.), t. I, liv. 1ᵉʳ, titre IX, p. 145.--Voir aussi le _Traicté des Droicts honorifiques des seigneurs ès églises_ de Mathias Mareschal (1665, 1 vol. in-4), et quelques arrêts curieux au sujet des conflits qui s’élevaient entre les juridictions: _Arrêts et exécutions au XIIIᵉ siècle._--_Anciens arrêts extraits des registres_ OLIM--REVUE RÉTROSPECTIVE. 1833-1838, t. VIII, p. 5-14, etc.

A chaque instant, du reste, et selon le caprice du monarque, le nombre des hauts justiciers augmentait ou diminuait: «(1487) Le Procureur du Roi au Chastelet alla en divers lieux de la Prévosté et Vicomté de Paris faire démolir les fourches patibulaires, carquans, eschelles, et autres marques de haute justice, attendu que le roi Louis XI avoit accordé à plusieurs droit de haute justice, qui fut révoqué par édit de révocation générale de tous dons de portion du domaine aliéné depuis le deceds de Charles VII que fit publier Charles VIII à son avénement à la Couronne.» (Sauval, t. III, p. 481.)

[6] Sauval fait même venir de ce genre de supplice le nom de ce carrefour: _Guigne-Oreille_, et en langage corrompu _Guillori_.--Nous lisons dans Jaillot, _Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris_ (5 vol. in-8, 1762), t. III, p. 15: «Le Rôle de la Taxe de 1313 porte qu’un Maréchal appelé _Guillori_ y demeurait. On trouve aussi un fief qui a le même nom, ce qui aura sans doute engagé à le donner à ce carrefour.»

[7]

L’ESTRAPADE.

Enfin, tu vois bien l’Estrapade; Triste et douloureuse escalade, Où l’on fait monter quelquefois Ces grands violateurs de loix, Je parle de loix militaires, Qui sont justes et fort sévères. Item auprès est le gibet Où le criminel, au colet Une fois pris, n’en peut descendre, Parce qu’il a gagné le pendre. (_Les Tracas de Paris_, par F. Colletet.)

[8] LE PILORI.

Deschargeons icy nostre flegme Dessus ce chilindre pourry: Ce Gibet, nommé Pillory, Mérite bien un apophthegme. Quoiqu’il soit en estat piteux, Il fait voir à ce siècle honteux Qu’on faisoit autrefois justice; Et conclut enfin contre luy, L’ayant privé de son office, Qu’on ne la fait plus aujourd’huy.

(_La Chronique scandaleuse_, ou _Paris ridicule_, de Cl. Le Petit.)

[9] PIGAGNIOL DE LA FORCE, _Description historique de la ville de Paris_, etc. (10 vol. in-12, 1765), t. III, p. 518.

[10] SAUVAL, t. II, p. 585.

[11] DE LA VILLEGILLE, _Des Anciennes Fourches patibulaires de Montfaucon_, etc. 1836, in-8, p. 23-25.--«Notum facimus quod, cum contentio verteretur inter nos ex una parte et decanum et capitulum parisiense ex altera, super quibusdam terris et vineis quas nos tenemus ab eodem capitulo in Censu communi, videlicet in via que ducit apud Rauredum undecim arpenta terræ en la longue Raie; quatuor arpenta et dimidium quarterium juxta pressorium combustum, duo arpenta et dimidium quarterium circa gibetum, quatuor decim arpenta, etc.» ARCHIVES DU ROYAUME, _Section domaniale_, § 216.

[12] «Nicholaus Gibouyni vendidit capitule beate Marie parisiensis, ad opus horarum ecclesie parisiensis in perpetuum, pro vigenti libris parisiensibus jam sibi solutis, sicut confessus est coram nobis trigenta solidos parisienses, augmentati census quos habebat et percipiebat annuatim super tribus arpentis vinee site juxta pressorium sancti Martini prope _gybetum_, in censiva ejusdem capituli, etc.»

[13] _Li romans de Berte aus grans piés_, publié par M. P. Paris (1832, in-12).

[14] _La Satyre Ménippée_ (édit. de C. Nodier, 1824, 2 vol. in-8), t. II, p. 173:

A chacun le cien, c’est justice. A Paris seize quarteniers, A Montfaucon seize piliers, C’est à chacun son bénéfice.

Et plus loin, t. II, p. 192:

Seize Montfaucon vous appelle, A demain crient les corbeaux, Seize piliers de sa chapelle Vous serviront de tombeaux.

Et Pierre de l’Estoile, _Journal de Henri III et de Henri IV_ (Collect. Petitot, 5 vol. in-8.):

Les Seize ont ja pris possession Des seize pilliers de Montfaucon, Pourveu aussi qu’ils ne soient davantage; S’ainsi estoit, ce seroit grand dommage, Et en danger d’un différend entre eux. Non, non, le gibet est fait à deux estages, Il en pourra haut et bas trente-deux.

[15] C’est dans ce charnier que les magiciens venaient chercher des cadavres, et en 1407 le Parlement donna mission au Prévôt de Paris de poursuivre activement les individus qui dépouillaient les gibets des charognes de ceux qui y avaient été pendus. (_Registres de la Tournelle criminelle_, cités par Dulaure, édit. in-12, t. IV, p. 31.)

[16] SAUVAL: «Il y a un chapitre d’autres œuvres faites pour une Justice de nouveau faite près la grande Justice de Paris, outre Saint-Laurent, ladite Justice commencée depuis le vingt-sept mars 1416 sur une petite montagne, près de l’ancienne Justice.» (T. III, p. 269.)

«Petit gibet de bois, qui avait été fait près la grande Justice, lequel a été abbatu et démoli en cette année, parce que ladite grande Justice avait été rétablie cette même année.» (T. III, p. 270.)

«Autres œuvres faites pour une Justice de nouvel faite près de la grande Justice, outre Paris:

«A Jean du Mont et Urbain Riant, charpentiers, pour avoir fait une Justice qui servira tandis qu’on remettra à point la grande Justice de la bonne ville de Paris, laquelle Justice est faite de quatre pans de bois, de quatre potiaux cormiers, chacun de trois toises et demie de haut, etc. Une eschelle pour ladite Justice de quatre toises ou environ: payé ausdits charpentiers, pour lever peines seulement, fournitures de chables et engins pour lever ladite Justice, douze livres parisis; le Roy ayant fourni la charpente.

«A ____ maçon, pour avoir ouvré et besogné de leur mestier depuis le 27 mars 1416, en la Justice nouvellement ordonnée être faite outre Saint-Laurent, hors Paris, sur une petite montagne près de l’ancienne Justice, etc.» (T. III, p. 273.)

«Audit Jean Tiphaine la somme de 24 sols parisis, pour sa peine et salaire d’avoir, au mois de novembre dernier passé, dépendu et enterré les corps morts de ceux qui avoient été exécutés au petit gibet de bois qui avoit été fait près de la grande Justice, et lequel petit gibet, après ce que les corps ont été ainsi dépendus et enterrés, a été démoli et abbatu, pour ce que la grande Justice a été refaite et remise à point.» (T. III, p. 278.)

Dans les Comptes de l’année 1458, on trouve encore: «Œuvres et réparations faites à cause d’un nouveau gibet fait outre la paroisse Saint-Laurent, appelé le gibet de Montigny.--Ledit gibet naguères fait de neuf près de la grande Justice de Paris, etc.» (T. III, p. 359.)

Et enfin: «Une petite Justice, faite de neuf, près la Justice de Montfaucon, le lundy septiesme février 1485. Est fait mention de la Justice nommée de Montigny, dont les pierres furent employées à faire ladite nouvelle Justice, etc.--Et fut aussi un gibet joignant le grand gibet, qui est en danger de choir et tomber de jour en jour, etc.» (T. III, p. 475 et 476.)

[17] LOYSEAU, p. 8.

[18] A propos de cette expression, il nous a paru curieux de réunir ici, sous les yeux du lecteur, la plupart des équivalents populaires concernant la potence et ses victimes. Pour cela nous n’avons eu qu’à puiser à pleines mains dans l’ouvrage de M. Francisque Michel, _Etudes de philologie comparée sur l’argot_ (1856, in-8).

METTRE À LA BISE:

Se n’eusse eu mon assez De Liétard tôt à ma devise, Ge l’féisse _mettre à la bise_... J’avoie si la chose emprise Qu’enz el bois le féisse prendre, Et à un chesne moult haut pendre. (_Le Roman du Renart_, t. II, p. 301, v. 17,790.)

--VENDANGER A L’ESCHELLE:

Si une fois vous puis reveoir, Je ne vous garderay que ung peu, Vous ferez raisin de Vismeu, _Vendangez_ serez _à l’eschelle_.

(_Le premier Volume des Catholiques Œuvres et Actes des Apostres_, 1541, feuil. XV recto, col. 1.)

--CROITRE D’UN DEMI-PIED:

«Vien-t’en avec moy, et nous retirons, afin qu’on ne nous fasse _croistre d’un demi-pied_ plus que nous ne voudrions.» (_Le Morfondu_, comédie de P. de L’Arivey, a. V, sc. IV.)

--APPROCHER DU CIEL A RECULONS:

«Vous autres..., on vous pourroit bien avec une eschelle faire _approcher du ciel à reculon_.»

(_Péripatétiques Résolutions et remontrances sententieuses du docteur Bruscambille aux perturbateurs de l’Estat._ Edit. des _Joyeusetes_, p. 10.)

--DANSER UN BRANLE EN L’AIR:

Je n’aurois qu’à siffler Pour te faire, demain, _danser un branle en l’air_. (_L’Avare dupé_, ou _l’Homme de paille_, sc. 5.)

_Variante_:

Le vigneron Coupe-Javelle N’avoit porté poule ou dindon Au président Croque-Lardon... Ny Mars tiré ses pistolets, Ny le filou sa tire-laine, Ny Jean-Guillaume (_le bourreau_) pris a peine De danser sur son chien de cou Le petit bransle de Poitou. (_Œuvres de Monsieur d’Assoucy._)

--JEAN-GUILLAUMER:

Le brave aventurier Mercure, A qui le temps dure et redure De vistement les yeux gommer D’Argus, pour le _Jeanguillaumer_ Remet son flageolet en bourse. (_Œuvres de Monsieur d’Assoucy._)

On disait aussi: _Chevalier de l’ordre de Jean Guillaume_ pour _pendu_.

(Oudin, _Curiositez françoises_.)

--EPOUSER LE GIBET,--LA POTENCE,--LA VEUVE:

Le beau gibet _espouserés_ Pour estre de nopces tous troys. (_Mistère de la Passion de J.-C._, sc. du crucifiement, édit. de Vérard, 1490.)

Louis XI, écrivant à M. de Bressuire au sujet d’un certain Huisson, annonce l’intention «de faire les préparatifs des nopces du gallant avec une potence». (_Œuvres complètes_ de Brantôme, t. I, p. 193, col. 1.)

Mais, si je voulais citer, je n’en finirais plus, car: FAIRE LA LONGUE LETTRE, TOMBER DU HAUT MAL (_Satyre Ménippée_, 1824, in-8, t. I, p. 47, 86 et 189); FAIRE LE SAUT, FAIRE LE SAUT SUR RIEN (_Le Facétieux Réveille-matin des esprits mélancholiques_, 1654, p. 70); SERVIR DE BOUCHON, DONNER LE MOINE PAR LE COU (_Curiositez françoises_, d’Oudin); ETRE ÉVESQUE DE LA VILLE ET DES CHAMPS, DONNER LA BÉNÉDICTION PAR LES PIEDS (_Moyen de parvenir_, t. II, p. 71); GARDER LES MOUTONS À LA LUNE, FAIRE LE GUET AU CLAIR DE LA LUNE (_Contes et joyeux devis_ de B. des Périers), etc., etc.; tout cela est synonyme.

[19] Tout le monde n’était pas aussi délicat, et il y avait près de Montfaucon des lieux de débauche auxquels leur éloignement de la ville donnait jouissance d’une certaine liberté. Maître Villon y allait faire ripaille et gourgandiner avec René de Montigny et Colin de Cayeux, deux coupeurs de bourses, de ses amis, qui furent bel et bien branchés,--comme nous le verrons plus tard.

Tant parlèrent du bas mestier Que fut conclud, par leur façon, Qu’ilz yroyent, ce soir-là, coucher Près le gibet de Montfaulcon, Et auroyent, pour provision, Ung pasté de façon subtile, Et menroyent, en conclusion, Avec eulx chascun une fille.

Et plus loin:

Et allèrent vers Montfaulcon, Où estoit toute l’assemblée. Filles y avoit à foyson, Faisant chère desmesurée. (_Œuvres complètes_ de Villon [collect. elzevirienne], in-16, 1854: _La Repeue faicte auprès de Montfaulcon_, p. 292.)

[20] SAUVAL: «A lui 79 sols parisis, pour oster les potences et corps pendus, avec plusieurs têtes et quartiers attachés à icelles, tant hors la porte Saint-Antoine, bois de Vincennes, que le Chastelet Saint-Quentin devant Saint-Denys, et iceux fait mener pour être mis en terre, tant au cimetière de Saint-Quentin qu’au cimetière de Saint-Paul à Paris, pour obvier au gros air et infection qui pouvoit advenir au grand multitude de peuple qui étoit au convoi de Madame, mère du Roi, qu’on a apportée de Saint-Maur à Saint-Antoine des Champs, et d’illec à Notre-Dame de Paris, pour illec faire ses obsèques et funérailles, ainsi qu’il avoit été ordonné par le Roi.» (T. III, p. 615.)

[21] LEBEUF, _Dissertation sur l’histoire civile et écclésiastique_, t. III, p. 408.

[22] SAUVAL, t. II, p. 587 et 649.--MÉZERAY, _Abrégé chronologique de histoire de France_, 1667, t. III, p. 150.--FÉLIBIEN et LOBINEAU, _Histoire de la ville de Paris_ (5 vol. in-fol., 1725), t. II, p. 717.

[23] SAUVAL, t. II, p. 586 et 587.