Chapter 11
Elle ne put manquer d'en voir un autre, cependant, qui se distinguait de tous par son immobilité, sa solitude, son expression douloureuse et aussi par son originale beauté. C'était celui d'une très jeune femme aux cheveux blonds, simplement mise, mais non sans goût. Depuis dix minutes madame Varennes la voyait au même endroit, debout, là-bas, contre le bureau d'enregistrement des bagages. Et à quelque moment que la vieille mère regardât la jeune femme, elle rencontrait ce regard auquel la douleur communiquait une singulière puissance. Dès le premier contact, elle avait failli faire part de sa remarque à son fils, mais une idée de mère l'en avait aussitôt empêchée. Immédiatement elle avait pensé que cette jeune femme si belle et si triste était là pour son fils. La persistance du regard dirigé non pas sur elle, en vérité, mais sur son fils, la confirmait dans son intuition première, et une seule chose la déroutait, c'était que son fils, même à la dérobée, ne regardait pas la jeune femme.
Il ne la regardait pas, la mère en était sûre, car elle le surveillait habilement. Et s'il l'eût regardée, ne fût-ce que le quart d'une seconde, est-ce que l'autre, là-bas, n'eût pas eu un instant de détente en son attitude désespérée? Dès lors la mère commença de s'inquiéter. «Si je n'étais pas là, se disait-elle, ils seraient dans les bras l'un de l'autre...» Elle savait son François d'une correction sévère; qu'il fût capable de quitter sa mère pour approcher seulement de sa maîtresse, non, elle ne le croyait pas, bien que ce ne fût certes pas elle qui lui eût inculqué des principes aussi rigoureux: elle était bien trop indulgente et bonne! Mais qu'il ne fît à la malheureuse même pas un signe gentil,--un sourire que la vieille maman à côté n'est pas obligée d'apercevoir, que diable!--non, c'était d'un garçon trop bien élevé. Son père, jadis, avait autrement de libertés en ses manières; mais elle se souvenait aussi du grand-père qui, pour tout ce qui concernait la soumission aux usages, était déconcertant. Elle prétexta, tout à coup, le désir d'aller acheter un magazine au kiosque de journaux. Ce fut elle, la mère, qui s'échappa! Mais le capitaine, sans la quitter d'une semelle, fut à son côté lorsqu'elle chercha de la monnaie pour payer la publication dont elle n'avait aucun besoin, et il lui en offrit galamment.
Alors elle lui dit:
--François, il y a là-bas une petite dame, jolie, ma foi, à qui tu ne parais pas déplaire...
Elle vit sa joue, dont les mois de repos avaient ramené la peau à une blancheur de fille, se couvrir d'une rougeur qui lui rappela le temps de l'adolescence et des timidités de ce garçon. Elle avait dit: «là-bas» sans faire aucun signe, et l'oeil du capitaine s'était porté instantanément «là-bas», exactement «là-bas»--oh! le temps inappréciable d'un éclair.--Le capitaine savait donc où se trouvait la jeune femme; et puis, se ressaisissant aussitôt, il avait répondu simplement:
--Des bêtises, maman.
Et il avait recommencé de faire les cent pas avec sa mère.
L'heure du départ approchait. Madame Varennes mêlait au drame de son propre coeur le drame qu'elle imaginait et suivait «là-bas» derrière ces deux yeux bleus humides, aux sourcils contractés et dont l'expression tragique était inoubliable. Le capitaine se plaça brusquement devant sa mère et l'embrassa avec tendresse, après s'être découvert:
--Allons, maman, du courage, adieu!
--Mon enfant! mon cher enfant!...
Puis il s'éloigna vite. Elle l'accompagna du regard au milieu de la cohue, et elle vit la jeune femme, contre le bureau d'enregistrement des bagages, qui portait tout son corps gracieux en avant, un bras au-devant de son corps, un mouchoir à la main. Et elle vit que tout ce don dernier de soi et ce grand geste désolé étaient perdus. Le capitaine ne se retourna pas. Alors ses larmes, qu'elle avait contenues jusque-là, jaillirent tout à coup; elle aussi tira son mouchoir, et, dans son épanchement, elle ne savait plus si sa douleur était uniquement personnelle ou si elle pleurait aussi la douleur de cette enfant charmante, là-bas, qui aimait son fils.
Quand elle eut fini de s'éponger les yeux, la jeune femme avait disparu.
II
Quelques mois plus tard, madame Varennes, essayant une paire de gants dans un magasin, rue Daunou, fut servie par une personne qu'elle n'avait pas coutume de voir, et lui demanda:
--Vous êtes nouvelle, mademoiselle?
--Oui, madame, je vendais auparavant dans le voisinage, mais j'ai été malade et j'ai perdu ma place.
--Vous êtes encore pâlotte, mon enfant. Il faut se surveiller à votre âge: prenez donc des gouttes...
Et elle indiqua à sa vendeuse un remède qu'elle croyait excellent contre l'anémie, les suites de grippe, etc. Pourquoi s'attendrissait-elle sur le sort de cette jeune fille de magasin qui lui chaussait les doigts, un à un, avec une adresse et une douceur d'ailleurs remarquables? Etait-ce à cause de ses qualités simplement? Elle n'eût pu le dire. Elle lui trouvait une ressemblance avec quelqu'un qu'elle devait connaître et ne reconnaissait pas. Et elle s'étonna elle-même de l'obstination qu'elle mit, même une fois dehors, à se demander où elle avait vu auparavant cette vendeuse un peu pâle et de figure peu commune.
Cette idée alla jusqu'à la taquiner si bien, qu'elle retourna rue Daunou sous le prétexte qu'un de ses gants était décousu. Elle était agitée ce jour-là, il est vrai, la tête même à l'envers, car son fils était sur la Somme; elle avait manqué, deux courriers de suite, des nouvelles ordinaires; et elle confiait un peu à tout venant son inquiétude. Une jeune fille se présenta à elle pour la servir: elle fit signe qu'elle attendait celle à qui elle avait eu affaire précédemment.
--Comment vous appelez-vous? lui demanda-t-elle aussitôt qu'elle l'eut à sa disposition?
--Mademoiselle Jeanne, madame.
--- Eh bien, mademoiselle Jeanne, comment va votre petite santé?... Vous avez l'air joliment requinquée!... Vous savez que ce n'est pas pour des gants que je suis venue, quelque-chose en vous, m'intéresse...
--Vous êtes bien bonne, madame: oh! pour ce qui est de moi, quand le moral va, tout va!
--A qui le dites-vous! C'est moi, à mon tour, tenez, qui ne vaux pas cher aujourd'hui... Quand on a son fils unique sur la Somme et qu'on est depuis dix jours sans un mot...
Mademoiselle Jeanne, discrète, lui chaussait doucement les doigts à petites caresses répétées sur la peau de chamois. Elle prenait la figure de circonstance: on entend de ces plaintes-là, de la part des clientes, tous les jours. Mais elle regarda la vieille dame plus attentivement:
--Sur la Somme?... dit-elle.
--Oui, oui. Il est capitaine... Près de dix jours, mademoiselle... Ah! c'est à mourir, vous savez...
Et sa main maternelle tremblait entre les doigts délicats de mademoiselle Jeanne.
Et les doigts de mademoiselle Jeanne se mirent tout à coup à s'émouvoir également. Elle venait de reconnaître la mère de son amant adoré, la vieille dame à cause de qui, lui si aimant, si tendre, il avait été impitoyable pour elle à la gare; à cause de qui, après des adieux éperdus dans leur chambre, il lui avait interdit de venir lui faire un suprême adieu; à cause de qui, lui qui depuis dix mois ne semblait vivre que pour elle, en partant pour le front, il ne l'avait même pas regardée!... Un sentiment de rancune et un sentiment de commisération se heurtaient en elle, puis venait s'y joindre celui de sa situation étrange vis-à-vis de cette femme à cheveux blancs, enfin celui de sa situation de vendeuse. Or, elle avait, elle, des lettres du capitaine, des lettres où, l'incident de la gare oublié, l'amant revenait à la plus folle tendresse. Laisser souffrir une pauvre maman quand on tient là, sur sa poitrine, de quoi la rasséréner!... Tout cela produisait un chaos dans son beau regard de blonde. Madame Varennes leva tout à coup les yeux sur elle et fit:
--Ah!
Ce fut tout. Elle n'ajouta pas un mot. Elle venait, à son tour, de reconnaître le visage angoissé qu'elle avait vu à la gare du Nord.
Mademoiselle Jeanne rougit, mais ne cessa pas d'accomplir sa fonction. Elle enveloppa la paire de gants, la remit à sa cliente et accompagna celle-ci à la porte. Là, quelque chose de plus puissant, qu'elle-même lui fit dire:
--Vous aurez des nouvelles en rentrant, madame!
Madame Varennes tremblait de tous ses membres:
--Les vôtres datent de quand?... les vôtres?
--Les dernières? d'aujourd'hui à midi, madame. Bonnes, très bonnes.
La vendeuse reçut un «bonjour, mademoiselle» comme il ne lui en avait jamais été adressé de sa vie. Dans le taxi qui l'emportait chez elle, madame Varennes réfléchit au caractère insolite du cas, et se demanda si dans son «bonjour, mademoiselle» et dans son sourire à la blonde jeune femme, toutes les convenances n'avaient pas été transgressées. Elle se demanda cela surtout plus tard, lorsqu'elle tint elle-même sa lettre du capitaine et les nouvelles «bonnes, très bonnes». Elle se le demanda quelques semaines après, lorsqu'elle eut besoin d'une paire de gants. Ne voilà-t-il pas qu'elle hésitait à aller au magasin de la rue Daunou?
Elle hésita quelques jours et s'aperçut que son hésitation venait non pas tant de la crainte de se trouver en contact avec la maîtresse de son fils, que d'un désir immodéré qu'elle éprouvait au contraire d'approcher d'elle. Cependant elle se refusa à décider qu'elle irait rue Daunou; elle alla d'abord faire une visite dans le quartier; elle alla à la Pharmacie anglaise, rue de la Paix. Si elle prit la rue Daunou? mais c'est que la rue Daunou la ramenait tout naturellement à son métro. Et puis, paf! elle ouvrit, comme par habitude, la porte du magasin.
On savait qu'elle désirait être servie par mademoiselle Jeanne; on la laissa s'asseoir en attendant que mademoiselle Jeanne fût libre. Mademoiselle Jeanne vint à elle, aussitôt libre, et atteignit le carton contenant les gants «comme d'habitude, madame?»
Comme d'habitude, madame Varennes se laissa ganter. Elle ne s'informa point de la santé de mademoiselle Jeanne qui, cependant, cette fois, semblait laisser à désirer.
Les deux femmes ne disaient rien. Peut-être écoutaient-elles leurs coeurs battre...
Au moment où mademoiselle Jeanne, triste et pâle, allait envelopper les gants, madame Varennes, la regardant, eut une inquiétude soudaine:
--Vous n'avez pas de mauvaises nouvelles, au moins?
--Hélas! madame, dit mademoiselle Jeanne, je n'en ai pas!
--Mais si! Mais si! J'en ai, moi, fit la mère; j'en ai régulièrement. Elles sont bonnes, très bonnes...
Les joues de la jolie vendeuse se colorèrent un peu:
--De vous voir, dit-elle, ça m'avait déjà remise et surtout de vous voir prendre comme à l'ordinaire des gants chamois... Oui, oh! dès l'instant que les choses ne vont pas bien pour nous, nous voyons tout en noir, n'est-ce pas?
--Pauvre petite! Tranquillisez-vous...
--Oh! pour moi, madame, c'est fini. Je sais ce que c'est: j'ai fait la gaffe... Oui, oui... Pensez... Je ne cachais rien, moi; je n'ai pas de secrets. Je racontais tout... Alors voilà, j'ai tout raconté...
--Tout?... Mais quoi donc, ma pauvre enfant?
--Tout: mais ça; vous, moi, à cette porte de magasin: les nouvelles que je vous ai dites pour vous tranquilliser... Songez qu'il y avait eu déjà le fait de la gare qui n'avait pas passé facilement... Alors ça, ç'a été le comble: je ne reçois plus rien, rien...
Elles étaient sur le pas de la porte. Mademoiselle Jeanne avait les larmes aux yeux. On la rappelait dans le magasin. Madame Varennes ne put que lui jeter un banal «bonjour, mademoiselle» et, une fois sur le trottoir, eut conscience qu'elle entretenait des relations tout à fait incorrectes et dont, en effet, elle ne pourrait pas du tout parler à son fils.
III
Elle contint, durant un assez long temps, l'élan naturel de son coeur. Elle commit même une petite infidélité au magasin de la rue Daunou.
Mais les événements de la guerre la foudroyèrent. Un triste jour vint où elle commanda son deuil, tout entier, y compris les gants, dans une maison spéciale.
Cependant, comme elle traînait dans Paris sa détresse, une après-midi, elle ne put se retenir d'entrer dans son magasin habituel.
Mademoiselle Jeanne ne fut pas surprise de la voir sous le crêpe. D'elle-même elle atteignit le carton des affreux gants noirs et elle fit essayer à sa cliente le Suède funèbre. Ni l'une ni l'autre des deux femmes ne prononçaient un mot. Pensaient-elles à l'inconvenance d'une parole dont l'ombre du héros chéri se fût offensée?... Les doigts tremblants de l'amoureuse caressaient doucement les doigts tremblants de la mère. Mais tout à coup ceux-ci firent sentir à ceux-là une pression si tendre et si prolongée que l'essayage en fut suspendu...
LES JEUNES FILLES AU JARDIN
_A Colette Yver_.
Marthe, Lucile et Marie escaladèrent les premières le petit sentier en pente raide qui se détachait de la route pour pénétrer de biais dans la fameuse allée des cyprès de la villa Mazzarin. Heureuse et gaie, faisant la folle, Marie lâcha soudain ses deux amies et revint sur ses pas, voir comment sa mère et son fiancé se tiraient d'affaire dans le sentier: mais, au bras de Robert, qui donc n'eût franchi des abîmes! Madame de Salanque se laissait presque porter par son futur gendre, grommelant un peu contre les fantaisies incorrigibles de sa fille, mais heureuse, au fond, de penser que sa chère enfant serait bientôt la femme d'un garçon si robuste et si beau, si bon aussi, car il semblait, en vérité, qu'il eût tout pour lui, ce Robert. Marie, du haut du sentier, le regardait avec admiration, et quand elle le remercia d'avoir si gentiment hissé la pauvre maman essoufflée, il y avait dans son sourire et dans le ton qu'elle employa, un bonheur sain, un épanouissement naturel et sans réticence. On la trouvait généralement plus jolie quand elle était près de son bel athlète parce qu'il semblait lui communiquer de son parfait équilibre, de sa force tranquille,--de sa «sérénité», ajoutaient avec malice, et en jouant sur le mot, ses deux amies, Marthe et Lucile, qui étaient peut-être un peu jalouses... Car ce beau Robert n'était point un serin, c'était tout simplement un homme de sport, et qui n'allait pas, bien entendu, comme ces jeunes filles, s'extasier, s'affoler dans l'allée de cyprès de la villa Mazzarin, y voir le dôme de Cologne, les Boboli, la villa d'Este; non, Robert, d'un seul coup d'oeil, avait, de cette allée, mesuré la longueur et le degré d'inclinaison, et il déplorait que, si bien plantée, elle ne pût, à cause de sa pente excessive et de son étroitesse, permettre le passage des autos.
--Je fais le pari de monter cela avec ma cinquante-chevaux, si l'on veut me raser une rangée d'arbres, à droite ou à gauche!...
A là seule idée de voir abattre de tels arbres, les trois jeunes filles et madame de Salanque elle-même poussèrent un cri d'horreur.
Robert les heurtait ainsi, parfois, sans le vouloir.
Ils se trouvèrent tout au bas des jardins qui s'échelonnaient en terrasses, à l'italienne. Un plan incliné, pavé de petits oeufs, s'offrait à leur vue, coupé, à plusieurs reprises, par des marches, et semblant aboutir à une grotte rustique, sous un cèdre majestueux, fier, un peu théâtral, tendant le bras comme l'Apollon du Belvédère. Ce joli chemin était bordé d'iris en fleurs; le parfum des giroflées l'embaumait; des bois d'orangers profonds, odorants et muets, attiraient à droite et à gauche; une forêt de bambous chuchotaient mystérieusement à la brise. Marie, toujours la plus sensible, s'extasiait.
Le miracle de ces jardins, c'est de nous soulever peu à peu, par une habile gradation d'attraits, au-dessus du plan ordinaire de la vie, et de nous offrir, en surprise, de ces paysages soudainement élargis où nous puisons l'illusion d'un agrandissement de nous-mêmes, d'une enivrante dilatation de notre coeur, de notre esprit, de tous nos sens.
Les trois jeunes filles émerveillées couraient en avant, s'accoudaient au vieux mur bas, garni d'une housse de lierre; leurs têtes gracieuses se découpaient sur le pur horizon; puis on les voyait revenir, un doigt sur la bouche, faisant signe à madame de Salanque et à Robert de parler bas pour demeurer plus longtemps seuls dans un endroit si beau. Elles s'éparpillaient dans les parterres de giroflées, sous les bois de citronniers, derrière les arceaux de bancias fleuris; elles se penchaient à la margelle de citernes hors d'usage, et paisibles à vous donner le frisson... Elles revenaient tout émues retrouver madame de Salanque et le fiancé de Marie qui s'obstinait à ne pas mettre de sourdine à sa voix pour exposer à sa future belle-mère les péripéties de la dernière course de _cruisers_ de Monaco à laquelle il avait pris part.
--De grâce! mon cher Robert, dit Marie, un peu fâchée, vous nous raconterez vos exploits plus tard, et ailleurs; mais ici, voyons, taisez-vous au moins cinq minutes!...
En effet, l'heure était particulièrement délicieuse en cet endroit privilégié; le jour baissait; la cime dentelée de la grande muraille des cyprès s'aiguisait finement sur le ciel du couchant; contre le fond assombri des verdures, quelques débris de marbres, une Flore, une Pomone, un Persée, prenaient une vie recueillie, secrète et saisissante; les buis exhalaient leur odeur âpre et forte, et de tous les toits visibles de la ville, qu'on dominait, les fumées des repas du soir montaient en spirales légères dans l'air parfaitement immobile; une clochette tinta à un couvent du voisinage, et tout le long faubourg aux toits roses sembla secouer ses campaniles; puis, un moment, tout se tut. Sur la crête du petit mur à la housse de lierre, un chat avançait, une à une, et sans aucun bruit, ses pattes de velours.
A ce moment, parut, tout au bout de l'allée centrale, un grand jeune homme qui venait en pressant le pas; il tenait son chapeau à la main, il n'était ni beau ni laid; ces dames ne l'avaient jamais vu; il était envoyé vers elles parce qu'on les avait aperçues de la villa et qu'on les croyait égarées. Il expliqua cela rapidement, puis, comme il y avait un moment d'embarras, il dit une parole quelconque, mais par hasard heureuse, et qui tomba dans l'esprit tout préparé des jeunes filles, comme une cuillerée d'encens sur la braise:
--L'heure est si belle!... dit-il.
--Oh! monsieur! s'écria Marie, la première, en joignant les mains.
Et toutes trois se groupèrent autour de ce jeune homme comme si elles le connaissaient de longtemps; pour lui, elles dirent adieu sans regret à la vue, aux parfums, à «l'heure si belle». Avec celui qui avait eu la chance d'apparaître au moment favorable et de flatter d'un mot leurs âmes déjà charmées, elles montèrent vers la villa Mazzarin, sans un regard en arrière.
Le beau Robert marchait flegmatiquement à leur suite, poursuivant sans doute en pensée sa course de _cruisers_, aveugle au petit drame presque inapparent qui venait de se jouer sous ses yeux. Madame de Salanque, qui avait surpris le mouvement spontané et inquiétant de sa fille, en reprenant le bras de son futur gendre lui dit:
--Vos bateaux, vos bateaux, Robert, c'est très gentil, et vous les conduisez à merveille... Mais, au fait, dites-moi: savez-vous conduire l'imagination d'une femme?...
* * * * *
TABLE
LE DANGEREUX JEUNE HOMME LES TROIS PERSONNES LA PIÈCE FAUSSE LA NIAISERIE OH! NE CHANTE PAS! LE MAÎTRE LA PARTIE CARRÉE ANALOGIE ÉLOQUENCE NOUS SOMMES FACHÉS AVEC HENRIETTE UNE MAISON COMME IL FAUT: LES FEMMES DE CHAMBRE DE MADAME ABLETTE LES ANGLAISES DE MADAME ABLETTE L'INTRANSIGEANT LES JEUNES FILLES AU JARDIN
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DU MÊME AUTEUR
CONTES
LES BAINS DE BADE 1 vol. LE BONHEUR A CINQ SOUS 1-- LA LEÇON D'AMOUR DANS UN PARC 1-- LA MARCHANDE DE PETITS PAINS POUR LES CANARDS 1-- NYMPHES DANSANT AVEC DES SATYRES 1--
ROMANS
LE MÉDECIN DES DAMES DE NÉANS 1 vol. SAINTE-MARIE-DES-FLEURS 1-- LE PARFUM DES ÎLES BORROMÉES 1-- MADEMOISELLE CLOQUE 1-- LA BECQUÉE 1-- L'ENFANT A LA BALUSTRADE 1-- LE BEL AVENIR 1-- MON AMOUR 1-- LE MEILLEUR AMI 1-- LA JEUNE FILLE BIEN ÉLEVÉE 1-- MADELEINE JEUNE FEMME 1--
1005-20.--Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD.--1-21.
End of Project Gutenberg's Le dangereux jeune homme, by René Boylesve