La Zaffetta Raccolta Di Rarissimi Opuscoli Italiani Degli Xv E

Chapter 1

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RACCOLTA DI RARISSIMI OPUSCOLI ITALIANI DEGLI XV E XVI SECOLI

II

LA ZAFFETTA

PARIGI

M D CCC LXI

LA

ZAFFETTA

Cette réimpression, faite par les soins et aux frais d'une réunion de bibliophiles, n'est point destinée au commerce.--Elle n'a été tirée qu'à 100 exemplaires numérotés, dont 90 sur papier vergé et lO sur papier de Hollande.

Nº ***

Paris--Imprimerie de Ch. Jouaust, rue Saint-Honoré, 338.

LA ZAFFETTA

PARIGI

M D CCC LXI

NOTICE SUR LA ZAFFETTA

_La Zaffetta_ est un poëme satirique en un chant composé de cent quatorze stances non numérotées, de huit vers chacune, et dont le sujet est le récit d'une aventure qui devint le châtiment infligé à une courtisane de Venise nommée Angela.

Quant au titre du poëme,--_la Zaffetta_,-- dérivé du mot _Zaffo_, qui en dialecte vénitien signifie _sbire_, il désigne le surnom que l'on donnait à cette courtisane pour la distinguer de celles de ses compagnes qui portaient le même nom qu'elle, et n'a point la signification injurieuse que lui attribue Magné de Marolles dans son _Manuel bibliographique_ inédit, cité par Brunet, au mot _Puttana errante_.

L'auteur de cet opuscule est Lorenzo Veniero, noble Vénitien, qui, en le commençant, déclare l'entreprendre pour prouver qu'il est également l'auteur de _la Puttana errante_, autre poëme satirique que l'on attribuait faussement à l'Arétin, et qu'il faut bien se garder de confondre, comme l'ont fait plusieurs bibliographes, avec un dialogue en prose portant exactement le même titre.

Les bibliographes ne sont pas d'accord relativement au lieu d'impression et à la date de ce livre; la plupart cependant indiquent Venise, 1531. Ce lieu et cette date sont assez probables en effet, l'aventure ayant eu lieu à Venise, et la date en étant donnée par l'auteur même dans la 79^e stance de son poëme (page 54 de notre édition), où on lit:

Rimasti à Chioggia, quei compagni buoni Scrisser per ogni muro e in ogni via Come l'Angela Zaffa, _nel trent'uno, À i sei d'Aprile_, habbia havuto 'l Trentuno.

Or, la composition du poëme et son impression ont dû suivre de près le fait, sans quoi la plaisanterie aurait manqué de sel.

Dans une dissertation fort intéressante, publiée par M. Hubaud, de Marseille [1], et que nous engageons nos lecteurs à consulter, le savant bibliophile rejette la date de 1531 comme incompatible avec l'âge de la Zaffetta, âge qu'il a calculé approximativement d'après les termes d'une lettre de l'Arétin; et les raisons qu'il apporte à l'appui de son opinion sont en effet fort plausibles. Mais, en présence d'un texte aussi formel, nous sommes plutôt porté à croire qué l'Arétin a commis une erreur, volontaire ou non, dans l'appréciation des _lustres_ de la courtisane.

[1] _Dissertation littéraire et bibliographique sur deux petits poëmes satiriques italiens composés dans le XVI^e siècle_, par L.-J. Hubaud. Marseille, Barlatier-Feissat et Demonchy, 1854, in-8° de 40 pages.

M. Hubaud, d'ailleurs, hâtons-nous de le dire, ne connaissait que l'édition modifiée de _la Zaffetta_, dans laquelle le passage que nous citons à l'appui de notre opinion est fort altéré. En effet, voici ce qu'il écrit, p. 31 de sa brochure:

"Prenant acte des trois derniers vers suivants de la stance 79 de _la Zaffetta_:

Scrisser per ogni muro e in ogni via Come l'Angela Zaffa nel Trent'uno A i sei d'aprile, habbia sfamato ognuno,

il (Apostolo Zeno) en a conclu, un peu inconsidérément, que l'injure soufferte par Angela l'avait été le 6 avril 1531, tandis que ces vers désignent seulement la date du mois, mais non celle de l'année."

Il est évident, d'après cette citation, que M. Hubaud, n'ayant pas le texte original, ne pouvait se rendre compte de l'opinion d'Apostolo Zeno sur la date de cette aventure.

Dans son commencement de poëme intitulé: _Li dui primi canti de Orlandino del divino Messer Pietro Aretino_, le célèbre satirique fait allusion en ces termes au châtiment infligé à la Zaffetta:

E tanto de le lodi ci sentiamo Quanto de le vergogne Helena Diva, O la Zaffetta, a ben che 'l sappia ognuno Del dato benemerito trent'uno.

Malheureusement ce rare bouquin, imprimé partie en caractères ronds, partie en caractères gothiques fort anciens, ne porte pour toute indication que la mention suivante: _Stampato ne la stampa, pel maestro_ _de la stampa, dentro de la citta, in casa e non di fuore, nel mille vallo cerca_; mention fort originale sans doute, mais peu faite pour jeter du jour sur la date que nous cherchons.

L'objection tirée du passage de _la Zaffetta_ (stance 5) où l'auteur cite l'_Orlando_ de Berni, dont la première édition connue porte la date d'octobre 1541, n'a pas non plus une valeur absolue: car, en admettant que cette édition soit effectivement la première (ce que les mots _nuovamente composto_ ne peuvent suffire à établir aux yeux des bibliophiles), il n'y aurait rien d'impossible à ce que le poëme eût été connu des amis et des rivaux de Berni longtemps avant son entier achèvement, et à plus forte raison avant son impression.

Que conclure de tout ceci? c'est que la date de 1531 est au moins possible, si elle n'est pas prouvée, et qu'elle existe réellement dans le texte du poëme.

Quant aux éditions de _la Zaffetta_, elles sont peu nombreuses, et ici encore les bibliographes en sont souvent réduits à des conjectures reposant sur des assertions plus ou moins bien établies. Nous nous bornerons à décrire les deux éditions que possède la Bibliothèque impériale.

La première est imprimée à la suite du poëme _la Puttana errante_, et occupe les 22 derniers feuillets du volume. Elle est de format petit in-8°, en caractères romains, et sans aucune indication de lieu ni de date. Elle commence au 3^e feuillet de la feuille E, dont le recto est blanc, et dont le verso contient le titre: _La Zaffetta_. Au feuillet Eiiii commence le poëme, sans reproduction du titre, avec trois stances à la page. Il se termine avec le 6^e feuillet de la feuille G, après lequel se trouvent deux feuillets blancs. En tout, 114 stances.

A l'exemplaire que nous décrivons se trouve jointe la note suivante, d'une écriture ancienne:

_La Zaffetta_ è pure del Venier. Zaffetta vuol dire figlia di Zaffo, ò birro; Zaffetta si può intendere ancora allegoricamente per una cortigiana che piglia e rubba quanto può a suoi amanti.

Il Venier dunque, per far vedere che era stato l'autore della _Putana errante_, e che a torto si diceva nel mondo che Pietro Aretino ne era l'autore, fece questo poometto della _Zaffetta_. In questo narra la vita di questa sciagurata, e come un suo amante, per vendicarsi della sua infedeltà, le fece dare il Trentuno.

La compositione è cosi sbrigliata per il costume come _la Putana errante_, e piena di sozzure che niente più. Lo stile è di buon sapore, ma sarebbe meglio non leggere cose tali, e lasciarle in un eterno oblio.

L'autre édition, quoique imprimée séparément, fait également partie d'un volume où elle est précédée de _la Puttana errante_, et suivie de _la Cazzaria_, petit poëme de 18 octaves, et de la _Persuasiva efficace_, _etc._, pièce de 7 octaves. Elle est aussi de format in-8^o, imprimée en caractères italiques, et se compose de 2 feuilles, signatures A et B, de 16 pages chacune. Le recto du 1^er feuillet contient le titre suivant: _La Zaffetta di Maf. Ven._, au milieu d'un cadre gravé sur bois, qui n'occupe pas le feuillet entier; le verso présente un portrait gravé aussi sur bois, le même que celui qui se trouve en tête de _la Puttana errante_, mais d'un tirage très-usé. Le poëme commence au recto du 2^e feuillet, à raison de quatre stances à la page, pour se terminer à la moitié du recto du 16^e feuillet, dont le verso est blanc. En tout 114 stances, comme ci-dessus. Les caractères de cette édition sont fort usés.

Un exemplaire du livre, tel que nous venons de le décrire, a été vendu 48 francs en 1805. C'est le seul prix de vente que l'on trouve indiqué dans le _Manuel_ de Brunet.

Il existe une autre édition qui fait partie de l'ouvrage intitulé: _Poesie da fuoco di diversi autori_, Lucerna, 1651, in-12. Comme dans l'édition que nous venons de décrire, _la Zaffetta_ est précédée de _la Puttana errante_, et ces deux pièces sont attribuées à Maffeo Veniero, archevêque de Corfou; mais il est évident que cette fausse attribution a été faite dans un but de scandale, l'archevêque n'étant pas encore né à l'époque où parurent les deux poèmes: il faut les restituer à son père, Lorenzo Veniero.

Nous croyons être agréable aux amateurs en leur donnant la composition du fameux et introuvable recueil que nous venons de citer. Les _Poesie da fuoco_ contiennent, les pièces suivantes:

_La Puttana errante di Maf. Ven._

_La Zaffetta di Maf. Ven._

_La Cazzaria del C.M._

_Persuasiva efficace per coloro che schifano la delicatezza del tondo._

_Terzetti dell'Abbati sopra uno che havea preso una panocchia._

_Ode di Gio. Batt. Bem, sopra una Signora che si dilettava d'esser ben chiavata._

_Lamento d'Elena Ballarina, detta l'Errante. Ode di Nic. Pont._

Quant-au châtiment qui fait le sujet du poëme de _la Zaffetta_, il paraît qu'il était assez fréquemment usité en Italie, puisqu'il donna naissance à plusieurs mots qui restèrent dans la langue italienne. En effet, outre les expressions _trentuno_, _trentone_, du poëme, nous trouvons dans le Dictionnaire italien-français de Nathaniel Duez le mot _trentuniere_, pour désigner celui ou celle qui est l'agent ou l'objet du _trentuno_. Dans l'ouvrage intitulé: _Proverbii di messer Antonio Cornazano in facetie_, dont la première édition connue remonte à 1518, au proverbe 10: _Perche si dice: Tutta è fava_, nous lisons la phrase suivante: Uno villano del contado d'Imola... tolse per moglie una garzona molto astuta, _trentonizata_ per tutto il paese.

* * * * *

Avant de terminer cette notice, un dernier mot sur cette réimpression. Nous avions eu d'abord l'intention de placer au bas des pages ou de renvoyer à la fin du volume les variantes que présentent les deux éditions dont nous avons parlé plus haut. Mais ces variantes sont tellement multipliées qu'il nous a paru plus utile et plus commode de donner les deux textes en regard, afin de mettre le lecteur à même de bien se rendre compte des changements apportés à la deuxième édition. Nous avons donc imprimé en caractères italiques le texte le plus ancien, et en caractères romains le texte modifié.

LA ZAFFETTA

Poi ch'ogni bestia in volgar e in latino, Con giudicio di pecora ignorante, Ciancia che'l famosissimo Aretino Hammi composta la Puttana Errante, Per mentirgli dov'entra il pane e 'l vino, Et per chiarir ch'un furfante è furfante, Vengo à cantar si come la Zaffetta Ne l'utriusque à Chioggia hebbe la stretta.

Che bisogna stupir, goffi, se io Ho in un tratto lo stil fatto famoso? Un'Aretin, mezz'huomo et mezzo Dio, Mi presta il favor suo miracoloso. Chi vuol in ciel balzar per chiamar Clio, Vuol guarir in un di del mal francioso. Invochi l'Aretin, vero propheta, Chi si vol far, come son io, poeta.

Non v'arrossate, buffalacci buoi, À dir che'l mastro di color che sanno, Spenda à mio nome glialti studi suoi, Com'i pedanti à suoi scholari fanno. Puo far San Pier che non ci sia fra voi Plebei tanto d'ingegno co'l mal'anno, Che discerna l'orina da l'inchiostro, E 'l priapesco uccel dal pater nostro.

Se l'Aretin la mia Puttana havesse Composta, come dite, babuassi, Credete voi ch'altro suon non tenesse, Altri soprani et altri contrabassi. Le rime sue parebbono pappesse, Et i suoi versi parebbon pappassi; Et poi Pietro, al mio dir ferma colonna, Mai non ha visto camiscia di donna.

Ma dir potreste: Ei t'ha forse aiutato A finir l'opra, a cio sia l'opra eterna. Dico di non, perch'io non son sfacciato, Com'è 'l ghiotton presontuoso Berna, Che per haver Orlando sconcaccato Con rimaccie da banche et da taverna, Il nome suo ci ha scarpellato sopra, Come se del furfante fusse l'opra.

Ma torniamo à l'Errante e à le cicale, Che 'n giudicar si menano l'agresto, Et hanno nel cervello manco sale Che d'un'infermo non ha 'l polo pesto. I l'ho fatt'io col proprio naturale, Et perche vi chiarite presto presto, Non havendo per hora altra facenda, De la Zaffetta canto la leggenda.

Per due cagion, Zaffetta, in stil divino Vengo à cantar l'historia de tuoi fatti: Una per dimostrar che l'Aretino I versi de l'Errante non m'ha fatti; L'altra, ch'in far piacer son si latino, Ch'è forza contentar parecchi matti, Che mi stringono à dir in nova foggia Di quel trentun che ti fu fatto à Chioggia.

Dio 'l sa, Signora, che mi dolse e dole Il trentun vostro, perch'i v'amo e adoro. Ma chi manca à gli amici di parole, Manco gli impresteria gli scudi d'oro. Voi pur sapete s'un chiavar vi vole, Ch'ei pur vi chiava et nel fesso et nel foro. Dunque che poss'io far, se vole ognuno Ch'io canta la novella del trentuno?

Angela mia, dovete ben sapere Ch'ogni Diva ha 'l trentuno o 'l mal francese, O tardi, o presto, ad ogni modo havere, Che 'l veggia et sappia ognun chiaro et palese. Circa il trentun, con poco dispiacere Sete uscita d'affanni à vostre spese. Hor venghin via le bole, a ciò che voi Non stiate più in pensier, co fatti suoi.

Et io, Signora Angela Zaffa, intanto Che 'l mal francioso occulto scoprirete, Di voi 'l trentun, qual vangelista, canto; Et s'io punt'erro, mi corregerete, Perche 'l fatto v'è noto tutto quanto; Et meglio tutto à mente lo sapete, Che non sa la Zaffetta, al trentun corsa, Cavar l'anima e 'l core d'ogni borsa.

Puttane ladre, che vi disdegnate Tener un gentil'huom per vostro amante, D'un gentil'huomo un'arlasso ascoltate Fatto à una gentil porca galante, C'ha privilegio fra le nominate, Qual fra le vacche la Puttana Errante; Et finir senza dubbio vi prometto, Come ch'i ho, quel ch'io vo dirvi, detto.

Signor, sono in Venetia, gratia Dei, Tre legioni o quattro di puttane, Ruine de patritii et de plebei, Parte in gran case, parte in carampane; Ma fra tante migliaia un cinque o sei, Per forza di belletti e d'ambracane, Copron si lor bruttezza stomacosa, Che le poltrone paion qualche cosa.

Fra queste poche ce n'e una sola Che tiensi prima in la fottuta setta. Non è la Griffa, non è la Bigola, Che le parole profuma e belletta. Aiutatemi à scioglier la parola; La sua altezza ha nome la Zaffetta, Che si tien nata di sangue reale, Poi che patrigno l'è Borrin bestiale.

Conta talhor la sua genealogia, Et fassi figlia del Procuratore Da ca Grimani, ch'à sua madre ria Già fece a ch'ell'è dentro, a ch'ell'è fuore. Ma viemmi grizzol ne la fantasia Di cantar puntalmente in bel tenore Il suo grado in minoribus, et come C'ha guadagnato il puttanesco nome.

No'l vo dir no, perche de le puttane Sempre giostran del par, principio e fine. Cominciano a grandirsi con un pane, Et con un pan finiscon le meschine. Basta che la Zaffetta è d'ambracane, Di seta e d'or, e in pompe alte e divine, Non sua virtu, non sua bellezza o gratia, Ch'ella nascendo nacque la disgratia.

Il caso del suo grande et ladro stato, Che i nostri gentilhuomini ogn'hor soia, Da una sorte di corrivi è nato, Che per morbezza, per garra et per foia, Cercando haver l'un l'altro superato, À questa Arpia, ch'à chi piu l'ama annoia, Han dato senza merito à diletto L'anima e i soldi, à lor marcio dispetto.

Perdonatemi, giovani; l'amore Ch'io vi porto fa dirmi cio ch'io dico. Sapete ben ch'io vi son servitore, Non pur compagno, fratello et amico. Poi ne la lingua i ho quel c'ho nel core; Io l'ho detto, et di novo lo ridico: Le vostre garre, et non gratia o bellezza, Hanvi abbassati, et lei post'in altezza.

Hora ch'accade? la Zaffetta Diva, Diciam bella, gratiata et virtuosa, Poi ch'ella del cervello e danar priva Ciascun con la sua faccia artificiosa, Fra l'incazzita sua gran comitiva, Havea un'amante, ch'è si gentil cosa, Pieno di leggiadria e cortesia; Et se non fosse 'l ver, non lo diria.

Il gentil gentilhuom prodigo amante Sendo fatto di lei, per sorte rea, Le stava sempre servitore inante, Com'ella fosse non Zaffa, ma Dea. Si che pensi ciascun se la furfante Honestamente rubbava e chiedea. Perdio, c'han piu discrete e honeste mani Cingani, marioi, giudei, marrani.

Gran cosa è à dir che l'avaritia stringa Una puttana si ch'un soldo, un bezzo, Un guanto vecchio, un puntal, una stringa, O s'altra cosa c'è di minor prezzo, Con parlar che tradisce et che lusinga, Ti rubba sempre, et ha talmente avezzo L'appetito à far trar, che nel bordello, Dove son'esse, mandan questo e quello.

Il giovane gentil, che forte amava, Pur che trovasse fede in la Zaffeta, Lo spender da par suo manco curava, Ch'un cavallar di far una staffetta. Ma non ste molto questa Zaffa fava, Ch'un'arlasso gli fe, come la setta De le porche poltrone ognhor far sole À chi piu dalle, a chi piu ben le vole.

Ogni cosa si puo facil soffrire. Servitu e danari son niente. _(sic)_ Ma questo puttanesco ognhor tradire È quel ch'uccide l'amorosa gente. Credi sta notte con la Dea poltrire, Et trovi un'altro tuo luoghotenente. Brava, frappa à tua posta, amazza e squarta, Ch'à coda ritta è forza che ti parta.

Non fe 'l giovin gentil frappe o rumori, Al corpo, al sangue, vacca, slandra, ladra, Ne con spada ò baston sfogò gli amori, Anzi dopo l'arlasso in mente squadra Di vendicarsi, onde doppio i favori À la Signora, e dandole la quadra, Piu che mai la presenta e la corteggia, Acio che 'l suo pensier dentro non veggia.

Passati alquanti di, comincia à dire Il gentil'huom: Quando vogliam, Signora, A Malamocco per solazzo gire, Poi che del darci piacer ne vien l'hora? Con puttanesco et temerario ardire Rispose la Madonna Angiola allhora: Al piacer vostro, tutta allegra e altera, Ma che torniamo à Venetia la sera.

À l'ordin dar non fu zoppo ne tardo L'amante da le soie assassinato; Ma con un dolce piacevol riguardo Duo giovin gentilhuomini ha chiamato: Un manda à Chioggia, che la cena al tardo In punto metta; et l'altro, spensierato, Buon compagno al possibile e da bene, Seco per gir con la Signora tiene.

Poi che 'l giorno e l'hora e 'l punto venne Che far le nozze dovea la novizza, Preparossi una gondola solenne, Ch'in due vogate mezzo miglio sguizza; La qual à Malamocco il camin tenne, Portando allegra l'angelica chizza, Che fea col suo moroso un gran contrasto Per voler gir, come sposa, sul trasto.

Come fu giunta questa meretrice À Malamocco in gran reputatione, Vezzosamente soghignando dice: Ecci, ben mio, da far collatione? Et veggendo fumar una pernice, Quella grappò e inghiotti in un boccone, E in men che non si dice Ave Maria, Traccano gotti sei di malvagia.

Buon pro, Madonna, dice la brigata; Et ella ride e gliamorosi soia, Et con quella sua gratia disgratiata Petegolando, sempre ha in bocca moia; E à questo e à quello ha la barba tirata, Per favorirli, e con spiacevol noia Conta le sue grandezze, et narra come Di Zaffetta acquisto con l'opre il nome.

E facendole buon cio ch'ella parla, In gondola torno la compagnia. La cicalaccia riscaldata ciarla Pur de le sue grandezze tutta via. In tanto à Chioggia comincio aviarla La barca instrutta à quel ch'a far havia. Ell'attende al suo dire, e vol trovare, Fra duo di, una casa da suo pare.

Voglio, dicea la gloriosa alfana, Che voi morosi mi facciate havere Per sempre à fitto la ca Loredana, Se non mi moriro di dispiacere. Poi comincio à cantar una pavana, Che gia la casa le parea godere. Vol comprare spalliere e razzi eletti; Vol far di seta e d'or cinque o sei letti.

Poi entra à dir di certi caveoni, O capo fuochi, che dica 'l Petrarca. Gli vuol d'argento, che sian belli e buoni. Vol sei massare, un ragazzo, una barca. Vol de contadi le sue provigioni, In canua vin, sempre farina in l'arca, E al fin vol tante cose la Borrina, Che non n'hebbe mai tante una Regina.

Con questi suoi giardin, fatti à sua foggia, Confermati dal suo sagace amante, Si ritrovo sua maestade à Chioggia, Et sbigotti quando l'apparse inante, Dicendo: Mia persona non alloggia Sta sera qui: va, barcaruolo, avante; Gira, poltron (diss'ella); et piange e arrabbia, Ma patientia è pur forza al fin ch'ell'habbia.

Anima mia, speranza, figlia mia, Caro sangue, ben mio, dolce mia vita, Dicea il suo moroso in voce pia, Da me non fate sta sera partita. Cio ch'i ho, Angioletta, vostro sia; Con voi la robba mia non è partita. Chiedete pur, non habbiate vergogna, Che chi per voi brama di far non sogna.

Non puote allhor tenersi la puttana Di non ghignar, mentre facea cordoglio, Quando senti la proferta che spiana Di darle il tutto, et disse presto: I voglio Di restagno et veluto una sottana, Di quelle ch'à le feste portar soglio. Voglio una scuffia d'oro, e vo domane I vostri Pater nostri d'ambracane.

La sottana, la scuffia, e i Pater nostri, L'Ave Marie, i Salmi et l'Orationi Havrete, figlia, pur c'hora si mostri Il vostro cor privo d'afflittioni, Rispose il gentil'huom: non de i par vostri Amorosi di fava, Ser coglioni, Che da le puttanaccie sopportate Con mille villanie le bastonate.

Hor ella smonta, e non s'accorge havere Dietro una barca, di fottenti piena. Corre la turba à furor per vedere La famosa Zaffetta d'error piena, Ch'indosso porta un mezzo profumiere. Parla da nimpha, e 'l passo move à pena. Hora su questo, hora su quel s'appoggia, Et vol parer l'Imperatrice à Chioggia.

Il suo amante, che se ne traggea, Per farla andar piu di se stessa altera, Con voce da stupir pian le dicea: Voi sete di bellezza una lumiera. Hor fosse adesso qui Venere Dea, Che vedria 'l mondo chi ha miglior ciera; Poi soggionge: Madonna, un de vostri atti Questi Chioggiotti fa diventar matti.

Con queste soie e berte profumate, Entraro i sotii, con sua Signoria, Dov'eran le vivande apparecchiate, Com'à gran gentilhuom si convenia; Et havendosi ognun le man lavate, À cena se n'entro la compagnia, E in capo di tavola s'assetta La puttana Illustrissima Zaffeta.

Silentio à mensa, quando l'odor vola De gliarrosti per tutto; ella si tace. Con piene mani, piena bocca e gola Sol dice: Questo è buon, questo mi piace; Et chi l'havesse chiesta altra parola, Non era per haver seco mai pace. Mangia e bee senza freno, anzi divora, Et buon per me, ch'era à Venetia allhora.

Venner l'ostreghe al fin, che tante e tante Ne mangiò su' altezza, che ciascuno Grido misericordia, e haveva inante Le scorze, che l'apri tutto 'l communo. Ma che ciancie cont'io? Suo largo amante, Ch'ordinato ha l'historia del trentuno, Piglia per man l'Angiola per diletto Dicendo: Sangue mio, andiamo al letto.

Andiam, rispose, con un'occhio chiuso E l'altro aperto, l'Angela divina, Ch'addormentata nel letto entro giuso, Non sapendo se gliè sera o mattina. Quel giovine gentil, che non er' uso, Esser soiato da una fachina, Anch'egli in un balen fassi spogliare, Che vendicar si vuol, non vol chiavare.

Pur trovandosi ritta la ventura Disse 'l Boccaccio, essendo buon fottente Havendogli ella volto per sciagura Il volto del seder solennemente, Ruppe due lancie, ciascuna piu dura, Poi al suo inanzi piu che mai valente Per dispreggio di lei venne, à la volta, Et le fe quel servigio un'altra volta.

Quella musica dolce in tuono grave, In tenore, in soprano e in contrabasso, Che l'havea messo dirietro la chiave Nel suo B molle accettò per ispasso Cacciato il sonno da la Signor' have, Per cui sentia tutto 'l suo corpo lasso, E rivolta à l'amico disse: Dammi, Speranza, un bascio, e quella cosa fammi.

Ei, c'ha preso la volpe et hormai vole De le malitie sue punirla presto, Rispose: Il corpo mi s'è mosso e dole, Anima mia, hor che vorra dir questo? E del letto esci, e senza piu parole E 'l lume piglia, et va ratto, e par mesto. Come la turba, che l'aspetta, il vide, Da compagnona smasselando ride.