Le chevalier des dames du dolent fortuné
Chapter 7
Je vueil bien que vouz l'entendez J'ame noblesse feminine Et porte nuit et jour bendez Mes arcs. pour vous mectre a ruine Mon cueur vers elles tant s'encline Tout mon bien gist et pend en elle Sy vueil par armes et doctrine Vivre et morir en sa querelle
Souviengne vous de voz escriptz Qui sont an romant de la rose Injurieusement escriptz Et contre dieu bien dire l'ose Et de mainte autre puant glose Qui est vilaine pour espardre Les mescreans qui lez propose Dignes sont que l'on les fist ardre
Comment est raison sy subgecte Ou ung cueur d'homme sy failly De blasmer le lieu et la gecte Le ventre dont il est sailly J'en ay le cueur tout tressailly Du cas qui est contre nature De veoir le ventre assailly Du lieu ou/ il prent nourriture
Bestes mues ne le font pas. Ains elles ament et cherissent Et suivent toutes pas a pas Leurs meres. de qui elles yssent Les droiz en elles s'acomplissent Et nature y a sa saison Mais en vous elles se perissent A qui dieu a donné raison
Tout oyseau cherist la forest De sa nature dont il ist Et avec ce que plusfort est Envis apuantist son nit Puis donc/ q'un oysillon petit A celle curiosité Bien vous doit on nommer despit Rempliz de furiosité
Il n'est beste tant soit cruelle Ne nulle rien ou vie est prise Qui n'ait son par et sa femelle Et ne la chasse ne desprise Mais l'omme ou science est esprise Luy seul il va blasmant son per Et fait ce dont beste inaprise Ja ne se vouldroit encoulper
N'estes vous pas sailly de fame Nourry porté en ses entrailles Ou contre le cours de toute ame Sailliz du fons d'unes bouteilles Fy des langues et merdailles Qui en telz meffaiz se delictent. Et blasment veines et ventrailles De celles ou fault qu'ilz habitent
Preude femme par saint denys Avez preschié publicquement Dont il ost moins. que de fenys Mais vous mentez mauvaisement Et vous en voustre fondement Ne valez pas en tout deux pomes Car je croy et sçay fermement Qu'il en est plus. que de preudhommes
Ou est l'omme. quant parler fault Sy ferme au cueur. sy bon sy net Qui a la foys desir n'assault Et folle plaisance en soy n'ait S'il est a maistre. ou s'il se naist L'on n'en devroit savoir nouvelles Pourtant vous/ enquerez quant est Et puis aprés. parlez sur elles
Pourquoy voulez vous plus jugier Femme estre pute. par pensee Que les hommes. qui a purgier Ont tant d'iniquité pensee Se preude femme au cueur lancee De sy legier. peut estre pute Sy bien peut par regle opposee Tout homme estre rebault injuste
Voulez vous que femmes plus vivent. Comme ung ymage en ces eglises Que lez hommes qui tousjours suyvent Toutes mondaines friandises A quoy mectez vous voz emprises Sur elles. plus. et voz embuches Que sur lez detestables guises De l'omme ou tant de mal se muches.
Pourquoy parlez vous de pechiez Des femmes/ et de c'en qu'elles font Quant les hommes sont entachiez. Mille foys plus. qu'elles ne sont Savoir mon. s'en destinee ont Qu'en bien faisant lez fault blasmer Et les hommes. quoy qu'ilz meffont Tousjours les priser et amer
Vous voulez herauder les femmes Par voz parolles deshonnestes Mais vous vous obliez vous mesmes Et descongnoissez qui vous estes Vous veez lez tendres paillettes Es yeulx d'autruy. et en bavez Et ne veez pas faulses bestes Ung chevron que vous y avez
Et quant tout voustre faulx langage Seroyt vray/ ce que je vous nie Quel prouffit ou quel avantage Vous en vient/ quant on le publie Besoing n'est pas que le cueur die Tout ce que son oeil voit et sent Car quant parler nuit a partie Le taire est plus expedient
Oncques ne fut besoing d'apprendre A penser mal. aux gens de bien Quant chescun en scet assez prendre Sans qu'on luy en apprengne rien Aussy les hommes scevent bien Comment l'on doit amer acop Car nature leur bon moyen A chescun n'en apprent que trop
Nature humaine est moult fragile Et tost inclinee a meffaire Pourtant est ce chose inutile De l'amonnester a mal faire Qui mect la pierre en ung repaire Que plusieurs fait cheoir et tumer. Et affolir par mainte paire Mal pour luy fait a presumer.
Diffamer innocens et justes Est ung pechié impardonnable Et encores pecheurs injustes Est a dieu certes displaisable Voyez donc/ quelle euvre agreable Avez fait a dieu et au monde Qui tout voustre blasme immuable Sur vous mesmes tourne et redonde
Blasme par envie servy N'oste pas la bonté au bon Ne ung grant los indeservy Ne peut faire ung mauvais plus bon Ainsy le blasme et le renom Dont vous. et voz disciples usent Ne grieve aux dames point/ synon Que meschans genz trop sy anuisent
Il semble que soyent bouchieres Toutes dames/ que tresmal sonne Et qu'elles vendent comme chieres Leur char. a qui plus leur en donne En disant qu'il n'y a sy bonne que n'ait la main pour prendre ouverte Parquoy. son corps elle habandonne Mais que la chose soit couverte
En oultre/ voz escriptz contiennent Qu'il n'est sy bonne ne sy ferme Que se fors requerans. lui viennent Qu'elle ne se rende en brief terme Et s'aucune est/ que se conferme Sans itel meschief encourrir Voustre bouche dist et afferme Qu'il ne tient fors qu'au requerir
Cinq cens telles autres ordures Vous alleguez. mal gratieuses A toutes dames a porter dures Et a tout homme injurieuses Car se toutes sont curieuses D'ainsy habandonner leur sain Selon voz raisons furieuses Tout homme est donc filz de putain
Fy qu'oncques femme vous porta Et que son laict vous alaicta Fy qu'en sez bras vous supporta Ne de sa main. vous assista Quant elle en qui dieu vous fait a Si vilainement condempnez Certes en qui tel meffait a Se touppe fort le bout du nez
Vous blasmez ceulx qui femmez prendent Par honneur et par mariage Disant que de leur gré se pendent Et espousent leur malle rage Cela vous vient d'un faulx courage Et d'un conseil diabolicque Qui vouldroit que l'umain parage Fust tout né en pechié publicque
Faulses gens. vous voulez desrompre. Ce que dieu nous commande a faire Et homme de rechief corrumpre Que tant a cousté a refaire Se tout homme fuoit l'affaire De mariage/ tost ou tard Le monde fauldroit donc deffaire Ou que tout homme fust bastard
Certes tout cecy le grant diable Vous a fait controuver et dire. Pource que femme egreable Luy est desrompu son empire Sy en meurt de douleur et dire Que par femme est ainsi maté Et par sa bonté ceste le pire Humain lignage racheté
L'on vous devroit crucifier Plus que martir cent mille foys Et voustre fait notifier Es cours des princes et dez roys A qui voz escripts. et voz loys Touchent tant a eulx qu'a leurs meres Sy vous devroient selon droys Pourchasser douleurs tresameres
Vous n'y avez pas tant trouvé Comme vous lez boutez des couttes Et s'en une avez mal prouvé Pourtant n'a pas esté en toutes Laissez lez bonnes en leurs routes Jusques reprouche les demecte Et alison que va es joustes Blasmez/ perrine/ ou guillemecte
Se vous parlez du temps passez Ou s'il vous plait du temps present Vous trouverés dames assez Qui ont vescu bien simplement Et s'y heussent bien aultrement Desduitz le temps a cueur joyeulx Se n'eust esté le parlement Des mesdisans et envieulx
Cuidez vous que dieu ne conferme Sy bien les femmes en sa grace Que lez hommes/ qui leur cueur ferme Avoir se vantent/ et audace Oy voir. sy vous dy en face Qu'a la foys homme en sa substance A le cueur feble comme glace Et femme l'a ferme en constance
Experience vous aprent Ce que je dy de jour en jour Q'une jeune dame entreprent A demeurer vefve a tousjour L'autre. qui est a son seignour Sy tresloyalle et sy entiere Qu'en faulte ne feroit sejour Pour estre du monde rentiere
Autres. qui ont esté requises Sept ans. dix ans. et pourchassees Qui oncques ne furent conquises Ne en courages abassees Ne pour richesses amasees Ne pour donner ne pour prier Preudes femmes sont trespassees Tant savoit homme fort crier
Mais vous hommes faulx et pervers Plains de vice et de desraison Alez au tort et au travers Sans tenir regle ne raison Et ne pouez une saison Vous abstenir de voustre ordure Mais alez de chambre en maison Chassant/ tant comme argent vous dure.
Pourquoy n'avez vous fait voz livres Sur voustre propre iniquité Qui estes tant de vices yvres Et de toute fragilité Sy donneissiez tranquillité A celles que sont mieulx de vous Et fust plusbelle habilité Que de lez blasmer entre tous
Blasmer trois corps ou quatre ou ung Se peut aucunement couvrir Mais blasmer toutes en commun Ne se peut nullement souffrir L'on ne doit pas aux saints offrir Sy n'est pas ceulx qui vertuz ont Ne nulles dames descouvrir Fors celles/ que les faultes font
L'on scet bien par raison expresse Sans ouyr sermon ne prescheur Que toute femme est pecheresse Et tout homme aussy bien pecheur. Mais au regard de leur doulceur L'omme n'est pas tant embely Qu'il peust estre son reproucheur Pour la contempner plus que ly
Venons aux oeuvres vertueuses De moult de femmes anciennes Et oblions les maleureuses Soyent juyfves ou payennes Mais selon vertuz terriennes Vouz trouverez point ne m'en doubte Leurs bontez tant historiennes Com de l'omme qui lez reboute
Quelle fut hester la royne Que assuerus appaisa De son ire/ enclin a ruyne Dont encor o dieu sa paix a Quelle susanne/ que laissa Mener son corps pour condenner Pource qu'a vilains n'abassa Son cueur dont dieu la peust damner
Quelle fut la sage Sibille Qui a octavien le roy Monstroit comme sçavant habile La vierge o son filz par le doy Les cieulx souvrirent devant soy Et lors en ung ray se monstroit Le filz de dieu/ cecy est foy Et grant merite a qui le croit
Abigahil. femme a nabal Que repaisa l'ire a david Proposa faire tant de mal A nabal/ ce qu'oncques ne fist Car aussy tost comme il la vist En meurs et en vertuz sy belle Sa grant fureur luy refroidist Et ne fist mal/ n'a luy n'a elle
Judith la vaillant batalliere Que olofernes mist a fin N'est pas l'istoire trop legiere Quant mise est en l'escript divin Et une me vient en l'engin La plushumle et obediente Qu'oncques je trouvasse en latin Griselidis la patiente
Dix mil autres. s'il fait besoing Nommeroie. de tel affaire. Se ne fust. que j'ay peur en soing De trop ennuy aux oyans faire La bible en est bel exemplaire Aussi pluseurs autres cronicques Que ja pour flater ne complaire Ne diront choses corronicques
Ou est celuy qui encuser Oseroit mainte vierge saincte Que pour divine vie user S'est nuit et jour de laine çainte En oraison. en june. en crainte En charité. en abstinence Et a nature ainsi contrainte Pour vivre en pure continence
Cestes me semble sont du nombre Des femmes/ qui bien le conçoit Toutesvoyes n'a il encombre En elles/ quelque peu que soit Oncq homme d'elles n'approuchoit. N'en cueur n'en fait par entreprise Ou saincte eglise me deçoit Que telles les advoue et prise
Fut oncque creature humaine De sy belle et grant repentence Comme la saincte magdalene Mirouer de toute penitence A qui dieu pour sa grant constance Donnoit vision angelicque Telle/ qu'onc humane substance N'avoit/ si grant ne si publicque
Qui est l'omme/ tant soit il digne A qui les anges obeissent Comme a la femme tresbenigne De qui clarté les cieulx s'emplissent Les trosnes aussy s'esbahissent De la vertu qui est en elle Et tous les diables les fremissent Tant a sur eulx vigueur cruelle
Dieu a fait a la femme certes Mainte dignité singuliere Parquoy on peut prouver a certes Qu'elle luy est amee et chiere Et l'a rachetee aussy chiere Sy ne veult pas qu'on la confonde Car on ne veist onc en sa chiere Qu'il blasmast quelque femme ou monde
Se femme eust esté sy ordeuse Comme voz escriptz l'ont chargié La divinité glorieuse Ne s'y fust jamais herbergié Mais vous trouverez en clergié Qu'en seule femme se tenoit Trois jours. la ferme foy logié Quant tout homme l'abandonnoit.
Apres la resurrection Avant qu'onc homme le veoit Il fist son apparition A femme/ et la reconfortoit A seule femme aussy laissoit L'impression de son visage En quel point grant honneur faisoit Me semble/ au feminin lignage
L'on ne treuve pas par escript Qu'oncques femme se consentist En noustre sauver jesucrist Que passion ou mort souffrist Ne qu'il mourust ne qu'il pendist Ne qu'il fust laidangié par armes Mais leur cueur de dueil en fendist: Et leurs yeulx en fondoient en larmes
Quant est a ce que vous chargez Eve. noustre premiere mere Advis m'est que trop eslargez Sur luy voustre fureur amere Et vous preuve par raison clere Que adam. par la moursure felle Fut plus coulpable de misere Et plus pecha que ne fist elle
Se femme principallement Nous eust telle mort procuree Et que mort fust totalement Par luy. plus que par l'omme entree Creez que femme eust reparee La mort amere. qui nous mort Et eust esté morte et tuee Car vaincre failloit mort par mort.
Combien qu'en l'une et l'autre part Femme aidoit et femme nuisoit. Toutesfoys l'omme est seul a part Qui tout fist/ et tout deffaisoit D'adam noustre langueur issoit Dont eve premier l'enorta Le filz de dieu nous garissoit Marie. celuy filz porta
D'autant que plus est haulte chose Le filz de dieu en croix morir Que n'est. que la trespure rose A porté fruit/ sans deflorir D'avant adam. en qui norir Se print pechié/ a plus de coulpe Du meffait/ qui nous fait porir Que eve que chescun encoulpe
Pour faire voustre fait plus bon Vous mectez tousjours en proverbe Comment virgile et salomon Par femme sont tumbez sur l'erbe Vous faites d'un petit faiz. gerbe Et ung tresgrant meschief d'un rien Se vous n'apprenez autre verbe Vous ne chanterez jamais bien
Salomon qui par don de grace Puisoit au fons de sapience Plus parfons que nul homs qu'on face Des que le monde se commence Quant luy/ qui avoit tel science Et souffroit q'une femme folle Luy mist la hart ou col/ qui en ce Doit on blasmer/ ou luy ou elle
Il savoit bien que il n'estoit Q'un dieu/ qui ciel et terre fist Lequel a l'omme/ tout prestoit Que venir luy puist a prouffit Neantmoins il le relenquit Et adora dieux et ydolles Pour plus complaire/ dist l'escript Au cueur de ses amours folles.
Or descendons de ce propos Jugeons le vray de ce meffait Lequel doit avoir plus deslos Elle ou luy/ qui a cecy fait Certes je dy que le forfait Et blasme sur luy plus redonde Et est grant honte a ung sy fait Consentir chose sy immonde
Plus est homme sage et expert Et moins il devroit consentir Chose parquoy honneur sy pert Ou dont reprouche peut sentir Mais quant il se veult assentir A beaux parlers de meschans femmez Pourvoie donc du repentir S'il a mal/ c'est sa faulte mesmes
Pose que femme flatte ou prie Par mauvaistié a son seigneur Et nuit et jour luy chante et crie Et luy est ung fort assailleur Luy/ qui a cueur et sens greigneur Et voit et congnoist sa malice Ne peut il prendre le meilleur Et resister a sa nequice.
Pourquoy a dieu voulu donner A l'omme raison sy notable Sinon pour vaincre et refrener Toute temptation nuisable Par raison l'on vainct bien le diable Qui a trop plus puissance et force. Q'une femme desraisonnable Que l'omme a la tromper s'efforce
A folle femme est d'insister Par beau parler et jour et nuit Mais a l'omme est. de resister A ung tel flatart qui le nuit S'un sage homme une folle suit Et laisse dieu pour sa moillier Se mal l'en prent. et los luy fuit Nul ne s'en doit esmerveillier
Langue de femme flateresse Ne nuyt a l'omme. en rien qui soit Mais luy qui gabuser se lesse C'est luy mesmes qui se deçoit Qui a deulx yeulx/ et il en voit Il a bel eschever la fosse Mais quant tout estient y voit Certes sa felonnie est grosse
En ce point en est il de tous Et de virgile et d'aristote. Femme ne lez mist oncq dessoubs Mais leur cueur mesmez. qui radote Virgile estoit homs de riote Et en tromper n'avoit paresse Mais l'on dança selon sa note Et fut trompé par tromperesse
Pour parler de concupiscence Dont voustre argu la femme larde Comment pourroit faire defense Aulx yeulx de cil qui la regarde Pource que cointement se garde Et se tient jolie en vesture S'avise chescun et esgarde Car en luy gist plus la lardure
Homs qui n'a vouloir de meffaire Et fuit tout mauvais appetit Comment le peut femme deffaire Pour le regarder ung petit Se son cueur n'estend en delit Sez yeulx ne le pourront contraindre De le faire cheoir en delit Ne de sa conscience enfraindre
Tout tient a bon courage et net Vaincre tout fol desir itel Mais aujourduy point d'homme n'est. Ou franc cueur tiengne son hostel Tout est sy vil et sy mortel Et plain de mauvaise hantise Qu'en voyant dieu sur son autel Encor pense il a puantise
Luffre cueur et ung gormans yeulx Sont ceulx point il n'en fault doubter Que ne scevent par tous les lieux Rien veoir sans en vouloir gouster Puis bas et hault veullent taster Mais que la femme soit rien belle Ilz vouldroient sy adjouster Et ne leur chault de l'onneur d'elle
Le faulx inordonné desyr Mect aujourduy maint cueur sy jus. Que l'oeil ne peut pas tant choisir Que le cueur n'en gormande plus Mais se l'omme par ses vertus Vouloit vaincre celle orde flame Jamais ne se verroit vaincus Pour le regard de belle dame
Dieu n'a pas son doulx corps creé Pour provocquer l'omme a pecheur Mais affin que mieulx recreé Il soyt avecques son cueur chier Nonpas pour o chescun coucher Car raison cela presupposé Que l'on ne doit vouloir toucher A femme/ dont la loy s'oppose
Le soleil. pour exemple vray Il luist en terre en mer et cieulx Mais qui trop regarde en son ray Il rompt et aveuglist ses yeulx Qui du feu. pour entendre mieulx Trop pres s'assiet. et n'en recule Il est force soit jeune ou vieulx Qu'en la fin il s'eschaude ou brule
Vous n'avez cause tant ne quant D'imposer voustre mal a fame Mais une foys je vous dis tant Vous acheterez chier leur blasme Quant du tout de parolle infame Deshonneste et hors de saison Et de tout mot qui part de l'ame Rendre vous couviendra raison
Par despit. et tout a contraire De vous. qui femme avez blasmé De son conseil me vueil retraire Pour la rien que j'ay plus amee Et la feray pluz reclamee Par ung los. que je vous vueil lire. Qu'el ne fut oncques diffamee Par blasmer qu'en sceussiez escrire
¶ Icy fait noble cueur. louenge aux dames. en confondant et ravalant les faulx parlers et argumens de Cueur vilain et malebouche.
Noble cueur.
Femme est la fille a dieu le pere Et mere a son filz precieux Amie seule et singuliere Au saint esperit glorieux Femme est miroir melodieux On quel la sainte trinité Prent tout plaisir delicieux Tant est plaine de dignité
Femme est le parement des cieulx La richesse et beauté des throsnes Elle est le temple au dieu des dieux La chiere amour des trois personnez Elle est le fleuron des coronnes La contemplation des saints Le chief de toutes choses bonnes Le reconfort de tous humains
Femme est princesse des archanges Duchesse en leur chevalerie Redoubtement de tous les anges Leur maistresse doulce et cherie Femme est la fleur de melodie Le chief d'honneur celestial Elle est jardin de fruit de vie Et le vergier imperial
Femme est la cremeur des dyables La dompteresse des enfers Le tourment des inagreables La main qui les a mis en fers Femme est delivrance des serfs Relievement du dolant monde Phisicienne des desers. La fleur ou toute grace habonde
Femme est de paradis l'eschelle La porte de beatitude Recouvrement de vie belle Destruction de servitude Femme et le pont de gratitude. L'ouverture de tout bon eur Le sauvement de multitude Et du monde l'espoir plus seur
Femme est la voie de concorde Riviere de prosperité Fontaine de misericorde Montaigne de felicité Femme est mur contre aduersité L'estoille qui en mer conduit Vallee de jouyeuseté Et le soleil qui tousjours luit
Femme est le tresor de tous biens De chasteté soleil luisant L'abondance des terriens L'escarboucle d'amour cuisant Le puis ou tout homme est puissant Benignité et courtoisie Qui oncques ne fut refusant Personne qui l'avoit choisie.
Femme est d'humilité l'abisme Le don de divine promesse Le feu de charité sublime L'espargne de toute richesse Femme est le ruisseau de largesse Mine de pierres precieuses Paradis de gloire et liesse Sourse de doulceurs merveilleuses.
Femme est qui aveuglist nature Las d'admiration mondaine Monstre sur toute creature Quant mere elle est et vierge saine Femme est qui grace souveraine A selon nature impossible Qu'oncques ne fut comprise en vaine Tant est son merueil invisible
Femme est l'espoir des consolez Premier reclain de tous prescheurs. Le reconfort des desolez Le doulx recueil de tous pecheurs Impetresse de noz doulceurs Refuge a toutes gens meffaiz Medicine de leurs douleurs Vraie advocate en tous leurs faitz
Femme est. a qui tout homs s'encline Vive refection des saints Vigueur et vitesse benigne Pilier soustenement des vains Ung desir insolable aux sains Le vray repos des travailliez. L'escu de tous perilz souldains La clarté des cueurs desvoyez
Femme est la vie des malades Vray secours et refection Solas et reconfort des fades Impetrant leur salvation Femme est qui exaltation A/ es cieulx sur nature humaine Et gloire et exultation Sur toute haulteur souveraine
Femme est a qui ange ne peult Assez d'onneur ne grace rendre Ne homme tant y penser veult Qui peust sa dignité comprendre Car se chescune herbette ou cendre Fust clere. comme saint augustin Et tous y voulsissent entendre Se n'y pourroient ilz trouver fin
Femme est qu'oncques cueur ne comprint Ne ne cessa d'esmerveillier Que jamais pechié n'entreprint Ne pensement fol ne legier Femme est l'incorrumpu vergier Qui de venin n'eust oncques dragme Ne tache/ qui la peust chargier Tant en dy pour la vierge dame