Chapter 9
LÉONTES.--Non, non, pas de vingt ans.
PERDITA.--Je pourrais rester tout ce temps à la contempler.
PAULINE.--Ou arrêtez-vous là et quittez cette chapelle, ou préparez-vous à un plus grand étonnement. Si vous pouvez en soutenir la vue, je vais faire mouvoir véritablement la statue, la faire descendre et venir vous prendre la main; mais alors vous croiriez, et cependant je proteste qu'il n'en est rien, que je suis aidée des esprits du mal.
LÉONTES.--Tout ce qu'il est en votre pouvoir de lui faire faire, je serai satisfait de le voir; tout ce qu'il est en votre pouvoir de lui faire dire, je serai satisfait de l'entendre; car il est aussi aisé de la faire parler que de la faire mouvoir.
PAULINE.--Il faut que vous réveilliez toute votre foi. Allons, demeurez tous immobiles, ou que ceux qui croiront que j'accomplis quelque oeuvre illicite se retirent.
LÉONTES.--Commencez; personne ne bougera d'un pas.
PAULINE, _à des musiciens_.--Musique, éveillez-la. Commencez,--il est temps; descends, cesse d'être une pierre; approche et frappe d'étonnement tous ceux qui te regardent. Allons, je vais fermer ta tombe; remue, descends, rends à la mort ce silence obstiné; car la vie chérie te rachète de ses bras.--Vous le voyez, elle se remue. _(Hermione descend_.) Ne tressaillez point; ses actions seront saintes comme l'enchantement que vous tenez pour légitime; ne l'évitez point que vous ne la revoyiez mourir une seconde fois; car vous lui donneriez deux fois la mort.--Allons, présentez-lui votre main: lorsqu'elle était jeune, c'était vous qui lui faisiez la cour; à présent qu'elle est plus âgée, c'est elle qui vous prévient.
LÉONTES, _en l'embrassant_.--Oh! sa main est chaude! Si ceci est de la magie, que ce soit un art aussi légitime que de manger.
POLIXÈNE.--Elle l'embrasse!
CAMILLO.--Elle se suspend à son cou! Si elle appartient à la vie, qu'elle parle donc aussi!
POLIXÈNE.--Oui, et qu'elle nous révèle où elle a vécu, ou comment elle s'est échappée du milieu des morts?
PAULINE.--Si l'on n'eût fait que vous dire qu'elle était vivante, vous auriez bafoué cette idée comme un vieux conte: mais vous voyez qu'elle vit, quoiqu'elle ne parle pas encore. Faites attention un petit moment.--(_A Perdita_.) Voudriez-vous, belle princesse, vous jeter entre elle et le roi? tombez à ses genoux, et demandez la bénédiction de votre mère. (_A Hermione_.) Tournez-vous de ce côté, chère reine, notre Perdita est retrouvée.
(Elle lui présente Perdita, qui s'agenouille aux pieds d'Hermione.)
HERMIONE, _prenant la parole_.--O vous, dieux! abaissez ici vos regards, et de vos urnes sacrées versez toutes vos grâces sur la tête de ma fille! (_A sa fille_.) Dis-moi, ma fille, où tu as été conservée? Où tu as vécu? Comment as-tu retrouvé la cour de ton père? Car, sachant par Pauline que l'oracle avait donné l'espérance que tu étais en vie, je me suis conservée pour en voir l'accomplissement.
PAULINE.--Il y aura assez de temps pour cela.--De crainte que les spectateurs, excités par cet exemple, n'aient l'envie de troubler votre joie par de pareilles relations,--allez ensemble, vous tous qui retrouvez en ce moment quelque bonheur: et communiquez à chacun votre allégresse: moi, tourterelle vieillie, je vais me reposer sur quelque rameau flétri, et là pleurer mon compagnon, que jamais je ne retrouverai qu'en mourant moi-même.
LÉONTES.--Ah! calmez-vous, Pauline: vous devriez prendre un époux sur mon consentement, comme je prends moi une épouse sur le vôtre: c'est un pacte fait entre nous, et confirmé par nos serments. Vous avez trouvé mon épouse, mais comment? C'est là la question: car je l'ai vue morte, à ce que j'ai cru: et j'ai fait en vain plus d'une prière sur son tombeau. Je n'irai pas chercher bien loin (car je connais en partie ses sentiments) pour vous trouver un honorable époux.--Avancez, Camillo, et prenez-la par la main; son mérite et sa vertu sont bien connus, et attestés encore ici par le témoignage de deux rois.--Quittons ces lieux.--Quoi? (_A Hermione_.) Regardez mon frère! Ah! pardonnez-moi tous deux, de ce que j'ai pu jamais me placer par mes soupçons entre vos chastes regards. (_A Hermione_.) Voici votre gendre, le fils du roi, qui, grâce au ciel, a engagé sa foi à votre fille.--Chère Pauline, conduisez-nous dans un lieu où nous puissions à loisir nous questionner mutuellement et répondre sur le rôle que chacun de nous a joué dans ce long intervalle de temps depuis l'instant où nous avons été séparés les uns des autres: hâtez-vous de nous conduire.
(Tous sortent.)
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.