Le chevalier des dames du dolent fortuné
Chapter 9
Aux nonnains povres/ conscience Aux souffreteuses/ pacience Aux filles/ bel et doulx maintien Aux mariees/ continence Aux vefves/ parfaicte abstinence A celles qui ont peu ou rien Faison de bien Aux malades/ joie et santé Et aux marchandes/ loyauté Aux bourgeoisez. cueur sans orgueil Et a trestoutes par bonté Humblesse et bonne voulenté Honneste cueur et ung simple oeil A toute preude femme en fait Perseverance en son bien fait Et d'honneur entretenement Et a toutes qui ont meffait Congnoissance de leur mal fait Et pour acquerir sauvement. Amendement Honneur exaulcement aux bonnes. Et de louenges leurs coronnes Vueilliez donner dame au cueur doulx Et aux mauvaises et felonnes Qui ont tort fait a leurs personnes Tout support. pour l'onneur de vous
L'acteur
Lors vy je que la coronnee Dame des cieulx. se descendoit D'un ray luisant environnee Qui comme feu resplendissoit Et sa doulce main extendoit Sur luy qui faisoit sa priere Et puis de bouche luy disoit Les motz qui sont icy derriere
Mon serviteur mon chier amy Que sy long temps avez gemy En grant desir. ce semble a my De moy servir Et de voustre cueur asservir A moy. afin que deservir M'amour par voustre bien servir Et avez en ce De voustre premiere jouvence En jeune et tendre corpulence Mis voustre cueur et diligence. Bien je l'ay sceu Et de mes yeulx tousjours veu Coment envers moy s'est esmeu Voustre bon cueur qui despourveu. Ne fut jamés. De trouver plaisans entremetz Et de me faire chapelletz Joliz dictiers et rondeletz. Et beaux louenges. Dont moy mon filz/ et tout sez anges Les cherubins et les archanges Avons lez joyes tresestranges. En grant plaisance Dequoy tousjours des voustre enfance De cueur de corps et de puissance Avez eu la congnoissance De me honnorer De saluer et reverer De mon los croistre et preferer En tous lieux/ et le referer Par grant amour Puis j'ay veu aussy m'amour Le grief douleur/ la grant clamour De voustre cueur pour la rumour Injurieuse Que mallebouche venimeuse Et sa partie despiteuse Ont mise. par langue envieuse Sur la nature Des femmes/ en mainte escripture Duquel vitupere et injure Voustre cueur seuffre et sy endure Plus de douleur Que de monstrer n'avez valeur Et m'est advis. qu'en mon honneur. Vous les voulez de deshonneur Toutes deffendre Leurs ennemis tuer et fendre Et sy alés servir et tendre Que leur nature noble et tendre Recouvrera Le los que privé luy sera Et que arier refleurira Si haultement/ qu'il suffira Dont huy de fait Avez assez monstré par fait Que vous avez desir parfait De mectre en euvre et en effect Voustre entreprise Dont moy. la mere sans reprise Vous ame loue ris et prise Et suis de voustre amour esprise Et esclarcie Dont haultement vous remercie De voustre large courtosie Quant ainsi vous avez choisie Ceste querelle En mon honneur. qui temporelle. Jadis estoie et corporelle Femme comme autre naturelle Mais preservee Suis de dieu. et sy bien servee Qu'en ma chasteté observee La char divine s'est nervee. Sy me creez Et de moy ne vous deffiez Car vous et tous voz aliez. Serez de moy remerciez Si tresacertes Que vous ne pourrez dire certes Que vous ayez rien fait en pertes Ne que j'oblie voz dessertes Et quant a ce Que vous avés de voustre audace Redargué tout ce que efface Lonneur le pris le los la grace De toutes dames Mon filz et moy qu'oncques n'amasmez Telles injurieuses ames Ne vilenies ne diffames Vous aduons Pour noustre/ tant que nous pouons Et vous en prisons et louons Car tout ce que nous en ouons Est veritable Juste bon cler et honnorable Et avons sy tresagreable Qu'en fin vous sera prouffitable Car l'on scet bien Que mon filz ne veult rien que bien Et que au monde ne hait tant rien Q'un cueur plain d'ordure et de fien Et ne veult point Que la langue d'homme qui point Parle sur femme. mais qu'a point Autant que d'un seul petit point Et s'il le fait Creez qu'il en sera deffait Et fauldra que de son meffait Rende raison de fait en fait Car pour complaire A l'omme. et luy plus satisfaire Il luy voulut la femme faire Non pas pour blasmer et deffaire Par telz escriptz Ne femme ne fut pas jadis Formee telle en paradis Mais parfaicte en faiz et en dits Et sans laidure Si bien comme autre creature Et pour secourir a nature Dieu luy donna forme et figure Si noble et belle Selon l'exigence charnelle Que par contrainte naturelle L'omme prendroit plaisir en elle Et la faisoit Telle que faire la debvoit Car qui tout fist et tout savoit Oncques en rien ne s'abusoit Ne ne fist tort A femme plus que a l'omme au fort. Mais tous deux les a d'une mort Rachetez et menez a port Egalement Comme bien et totalement Et tresexpecialement Avez fait le declairement Parfaictement Si vous en vueil presentement De bon cueur et de sentement Remercier. car vraiement Voustre service M'a esté plaisant et propice Si en aurez grant benefice Sur terre/ et aux cieulx office Mais a fin telle Que voustre noble char mortelle Que tant seuffre. pour ma querelle Reçoive grace temporelle Icy vous donne Ceste espee d'or belle et bonne Pour laquelle. je vous ordonne Comme noble et digne personne Fuyant les blasmes. Le chevallier de toutes dames. Pour voz vertuz et beaux faiz d'armez Les garder/ et de gens infames Tout voustre aage Pour l'onneur de mon saint corsage. Qui est du sexe et du lignage Des femmes. et de leur parage Et aussy elles Font leurs retraictes. soubz mez ellez Parquoy puis qu'elles sont itelles Bien lez doy prendre en mes tutelles. Et les amer Puis que femme on ne peut blasmer Injurier ne diffamer Que mon cueur n'y sentist amer. Ou grant ou poy Sy vous supplie servez moy En me gardez loyalle foy Sans varier ne changier ploy Et je seray Celle que point ne vous fauldray Maix que maintz honneurs vous feray Et en gloire coronneray
L'acteur
A cestuy mot s'esvanouy La benoiste excellente dame Et noble cueur fort estouy Plusfort que ne fut oncques ame Ses mains joingnoit la voix y clame La joye son cueur entamoit Et l'enflamoit de telle flame Qu'a peine qu'il ne se pasmoit
La demeura et la se tint Plus ne savoie qu'il devint Ne comment aprés se maintint Ne quelle chose luy survint Mais mon levrier vers moy revint. Qui du fait estoit bien apris Et me rendit comme il advint Sur le lict/ ou il m'avoit pris
Lors tout acop je m'esveillay. Et le livre emprés moy trouvoie De quoy forment m'esmerveillay De tout ce que je veu avoie Et quant a penser commençoie Sur la longueur de mon sejour Je trouvay que ravy j'estoie Par trois sepmaines et ung jour
Le livre prins a remirer Par merveilleuse desirance Et tant le tourner et virer Que j'en vy toute la substance Puis me sembloit que bonne usance Seroit de l'envoyer ailleurs. Pour en donner la congnoissance Entre les dames et seigneurs
Ainsy dames et damoiselles Princes. barons. vous tous ensemble Je vous transmetz de mes nouvelles Que sont joyeuses ce me semble Quant voustre riche court s'assemble Esbatez vous y. nobles ames Et s'il vous plaist et bon vous semble Nommez le. Chevallier aux dames
Se la matere/ est belle et bonne Je n'en desire los ne pris Et s'il y a riens. qui mal sonne Il me deplaist d'avoir mespris Mais moy. qui cestui livre escripts. Ne fuz qu'au veoir destiné Et metz par tout en mes escrips Le nom du dolant fortuné
¶ A toutes celles qui liront Mes ditz. que je vueil abregier En quelque lieu qu'ilz les oiront Ou soit en chambre ou en vergier Je leur requier ung don legier Sans vouloir autre rien du leur C'est. qu'elles prient. que alegier Me vueille dieu de ma douleur
¶ Cy finit le Chevalier auz Dames. Imprimé a Mets par maistre Gaspart Hochfeder La vigille de saincte Agathe. L'an. Mil. vc. et .xvi.
NOTES SUR LA TRANSCRIPTION
On a conservé à l'identique l'orthographe et la ponctuation de l'original. Cependant pour faciliter la lecture on a résolu les abréviations et ajouté accents, cédilles et apostrophes.
On a effectué les corrections suivantes:
chalut > chault (Ne froit ne chault ne te prendra) rcueillir > recueillir (Et recueillir de bon couraige) liure > luire (Que nulle clarté n'y peut luire) mesme > mesure (Qu'elle estoit chaulde par mesure) domme > domine (Qu'est celle. que sur luy domine)
ainsi qu'environ 70 cas d'interversions entre lettres de forme semblable u/n, f/s, etc. non signalés en détail.