Le français tel que le parlent nos tirailleurs sénégalais

Part 3

Chapter 31,297 wordsPublic domain

Tirailleur y a besoin faire manière outil quand lui y a content casser tout ça y en a pas laisser lui tirer bien.

Tirailleur y a besoin faire manière outil quand lui y content faire abri dans ça place lui y en en pas trouvé abri.

Pour travailler sous Quand tirailleur y a _Où_ peut s'employer le feu, le tirailleur besoin travailler ou se supprimer. dépose son sac en dans ça place _où_ avant de lui dans la ennemi y en à tirer, _Abris_ et _couverts_ direction de lui y a besoin mettre sont des mots que les l'ennemi, de manière son barda en avant tirailleurs doivent à s'en faire un lui, direction connaître. couvert, le fusil à ennemi. coté du sac. _Sur_ peut se Barda y a faire supprimer sans Il se couche sur le _couvert_ pour lui. inconvénient. côté gauche au point même où il doit Tirailleur y a besoin Tenir ou _garder_. travailler, et creuse placer fusil tout le sol avec l'outil près son barda. _Avec_ peut tenu de la main s'employer ou non. droite. Tirailleur y a besoin faire couché (_sur_) Les terres sont côté gauche dans ça jetées en avant, en place lui y en en a observant d'augmenter besoin travailler; l'épaisseur du lui y a faire trou parapet en même temps avec outil y en a que sa hauteur. _tenir_ la main droite. Quand les circonstances le Tirailleur y a besoin permettent, le jeter terre en avant; tirailleur prend la lui y a besoin faire position à genou et manière pour parapet travaille avec les y a venir large quand deux mains. y a venir haut.

S'il y a moyen, tirailleur y a faire à genou, y a travailler avec son la main deux.

Liaison

Bédary, tu assureras Bédary, toi faire la liaison de la agent de liaison première section avec première section avec la 2e section. deuxième section.

Marche de façon à Toi faire manière voir toujours les quand toi y a deux sections. marcher, mirer toujours première section, mirer toujours deuxième section.

Si le capitaine est Si capitaine y en a avec la première avec première section, tu lui section, toi donner donneras ce pli, s'il lui ça papier. n'y est pas, tu diras au chef de la Si capitaine y en a première section de pas avec première le lui faire section, toi donner parvenir. ça papier chef première section, toi dire lui envoyer ça papier pour capitaine.

Avertis le capitaine Toi dire capitaine qu'une patrouille patrouille pour ennemie est dans le ennemis y en a dans bois. bois.

La patrouille avance. Patrouille avancer.

La patrouille vient Patrouille venir Toute ondulation du dans la direction de direction _petit terrain est, pour les la colline. montagne_. indigènes, «petit montagne».

Cette patrouille ne Ça patrouille y en a comprend que quatre hommes quatre hommes. seulement.

La patrouille est Patrouille y a parti partie rapidement. vite.

COMMENT SE CONSTITUER UN VOCABULAIRE

Ce modeste travail n'a pas la prétention d'être un manuel complet qu'il suffirait de posséder pour se faire immédiatement comprendre de nos soldats noirs.

Il tend uniquement à donner quelques directives pour la formation de la phrase dans le langage de nos tirailleurs, et à montrer que l'on peut avec un nombre de mots assez restreint, arriver à rendre des passages de nos règlements qui paraîtraient de prime abord comporter pour leur enseignement l'emploi d'un vocabulaire assez varié.

Ce qui a été fait pour le tirailleur au combat, ou l'instruction de la sentinelle, peut être fait beaucoup plus aisément pour toute l'Ecole du soldat où chaque mot, chaque phrase s'accompagne de l'exécution d'un mouvement qui lui donne toute sa vie et double la mémoire auditive de la mémoire visuelle.

Pour arriver à se constituer un vocabulaire, il faut:

1º Prendre tous les noms d'objets d'un usage courant dans l'armée (habillement, campement, outils, literie, armement, vivres, etc.).

Apprendre ces mots aux tirailleurs.

On montrera les objets aux hommes; on en dira le nom distinctement et l'on fera répéter par chaque tirailleur en exigeant toute la correction possible dans la prononciation.

On évitera de faire faire ces théories de français par des gradés indigènes, car ces derniers en apprenant les mots leur ont déjà fait subir une déformation qu'il serait déplorable de laisser s'accentuer par une succession de transmissions défectueuses.

De déformation en déformation, on arrive rapidement à des termes absolument incompréhensibles.

2º Quand le tirailleur connaît le nom des principaux objets dont il a l'habitude de se servir ou qu'il voit toujours autour de lui, faire de petites phrases qui ne comprendront au début que trois mots:

_sujet_, _verbe_, _complément_.

De cette façon, on enflera petit à petit le vocabulaire déjà ébauché et on l'enrichira des verbes les plus usuels:

_Exemple_: Moi _manger_ riz. Toi _prendre_ fusil. Bédary _jeter_ caillou. Demba _boire_ café. Samba _porter_ barda.

Faire toujours l'acte que l'on indique; user d'une mimique aussi expressive que possible; le geste doit toujours accompagner la parole.

3º Pendant l'instruction de l'Ecole du soldat, dire sous une forme simple tout ce que l'on fait et exiger que l'homme le répète.

Cette méthode a l'avantage de tenir l'esprit de l'homme en éveil; d'attirer son attention sur certains détails du mécanisme des mouvements qui lui échapperaient peut-être autrement; de créer entre l'instructeur et ses élèves une langue commune dont chaque terme définit un mouvement très _précis_, maintes et maintes fois répété dans le courant de la semaine; de permettre aux sujets bien doués et susceptibles de faire rapidement des gradés capables d'arriver en peu de temps à savoir leur règlement de manoeuvre.

Prenons, par exemple, le mouvement de «Présentez arme!»

_Lever fusil debout_ (debout En même temps que l'on parle, élever = verticalement. l'arme verticalement avec la main droite; de la main gauche montrer Couché = horizontalement). successivement le _fusil_ et la main _droite_, quand on prononce ces mots. _Avec main droite_; En disant _fusil debout_, placer l'arme bien verticale en disant: «Ça y a debout!» Incliner ensuite l'arme en disant: «Ça y a pas debout; ça y a pas bon».

_Prendre fusil avec main Commencer par bien montrer la main gauche moitié boîte gauche en disant: «Ça main gauche», culasse: la hausse._ puis montrer la hausse: «Ça la hausse», puis montrer la boîte de culasse: «Ça boîte culasse», puis répéter toute la phrase en exécutant le mouvement.

_Pouce allongé, évidement Montrer le pouce: «Ça pouce». Montrer gauche du fût._ de même l'évidement de gauche du fût et répéter ensuite toute la phrase en exécutant le mouvement.

_Têtes autres doigts, Procéder comme plus haut. quatre placés évidement droit du fût;_

_Lever encore fusil avec dº main gauche;_

_Arrêter main gauche quand Se toucher l'épaule en disant: «Quand _lui_ y a arrivé haut même main gauche y a arrivé là, y a arrêter» chose l'épaule_. puis répéter la phrase ci-contre en exécutant le mouvement.

_Quand y a faire ça placer Frapper de la main droite _ouverte_ le main droite sur plat de la plat de la crosse. crosse._

_Le bec milieu deux premiers Refermer les doigts lentement en doigts; les autres doigts parlant et faire bien constater par deux placés en bas la l'homme l'exécution de ce que l'on dit. crosse._

4º Ecouter parler les anciens tirailleurs et noter soigneusement les expressions qu'ils emploient le plus volontiers.

(On trouvera une partie de ces expressions dans les théories de la deuxième partie de ce travail: la troisième colonne de chaque page en contient l'explication).

5º Pendant les marches, les pauses, les divers exercices, s'adresser toujours aux tirailleurs en français en prenant bien soin de se conformer pour le choix des mots et la construction des phrases aux principes posés au début de la deuxième partie de ce travail.

Si le gradé européen veut bien s'imposer cette discipline au début de l'instruction, il en sera récompensé par les résultats obtenus en peu de temps et la possibilité de n'avoir recours que rarement à l'intermédiaire d'un interprète pour parler à ses hommes.

Imp.-Lib. Militaire Universelle L. FOURNIER, 264, Boul. St-Germain, Paris

NOTE DU TRANSCRIPTEUR

On a représenté entre astérisques les *caractères gras* et entre signes soulignés les _italiques_.