Le Debutant Ouvrage Enrichi De Nombreux Dessins De Busnel De De

Chapter 8

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--Je ne sais plus; j'étais folle! Mais, aussi, pourquoi m'avoir caché tout cela! Je me doutais bien un peu que tu devais avoir des ennuis à ton journal, tous les hommes de talent qui y ont passé en ont eu. Hier soir, à la réception du ministre, j'ai bien songé à intriguer en ta faveur; mais la peur de me trahir m'a retenue. L'occasion était des plus favorables, cependant, le vieux Troussebelle paraissait en humeur de ne rien pouvoir me refuser. Je crois qu'il m'a fait un peu la cour... Tu n'es pas jaloux?

--Affreusement jaloux! J'en deviens cannibale.

Et il l'embrassa à pleines lèvres, goulûment.

Elle se laissa dévorer ainsi pendant quelques instants, puis, redevint sérieuse.

--Maintenant, parlons de ton avenir. Que comptes-tu faire?

Il répondit:

--J'avais rêvé d'écrire de beaux livres, de faire au moins une oeuvre dans laquelle je mettrais, à la fois, tous les enthousiasmes et toutes les désillusions qui font déborder ou languir mon âme, toutes les souffrances et toutes les joies qui ont fait battre mon coeur, depuis que je le sens s'émouvoir dans ma poitrine. La nature m'a fait vibrant comme l'airain d'une cloche: longtemps et profondément en moi résonne le coup qui me frappe, pour l'allégresse ou pour la douleur. A l'école, j'ai connu les brutalités de mes compagnons de jeu; au collège, j'ai vu l'injustice s'afficher sous des dehors respectables, l'hypocrisie cultivée avec un art consommé par les petits hommes qui se préparaient à devenir la classe dirigeante. Tout cela m'a fait mal. Le goût du travail, la volonté de m'instruire, afin d'être bien armé pour les luttes de la vie, que, d'instinct, je sentais traîtresses et dures, m'ont fait accepter bien des choses. Je voulais être utile à mes compatriotes, je croyais que le journalisme m'en fournirait les moyens. Dans les journaux, hélas! c'est encore pis qu'au collège. Je croyais naïvement, que le journal était fait pour répandre la vérité, pour éclairer le lecteur; je m'aperçois qu'on y exploite la sottise, qu'on y flatte les préjugés, bref, qu'on s'ingénue à faire en sorte de maintenir le peuple dans l'ignorance et la sottise. Je vois que pour réussir, il me faudra faire comme les autres, dissimuler ma pensée, emprisonner ma franchise, faire ma cour aux nullités et aux petits potentats, en un mot, ménager la chèvre et le chou, jusqu'au jour--et ce jour viendra-t-il jamais?--où je me serai créé une situation indépendante, qui me permettra de me livrer à quelque travail utile. En attendant, on me conseille la politique, comme moyen d'action; je crois que c'est ce que j'ai de mieux à faire, pour le moment.

--Mon pauvre ami!

C'était la première fois qu'il se livrait ainsi tout entier, qu'il lui montrait son âme à nu, elle en éprouva une joie intense. C'était un homme nouveau que ses yeux contemplaient avec extase, un homme qu'elle ne connaissait que depuis cinq minutes. Une grande résolution, un généreux vouloir germa, soudain, dans son esprit: pour que ce jeune homme enthousiaste puisse réaliser son rêve, il lui fallait le dévouement d'une femme, et elle était prête à se consacrer toute entière à la tâche de le soutenir, de le rendre heureux, et partant, victorieux. Elle lui dit, de cette voix grave que l'on prend pour prononcer des mots définitifs:

--Veux-tu m'associer à ta grande entreprise?

--Si je veux!

--Je te consolerai aux heures de défaillance morale; je mettrai à ton service toutes les ressources de mon intelligence féminine; tu puiseras sans réserve dans mon amour, la force nécessaire pour arriver au succès. En retour, je ne te demanderai que de m'aimer quelques années encore, car, bientôt _tu t'en iras de moi, jeunesse_, comme dit avec un si touchant regret, un poète féminin. Alors, je mettrai tout mon bonheur à me rappeler que tes succès sont aussi un peu les miens.

--Mais...

--Oh! ne proteste pas. Je sais ce que tu vas me dire. Le rêve de toute femme intelligente et bonne, vois-tu, c'est d'être pour celui qu'elle aime, cette fée des contes, qui protège le beau chevalier, de sa puissance magique, qui le fait triompher de tous les obstacles. Si je te donne ce qui me reste de jeunesse pour réaliser ce rêve, ce n'est pas moi qui serai volée.

Un coup de sonnette l'interrompit. Elle leva les yeux sur la pendule de la cheminée: il était plus de huit heures:

--C'est ma couturière, que m'apporte une robe à essayer. Je n'y pensais plus.

Bien, je m'en vais.

--Impossible! Tu ne peux sortir sans que cette femme te voie, et c'est une bien mauvaise langue. Puis, je désire que nous soupions ensemble, ce soir.

--Je ne demande pas mieux. Mais, que faut-il faire?

--Viens, je vais te cacher dans ma chambre.

Cette chambre donnait sur le petit salon. Une tenture sombre en dissimulait l'entrée. Elle le fit pénétrer dans ce sanctuaire parfumé, lui recommanda d'être bien sage, de ne pas faire de bruit, puis, elle s'en alla recevoir sa couturière.

D'abord, le jeune homme ne distingua rien du tout dans la pièce, mais, peu à peu, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité. Il s'aperçut qu'une fenêtre, au fond, projetait sur le tapis une vague lueur provenant de la rue voisine où brillait une grosse lampe électrique. Cette mystérieuse clarté lui fit entrevoir le lit où Simone devait dormir en rêvant de lui. Il s'en approcha avec respect, frôla la courtepointe. Sa main tremblait, un peu de fièvre égarait sa pensée, il voulut échapper à cette hantise et se retourna. Près d'une commode sur un fauteuil, un fouillis de dentelles lui lui jeta à la figure un parfum intime et grisant. Cela lui donna de l'audace. On riait dans le salon, il voulut voir. Il essaya de regarder par le trou de la serrure, mais ne vit rien. Alors, lentement, pour ne pas donner l'éveil, il entrebâilla la porte et se glissa derrière la tenture. Le coeur lui battait fort. Si on allait le découvrir? Il ne savait pas que lorsqu'une femme s'occupe de robes ou de chiffons, rien ne peut l'en distraire. Quand il fut un peu remis de son émotion, [Illustration] avec des précautions infinies, il écarta légèrement la draperie et vit la jolie femme, aux mains de sa couturière. Le spectacle dont il fut témoin porta son ivresse amoureuse au paroxysme.

La couturière, qui était une vraie pie, tout en ajustant le corsage de la jupe, en drapant ou mettant à nu les bras potelés et les épaules blanches de Simone vantait la beauté de sa cliente:

--Oh que vos bras sont beaux, madame, et quelles épaules! Ah! si j'étais homme!

--Eh bien, si vous étiez homme?

--En ce moment, je serais bien heureux.

--Et si je vous repoussais

--En supposant que vous m'aimeriez?

--On peut aimer sans se donner.

--C'est mal, madame, quand on est belle de ne faire le bonheur de personne.

--Vous croyez?

--J'en suis sûre.

--Vous avez peut-être raison.

--Moi, à votre place, je me marierais

--C'est une idée, cela.

--A votre âge, gentille comme vous êtes, vous ne pouvez rester longtemps seule sans vous exposer à perdre la tête, un de ces jours.

--Je n'ai qu'à fuir le danger.

--Le danger vient sans qu'on le voie.

--Où avez-vous pris toutes ces belles maximes?

--Dans notre métier, on apprend bien des choses. J'en sais des histoires sur certaines dames, madame Montretout, entre autre, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.

--Et vous, votre vertu n'a jamais été en péril?

--Jamais. J'ai assez de mon mari. Mais si j'avais le malheur de le perdre mon gros Dieudonné Moquin je me hâterais d'en prendre un autre, gras ou maigre. Je ne pourrais pas supporter le veuvage.

--J'admire autant votre prudence que votre franchise.

--Je suis amoureuse, moi, mais pas coquette. Je n'avais que seize ans lorsque mon cousin, Baptiste Poitras se noya dans la rivière Sainte-Rose, par amour pour une jeune fille qui lui avait fait _accraire_, comme on dit à la campagne. Ce malheur m'a fait réfléchir et j'ai compris que celle qui allume l'incendie doit l'éteindre ensuite. C'est pour cela que je ne me laisse jamais faire la cour. Je ne pourrais, sans faiblir, voir la souffrance d'un pauvre amoureux que j'aurais encouragé.

L'essayage était terminé.

La couturière partie, Paul Mirot quitta sa cachette et s'élança vers Simone, qui, dans le désordre de sa toilette, pour cacher sa confusion, se jeta dans ses bras, implorante:

--Va-t-en! Va-t-en!

--Si tu me chasses, je vais me noyer, comme Baptiste!

--Oh! mon chéri, je ne veux pas que tu meures.

--Quand on allume l'incendie, il faut l'éteindre.

--Mais, tu as entendu, tu sais donc tout?

--Hélas! non. J'ignore l'amour qui fait homme.

--Bien vrai? Ah! que je suis contente! que je suis heureuse!

Cet aveu mettait le comble au ravissement de cette femme. Il lui semblait que son aimé était plus à elle, tout à elle, comme cela. Et dans un élan de tendresse débordante de passion longtemps contenue, Simone fut l'initiatrice..

Le lendemain, quand le jeune homme s'éveilla, il faisait grand jour, et il fut tout surpris de ne pas reconnaître sa chambre solitaire de la rue Dorchester. Il ne fut pas long, du reste, à se souvenir, et près de lui, il avait la preuve vivante qu'il n'avait pas dormi dans la solitude.

Il était l'heure, maintenant, de se rendre au _Populiste_, et il se présentait une difficulté que les amoureux n'avaient par prévue la veille: comment sortir de cette maison dans la matinée sans s'exposer à quelque rencontre importune? Dehors, il faisait une tempête effroyable. Le vent du nord soulevait des tourbillons de neige qui empêchaient de voir à dix pas devant soi. Paul s'approcha de la fenêtre et aperçut un énorme banc de neige s'élevant à la hauteur du premier étage. Cette vue lui suggéra un plan dont il fit part aussitôt à Simone:

--J'ai trouvé le moyen! Je vais passer par le carreau mobile du double châssis, sauter sur le banc de neige et m'enfuir par la ruelle. Personne ne me verra.

--Tu ne te feras pas de mal en tombant?

--Pas le moindre mal.

--C'est que j'ai peur!

--Ne crains rien, tu vas voir.

Il s'habilla à la hâte, revêtit son paletot, qu'il boutonna soigneusement, s'enfonça son bonnet de fourrure sur les yeux, et quand ils eurent échangé un dernier baiser, il se glissa à plat ventre dans le carreau, les pieds devant. Tout allait bien lorsque, rendu aux épaules, son paletot étant un peu remonté, il se trouva suspendu dans le vide. Simone, alarmée, lui dit, suppliante:

--Je t'en prie, remonte. Je t'aime, je suis libre, ce n'est pas la peine de nous cacher. Il faudra bien qu'on le sache, un jour ou l'autre. Que m'importe l'opinion, si je te garde!

Il ne put répondre. D'un effort vigoureux il avait dégagé ses épaules et était disparu dans la neige. Inquiète, Simone passa la tête par la fenêtre et le vit bientôt reparaître tout blanc, comme un Pierrot.

Et pendant qu'il se sauvait par la ruelle, elle battit des mains, comme une gamine.

V

LE FLAMBEAU

La session de la législature provinciale, après l'élévation du député de Bellemarie au poste de ministre des Terres de la Couronne, fut longue et orageuse. Le gouvernement, qui avait eu jusque là le tort de faire trop de concessions à ses ennemis, dans l'espoir de se concilier leurs bonnes grâces, voulant accomplir les réformes inscrites dans son programme, se vit attaqué de toutes parts. Le parti avancé sur lequel s'appuyait le ministère, soutenu par les organisations ouvrières réclamant des lois plus équitables et plus d'instruction, se refusait à tout compromis avec les exploiteurs de préjugés séculaires, sustentés par les gros financiers et les pêcheurs en eau trouble, gens fort respectés, s'enrichissant de la sueur du peuple. Pendant que les uns reprochaient au gouvernement d'agir avec trop de prudence et de lenteur, les autres accusaient la députation ministérielle de faire le jeu des ennemis de l'Église, travaillant à démolir nos admirables institutions nationales, agitaient même devant le public pusillanime et crédule l'épouvantail du socialisme et de l'anarchie.

Dans une réunion de cabinet, on décida d'abord d'engager franchement la bataille contre l'opposition, qui prêchait la guerre sainte. Le ministre Vaillant fut chargé de diriger les premières escarmouches. Aussitôt, il se jeta dans la mêlée avec l'impétuosité d'un homme énergique et sincère dans ses convictions. Sa logique inattaquable et son éloquence entraînante eurent bientôt raison des arguments de ses adversaires. Il profita de son triomphe pour affirmer les droits de l'état en matière d'éducation et préconiser, en même temps, une législation garantissant plus de liberté et plus de justice à tous les citoyens que, riche ou pauvres, grands ou petits, catholiques, protestants ou libres-penseurs devaient être tous égaux devant la loi. Les feuilles dévotes firent grand bruit autour du débat fameux, tandis que les organes ministériels, redoutant de se compromettre, n'osaient trop rien dire. Au Club National, où Paul Mirot et Jacques Vaillant défendirent courageusement l'attitude du ministre, on commençait à trembler. Quelques manifestations, habilement organisées à droite et à gauche, et dont on exagéra l'importance, suffirent pour effrayer le troupeau sans convictions, ceux qui ne considéraient que les avantages du pouvoir.

Il y eut une seconde réunion du cabinet, et malgré l'avis de Vaillant, qui soutenait que la victoire était gagnée si le ministre se montrait ferme et résolu, ses collègues se rallièrent à l'opinion de l'honorable Troussebelle, pontifiant sans cesse depuis qu'il avait été nommé conseiller législatif et ne cessant de poser au diplomate en prêchant la conciliation de tous les intérêts et de tous les partis. Les élections allaient avoir lieu l'année suivante, il fallait ménager tout le monde, ne froisser aucune susceptibilité, pour s'assurer une majorité considérable. Le ministre des terres qu'on avait poussé de l'avant, eut beau prétendre qu'il n'était plus temps de reculer, que le gouvernement serait battu aux prochaines élections, s'il mécontentait ses vrais partisans, n'ayant rien à espérer des autres, désormais, on ne voulut pas l'entendre. Ne pouvant répudier les déclarations qu'il avait faites devant la Chambre, il comprit qu'on le sacrifiait. Aussi, s'empressa-t-il de remettre sont portefeuille à son chef, pour aller reprendre son siège de simple député.

Les journaux ministériels firent tomber sur le ministre déchu, la responsabilité de l'agitation qui avait failli provoquer une crise politique. Au _Populiste_, Pierre Ledoux, le reporter des nouvelles édifiantes, jubilait; il paraissait plus sale de contentements et ricanait maintenant, lui qui ne riait jamais, quant Jacques Vaillant, contre lequel il nourrissait une haine sournoise, se permettait quelque plaisanterie à son égard. Ce n'était plus le fils d'un ministre, et il espérait qu'on le jetterait bientôt à la porte, en même temps que son acolyte Mirot, tous deux étant trop pénétrés du déplorable esprit du siècle pour ne pas compromettre le journal.

Des signes certains annonçaient, du reste, que les deux amis ne moisiraient pas dans les bureaux du _Populiste_. Le gros Blaise Pistache n'avait jamais pardonné à Paul Mirot le peu de cas qu'il faisait de ses _coups de plume_ et se plaignait sans cesse de lui à l'administration, appuyé par Jean-Baptiste Latrimouille, accusant ce jeune reporter d'indiscipline et d'imbécillité, parce qu'il osait répondre aux injustes réprimandes, au lieu de courber humblement le front. Quant à Jacques Vaillant, c'était beaucoup plus grave, on insinuait dans les coins, à tous ceux qui voulaient bien prêter l'oreille, qu'il appartenait à des _société secrètes_, et tout le monde commençait à le regarder de travers. L'événement se produisit encore plus tôt que ne l'avait prévu _La Pucelle_, qui, pour en avoir été la cause, n'en ressentit pas moins l'effet immédiat.

C'était le lendemain de la conférence de l'abbé Martinet, au Cercle de Saint-Ignace, sur le modernisme, dont Ledoux avait été chargé faire le compte-rendu. Le rédacteur des nouvelles édifiantes avait eu le soin de glisser dans son élucubration, des allusions blessantes à l'adresse de l'ancien ministre des Terres, au moyen de citations de Louis Veillot, ce sophiste vénéré des esprits rétrogrades, parce qu'il fut un redoutable ennemi du progrès. La méchanceté onctueuse de ces allusions blêmit la figure de Jacques Vaillant, quand il eut sous les yeux la feuille fraîchement imprimée du numéro du jour. D'un bond, il fut auprès de l'auteur de cette goujaterie et, le saisissant à l'épaule, il lui demanda, en cherchant à fixer son regard fuyant:

--C'est toi, petit Louis Veillot, qui à écrit cette saleté?

Pierre Ledoux se recula en grimaçant et répondit:

--C'est moi.

Il n'eut pas le temps d'éviter la gifle formidable qui le fit se sauver en appelant au secours. Tout le monde accourut, le gros Pistache et Jean-Baptiste Latrimouille les premiers, qui trouvèrent que c'était _intolérable_, qu'il faillait en finir avec de pareils scandales. Paul Mirot approuva hautement le geste de son ami et tous deux, prévenant un renvoi certain, demandèrent leur congé. Un étudiant, qui avait raté tous ses examens, et un jeune avocat sans causes, s'étant présentés pour demander de l'emploi au journal, on les remplaça sur l'heure. Ce qui fit dire au gérant de l'administration, un homme de chiffres, et pas autre chose: _Des journalistes, y en a plein les rues!_

Deux mois plus tard, vers les onze heures du matin, par une fin de semaine ensoleillée _Le Flambeau_, journal du samedi, à huit pages, faisait son apparition dans la métropole. Au coin des rues, les petits vendeurs de journaux criaient:

Un jour, en venant au _Flambeau_ corriger les épreuves de sa page féminine, mademoiselle Louise Franjeu amena avec elle Miss Flora Marshall, une jeune américaine, étudiante à l'Université McGill, qu'elle présenta à ses camarades en journalisme. C'était un belle fille, grande, robuste comme la plupart des américaines, qui commencent de bonne heure à la _Public School_ à faire de la _Physical Culture_. Elle avait de beaux yeux bruns, aux éclairs d'or fauve, et un abondante chevelure d'un blond ardent. Miss Marshall, à vingt-deux ans, en ressemblait en rien à la vierge rougissante que chantent les poètes les lys mélancoliques et des roses qui se fanent, mais, elle n'en était pas moins séduisante pour cela. Sa franchise de langage et de manières, sa crânerie à aborder les sujets les plus difficiles pour son sexe, sa façon de mépriser les mensonges conventionnels pour considérer bravement les réalité de la vie, autant que sa beauté, plurent à Jacques Vaillant. Dès cette première rencontre, l'ami de Mirot et l'étudiante sympathisèrent parfaitement.