Le barbier de Séville; ou, la précaution inutile

SCENE VII.

Chapter 11247 wordsPublic domain

LES ACTEURS PRÉCÉDENS. (_La Jeunesse arrive en vieillard, avec une canne en béquille; il éternue plusieurs fois._)

L'ÉVEILLÉ, _toujours bâillant_.

La Jeunesse.

BARTOLO.

Tu éternueras dimanche.

LA JEUNESSE.

Voilà plus de cinquante... cinquante fois... dans un moment. (_Il éternue._) Je suis brisé.

BARTOLO.

Comment! Je vous demande à tous deux s'il est entré quelqu'un chez Rosine, et vous ne me dites pas que ce Barbier...

L'ÉVEILLÉ, _continuant de bâiller_.

Est-ce que c'est quelqu'un donc Monsieur Figaro? Aah, ah...

BARTOLO[80].

Je parie que le rusé s'entend avec lui.

L'ÉVEILLÉ, _pleurant comme un sot_.

Moi... Je m'entends!...

LA JEUNESSE, _éternuant_.

Eh mais, Monsieur, y a-t-il... y a-t-il de la justice?

BARTOLO[81].

De la justice! C'est bon entre vous autres misérables, la justice! Je suis votre maître, moi, pour avoir toujours raison.

LA JEUNESSE, _éternuant_.

Mais pardi, quand une chose est vraie...

BARTOLO.

Quand une chose est vraie! Si je ne veux pas qu'elle soit vraie, je prétends bien qu'elle ne soit pas vraie. Il n'y auroit qu'à permettre à tous ces faquins-là d'avoir raison, vous verriez bientôt ce que deviendrait l'autorité.

LA JEUNESSE, _éternuant_.

J'aime autant recevoir mon congé. Un service terrible, et toujours un train d'enfer.

L'ÉVEILLÉ, _pleurant_.

Un pauvre homme de bien est traité comme un misérable.

BARTOLO.

Sors donc, pauvre homme de bien. (_Il les contrefait._) Et t'chi et t'cha; l'un m'éternue au nez, l'autre m'y bâille.

LA JEUNESSE.

Ah! Monsieur, je vous jure que sans Mademoiselle, il n'y auroit... il n'y auroit pas moyen de rester dans la maison[82].

(_Il sort en éternuant._)