Le chevalier des dames du dolent fortuné
Chapter 5
Beau filz forment je vous regarde Et congnoit bien que moult vous tarde Certes que je ne vous declaire La nature de ce repaire Ouquel nous sommes en present Et croy que voustre cueur s'i fent De bien content et fort joieux Car il y fait melodieux Or mectez pene a bien entendre Et retenir et bien comprendre Ce que je vous remonstreray Et vivement declaireray Pour voustre moult grant joye et preu Et je voys desnouer le neu De mon plushault secret et sens Que j'aie/ ne qu'avoir me sens Touchant a noustre present fait Qui fort esmerveillier vos fait J'apparçoy bien ainsi m'aist dieux Qu'en riens vous ne gectez voz yeulx. Fors en l'arbre qui la fleurist Et de tant belles fleurs nourist Lequel certes pour tout voir dire Est bien digne qu'on le remire. Et qu'on enquiere de son estre Veu qu'a nulle rien terrestre Ne naturelle. il ne ressemble Ains/ et plus surpasser il semble Le cours de commune nature Tant est belle la floriture Pourtant prenez le sainement Et je vous diray plainement De l'arbre la signifiance Qui en vertu et en substance Tresmerveilleusement habonde Jadis. le createur du monde Quant le ciel et le firmament Avoit mis en leur mouvement Et eust creé toute autre chose Qui en terre ou en l'air repose Et qu'il ne restoit mais a faire Rien pour le monde tout parfaire: Alors comme ung ouvrier tressage Au derrenier de son ouvrage Il fist cest arbre: et le forma Tout tel qu'a present sa forme a Lequel il fist par excellence Sy beau si digne en corpulence Et de si grant prerogative Que sa vertu suppellative Surpassa. vous soit bien notoire Toute autre chose transitoire Car puis qu'il fault que tout vous euvre Dieu en fist le chief de son euvre A qui sur toute autre doulceur Il donna s'amour et son cueur Vertu. grant dignité. puissance Discretion. sens. congnoissance Comme qui de son fruit et germe Vouloit avoir/ je vous afferme Louenge et grace plusparfaicte Que de nulle rien que fust faicte Et lors en ce mesme moment Dieu vint a moy. ne sçay comment Qui me va commander ainsy Nature. prens cest arbre icy Et tressougneusement le garde Je t'en donne maistrise et garde Jusqu'au diffinement du monde Si vueil aussi/ qu'a toy responde Toute autre naturelle chose Qui s'engendre et que se compose Par la vertu des elemens Et donneras nourissemens Forme. complexion. figure A chescune une creature Selon son genre et son espece Itelle en france comme en grece Et te donne la seigneurie De terre qui sera fleurie Pour toy. et pour ta gouvernance. Mais j'en reserve l'ordonnance Sur toy et sur tout ton ouvrage Or convient il que ce langage Vous soit plus au cler exposé Et de sentences si glosé Qu'en fin vous puissiez concevoir Ce que vouz desirez savoir Parquoy noble cueur. je vous dis Cest arbre qui fluerist tousdis. Et est de si plaisant umbrage Est l'arbre dont l'humain lignage Sourdist/ et sourd de jour en jour Par quantité telle et vigour Comme au jourd'uy pouez veoir Dont adam et eve de voir Jadis ung corps et une eschine Furent le boys et la racine Dont tout l'arbre tel comme il est Se croist. se fleurist. et se naist Gectant deux branches contremont Sans plus. que bien a noter sont Et est bien de necessité Car la gist la diversité Du sexe. qui est masculin. A celui qui est feminin Lesquelles sans nulle doubtance Sont d'un estre. d'une substance Et d'une mesme dignité Sans quelconque difformité Fors sans plus/ une accidentale Que l'une est feme et l'autre masle Or est ceste arbre o sa racine Si vert/ et sa vertu si fine Que tousjours rend germe nouveau Et n'est plus foible ne moins beau De tout le temps que l'ay hanté Que le jour qu'il y fut planté Si a ja six mil ans. ou plus Et doit fleurir en ses vertus Que lez cieulx que nul ne peut rompre Fors dieu il conviendra corrumpre. Quel temps: combien il durera Ame ne vous asseurera Car la providence divine Seule/ de ce point determine Les fleurs dessus la branche destre Sont les hommes/ qu'on a veu naistre Depuis adam. jusqu'au jourd'uy Lesquelz quant ilz partent d'icy Leur fleur y remaint toute telle Comme ilz ont vertu corporelle: Parquoy/ entre les fleurs la sus L'une est belle/ l'autre encor plus L'autre est tresclere. une autre mains Tout ainsi que les corps humains Mais la cause pourquoy les fleurs De tous les corps predecesseurs Demeurent sur cest arbre icy Certes je le vous diray cy: Une foys quant il adviendra Que toute rien sa fin prendra Et que la divine justice Vouldra tenir son excercice Especialement sur l'omme Dez lors plus fruitz ne fleur ne gomme De cest arbre ne saillira: Ne plus avant ne fleurira Mais luy/ comme ung roy de grant compte. Viendra me demander le compte Quoy que mes fleurs sont devenues Grosses moyennes et menues Car il luy fauldra le veoir Et de leurs affaires savoir Lors il les ira regardant Comme ung en grant justice ardant Mais telles que sont entachees Seront erramment arrachees D'entre les belles et mourront Et les nectez demeureront En joie et beauté conformees Plus qu'oncques ne furent formees. Et sera l'arbre o sa sentence Exaulcié. par telle excellence Qu'a jamais sera fleurissant Sans aller en amendrissant: Et sans gecter nouvelles flours Mais ung/ et en ung point tousjours Assis en vergier honnorable De melodie pardurable Qui sera lors vous certifie Comme ung arbre o le fruit de vie Mais pource que point nous ne somens En voie de traicter des hommes Fors de la dignité des femmes Qui est toute une chose mesmes Sachiez que la senestre branche Que semble tant belle et tant franche Est celle dont les femens naissent Et se nourrissent et se paissent Qui est pour le vous faire entendre: Ung peu plus doulcette et plus tendre Que n'est telle du costé dextre Pour sa plusgrant perfection Car dieu la voulu itelle estre Or ay je grant affection De vous apprendre et demonstrer S'il vous pouoit au cueur entrer Comment en toute femme et homme Se font et naissent d'une gomme D'une terre d'une matiere Et se font tous par une ouvriere Par moy qui tous les corps humains Ay fait et formé de mes mains: Droit cy en verité certaine Au milieu de ceste fontaine Par quelque quoy/ elle est mal clere: S'entend le ventre de la mere Ou quel/ le fruit se fructifie Et prent force/ et forme et vie Et vous diray quoy et comment Il est vray/ qu'en chescun moment Il croist la sus boutons nouveaux Par cens/ par milliers/ et trouppeaux De moult diverse qualité Et d'un pareil egalité Lesquelz tout ainsi comme ilz s'euvrent Et que leur germe ung peu desceuvrent Il chet de chescun une graine Cy en bas/ en ceste fontaine Lors moy/ qui ay la congnoissance Apres dieu/ seule et la savance De tous les boutons. quelz ilz sont Et quelle dignité ilz ont Me vien bouter emmy ce bain Et prens la graine emmy la main Lui donnant la forme et figure Selon la vertu et nature Du bouton dont elle est saillie Car selon lui/ est sa taillie: Puis se nourist ceans grant temps Par l'espace de trois quars d'ans Mais aprés il convient sans faille Que par l'un des tuyaux il s'aille Prendre sa vie et nourriture En une nouvelle paisture Et sachiez. que je vous afferme Que se de l'arbre chet nul germe Il lui convient droit cy se rendre Et par ma main sa vie prendre Mais la cause vous diray voir Pourquoy ce baing est trouble et noir: Et le vous vueil notifier Certes. ce veult signifier Le vil et orgueilleux pechié Dont l'humain gente est entachié Tant qu'il convient grant et menu Estre en sa tache conceu Princes. princesses. saints et sainctes: Tous en sont prins/ et saincts et sainctes Sans en exempter ame aucune Que fut. ne qui sera: fors une Que ne fut oncques conceue Ou je suis forment deceue Si vous diray ce que je vis Une foys par tresvray advis Jadis ou temps des anciens Je vy sur ces arbres ceans Tout a plus hault ung bouton croistre Lequel pour verité congnoistre Estoit le tresplus gratieux Que j'eusse onques veu de mez yeulx Le mieulx flairant et le plus beau Le plus doulx et le plus nouveau Qui oncques fut ne qui sera Tant que le monde durera Sy vy comme a dieu il plaisoit Que ce bouton espanissoit Ung jour par la vertu divine Mais avant que sa graine fine Se laissa cheoir en la fontaine Je suis tresseure et trescertaine Que l'eau qui estoit obscure Devint tresclere et necte et pure Et changea sa couleur umbreuse Qui est chose bien merveilleuse Puis le germe de ce bouton Qui par sur tous flairoit si bon Si laissa cheoir icy dedens Et y print ses nourrissemens Complexion. figure. et forme Comme les autres que je forme Si en formay creez a lors Le plusgent et le plusbeau corps Le plus vertueux et parfait Que jamais pourroit estre fait Ou avoit esté fait devant. De puis adam ça en avant Si pert bien que je y prins delis Par celle noble fleur de lis Que porta le vray testmoignage De son estre et de son coursage Laquelle fleur. nous represente La glorieuse et excellente La benoiste vierge marie Qui la divinité marie Sur humain genre est coronnee A radoulcee et rapaisee Or est ainsi qu'aucunes gens Qui sont mal duis et negligens Vont murmurant contre les dames Pour les chargier et faire infames Disans. que femme en sa nature Est une fraisle creature Et occasion tresgreveuse De mainte chose dangereuse Mais pour garder l'onneur d'icelles: Je m'oppose contre eulx pour elles Disant. qu'en l'omme a tant de vices Qu'en la femme de malefices Une haultesse en dignité Et pareille fragilité Si vous demonstreray comment Vous veez comme au firmament Les estoilles illecques pendent Et sur les fleurs leur clarté rendent: Diversement/ que pour tout vray Il semble qu'a ung petit ray Une chescune fleur deppent D'une estoille du firmament Dont chescune estoille conduit Celle fleur. sur qui elle luit Et la dispose et la gouverne Et a sa vie o elle yverne Mais icy gist ung point secret Que tout le monde point ne scet Et se les hommes fussent sages Ilz changeroient leurs usages Et la femme ne blasmeroient Jusqu'a tant que informez seroient Pour quel cause se fait blasmer La femme/ ou penser ou amer Et dequel lien los luy eschiet Ou que son honneur luy deschiet Car langue d'ignorance esprise Ne scet ce qu'elle blasme ou prise Pourquoy savoir il vous convient Que la fragilité que vient Sur la Femme et sur l'omme aussy Eschiet/ par ces estoilles cy Qui envoyent leurs influences Sur ces fleurs. et leurs differences Telles/ que dieu leur a donnees De sa franchise et ordonnees Entre lesquelles. les aucunes Donnent ennuiz. douleurs. fortunez Les autres joyes et richesses Honneurs. sciences. et prouesses. Les tiers. bonne et sainte vie Autres: barat et tricherie Les quintes/ vie detestable Luxurieuse abominable Si fraudulent et decevese Qu'a tout le monde elle est doubteuse: Les sixtes bon courage et net Autres. ou nulle bonté. n'est Ainsi. par les conditions Et diverses impressions. Que chescune a de sa nature Il eschiet a la creature Devenir tout d'icelle mine Qu'est celle. que sur luy domine Et quant lez vertuz des planettes Ont leurs influences secretes Et une seigneurie mesmes Sur les hommes et sur les femmes. Arguer fault donc. s'elles donnent Vertu aux hommes et ordonnent Les causes qui les esvertuent Que aussi bien elles distribuent Par raison. leur vertu aux dames Veu qu'eulx deux ont unes ames Comme en mon cueur le conçoy L'omme n'a pas nul bien de soy Non a la feme plus que l'omme La moindre graine d'une pomme Mais toute vertu et constance Toute bonté toute chevance Vient a la femme tant qu'au masle Par la grace celestiale Laquelle n'est pas curieuse Que d'estre a l'omme avantageuse Et a la femme defraudable Nuisant et prejudiciable Bien sçay que dieu ne daigneroit Et aussi peu le souffriroit Sa irreprenable justice Qui en ce faisant feroit vice Car l'on diroit pour causes bonnes Qu'il fut excepteur des personnes D'avoir fait l'omme noble et digne Et la femme meschante indigne Qui sont d'une forme et figure D'un ouvrage. d'une nature Et au regard de l'ame aussy Qu'elle a tant noble comme luy Parquoy donc/ s'en ces basses isles Femmes aucunes sont fragiles Ordes et mal conditionnees Et a vices habandonnees Dont me desplaist qu'il en est tant Las. il ne s'ensuit pas pourtant Que toute femme de nature Soit partissant de telle ordure Ne que tel grief deslos on donne A mainte/ qui est belle et bonne Aussi vertueuse aussi ferme Qu'onques fut homme: et plus l'afferme Car femme de soy pour tout dire Ne peut estre de l'omme pire Mais elle est bien ung peu plus molle Parquoy s'elle veult estre folle Pechié. qui tout bon renom tue L'aura pluslegier abatue Mais celle molleur que je y mectz N'est pas pour son mal vous promectz Ains dieu le m'ordonne ainsi faire Veu qu'elle y est necessaire Se le fruit humain qui y entre Doit croistre. et se nourrir ou ventre Si donc par accident qu'elle a Et que je y mectz. tel qu'il est la. Pour humaine necessité Elle a ung peu fragilité En complexion de corsage Non pourtant/ se l'omme estoit sage. Ne la doit blasmer ou despire Ou de sa nature mal dire Veu qu'en accident celui Elle est pour le prouffit de luy Mais ung point y est qu'on oblie Qu'en tant que Nature assaillie Est trop d'une part et pressee Que d'autant elle est reconfortee. Peut estre/ en vigueur spiritable Et en vertu celestiale Car dieu qui bien le veult comprendre Ce qu'il prent cy/ la le peut rendre Ainsi par le don des planettes Des estoilles et des comectes Qui se font merveilleux et mains Et divers/ sur les corps humains Aucunes femmes sont mauvaises Et meschantes comme punaises Mais ung point y voys adjoustant Si sont les hommes/ et plus. ou tant S'il est des hommes tresparfaiz Si en est il de tresmauvais Vilains pervers et decevables. Et pires que ne sont les diables Bons ne sont pas trestous lez maslez Ne les femelles toutes malles Tout pechié qui est soubz la lune Est aussi pres a l'un. qu'a l'une Et vertu et toute euvre belle Est aussi pres a luy. qu'a elle Et tant a elle/ comme a lui Pourquoy je conclu au jourd'ui Qu'en femme a aussi grans vertus Comme en l'omme ou tant au plus. Et s'aucunes ont aucuns vices Destinees et malefices Si ont les aulcuns ce me semble Autant ou plus. quant tout s'assemble. Car ung corps est leurs deux personnez Et ung. qui bien et mal leur donnes Si vous certifie pour voir Comme qui bien le puis savoir Que j'ay formé de mez mains mesmes Autant de corps de vaillans femmes Dignes d'honneur. de pris et los Comme d'hommes. bien dire los Comme c'est arbre bien testmoigne Se verité dis ou mensongne Car les fleurs portent testmoignage De la vertu de leur courage Si lez regardez une a une. En jugeant toutes et chescune Puis acomparagez ensemble Les deux branches. se bon vous semble Mais je croy point ne trouverez Quant bien vous les aviserez Se voz memoires sont entieres Que l'une passe l'autre en guieres Car si dela voyez les saintz Qui ont esté beaucop et maintz Si sont deça aussi les sainctes Qui on esté beaucop et maintes Et se dela sont les martirs Qui par leurs vigoreux desirs Ont voulu morir pour la foy Aussi sont pardeça je croy Maintes glorieuses martires Qui ont souffert maintz griefz martires Et si sont trop plus a louer Que martir qu'on sache advouer Car leur nature est precieuse Et pour endurer dangereuse Toutesfois nonobstant foiblesse Et leur naturelle tendresse Elles ont nature vaincue Contre son cours et desrompue Tant qu'amour soubz torment les mist Dont tout fort homme se fremist Plus est d'un foible vaincre ung fort Qu'a ung fort vaincre ung fort aufort En oultre. de la sont pluseurs Saints preudommes et confesseurs Et pardeça religieuses Sainctes vierges de dieu espeuses Nonnains recluses et cloistrieres Et gentilz femmes seculieres Que pour l'amour de dieu tresmonde Ont renoncié a tout le monde Et fuy majesté royalle Pour estre amie a dieu loyalle Si vous arguez des prophettes Qui ont les visions secretes Des philosophes des docteurs Qui sont de la foy instructeurs Voyez cy les propheteresses Et les sages devineresses Que maintesfois en leur publicque Ont eu le sens angelicque Tant qu'il sembloit que leur science. Passast humaine sapience Mais pour changier propos dez saints Parlons de ceulx qui sont mondains Des loyaux des preux des vaillans Des vertueux et des sçavans Des beaux dez bons dez fortz dez sage Et de tous vigoreux courages Et vous trouverez sans cautelle Que chescun tel/ aura sa telle Et qu'il en est ainsi m'aist dieux Autant de telles/ que de cieulx Lesquelles bien nommer sauroie Quant forment pressee en seroie Dont les histoires anciennes Tant des juyfves que payennes Et des crestiennes encoire Font tresglorieuse memoire Tant que bien doit leur renomee Estre exaulcee et renommee A jamais. tant que oeil pourra lire Ou main et plume en parche escrire. Mais une. qui a moins d'encombre Et qui est la non per du monde N'est pas encor mise en compte Que seule plus vault et plus monte Et est plusdigne en tous eschanges. Que mille millions des anges Ne que saint tant soyt de grant fame Toutesvoyes sy est elle fame La qui clarté. la qui haultesse Toutes autres aveugle et abasse Comme le soleil vainct la nue D'une estoille clere et menue Laquelle. tout le genre humain Sert et honneure soir et main Et pour sa grace deservir Tousjours est prest de la servir Non pas seule nature humaine Mais aussy bien la plus haultaine Sorte/ des anges de la sus Si s'en travaillent mieulx ou plus Que s'aucuns hommes qui fouloient D'aventure/ arguer vouloient Disans que la divinité: S'est vestue d'humanité Et que dieu a forme acceptee De l'omme pour plus exceptee Non pas de femme/ et par ainsy Vouldroient nyer tout cecy Certes je respons a ce point Que cela ne m'arguent point Ne ne revallent mon party Ne eulx n'en sont ja mieulx party Car le filz dieu. quant j'en commence Ne fut oncques d'humaine semence Ne homme nul ne l'engendra Combien que part en son gendre a Mais la paternité puissante Legendra pur et fleurissant En sa tresglorieuse mere Sans semence venant de pere Et pur et net fut conceu Du saint esperit/ qui sceu Estoit en ses dignes entrailles Sans corrumpre veines ne trailles. Mais moy/ quant tout se fait se fist Je croy qu'a lors dieu me deffist Ou m'endormit ou aveugloit Ou congnoissance me tolloit Car je vous jure et vous desceuvre. Je ne steuz oncq rien de ceste euvre Et suis forment esmerveillee Comment moy que tant esveillee Me suis laisser embler ce fait: Qui sur mon cours a esté fait Au fort/ j'ay bien la congnoissance Que riens n'est hors de la puissance De la deité invincible Ne riens devers elle impossible Mais par ceste solution L'en peut mectre a conclusion Tous ceulx qui pour l'omme exaulcer. Veullent dieu avec eulx tauxer Car je ne mectz en mes querelles Fors creatures naturelles Naturellement engendrees Mais dieu n'est pas de telz ventrees Mais trop plus d'honneur eternel Et los. trop plus perpetuel Est a la glorieuse vierge La pure incorrumpue cierge D'avoir esté choisie digne Par sa pure doulceur divine A porter ce que ciel et terre Ne peurent prendre ne conquerre Et le fermer tout et entier En son doulx virginal sentier Que n'est a l'omme: qui veult estre Seigneur par sur la femme et mestre Que le filz de dieu: que je nomme Ait accepté la forme d'homme Veu que autre ne devoit prendre Quant il luy pleust icy descendre Car celle forme est plusparfaicte Et toute a sa semblance faicte: Or convient il que je recours Ung petit: par briefz motz et cours Vous declairer ung petit point Dont parlé n'ay encores point Pour vous faire ung petit plus sage Comment au feminim corsage Eschiet aucunesfois le bon D'estre mauvais. ou bel ou bon Bien avez retenu je pense Comment le germe et la semence En la fontaine se nourissent Et la se forment et fleurissent Le temps qui leur est ordonné Et par naturel cours donné Et comment il fault que dehors Ou temps nommé ilz saillent lors Par le tuyau qui les envoie En une bien diverse voie C'est a dire en ce divers monde Ou maint dangier sourd et redonde Lors aussi tost que de la partent Et que de l'air du monde ilz partent. Si va venir par grant ardure Ma chamberiere nourriture Et prent les corps en gouvernance. Pour nourrir a son ordonnance De tel laict. comme il luy plaira Et que l'enfant besoing aura Laquelle en esté et yvers Donne nourissemens divers Et de vertu beaucop diverse Le laict que des tetines verse Et plus souvent le mue et change Q'un changeur son argent au change Certes vez cy celle en partie Par qui maintefoys est partie La femme en vertu ou en vices Et en tous itieulx exercites Car selon la prime paisture Leur donnee par nourriture Il convient que chescun ne prengne. Complexion. qui leur remaigne Vie meurs vertu et conduicte Car nourisson fait forte luicte Et la fille d'un roy nourrie D'une viande orde et pourrie Entre gent vile et deshonneste. Quant nee seroit aussi necte Q'un ymage en toute fasson Sy lui feroit la nourisson Changier nature primeraine Et devenir orde et villaine Veu que usance et nourriture Sont nommees autre nature Or vous ay declairé assez La chose que vous pourchassez C'est de savoir et de congnoistre Cil arbre que l'on voit la croistre Chargié de mainte fleur losee Par quel je vous ay exposee En amour et benignité La feminine dignité. Tant sy avant et sy au large Que le bien le mectez en marge Et voustre cueur aussy l'entent Vous en devez estre content Si nous convient changier propos. Et prendre ailleurs ung peu repoz Sans plus parler de tel matiere Qui est treshaulte et trop entiere