Part 11
_Cette histoire est la dernière de l'édition originale. Immédiatement après vient le dénouement:_
Asmodée allait continuer, mais il lui prit tout à coup un frisson qui l'en empêcha. L'écolier lui demanda pourquoi il tremblait: «Ah! seigneur don Cléofas, répondit le démon, je suis perdu. Le magicien qui me tenait en bouteille vient de s'apercevoir de ma fuite. Il m'appelle; il me menace. Il fait des conjurations si fortes que tout l'enfer en retentit. Il faut que j'obéisse à sa voix. Je vais vous porter dans votre appartement, et puis je vole au galetas funeste d'où vous m'avez tiré.» En achevant ces mots, il embrassa l'écolier, l'enleva et disparut à ses yeux, après l'avoir transporté dans sa chambre.
II. _Dédicace de la première édition._
AU TRÈS-ILLUSTRE AUTEUR LOUIS VELEZ DE GUEVARA.
Souffrez, seigneur de GUEVARA, que je vous adresse cet ouvrage. Il n'est pas moins de vous que de moi. Votre _Diablo Cojuelo_ m'en a fourni le titre et l'idée. J'en fais un aveu public. Je vous cède la gloire de l'invention, sans approfondir si quelque auteur grec, latin ou italien ne pourrait pas justement vous la disputer.
Je dirai même qu'en y regardant de près, on reconnaîtra dans le corps de ce livre quelques-unes de vos pensées; car je vous ai copié autant que me l'a pu permettre la nécessité de m'accommoder au goût de ma nation.
Cela ne m'empêche pas de rendre justice à votre _Cojuelo_. Je le crois digne des applaudissements qu'il a reçus en Espagne et du bruit qu'il a fait particulièrement en Aragon, où vous l'avez mis en lumière. Je conçois bien que vos façons de parler figurées, vos images bizarres et vos pensées extraordinaires ont pu trouver chez vous des approbateurs; mais vous devez concevoir aussi que des hommes nés sous un autre climat en peuvent juger autrement. Les Français surtout, eux qui ont la justesse et le naturel en partage, ne les goûteraient pas. Je me suis donc souvent écarté du texte, ou, pour mieux dire, j'ai fait un nouveau livre sur le même fonds.
C'est ainsi que j'ai traité le seigneur Alonso Fernandez de Avellaneda. Je n'ai pas traduit plus fidèlement son _D. Quichotte_ que votre _Cojuelo_. Cependant cet Avellaneda, qui avait déjà subi le sort des écrivains abandonnés des lecteurs, est présentement en quelque réputation parmi nous, au lieu que si je l'avais suivi littéralement, on me saurait mauvais gré de l'avoir tiré de l'oubli.
J'espère que vous aurez la même destinée. Si je n'ai pu prêter à votre _Cojuelo_ tous les agréments dont il a besoin pour plaire à nos Français, je crois du moins ne lui avoir rien laissé qui doive le rebuter. Après tout, vous ne risquez rien. Si le livre n'a point de succès, vous êtes en droit de dire que je l'ai tellement défiguré qu'il n'est pas reconnaissable. Et s'il réussit, vous m'aurez obligation de vous avoir procuré l'estime de gens dont peut-être sans moi vous n'auriez jamais été connu.
III. _Dédicace de 1726._
AU TRÈS-ILLUSTRE AUTEUR LOUIS VELEZ DE GUEVARA.
C'est à vous, _seigneur de Guevara_, que j'ai dédié cet ouvrage dans sa nouveauté. Si je me fis un devoir alors de vous rendre cet hommage, rien ne doit me dispenser aujourd'hui de vous le renouveler. J'ai déjà déclaré et je déclare encore publiquement que votre _Diablo Cojuelo_ m'en a fourni le titre et l'idée. Ainsi je vous cède l'honneur de l'invention, sans vouloir, comme je vous l'ai dit, approfondir si quelque auteur grec, latin ou italien ne pourrait pas justement vous le disputer.
J'avouerai même encore qu'en y regardant de près, on reconnaîtrait dans le corps de ce livre quelques-unes de vos pensées. Plût au ciel qu'il y en eût davantage, et que la nécessité de m'accommoder au génie de ma nation m'eût permis de vous copier exactement! J'aurais fait gloire d'être votre traducteur; mais j'ai été obligé de m'écarter du texte, ou, pour mieux dire, j'ai fait un ouvrage nouveau sur le même plan.
Sous la forme que je lui ai prêtée d'abord, il a été réimprimé en France, je ne sais combien de fois. Nous avons partagé tous deux l'honneur du succès qu'il a eu; mais, que dis-je, partagé? J'ai passé, à Paris, pour votre copiste, et je n'ai été loué qu'en second. Il est vrai, en récompense, qu'à Madrid la copie a été traduite en espagnol et qu'elle y est devenue un ouvrage original.
J'en donne aujourd'hui une nouvelle édition que je vous adresse encore, _Seigneur Louis Velez_; mais, pour la rendre plus digne de revoir le jour après dix-neuf années, il a fallu le retoucher et le remettre, pour ainsi dire, à la mode. Quoique le monde soit toujours le même, il s'y fait une succession continuelle d'originaux qui semble y apporter quelque changement.
Je n'ai pas seulement corrigé l'ouvrage; je l'ai refondu et augmenté d'un volume, que les sottises humaines m'ont aisément fourni. C'est une source de tomes inépuisable; mais je n'ai point entrepris de l'épuiser. J'abandonne ce travail immense à quelqu'un de ces auteurs laborieux qui veulent bien employer une longue vie à mériter d'occuper une toise de place dans les bibliothèques. Pour moi, qui borne mon ambition à égayer pendant quelques heures mes lecteurs, je me contente de leur offrir en petit un tableau des moeurs du siècle.
Après avoir reconnu, _Seigneur de Guevara_, que votre Diable a toujours hypothèque sur le mien, il faut encore confesser, pour la décharge de ma conscience, que j'ai emprunté des vers et quelques images de Francisco Santos, auteur du livre intitulé: _Dia y noche de Madrid_. Quoique le larcin ne soit pas de grande importance, je déclare que je l'ai fait, afin que quelque mauvais plaisant ne vienne pas me comparer aux voleurs qui, pour vendre impunément une vaisselle qu'ils ont volée, en ôtent les armoiries.
Puisse le public recevoir aussi favorablement cette dernière édition qu'il a reçu la première. Je n'oserais me flatter de ce bonheur, quoique l'ouvrage soit plus nouveau qu'il n'était et que j'aie fait de mon mieux pour engager ceux qui le liront à y prendre un nouveau goût.
IV. TABLE ANALYTIQUE.
_La lettre A désigne l'ouvrage espagnol de Louis Velez de Guevara, _El Diablo cojuelo_; la lettre B, l'édition originale du _Diable boiteux_._
_L'astérisque (*) indique les passages ajoutés en 1726._
TOME I
CHAPITRE I. _Quel diable c'est que le Diable boiteux. Où et par quel hasard Don Cléofas Léandro Perez Zambullo fit connaissance avec lui (A, tranco I; B, chap. I.)_
On est à Madrid. Il est minuit. Léandro Perez, surpris chez Dona Tomasa et poursuivi par quatre spadassins, se sauve sur les toits. P. 1. (_Dans Guevara, il est poursuivi par la justice, à l'instigation de la dame, qui veut se faire épouser._)--Guidé par une lumière qu'il aperçoit, il se réfugie dans un grenier qui sert de laboratoire à un magicien. P. 2.--Il entend les soupirs du Diable boiteux, que le magicien tient enfermé dans une bouteille. Ce que c'est que le Diable boiteux. Quelles sont ses fonctions et celles de Lucifer, Uriel, etc. P. 3.--Promesses que fait le Diable boiteux. Cléofas le délivre. Portrait du démon. P. 7.
CHAPITRE II. _Suite de la délivrance d'Asmodée (A, tranco I; B, chap. II.), 11._
Pourquoi Asmodée est boiteux, 12 (_Ceci est autrement expliqué dans Guevara_).--Terreur qu'inspire le magicien au Diable boiteux. Comment celui-ci s'est attiré sa haine, 13.
CHAPITRE III. _Dans quel endroit le Diable boiteux transporta l'écolier, et des premières choses qu'il lui fit voir, 16._
Asmodée emporte Léandro sur la tour de San Salvador. Il lui propose de lui faire voir tout ce qui se passe dans Madrid, en enlevant les toits des maisons (A, tranco I, 16).--L'avare et ses héritiers, 18.--La vieille coquette et ses charmes d'emprunt, 18.--Le vieux galant, 19 (A, tr. II).--La vieille qui se rajeunit, 19 (B, chap. VI).--Le concert ridicule, 19 (B, ch. XVI).--Le seigneur aux billets doux, 20.--Doña Fabula en mal d'enfant, 20 (A, tr. II).--Le vieux qui va au sabbat, 21 (A, tr. II).--Quel fut le démêlé qu'eut Asmodée avec un de ses confrères, 21 (autrement raconté dans A, tr. II).--Le souffleur, 22 (A, II).--L'apothicaire, sa femme et son garçon, 22.--Le prélat qui tousse, 23.--Le poëte tragique, 23.--* L'épître dédicatoire, 25.--Les voleurs chez le banquier, 25 (A, II).--Le marquis à l'échelle de soie, 25 (A, II).--Le greffier et son démon, 26.--Etrange pudeur d'une veuve (B, ch. VI).--* Le bachelier Donoso, 27.--* L'amoureux transi, 28.--Le contador qui veut fonder un monastère, 29 (B, ch. VI).--* La veuve et les deux conseillers, 29.--* Les deux joueurs qui s'entretuent, 29.--Le chanoine frappé d'apoplexie, 31 (B, ch. VI).--Les deux frères morts de la même maladie, 31, (B, ch. VI).--Le charivari, 32 (B, ch. VI).--* Le trio ridicule, 32.--* Les trois Galiciennes, 33.
CHAPITRE IV. _Histoire des amours du comte de Belflor et de Léonor de Cespedes, 34._
La femme, le jeune mari et le vieil amant, 69 (B, ch. VI).
CHAPITRE V. _Suite et conclusion des amours du comte de Belflor (B, chap. V), 70._
CHAPITRE VI. _Des nouvelles choses que vit Don Cléofas, et de quelle manière il fut vengé de Dona Tomasa, 99._
Le grand seigneur endetté, 99.--* Le président qui va chez l'Asturienne, 100.--Le compilateur, 100.--Les deux entremetteuses, 101 (B, chap. IX).--L'impression clandestine, 103.--L'inquisiteur malade, 104 (B, ch. IV).--Combat des rivaux de Don Cléofas, 108 (B, chap. VII).
CHAPITRE VII. _Des prisonniers (B, chap. VIII), 109._
Le cabaretier empoisonneur, 110.--L'assassin de profession, 110.--Le maître à danser, 111.--L'amoureux arrêté comme voleur, 111.--La feinte sorcière, 111. Le cabaretier et le sergent, 112.--Le valet de chambre accusé de viol, 118.--L'écuyer de la duchesse, 119.--Le chirurgien qui a saigné sa femme, 120.--* Le gentilhomme qui a tué son frère, 121.--* Domingo et le maître d'hôtel, 122.--* Le Castillan qui a souffleté son père, 137--* Les voleurs de grand chemin qui s'évadent, 137.--Les vingt ou trente filous, 138.
CHAPITRE VIII. _Asmodée montre à Don Cléofas plusieurs personnes, et lui révèle les actions qu'elles ont faites dans la journée (B, chap. IX), 136._
Le capitaine et l'usurier, 139.--Les deux filles qui ont perdu leur père, 142.--L'aventurière aragonaise, 143.--Le cavalier qui a écrit des lettres, 143.--* Le mari qui s'endort aux reproches de sa femme, 145.--La comtesse qui lit Hippocrate, 153.--* Le mendiant manchot, 154.--* Le poëte et le peintre, 155.--Le banquier et son père le savetier, 156.
CHAPITRE IX. _Des fous enfermés (B, chap. X), 161._
Le nouvelliste castillan, 161.--* Le licencié qui se croit archevêque, 161.--* Le pupille enfermé par son tuteur, 162.--Le grammairien, 162 (A, tr. III).--Le marchand ruiné, 162.--Le capitaine Zanubio, 162.--* Le mari fou de la mort de sa femme, 170.--Le portier enrichi, 171.--L'amoureux fou, 171.--Sa chanson, 172.--Chanson française, 172.--* L'envieux, 173.--* Le vieux secrétaire, 173.--Le Mécène ruiné, 174.--La femme du corrégidor, 175.--La femme du conseiller, 175.--La bourgeoise qui voulait épouser un grand seigneur, 175.--* Doña Béatrix et Doña Mencia, 175.--* L'ayeule de l'avocat, 177.--* La vieille folle de regret, 177.--* Doña Emerenciana, 178.
CHAPITRE X. _Dont la matière est inépuisable (B, ch. XI), 195._
Le mari de l'aventurière, 195.--L'homme aisé qui se fait domestique, 195 (A, tr. III).--La veuve du jurisconsulte, 196.--Les deux filles de cinquante ans, 196.--Les femmes qui se rajeunissent, 196.--* Prudent emploi de l'argent, 199.--Le peintre de portraits, 199.--La veuve et son testament, 200.--Le vieux licencié qui imprime ses gaudrioles, 200.--La coquette qui se croit aimée de tous les hommes, 201.--Le chanoine qui achète pour enrichir son inventaire, 201.--* Le courtisan par vanité, 202.--* Ceux qui font de la nuit le jour, 203.--* L'amoureux de la pantoufle, 203.--* L'homme à équipage qui rougit d'aller en carrosse de louage, 204.--* Celui qui va toujours en carrosse de louage pour ménager ses mules, 204.--* Le vieil amoureux qui raconte ses prouesses d'autrefois, 205.--* Le comte vêtu à l'ancienne mode, 205.--* La vieille veuve qui a donné son bien à ses enfants, 205.--* Le vieux garçon qui épouse sa blanchisseuse, 206.--Le comte, son frère et le bel esprit, 207.--* L'amateur de fleurs, 207.--* L'histrion modeste, 207.--* Le chevalier aimé de la fille d'un grand, 207.--* Portraits vivants de Bollanus, de Fufidius et de Marsæus, 208.--* La sérénade, 208.
* CHAPITRE XI. _De l'incendie, et de ce que fit Asmodée en cette occasion par amitié pour Don Cléofas, 213._
CHAPITRE XII. _Des tombeaux, des ombres et de la mort, 218._
L'officier trompé par sa femme, 219.--Jeune cavalier tué par un taureau, 219.--Le prélat mort pour avoir fait son testament, 219.--* Le courtisan assidu, 219.--* L'ambassadeur ruiné, 220.--* Le négociant et son épitaphe, 220.--* Le grand sommelier, 221.--* La duchesse qui change de directeur, 221.--Le vieux mari et sa jeune femme. 223.--* Le premier ministre, 224.--* La belle bourgeoise, 224.--* Le tombeau d'un auteur de comédies, 225.
* Des ombres: Le bourgeois fier; les amis buveurs, 226.--L'Allemand qui mettait du tabac dans son vin, 228.--Le Français qui offrait l'eau bénite aux dames, 228.--* Les comédiennes mortes, l'une d'envie et l'autre de débauche, 229.--La vestale morte en couches, 229.
* De la mort: le bourgeois regretté des siens; le conseiller et ses trois neveux; le jeune seigneur qui a la petite vérole; le vieux religieux; l'évêque d'Albarazin; la vieille courtisane malade de dépit, 229 à 234.
TOME II
CHAPITRE XIII. _La force de l'amitié, histoire, 5._
CHAPITRE XIV. _Le démêlé d'un auteur tragique avec un auteur comique, 47._
CHAPITRE XV. _Suite et conclusion de l'Histoire de l'amitié, 59._
CHAPITRE XVI. _Des songes, 109._
Le comte galant et libéral, 111.--La comtesse joueuse, 111.--Le marquis et son intendant, 111.--Le vicomte aragonais, 111 (A, tr. II).--Les deux frères médecins, 112.--Le courtisan regardé de travers, 112.--La jeune dame qui allait succomber, 113.--Le procureur et sa femme, 113.--Le gros chanoine, 114.--Le marchand de soie et ses créanciers, 114.--Le libraire qui rêve, 114.--* Les libraires dupés, 115.--L'amant trop respectueux, 116.--Le licencié qui défend l'immortalité de l'âme, 116.--Don Baltazar Fanfarronico, 117.--* Le gouverneur qui se rend, 117.--* L'orateur qui reste court, 117.--Le palefrenier somnambule (B, chap. VI), 117.--* Le vice-roi du Mexique et sa nièce, 118.--* La médisante, 119.--* Le bourgeois qui ramasse de l'or, 120.--* Les deux comédiennes, 120.--* La métamorphose, 121.--* Le comédien dans l'Olympe, 122.
* CHAPITRE XVII, _où l'on verra plusieurs originaux qui ne sont pas sans copies, 124._
Les gueux: le boiteux; le teigneux; le cul-de-jatte, 124.--La comédienne en couches, 126.--Le chasseur amoureux, 126.--Le jeune bachelier et son oncle, 127.--Le bourgeois qui veut marier sa fille, 127.--L'auteur avare et vaniteux, 128.--La veuve allemande et son amoureux, 128.--Le philosophe cynique, 130.--Le gentilhomme ruiné et son dernier ami, 131.--Le Contador et la Galicienne, 132.--Le gentilhomme auteur, 133.--Les deux auteurs, 134.--Le novice qui a trouvé un trésor, 134.
* CHAPITRE XVIII. _Ce que le diable fit encore remarquer à don Cléofas, 135._
Le médecin qui joue aux échecs, 135.--Les aventurières qui vivent à frais communs, 136.--La porte du marché, 138.--Le lever du roi; les éloges satiriques; les chevaliers; l'ancien flibustier; le hidalgo pauvre, 139.--Le livre censuré, 142.--Le cadet catalan, 143.--Le bourgeois obligeant et le seigneur ingrat, 145.--Le bourgeois parvenu, 145.--Le poëte satirique, 146.--Le grand juge de police, 146.
* CHAPITRE XIX. _Des Captifs, 149_
Le captif dont la femme est remariée, 151.--Celui dont le bien a été dissipé par ses frères, 151.--Celui qui trouve un riche héritage à recueillir, 151.--Le captif amoureux et son infidèle, 152.--Le paysan et la soeur du gentillâtre, 152.--Le captif aimé de la femme de son maître, 162.--Le barbier et son fils enrichi, 162.--Le médecin aragonais, 163.--Le cordelier, 164.
* CHAPITRE XX. _De la dernière histoire qu'Asmodée raconta; comment, en la finissant, il fut tout à coup interrompu, et de quelle manière désagréable pour ce démon don Cléofas et lui furent séparés, 165._
Histoire d'un trésor, de celui qui le trouva et de celui qui l'avait caché, 163.--Asmodée est contraint de retourner auprès du magicien, 181.
* CHAPITRE XXI. _De ce que fit don Cléofas après que le diable boiteux se fut éloigné de lui, et de quelle façon l'auteur de cet ouvrage a jugé à propos de le finir, 182._
Cléofas épouse doña Séraphina, que le Diable boiteux, sous les traits de l'écolier, avait sauvée de l'incendie, 190.
APPENDICE.
Le vieux musicien et sa jeune femme, 193.--Les deux courtisanes, 193.--Les deux soeurs coquettes, 193.--Dispute littéraire dans un café, 194.--Le bourgeois caution d'un licencié, 194.--Le jeune homme déguisé en fille, 194.--Le joaillier accusé de recel, 194.--Le polygame, 194.--Le traducteur du _Misanthrope_, 195.--L'amoureux à gages sans emploi, 196.--Le marchand devenu fou (_V._ t. I, 162), 196.--Le soldat qui a perdu sa grand'mère, 196.--L'imbécile, 196.--La vieille marquise et le jeune officier, 197.--La procureuse, 197.--La coquette qui a manqué un grand seigneur, 197.--Les deux servantes, 197.--Le courtisan, 197.--L'auteur de mérite, 197.--L'auteur sérieux, 198.--L'auteur qui copie les anciens et se croit original, 198.--L'amant mort de chagrin, 198.--L'avare mort de faim et son héritier mort d'excès, 198.--Le père dont la fille a été enlevée, 198.--Le jeune homme mort de pleurésie, 199.--La vieille fille morte d'ennui, 199.--La femme du trésorier, 199.--La femme du mari jaloux, 199.--Mort d'un dévot et d'une dévote, 199.--Le comédien qui allait à pied, 199.--L'auteur dramatique mort d'envie, 199.--La veuve inconsolable... pendant deux jours, 199.--La comtesse qui lit des romans, 200.--Le jeune homme qui rit en dormant, 200.--Le souffleur désappointé, 200.--Le courtisan qui rêve, 200.--Le comédien qui rudoie un auteur, 200.--L'académicien de la Crusca, 201.--Le notaire et sa femme, 201.--Séparation de l'écolier et du Diable boiteux, 201.
ENTRETIENS SÉRIEUX ET COMIQUES DES CHEMINÉES DE MADRID
ENTRETIEN I
LA CHEMINÉE _A_ ET LA CHEMINÉE _B_.
LA CHEMINÉE A. C'en est fait, ma chère voisine, tout est perdu; les dieux Lares se glacent à mon foyer, et je sens le même froid me saisir depuis les pieds jusqu'à la tête.
LA CHEMINÉE B. Vous m'alarmez; d'où vient cette affreuse maladie? Comment pouvez-vous passer subitement du chaud au froid? Je vous ai toujours vue toute en feu.
LA CHEMINÉE A. Hélas! il faut bien que je suive la bonne et la mauvaise fortune de mon savant, et le pauvre homme...
LA CHEMINÉE B. Que lui est-il donc arrivé?
LA CHEMINÉE A. Le plus grand des malheurs. Ses revenus, c'est-à-dire ceux de sa plume (car il n'en a pas d'autres), sont arrêtés.
LA CHEMINÉE B. Je ne vous entends point encore.
LA CHEMINÉE A. Hé bien, écoutez-moi donc; je vous parle d'un auteur; son revenu était établi sur le produit certain des brochures amusantes qu'il composait, et l'on a proscrit ce genre.
LA CHEMINÉE B. Comment! ses brochures le faisaient vivre?
LA CHEMINÉE A. Et même fort à son aise; il ne perdait pas son temps à limer un volume, il en donnait sept ou huit au moins par an.
LA CHEMINÉE B. C'est grand dommage de lier les mains à un si bon ouvrier: et comment peut-on défendre l'amusement, qui est la meilleure chose du monde? Le public aime à être amusé, et il doit avoir la liberté d'acheter ce qui l'amuse.
LA CHEMINÉE A. Vous avez raison, et ce goût du public fait les intérêts des auteurs et le profit des libraires; mais voilà ce qui excite l'envie: on crie qu'on ne s'occupe aujourd'hui qu'à écrire des folies, des riens, et qu'on appellera notre siècle le _siècle des romans et de la futilité_. On dit que le bon goût se corrompt, que les brochures à parties sont une vraie exaction; qu'on allonge un roman à l'infini; enfin, qu'actuellement un homme projette d'en composer un à trois cent soixante et cinq parties, pour tous les jours de l'année.
LA CHEMINÉE B. Après les Mille et une nuits, les Mille et un jours, les Mille et un quarts d'heure, et tant de mille et une autres choses, un roman à trois cent soixante-cinq parties ne devrait pas révolter les esprits.
LA CHEMINÉE A. Jugez donc si on devrait chicaner mon auteur, qui n'est jamais allé, dans ses ouvrages, au delà de la huitième partie.
LA CHEMINÉE B. Je vous plains, ma chère amie, et toutes les cheminées des auteurs et des libraires qui vont se glacer comme vous.
LA CHEMINÉE A. C'est une faible consolation pour les malheureux, que d'avoir des compagnons de leur misère.
LA CHEMINÉE B. Vous êtes à plaindre, je vous plains. Que puis-je faire autre chose? D'ailleurs, je vous parle franchement: j'ai ouï dire, il y a longtemps, qu'on devrait réformer le goût du siècle pour la bagatelle, et arrêter le progrès du genre romancier.
LA CHEMINÉE A. Que me dites-vous?
LA CHEMINÉE B. Oui: et des gens d'esprit, et sans partialité, disent à présent que cette réforme est un grand bien pour la littérature. Qu'on écrive utilement, ou qu'on n'écrive point: voilà la décision; tout le monde l'approuve.
LA CHEMINÉE A. Mais ce qui plaît n'est-il pas utile?
LA CHEMINÉE B. Oui, ce qui plaît est nécessairement utile; mais outre cette utilité de plaisir, on veut quelque solidité, de l'instruction, des moeurs, du vrai. Par exemple, le Diable boiteux est un roman; mais il vaut mieux qu'un traité de morale. Voilà un roman agréable et utile; c'est-à-dire, utile par l'agréable et le solide. Que votre savant en fasse autant, et on lui donnera la permission de le faire imprimer, pourvu cependant qu'il ne le donne pas en huit parties; car vous sentez bien que ce serait voler le public pour enrichir l'imprimeur.
LA CHEMINÉE A. Finissons notre conversation; on voit bien que vous êtes la cheminée d'un homme de finances; vous êtes ignorante et ignorantissime sur les choses de littérature, et votre petit génie ne passe pas le calcul. Je suis au désespoir de vous avoir confié mes douleurs.
LA CHEMINÉE B. Vous m'insultez, tandis que je compatis sincèrement à votre malheur.
LA CHEMINÉE A. Est-ce y compatir que de louer ceux qui en sont cause? Allez, encore une fois, vous êtes aussi insolente que celui à qui vous appartenez.
LA CHEMINÉE B. Pour être glacée, la fumée vous monte bien vivement à la tête. Laissez là, je vous prie, mon financier: un billet de sa main vaut mieux que tous les volumes du Parnasse; tout ce qu'il écrit est solide, admirable et d'un goût universel. Tant que ses livres seront en règle, je ne crains pas le froid; mon feu sera mieux entretenu que celui des vestales, et votre pauvre auteur sera fort heureux de s'y venir chauffer. Pour vous, malgré vos injures, je vous souhaite, pour vous réchauffer, un financier comme le mien.
ENTRETIEN II
LA CHEMINÉE _C_ ET LA CHEMINÉE _D_.
LA CHEMINÉE C. Quel prodige! quel miracle! savez-vous, ma bonne amie, ce qui vient de m'arriver?
LA CHEMINÉE D. Y a-t-il longtemps?
LA CHEMINÉE C. Environ une heure.
LA CHEMINÉE D. Non, ma chère voisine; j'assistais à un mariage qui se faisait sous mon manteau.
LA CHEMINÉE C. Un mariage!
LA CHEMINÉE D. Oui, et le mieux assorti qu'il soit possible. Lisandre et Célimène m'ont pris pour témoin de leurs serments, et mes dieux pénates seuls sont garants de la foi qu'ils se sont donnée; aucun mortel n'a été admis à cette cérémonie que Lisette, suivante fidèle de Célimène. Ils goûtent à présent les douceurs de cette union mystérieuse.
LA CHEMINÉE C. Voilà un mariage bien solide.
LA CHEMINÉE D. Je sais qu'il y manque certaines petites formalités, mais l'amour y suppléera; ils s'aiment, et je suis sûre que, malgré leurs parents, ils s'aimeront toujours. Trouve-t-on cela dans les mariages les plus réguliers?
LA CHEMINÉE C. Non sans doute: le mariage est communément un contrat politique, qui lie éternellement deux personnes qui ne s'aiment point, et qui se haïront toute leur vie.