Le Collier de la Reine, Tome I

Chapter 35

Chapter 352,929 wordsPublic domain

Ce bruit, autrefois, annonçait une chère présence, ce bruit éveillait dans tous les sens du maître de cette maison la vie, l'espoir, le bonheur. Ce bruit, qui ne représentait rien à l'heure présente, rappelait tout dans le passé.

Cagliostro, le sourcil froncé, la respiration lente, la main froide, se dirigea vers la statue d'Harpocrate, près de laquelle jouait le ressort de l'ancienne porte de communication, lien mystérieux, insaisissable, qui unissait la maison connue à la maison secrète.

Le ressort fonctionna sans peine, quoique les boiseries vermoulues tremblassent à l'entour. Mais à peine le comte eut-il posé le pied sur l'escalier secret, que ce bruit étrange recommença de se faire entendre. Cagliostro étendit sa main avec sa lanterne pour en découvrir la cause: il ne vit qu'une grosse couleuvre qui descendait lentement l'escalier et fouettait de sa queue chaque marche sonore.

Le reptile attacha tranquillement son oeil noir sur Cagliostro, puis se glissa dans le premier trou de la boiserie et disparut.

Sans doute c'était le génie de la solitude.

Le comte poursuivit sa marche.

Partout dans cette ascension l'accompagnait un souvenir, ou, pour mieux dire, une ombre; et lorsque sur les parois la lumière dessinait une silhouette mobile, le comte tressaillait, pensant que son ombre à lui était une ombre étrangère ressuscitée pour faire, elle aussi, la visite du mystérieux séjour.

Ainsi marchant, ainsi rêvant, il arriva jusqu'à la plaque de cette cheminée qui servait de passage entre la chambre des armes de Balsamo et la retraite parfumée de Lorenza Feliciani.

Les murs étaient nus, les chambres vides. Dans le foyer encore béant gisait un amas énorme de cendres, parmi lesquelles scintillaient quelques petits lingots d'or et d'argent.

Cette cendre fine, blanche et parfumée, c'était le mobilier de Lorenza que Balsamo avait brûlé jusqu'à la dernière parcelle; c'étaient les armoires d'écaille, le clavecin et la corbeille de bois de rose, le beau lit diapré de porcelaines de Sèvres, dont on retrouvait la poussière micacée pareille à celle de la poudre de marbre; c'étaient les moulures et les ornements de métal fondus au grand feu hermétique; c'étaient les rideaux et les tapis de brocard de soie; c'étaient les boîtes d'aloès et de santal dont l'odeur pénétrante s'exhalant par les cheminées, lors de l'incendie, avait parfumé toute la zone de Paris sur laquelle avait passé la fumée; en sorte que durant deux jours les passants avaient levé la tête pour respirer ces arômes étranges mêlés à notre air parisien; en sorte que le courtaud du quartier des Halles et la grisette du quartier Saint-Honoré avaient vécu enivrés de ces arômes violents et enflammés que la brise enlève aux rampes du Liban et aux plaines de la Syrie.

Ces parfums, disons-nous, la chambre déserte et froide les gardait encore. Cagliostro se baissa, prit une pincée de cendres, la respira longtemps avec une passion sauvage.

--Ainsi puissé-je, murmura-t-il, absorber un reste de cette âme qui, autrefois, se communiquait à cette poussière.

Puis il revit les barreaux de fer, la tristesse de la cour voisine, et par l'escalier, les hautes déchirures que l'incendie avait faites à cette maison intérieure, dont il avait dévoré l'étage supérieur.

Spectacle sinistre et beau! La chambre d'Althotas avait disparu; il ne restait des murs que sept à huit crénelures sur lesquelles le feu avait promené ses langues qui dévorent et noircissent.

Pour quiconque eût ignoré l'histoire douloureuse de Balsamo et de Lorenza, il était impossible de ne pas déplorer cette ruine. Tout dans cette maison respirait la grandeur abaissée, la splendeur éteinte, le bonheur perdu.

Cagliostro s'imprégna donc de ces rêves. L'homme descendit des hauteurs de sa philosophie pour se repétrir dans ce peu d'humanité tendre qu'on appelle les sentiments du coeur, et qui ne sont pas du raisonnement.

Après avoir évoqué les doux fantômes de la solitude et fait la part du ciel, il croyait en être quitte avec la faiblesse humaine, lorsque ses yeux s'arrêtèrent sur un objet encore brillant parmi tout ce désastre et toutes ces misères.

Il se baissa et vit dans la rainure du parquet, à moitié ensevelie sous la poussière, une petite flèche d'argent qui semblait récemment tombée des cheveux d'une femme.

C'était une de ces épingles italiennes comme les dames de ce temps aimaient à en choisir pour retenir les anneaux de la chevelure, devenue trop lourde quand elle était poudrée.

Le philosophe, le savant, le prophète, le contempteur de l'humanité, celui qui voulait que le ciel lui-même comptât avec lui, cet homme qui avait refoulé tant de douleurs chez lui et tiré tant de gouttes de sang du coeur des autres, Cagliostro l'athée, le charlatan, le sceptique rieur, ramassa cette épingle, l'approcha de ses lèvres, et, bien sûr qu'on ne pouvait le voir, il laissa une larme monter jusqu'à ses yeux en murmurant:

--Lorenza!

Et puis ce fut tout. Il y avait du démon dans cet homme.

Il cherchait la lutte, et, pour son propre bonheur, l'entretenait en lui.

Après avoir baisé ardemment cette relique sacrée, il ouvrit la fenêtre, passa son bras à travers les barreaux et lança le frêle morceau de métal dans l'enclos du couvent voisin, dans les branches, dans l'air, dans la poussière, on ne sait où.

Il se punissait ainsi d'avoir fait usage de son coeur.

«Adieu! dit-il à l'insensible objet qui se perdait peut-être pour jamais. Adieu, souvenir qui m'était envoyé pour m'attendrir, pour m'amoindrir sans doute. Désormais, je ne penserai plus qu'à la terre.

«Oui, cette maison va être profanée. Que dis-je? elle l'est déjà! J'ai rouvert les portes, j'ai apporté la lumière aux murailles, j'ai vu l'intérieur du tombeau, j'ai fouillé la cendre de la mort.

«Profanée est donc la maison! Qu'elle le soit tout à fait et pour un bien quelconque!

«Une femme encore traversera cette cour, une femme appuiera ses pieds sur l'escalier, une femme chantera peut-être sous cette voûte où vibre encore le dernier soupir de Lorenza!

«Soit. Mais toutes ces profanations auront lieu dans un but, dans le but de servir ma cause. Si Dieu y perd, Satan ne fera qu'y gagner.»

Il posa sa lanterne sur l'escalier.

--Toute cette cage d'escalier, dit-il, tombera. Toute cette maison intérieure tombera aussi. Le mystère s'envolera, l'hôtel restera cachette et cessera d'être sanctuaire.

Il écrivit à la hâte sur ses tablettes les lignes suivantes:

«À monsieur Lenoir, mon architecte:

Nettoyer cour et vestibule; restaurer remises et écuries; démolir le pavillon intérieur; réduire l'hôtel à deux étages: huit jours.»

--Maintenant, dit-il, voyons si l'on aperçoit bien d'ici la fenêtre de la petite comtesse.

Il s'approcha d'une fenêtre située au second étage de l'hôtel.

On embrassait de là toute la façade opposée de la rue Saint-Claude par-dessus la porte cochère.

En face, à soixante pieds au plus, on voyait le logement occupé par Jeanne de La Motte.

--C'est infaillible, les deux femmes se verront, dit Cagliostro. Bien.

Il reprit sa lanterne et descendit l'escalier.

Une grande heure après, il était rentré chez lui et envoyait son devis à l'architecte.

Il faut dire que dès le lendemain cinquante ouvriers avaient envahi l'hôtel, que le marteau, la scie et les pics résonnaient partout, que l'herbe amassée en gros tas commençait à fumer dans un coin de la cour, et que le soir, à sa rentrée, le passant, fidèle à son inspection quotidienne, vit un gros rat pendu par une patte au bas d'un cerceau dans la cour, au milieu d'un cercle de manoeuvres, maçons, qui raillaient sa moustache grisonnante et son embonpoint vénérable.

Le silencieux habitant de l'hôtel avait été muré dans son trou par la chute d'une pierre de taille. À demi mort quand la grue releva cette pierre, il fut saisi par la queue et sacrifié aux divertissements des jeunes Auvergnats gâcheurs de plâtre; soit honte, soit asphyxie, il en mourut.

Le passant lui fit cette oraison funèbre:

--En voilà un qui avait été heureux dix ans!

_Sic transit gloria mundi_[8]

[Note 8: «Ainsi passe la gloire du monde».]

La maison en huit jours fut restaurée comme Cagliostro l'avait commandé à l'architecte.

Chapitre XLVII

Jeanne protectrice

Monsieur le cardinal de Rohan reçut, deux jours après sa visite à Boehmer, un billet ainsi conçu:

«Son Éminence, monsieur le cardinal de Rohan, sait sans doute où il soupera ce soir.»

--De la petite comtesse, dit-il en flairant le papier. J'irai.

Voici à quel propos madame de La Motte demandait cette entrevue au cardinal.

Des cinq laquais mis à son service par Son Éminence, elle en avait distingué un, cheveux noirs, yeux bruns, le teint fleuri du sanguin mêlé à la solide carnation du bilieux. C'étaient, pour l'observatrice, tous les symptômes d'une organisation active, intelligente et opiniâtre.

Elle fit venir cet homme, et, en un quart d'heure, elle obtint de sa docilité, de sa perspicacité, tout ce qu'elle en voulait tirer.

Cet homme suivit le cardinal et rapporta qu'il avait vu Son Éminence aller deux fois en deux jours chez messieurs Boehmer et Bossange.

Jeanne en savait assez. Un homme tel que monsieur de Rohan ne marchande pas. D'habiles marchands comme Boehmer ne laissent pas aller l'acheteur. Le collier devait être vendu.

Vendu par Boehmer.

Acheté par monsieur de Rohan! et ce dernier n'en aurait pas sonné un mot à sa confidente, à sa maîtresse!

Le symptôme était grave. Jeanne plissa son front, pinça ses lèvres fines, et adressa au cardinal le billet que nous avons lu.

Monsieur de Rohan vint le soir. Il s'était fait précéder d'un panier de Tokay et de quelques raretés, absolument comme s'il allait souper chez la Guimard ou chez mademoiselle Dangeville.

La nuance n'échappa pas plus à Jeanne que tant d'autres ne lui avaient échappé; elle affecta de ne rien faire servir de ce qu'avait envoyé le cardinal; puis, ouvrant avec lui la conversation avec une certaine tendresse, lorsqu'ils furent seuls:

--En vérité, monseigneur, dit-elle, une chose m'afflige considérablement.

--Oh! laquelle, comtesse? fit monsieur de Rohan avec cette affectation de contrariété qui n'est pas toujours signe que l'on est contrarié véritablement.

--Eh bien! monseigneur, la cause de ma contrariété, c'est de voir, non pas que vous ne m'aimez plus, vous ne m'avez jamais aimée...

--Oh! comtesse, que dites-vous là!

--Ne vous excusez pas, monseigneur, ce serait du temps perdu.

--Pour moi, dit galamment le cardinal.

--Non, pour moi, répondit nettement madame de La Motte. D'ailleurs...

--Oh! comtesse, fit le cardinal.

--Ne vous désolez pas, monseigneur, cela m'est parfaitement indifférent.

--Que je vous aime ou que je ne vous aime pas?

--Oui.

--Et pourquoi cela vous est-il indifférent?

--Mais parce que je ne vous aime pas, moi.

--Comtesse, savez-vous que ce n'est point obligeant ce que vous me faites l'honneur de me dire là.

--En effet, il est vrai que nous ne débutons point par des douceurs; c'est un fait, constatons le.

--Quel fait?

--Que je ne vous ai jamais plus aimé, monseigneur, que vous ne m'avez aimée vous-même.

--Oh! quant à moi, il ne faut pas dire cela, s'écria le prince avec un accent de presque vérité. J'ai eu pour vous beaucoup d'affection, comtesse. Ne me logez donc pas à la même enseigne que vous.

--Voyons, monseigneur, estimons-nous assez l'un et l'autre pour nous dire la vérité.

--Et la vérité, quelle est-elle?

--Il y a entre nous un lien bien autrement fort que l'amour.

--Lequel?

--L'intérêt.

--L'intérêt? Fi! comtesse.

--Monseigneur, je vous dirai, comme le paysan normand disait de la potence à son fils: si tu en es dégoûté, n'en dégoûte pas les autres. Fi! de l'intérêt, monseigneur. Comme vous y allez!

--Eh bien! donc, voyons, comtesse: supposons que nous soyons intéressés, en quoi puis-je servir vos intérêts et vous les miens?

--D'abord, monseigneur, et avant toute chose, il me prend envie de vous faire une querelle.

--Faites, comtesse.

--Vous avez manqué de confiance envers moi, c'est-à-dire d'estime.

--Moi! Et quand cela, je vous prie?

--Quand? Nierez-vous qu'après m'avoir tiré habilement de l'esprit des détails que je mourais d'envie de vous donner...

--Sur quoi, comtesse?

--Sur le goût de certaine grande dame pour certaine chose; vous vous êtes mis en mesure de satisfaire ce goût sans m'en parler.

--Tirer des détails, deviner le goût de certaine dame pour certaine chose, satisfaire ce goût! Comtesse, en vérité vous êtes une énigme, un sphinx. Ah! j'avais bien vu la tête et le cou de la femme, mais je n'avais pas encore vu les griffes du lion. Il paraît que vous allez me les montrer, soit.

--Eh! non, je ne vous montrerai rien du tout, monseigneur, attendu que vous n'avez plus envie de rien voir. Je vous donnerai purement et simplement le mot de l'énigme: les détails, c'est ce qui s'était passé à Versailles; le goût de certaine dame, c'est la reine; et la satisfaction donnée à ce goût de la reine, c'est l'achat que vous avez fait hier à messieurs Boehmer et Bossange de leur fameux collier.

--Comtesse! murmura le cardinal, tout vacillant et tout pâle.

Jeanne attacha sur lui son plus clair regard.

--Voyons, dit-elle, pourquoi me regarder ainsi d'un air tout effaré, est-ce que vous n'avez point hier passé marché avec les joailliers du quai de l'École?

Un Rohan ne ment pas, même avec une femme. Le cardinal se tut.

Et comme il allait rougir, sorte de déplaisir qu'un homme ne pardonne jamais à la femme qui le cause, Jeanne se hâta de lui prendre la main.

--Pardon, mon prince, dit-elle, j'ai hâte de vous dire en quoi vous vous trompiez sur moi. Vous m'avez crue sotte et méchante?

--Oh! oh! comtesse.

--Enfin...

--Pas un mot de plus; laissez-moi parler à mon tour. Je vous persuaderai peut-être, car, dès aujourd'hui, je vois clairement à qui j'ai affaire. Je m'attendais à trouver en vous une jolie femme, une femme d'esprit, une maîtresse charmante, vous êtes mieux que cela. Écoutez.

Jeanne se rapprocha du cardinal, laissant sa main dans ses mains.

--Vous avez bien voulu être ma maîtresse, mon amie, sans m'aimer. Vous me l'avez dit vous-même, poursuivit monsieur de Rohan.

--Et je vous le redis encore, fit madame de La Motte.

--Vous avez un but, alors?

--Assurément.

--Le but, comtesse?

--Vous avez besoin que je vous l'explique?

--Non, je le touche du doigt. Vous voulez faire ma fortune. N'est-il pas sûr qu'une fois ma fortune faite, mon premier soin sera d'assurer la vôtre? Est-ce bien cela, et me suis-je trompé?

--Vous ne vous êtes pas trompé, monseigneur, et c'est bien cela. Seulement, croyez-moi sans phrases, ce but-là je ne l'ai pas poursuivi au milieu des antipathies et des répugnances, la route a été agréable.

--Vous êtes une aimable femme, comtesse, et c'est tout plaisir que de causer affaires avec vous. Je disais donc que vous avez deviné juste. Vous savez que j'ai quelque part un respectueux attachement?

--Je l'ai vu au bal de l'Opéra, mon prince.

--Cet attachement ne sera jamais partagé. Oh! Dieu me garde de le croire!

--Eh! fit la comtesse, une femme n'est pas toujours reine, et vous valez bien, que je sache, monsieur le cardinal Mazarin.

--C'était un fort bel homme aussi, dit en riant monsieur de Rohan.

--Et un excellent premier ministre, repartit Jeanne avec le plus grand calme.

--Comtesse, avec vous c'est peine perdue de penser, c'est vingt fois surabondant de dire. Vous pensez et vous parlez pour vos amis. Oui, je tends à devenir premier ministre. Tout m'y pousse: la naissance, l'habitude des affaires, certaine bienveillance que me témoignent les cours étrangères, beaucoup de sympathie qui m'est accordée par le peuple français.

--Tout enfin, dit Jeanne, excepté une chose.

--Excepté une répugnance, voulez-vous dire?

--Oui, de la reine; et cette répugnance, c'est le véritable obstacle. Ce qu'elle aime, la reine, il faut toujours que le roi finisse par l'aimer; ce qu'elle hait, il le déteste d'avance.

--Et elle me hait?

--Oh!

--Soyons francs. Je ne crois pas qu'il nous soit permis de rester en si beau chemin, comtesse.

--Eh bien! monseigneur, la reine ne vous aime pas.

--Alors, je suis perdu! Il n'y a pas de collier qui tienne.

--Voilà en quoi vous pouvez vous tromper, prince.

--Le collier est acheté!

--Au moins la reine verra-t-elle que si elle ne vous aime pas, vous l'aimez, vous.

--Oh! comtesse!

--Vous savez, monseigneur, que nous sommes convenus d'appeler les choses par leur nom.

--Soit. Vous dites donc que vous ne désespérez pas de me voir un jour premier ministre?

--J'en suis sûre.

--Je m'en voudrais de ne pas vous demander quelles sont vos ambitions.

--Je vous les dirai, prince, quand vous serez en état de les satisfaire.

--C'est parler, cela, je vous attends à ce jour.

--Merci; maintenant, soupons.

Le cardinal prit la main de Jeanne, et la serra comme Jeanne avait tant désiré que sa main fût serrée quelques jours avant. Mais ce temps était passé.

Elle retira sa main.

--Eh bien! comtesse?

--Soupons, vous dis-je, monseigneur.

--Mais je n'ai plus faim.

--Alors, causons.

--Mais je n'ai plus rien à dire.

--Alors, quittons-nous.

--Voilà, dit-il, ce que vous appelez notre alliance. Vous me congédiez?

--Pour être vraiment l'un à l'autre, dit-elle, monseigneur, soyons tout à fait l'un et l'autre à nous-mêmes.

--Vous avez raison, comtesse; pardon de m'être encore trompé cette fois sur votre compte. Oh! je vous jure bien que ce sera la dernière.

Il lui reprit la main et la baisa si respectueusement, qu'il ne vit pas le sourire narquois, diabolique, de la comtesse, au moment où ces mots avaient retenti: «Ce sera la dernière fois que je me tromperai sur votre compte.»

Jeanne se leva, reconduisit le prince jusqu'à l'antichambre. Là, il s'arrêta, et tout bas:

--La suite, comtesse?

--C'est tout simple.

--Que ferai-je?

--Rien. Attendez-moi.

--Et vous irez?

--À Versailles.

--Quand?

--Demain.

--Et j'aurai réponse?

--Tout de suite.

--Allons, ma protectrice, je m'abandonne à vous.

--Laissez-moi faire.

Elle rentra sur ce mot chez elle, se mit au lit, et considérant vaguement le bel Endymion de marbre qui attendait Diane:

--Décidément, la liberté vaut mieux, murmura-t-elle.

FIN DU TOME I.

End of Project Gutenberg's Le Collier de la Reine, Tome I, by Alexandre Dumas