Le forçat honoraire: roman immoral

Part 11

Chapter 11443 wordsPublic domain

Ce matin, très tôt, pour chasser certaines vapeurs, je me suis fait mener dans des quartiers perdus. J'ai quitté mon auto devant le monument de Barye. J'ai pris, à pied, la rue Saint-Louis en l'Ile, j'ai à peine regardé la rue Le Regrattier, j'ai vu avec peine que c'était mal tenu et j'ai continué ma route de bourgeois. Le soleil commençait à peine à vouloir se faire méchant. Des bateaux paresseux s'étendaient sur une Seine à griselis alanguis. J'allais toujours. Je passai sur une placette où, pour faire oublier l'Hôtel-Dieu tout proche, on vendait des fleurs; en pots, en gerbes, en terreau, à vous éblouir, à vous empoisonner. Je me courbai sous une espèce de souricière en bois--et, soudain, je me trouvai devant la Conciergerie, oui la Conciergerie! les Tours pointues (car elles sont trois). Je fermai les yeux et les rouvris. Je regardai. Les grilles des fenêtres ne gardaient que des lettres égayées de timbres clairs; un chat noir et blanc se lissait entre deux barreaux: il n'y avait ni gardes ni prisonniers: de la paix, du sommeil. Je jurai, du fond de mon âme, (mais d'une âme riante), que ce local ne me reverrait pas et je regardai en face: j'eus un cri de joie. En raison des travaux du Métro, le pont, la chaussée, le trottoir même de la prison n'étaient que roses, anémones, œillets, pivoines, une flore inouïe, discrètement odorante, d'un éclat, d'une douceur, d'une sérénité à mourir de douceur: je n'hésitai pas, j'achetai tout, tout: c'était la rançon de mes cachots, de mes ténèbres de cœur et d'âme, c'était l'avenir en bourgeons, en fleurs, c'était de la béatitude laborieuse et parfumée, c'était du soleil pris au jeune soleil qui se mirait dans ces feuilles et ces corolles et qui se faisait beau pour elles...

Et, quand, dans ma hâte de mettre le soleil, les fleurs, l'avenir et mon âme apaisée aux pieds de ma grave fiancée, je regagnai le Paris des honnêtes gens, par le Pont-Neuf, je m'aperçus, à une nuance de son geste d'accueil et de son sourire, que le bon roi Henri et moi, nous étions une paire d'amis.

_31 juillet._

ROCAROC.

THE END

TABLE

DÉDICACE.

I. Un livre qui commence bien 9

II. Une proposition moins inacceptable qu'inattendue 79

III. Paris! 95

IV. Le dernier endroit où l'on cause 125

V. Une crémaillère de pendables et de pendus 147

VI. Une circulaire 161

VII. Au rapport 167

VIII. Chez Machin's et ailleurs 183

IX. La séance continue 203

IX. (_Annexe._) Louis-Napoléon Solsequin 219

X. Penthésilée 245

XI. Justice immanente 261

XII. Un livre qui finit bien 277

1641.--Imp. KAPP, 20, rue de Condé, Paris.

End of Project Gutenberg's Le forçat honoraire, by Ernest La Jeunesse