Le chevalier des dames du dolent fortuné
Chapter 4
Lors je vy que dame nature Ensemble o la parfaicte et pure L'oultrepasse de corps humains Prindrent noble cueur par lez mains Mais gaires long ne cheminerent Qu'en ung si beau lieu le menerent Que je tien sur ma conscience Qu'il n'est cueur si plain de science Qui proprement pourroit suffire A la beauté du lieu descrire Car c'estoit le plushault retrait Ouquel nature se retrait. Le lieu ou elle fait et forme La tresnoble et tresdigne forme La figure d'humain coursage Qui est le chief de son ouvrage Mon regard par leans voloit Mais ainsi comme dieu vouloit Entre les autres choses/ une Je vy/ que n'estoit pas commune En mille region ne veue Parquoy mon sens mon cueur ma veue Versay totalement sur elle Car belle estoit et plus que belle C'estoit ung arbre my party Fourchu dessus/ par tel party Et de si egalle mesure Qu'il n'est ou monde creature Qui bien eust sceu jugier sans faulte: Quelle part estoit la plushaulte Fleury estoit/ mais grant merveilles Vous diray des fleurs et dez fueilles Que portoient lesdictes branches Rouges jaulnes perses et blanches. Plus de dix mille millions Fleurs il portoit/ tant que nulz homs. N'eust ja sceu toutes les comprendre Ne le nombre infiny en rendre Les unes par oultrage belles En fleurs et en couleurs itelles Les autres de maindre beauté Toutesfoys/ par ma leauté La moins belle et la plus indigne Me sembloit belle doulce et digne Mais telle y avoit difference Que chescune par apparence Estoit a chescune insemblable En forme assez apparcevable Si estoit point je ne vous celle A ung petit ray une estelle Que je fuz assez regardant. Chescune de ses fleurs rendant Par diverses impressions Dont les significations Je ne peuz oncq ymaginer Ne en mon cueur determiner Telle subtile extremité Mais droit en la sublimité De l'arbre/ du costé senestre Je vy sur toutes. croistre et naistre Une si belle fleur de lis Que tous autres mondains delits Et toute beauté naturelle Furent neant/ au regard d'elle En telle vertu fleurissoit Que la haulteur dez cieulx passoit Et rendoit si souef odeur Que tout le monde a la rondeur Et les cieulx mesmes s'emplissoient Des grans doulceurs qui en issoient Sur ceste fleur en ung trouppeau Avoit estoilles ung monceau Amoncelees et unies Et leurs grans clartez infinies Sur la tresdigne fleur gecterent Et telle grace lui donnerent Par la vertu que y habunda Que le nom de fleur du monde a Or estoit cest arbre planté Non pas par art ne voulenté Mais par puissance treshaultaine Droit ou milieu d'une fontaine La quelle estoit si ample et large Qu'il n'y eust fleur qui l'arbre charge Quant ce venoit aux accidens Qu'elle ne cheyst dedens Dont l'eau en estoit trouble et noire Qui est chose bien forte a croire Mais tant avoit de sa nature Qu'elle estoit chaulde par mesure Et si par rayson destrempee Que nulle rien ou monde nee Oncques ne fut si bien ne mieulx Et son eaue. par quatre lieux Envoyoit/ qui estoit parfonde Devers les quatre pars du monde Lors vy je que les nouveautez Et les singulierez beautez Que leans infiniz estoient Les sens de noble cueur mectoient En tresgrande admiration Mais la grant persuasion De dame nature la sage Le venoit d'un riant visage De tout informer et apprendre Et lui donnoit les poins entendre Sur le fait de cest arbre icy Et puis elle luy dist ainsy
Nature