Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris)
Part 4
«Et en la prison où il estoit y avoit autres prisonniers. Et à l’heure qu’ils vouloient prendre leur réfection à disner, le bourreau avoit la charrette preste en bas. Et y eut un qui commença à appeler Messire Maussart du Bois, si hault qu’il l’ouit. Et lors va dire à ceux qui estoient avec luy: _Mes frères et compaignons, on m’appelle pour me faire mourir, dont je remercie Dieu, et ne crains point la mort, une fois me falloit-il mourir. Ne jà Dieu ne veuille que j’évite la mort, pour renoncer à la querelle que j’ai tenue. Et à Dieu vous dis, mes frères et compaignons, et priez pour moy._ Et tous les baisa l’un après l’autre, et feit le signe de la croix, et descendit très-constamment et fermement d’un bon visage et monta en la charrette, et feut mené aux Halles et luy-mesme se despouilla. Et quand il feut en chemise, la rompit devant et luy-mesme la renversoit, pour faire plus beau col à frapper. Et après ce qu’il eut les yeux bandez, le bourreau luy pria qu’il luy pardonnast sa mort, lequel le fit de bon cœur et le pria qu’il le baisast.»
«Et de la force de ses espaules, depuis qu’il ot la teste couppée, bouta le tranchet si fort, qu’à pou tint qu’il ne l’abbaty, dont le Bourreau ot telle freour, car il en mourut à tantost après six jours, et estoit nommé Maistre Guieffroy.--Après fut Bourel Capeluche son varlet.»
Ce Maussart du Bois était très-aimé; c’était du reste, les historiens sont d’accord là-dessus, _ung des beaux Chevaliers que on peust voir_.--Le bourreau n’osait y toucher, «foison de peuple y avoit; mais comme tous ploroient à chaudes larmes. Et accomplit le bourreau ce qui luy avoit esté commandé. Et disoit que oncques il n’avoit faict chose si envis, et estoit très-déplaisant d’avoir osté la vie à un si bon et vaillant chevalier. Et advint une chose qu’on tenoit merveilleuse, car au dedans de huict jours ledict bourreau mourut et quatre de ceux qui feurent à le tirer et gehenner[99].»
Cette exécution eut lieu le 16 janvier 1411. Immédiatement après, le corps fut pendu au gibet de Montfaucon[100].
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Colinet de Pisex (ou de Puisieux), «cy-devant Capitaine du Pont de Saint-Cloud», ayant livré l’entrée du pont aux Armagnacs, fut exécuté aux Halles avec sept de ses complices, le 12 novembre 1411; son beau-frère, qui était du parti d’Orléans, l’avait gagné à cette cause par l’entremise de sa sœur. Lorsque Colinet fut pris il était déguisé en prêtre et s’était caché tout au haut du clocher de l’église de Saint-Cloud.
«Le jeudi, douzième jour de novembre, audit an (1411), fut mené le faulx traître Colinet de Pisex, lui septiesme, ès Halles de Paris, lui estant en la charrette sur un aiz plus hault que les autres, une croix de fust (_bois_) en ses mains, vestu comme il fut prins, comme un Prestre. En telle manière fut mis en l’eschaffault et dépouillé tout nu, et lui coppa-on la teste à lui sixiesme, et le septiesme fut pendu, car il n’estoit pas de leur faulse Bende. Et ledit Colinet, faulx traistre, fut despécé les quatre membres, et à chascune des maistres Portes de Paris l’un de ses membres pendus et son corps au Gibet, et leurs testes ès Halles sur six places, comme faulx traistres qu’ils estoient.»
«Pour sa femme, elle fut retenuë dans les prisons du Chastelet, parce qu’elle estoit grosse, et l’on disoit publiquement qu’on n’attendoit qu’après ses couches pour la faire décapiter; mais elle évita la honte du supplice par la mort naturelle, qui l’emporta avec son enfant.»
Le 15 septembre 1413, le corps de Colinet de Pisex fut enlevé du gibet, ainsi que ses membres des Portes de Paris où ils étaient exposés.
«Et néanmoins il estoit mieulx digne d’estre ars ou baillé aux chiens que d’estre mis en terre benoistre, sauf la chrétienté; mais ainsi faisoient à leur volonté les faulx bandez.»--Inutile de dire que Labarre, dont nous citons les paroles, était tout dévoué à la maison de Bourgogne[101].
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Je lis dans Monstrelet (1412): «Et entre temps ladicte duchesse de Bourbon impétra devers le Roy les Ducs d’Acquitaine et de Bourgongne, que le corps de Binet d’Espineuse, jadis Chevalier du Duc de Bourbon son seigneur et mary, fust osté de Montfaucon, et le chef des Halles, où il avoit esté mis paravant par justice du Roy: si le feit porter par plusieurs de ses amis en la ville d’Espineuse, en la comté de Clermont, où il fut mis en terre dedans l’Eglise assez honorablement».
A la page 141 je lis qu’en 1411 on exécuta aux Halles un vaillant chevalier, nommé messire Pierre de Faméchon «lequel estoit de l’hostel et famille du duc de Bourbon, et fut sa teste mise sur une lance comme les autres. Pour la mort duquel ledit duc de Bourbon fut très-fort troublé et courroucé, et par espécial quand il sceut qu’il avoit esté exécuté et mis honteusement à mort.»
Ce Binet d’Epineuse et le chevalier de Faméchon n’étaient peut-être qu’une seule et même personne[102].
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Il y avait à la tête des Cabochiens un Chevalier nommé Hélion de Jacqueville qui avait su se rendre très-redoutable et surtout très-populaire. Un jour il alla au Châtelet avec quelques-uns de sa faction pour y voir Messire Jacques de la Rivière et Petit-Mesnil, qui y étaient détenus, et là les interpella vivement sur certains faits. La Rivière, n’ignorant pas qu’il avait tout à redouter de la colère de cet homme, lui répondit le plus gracieusement possible; mais Jacqueville l’ayant appelé faux, traître et déloyal, il s’écria qu’il en avait menti et qu’il le combattrait, avec la permission du Roy, bien entendu. Jacqueville simplifia la situation: «Et lors ledit Jacqueville, qui avoit une hachette en son poing, la haulsa et frappa tellement ledict de la Rivière sur la teste qu’il le tua. Les aucuns disent que ce feut d’un pot d’estain[103].»
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Le 18 juin 1413[104], «jour de Saint-Landry, vigille de la Pentecoste», on traîna jusqu’aux Halles le cadavre de Jacques de la Rivière, ainsi qu’un nommé Symonet Petit-Mesnil (ou Petitmeny, Petit-Maisnel, Jean du Mesnil), «gentilhomme fort bien fait et de bonne mine, Escuyer tranchant du duc de Guyenne. Et celuy-cy fit grande pitié dans toutes les ruës où il passa, par les larmes qu’il versoit et par tous les signes qu’il donna d’une parfaite dévotion et d’une contrition extrême.»
Ce malheureux, une croix à la main, était assis dans la charrette à côté du cadavre de la Rivière. Arrivé aux Halles, on décapita le mort et le vivant, leurs têtes furent fichées à deux fers de lances, et les corps, pendus par les aisselles, allèrent se balancer à Montfaucon, attestant que c’étaient bien les bouchers qui régnaient à Paris.
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«Le jeudy d’icelle sepmaine de Penthecoste, semblablement Thomelin de Brie[105], qui n’aguères avoit esté page du Roy, fut mis hors du Chastellet avec deux autres et mené ès Halles, et là furent décollez, et les testes mises sur trois lances, et les corps penduz par les esselles au gibet de Montfaucon: et se faisoient toutes ces besongnes à l’instance et pourchas des Parisiens[106].»
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Pierre des Essarts, ex-grand bouteillier de France, favori du duc de Bourgogne, surintendant des finances sous Charles VI, Prévôt de Paris, et, comme tel, appelé _le père du peuple_, venait de se détacher peu à peu de la faction des Cabochiens, à laquelle il avait été longtemps très-dévoué. Le Dauphin lui avait ouvert les portes de la Bastille, et des Essarts, maître de cette forteresse, se préparait à une vigoureuse défense, quand il se vit entouré par vingt mille _Cabochiens_. Effrayé, il se rendit au duc de Bourgogne qui lui promit la vie sauve; «mais les bouchers et leurs alliez en tenoient bien peu de compte, et feirent faire le procès dudict Messire Pierre des Essars; et luy imposoit-on plusieurs cas et choses qu’on disoit qu’il avoit commis et perpétré.»
Certes, la vie de l’ancien Prévôt de Paris n’était pas irréprochable; mais son plus grand crime était d’avoir imprudemment dit qu’il manquait au Trésor deux millions d’écus d’or, et que, si jamais on le mettait en accusation à ce sujet, il montrerait les reçus du duc de Bourgogne, à qui il avait donné cet argent.
«Je ne diray pas, écrit Le Laboureur, si ce fut à la gehenne qu’il confessa, ou si volontiers il se reconnut coupable des crimes qui luy estoient objectez.» Toujours est-il qu’il fut condamné à être traîné sur une claie, du Palais au Châtelet, et ensuite à être décapité aux Halles[107].
«Le premier jour de juillet 1413, fut ledit Prevost prins dedans le Palais, traîsné sur une claye jusques à la Heaumerie, et puis assis sur ung ais en la charrette tout jus, une croix de bois en sa main, vestu d’une houppelande noire, déchiquetée, fourrée de martres, unes chausses blanches, ungs escasinous (_souliers_) noirs en ces piez.
«Il y fut avec une fermeté de cœur qui donna de l’admiration à tout le monde, car il avoit le visage gay, il regardoit la mort et tout son appareil avec des yeux aussi asseurez que s’il n’eût eu aucune appréhension de ce que les hommes trouvent le plus terrible. Il dit constamment adieu à tout le monde, et il ne désira qu’une grâce, qu’il obtint du juge qui le menoit: ce fust qu’on lui epargnast la honte des crimes portez par son procès et qu’on n’en fist la lecture qu’après l’exécution.»
Des Essarts montra en effet beaucoup de courage; mais cette gaîté, ce visage souriant devant la mort, n’étaient-ils pas peut-être un suprême appel à ceux dont il avait été l’idole quelques années auparavant?
«Et en le menant, soubrioit, et disoit-on qu’il ne cuidoit pas mourir et qu’il pensoit que le peuple, dont il avoit été fort accoincté et qui encores l’aimoit, le deust rescourre. Et s’il y en eust eu un qui eust commencé, on l’eust rescous. Car en le menant ils murmuroient très-fort de ce qu’on luy faisoit.»
Labarre a là-dessus la même opinion que Juvénal des Ursins: «Et si est vray que, depuis qu’il fut mis sur la claye jusques à sa mort, il ne faisoit toujours que rire, comme il faisoit en sa grant majesté, dont le plus de gens le tenoient pour un foul; car tous ceux qui le veoient plouroient si piteusement, que vous ne ouyssiez oncques parler de plus grans pleurs pour mort d’homme, et lui tout seul rioit, et estoit la pencée que le commun le gardast de mourir.»
Mais, comme le remarquent fort justement MM. de Sismondi et Michelet, les Cabochiens redoutaient les talents, le courage et la cruauté de Pierre des Essarts. Ni le duc de Bourgogne, qui lui avait promis la vie sauve, ni la protection du duc de Guyenne, ni l’affection du peuple, ne firent un effort pour le sauver.
«Et saichiez que, quand il vit qui convenoit qu’il mourust, il s’agenouilla devant le Bourrel et baisa ung petit image d’argent que le Bourrel avoit en sa poitrine, et lui pardonna sa mort moult doucement.»
Il présenta franchement, dit Le Laboureur, son col au bourreau, «qui d’un seul coup luy trencha la teste. Il la mit au bout d’une lance (_et fut mise plus hault que les autres plus de trois piez_, dit Labarre), et le premier jour de juillet il porta le tronc du corps pendre au mesme gibet où le mesme Pierre des Essarts avoit fait attacher peu d’années auparavant celuy de Montagu.»--Et, ajoute Juvénal des Ursins, «aucuns disoient: que c’estoit un jugement de Dieu.»
Et comme pour Jehan Montaigu «le vingt-troisiesme jour d’aoust, fut dépendu le devant dit Prevost et Jacques de la Rivière, et furent mis en terre benoiste par nuyt, et n’y avoit que deux torches; car on le fist très-celéement pour le commun, et furent mis aux Mathurins.»
A propos de l’exécution de Pierre des Essarts, il circula dans Paris une anecdote qui, si elle fait honneur à la perspicacité du duc de Brabant, ne prouve pas en faveur du Prévôt de Paris. Causant un jour avec des Essarts, le duc lui aurait dit: «Prevost de Paris, Jehan de Montagu a mis vingt et deux ans à soy faire coupper la teste, mais vrayement vous n’y en mettrez pas trois.» Et non fist-il, car n’y mist qu’environ deux ans et demy depuis le mot; et disoit-on par esbattement parmy Paris que ledit Duc estoit Prophète vray disant[108].»
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En 1415, «feut prins en son hostel, à la porte de Paris, Robin Copil, pâtissier, et fut dict qu’il estoit banni. Aucuns disent qu’il estoit nouvellement venu de l’ost (_armée_) du duc de Bourgogne, et qu’il avoit escript à ses amis qu’on dict au duc de Bourgogne qu’il s’advançast de venir, et qu’ils estoient plus de quatre mille dedans Paris qui lui ouvriroient une porte. Pourquoy le dict patissier feut décapité ès Halles le Mercredy ensuivant, et porté le corps de nuict au gibet[109].»
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Le lundi 20 novembre 1475, on écartela aux Halles, par arrêt du Parlement, un gentilhomme du Poitou, nommé Regnault de Veloux, de la maison de Monseigneur du Maine. Il était accusé de haute trahison. «Et fut ledit Regnault par l’ordonnance de ladicte Court fort secouru, pour le fait de son âme et conscience. Car il luy fut baillé le Curé de la Magdeleine, Pénitencier de Paris et moult notable Clerc Docteur en Théologie, et deux grans Clercs de l’ordre des Cordeliers, et furent pendus ses membres aux quatre portes de Paris, et le corps au gibet.»
Le 23 décembre, on alla chercher, avec la permission du roi, les membres épars de ce malheureux; «et puis furent portez inhumer et enterrer au Couvent desdits Cordeliers de _Paris_, auquel lieu luy fut fait son service honnorablement, pour le salut et remède de son ame, tout au coust, mises et dépens des parents et amis dudit deffunct Regnault de Veloux[110].»
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Le 19 août 1518, fut décapité, par arrêt du Parlement, Christophe Legon, avocat, demeurant à Angers; après l’exécution, son corps fut pendu au gibet de Paris, le tout «pour ses démérites et falcifications». L’histoire ne nous rapporte que la dernière fourberie de Mᵉ Christophe Legon. «Mesmement pour la dernière foys, contre un gentilhomme du pays, nommé monsieur du Boys-Daulphin, pour et à la faveur d’un relligieux de l’ordre de Prémontret, abbé de l’abbaye, pour raison du droict de chasse de quelques boys prétendu par ledict seigneur du Boys-Daulphin contre ledict abbé, pour lequel il avoit falsifié aucunes lettres, par les avoyr frottées d’eaue forte en aucuns lieux d’escripture pour y mettre quelque chose contre vérité.»
Six faux témoins qu’il avait subornés furent battus de verges par les carrefours de Paris et au pilori devant Mᵉ Christophe Legon; il y en eut même un qui fut marqué au front d’un fer chaud. «Et depuys la mort dudict Legon, iceulx faux tesmoings furent encore menez à Angers, où ils furent battuz et fustigez de verges parmi la ville[111].»
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En 1539, il se fit aux Halles une exécution par contumace: Jean Frolo «auditeur des basses audictoires du Chastelet», fut condamné pour meurtre à faire amende honorable sur la place du Chastelet, à avoir le poing coupé devant la demeure de sa victime, à être traîné sur une claie jusqu’à la place du Pilori, où on lui trancherait la tête, et enfin à être pendu à Montfaucon.--Ce qui eut lieu _par figure_[112].
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Un gentilhomme du Nivernais, François Andras, seigneur de Changy, venait de gagner devant le Parlement un procès que lui faisaient ses trois beaux-frères au sujet d’une terre qu’ils prétendaient leur appartenir. Il sortait de la messe, lorsqu’il fut abordé par François Yssot, un de ses anciens domestiques, qui lui dit: «Monsieur, Dieu vous gard; je m’en voys au pays, mon maistre m’a donné congé, vous y plaist-il rien mander?--Je te remercie, laquais, dit le sieur de Changy, vien-t’en disner à mon logis avec moy, là où j’escriray, et tu porteras les lettres à ma femme de mon procès que j’ay gagné.» Et il lui dit qu’il restait à l’enseigne du _Grand Cornet_, près l’église Saint-Gervais. C’était, du reste, tout ce que voulait savoir le rusé coquin, qui en avertit immédiatement les trois beaux-frères de de Changy, François, Joachim et Charles du Chastel. Ceux-ci, avec Yssot et un autre de leurs domestiques nommé Guillaume Clauseau, allèrent attendre le sieur de Changy, et, comme il sortait de l’église de Saint-Jean-en-Grève et qu’il regagnait l’enseigne du _Grand Cornet_, tous cinq, bien armés, lui tombèrent dessus. Il se défendit vaillamment, l’épée à la main, et en blessa un au nez; mais, accablé par le nombre, il tomba mort sur la place. Les assassins passèrent aussitôt la rivière et coururent se cacher dans le collége des Lombards.
Promptement prévenue, la justice les y suivit; le Procureur du Roi, le Lieutenant-criminel et plus de quarante sergents à verge envahirent le collége; bientôt arrêtés, les cinq assassins furent mis au Châtelet, où leur procès fut fait en grande diligence par maître Guillaume Maillard, lieutenant-criminel, auquel la Cour l’avait spécialement recommandé. Le 28 juillet 1526, les cinq condamnés sortirent du Châtelet pour aller en Grève subir le dernier supplice; les trois gentilshommes, criant à Dieu merci, la tête nue, firent amende honorable devant l’église Saint-Gervais, où avait été enterrée leur victime, et y fondèrent une messe quotidienne pendant un an pour le repos de son âme. Ils laissèrent de l’argent pour une fondation semblable dans le Nivernais, et 6,000 livres à la veuve et aux enfants, sans compter encore quelques rentes comme dommages et intérêts: le reste fut confisqué au profit du roi.
Les trois gentilshommes furent décapités, leurs corps transportés à Montfaucon et leurs têtes mises sur des pieux: celle de François en la place de Grève, celle de Joachim devant la porte Saint-Jacques, et celle de Charles hors la porte Saint-Antoine. Guillaume Clauseau fut pendu, et François Yssot brûlé vif. Leurs corps furent traînés et suspendus à Montfaucon[113].
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Le samedi 19 septembre 1528, on pendit à la place Maubert un jeune garçon du pays d’Anjou, âgé seulement de vingt et un ans: jusqu’ici rien que de très ordinaire, «mais par le vouloir de Dieu et de la Vierge Marie Nostre-Dame-de-Recouvrance des Carmes, à laquelle il s’estoit recommandé quand on le pendist, il fut ressuscité; c’est assçavoir qu’il fut pendu et estranglé, et que le bourreau le laissa pendu bien l’espace de demie heure. Le vallet dudict bourreau le descendit de ladicte potence par une corde et le mist en la charrette pour le mener au gibet; luy, estant en la charrette, leva une jambe hault et commença à respirer, dont incontinent ledict vallet luy donna un coup de pied dans l’estomac pour achever de le faire mourir, et incontinent print un cousteau et luy voulut coupper la gorge. Lors d’advanture il y eust une pauvre femme qui estoit là, qui print ledict vallet et cria en luy disant: «Ha, traistre! le tueras-tu? Vois-tu pas que c’est un miracle?» Lors le pauvre pendu fut secouru de plusieurs personnes et fut porté dedans l’église des Carmes à Paris, devant la glorieuse Dame; puis il fut mis en une chambre, sur un lit devant le feu, puis fut seigné et donné un breuvage, fut oingt et frotté la gorge et le col d’huilles, et fut un temps sans parler et voir, comme environ au lendemain; mais à la fin il bust et mangea peu après, et fust environ deux jours qu’il n’avoit mémoire ne congnoissance de rien, ne qu’il eust été pendu. Finalement il lui souvint de tout et rentra en bonne prospérité, moiennant l’aide de la Vierge Marie, à laquelle ils s’estoit toujours recommandé.»
Pendant que s’opérait cette guérison miraculeuse, le Parlement avait commis à la garde du pendu un huissier et un sergent; puis maître Jean Morin voulut l’avoir; mais, grâce aux sollicitations des bons Carmes, le roi ne se montra pas plus sévère que la Vierge Marie et lui pardonna son méfait.
Il avait, avec deux autres domestiques, enterré le corps de son maître, ignorant, prétendait-il, que celui-ci eût été assassiné. On découvrit, en effet, que l’auteur du crime était la veuve, et qu’elle s’était servie de ses domestiques pour l’aider à faire disparaître le cadavre de son mari, en leur affirmant qu’il était mort subitement. La sainte Vierge, qui, paraît-il, s’occupait de cette affaire, aurait bien dû y penser un peu plus tôt, «car huict jours devant il en avoit été pendu un autre à la place Maubert, qui estoit son compaignon, qui fut pendu et estranglé pour le mesme cas[114].»
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Un avocat de Poitiers, le sieur Breton, ayant perdu une cause à Poitiers et à Paris, en conçut un vif ressentiment. «Il prend si bien ceste affaire dans la teste, qu’il s’imagine de vouloir et pouvoir réformer tous les abus de la justice. Il se présente au Roy, il luy parle, on le mesprise. Il s’adresse à M. de Guise, qui ne tient compte de lui respondre. Il va en Guyenne trouver M. de Mayenne, qui le desdaigne. Il va à la Rochelle vers le roy de Navarre, qui ne voulut prendre la peine de l’escouter.» Enfin, il revint à Paris, et fit imprimer un livre dans lequel étaient énumérés tout au long les torts dont, disait-il, la justice s’était rendue coupable envers la veuve et l’orphelin dont il avait perdu la cause. Il avait eu soin d’entremêler cela de reproches très-violents au roi et au Parlement; ce n’était cependant pas un fou que Mᵉ Le Breton, «il étoit homme de lettres, bien vivant et bon catholique, mais entêté comme un ligueur.» Le livre saisi, auteur et imprimeur furent mis à la Conciergerie, et leur procès fut bientôt fait. Le Breton fut condamné à être pendu, son livre brûlé devant lui; Jean Ducarroy, maître imprimeur, et Gilles Martin, compositeur, furent condamnés à être battus de verges au pied de la potence, la corde au cou, et bannis de France pendant neuf années. Quant à Guiton, serviteur de Le Breton, il fut seulement banni de la prévôté et vicomté de Paris pendant un an.
L’exécution eut lieu le 22 novembre 1586, «dans la cour du Palais, à quelques vingt pas des grands degrez.» Le Breton «endura la mort avec une assurance et une magnanimité admirables, et avec un tel regret de tout le peuple, que, quand on ôta son corps pour le porter à Montfaucon, le peuple y était en grande foule, qui lui baisoit les pieds et les mains. Il est enterré en une moinerie de cette ville, où on lui a fait un service comme à un bien grand prince, et il n’y a guère religion ou moinerie à Paris où on ne lui en ait fait, les gens d’église principalement le tenant digne d’être canonisé.»
A la nouvelle de cette exécution, le curé Poncet, qu’on avait mis en prison pour avoir prêché contre le roi, puis relâché en lui faisant quelques remontrances, mais qui avait recommencé, «se coucha au lit, et peu de jours après mourut[115].»
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Après l’exposition du cadavre de ce jeune seigneur Tourangeau (le duelliste de la rue aux Ours), exposition qui eut lieu en 1617 et que nous avons citée plus haut, nous ignorons s’il y en eut encore. Quoi qu’il en soit, à partir de ce moment, elles devinrent plus rares, et cessèrent même entièrement vers 1627 ou 1629[116], à cause du voisinage de l’hôpital Saint-Louis, fondé par Henri IV, vers 1607, pour les pestiférés, et terminé en 1611[117].
Aussi Claude Le Petit, qui rit de tout, n’avait garde d’oublier le vieux gibet découronné:
Faisons halte icy par débauche, Pour regarder les environs, Et par régal censurons Ce que je voy là sur la gauche: Vieil Gibet démantibulé, Par Enguerrand si signalé; Pilliers maudits, que les orfrayes Ont pris là pour leur tribunal; Montfaucon, avecque tes clayes, Tu fais plus de peur que de mal!