La vie de Rossini, tome I

Chapter 19

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[60] A la bonne heure, suivez la route la plus agréable, ayez des plaisirs; mais alors ne dogmatisez pas.

[61] The blunt minded.

[62] Dans vingt ans d'ici, le public de Paris ayant fait d'immenses progrès en musique et en _non affectation_, tout ce que je viens de dire paraîtra suranné, et l'on osera pénétrer bien plus avant. M. Massimino sera l'un des principaux auteurs de cette révolution. Sa manière d'enseigner est digne de toutes sortes d'éloges. Voir la brochure de M. Imbinbo.

[63] En parlant avec la généralité que l'on trouve dans ce chapitre, je sais bien que je prête le flanc à la critique de _mauvaise foi_. Pour lui ôter l'arme de la plaisanterie, et rendre ses attaques réellement difficiles, il aurait fallu augmenter de cinquante pages de phrases incidentes et explicatives, ce chapitre, déjà peut-être assez ennuyeux: c'est ce que je décline de faire; et, avec une vertu vraiment romaine, je m'immole pour le salut de mon lecteur.

[64] Différence des paysages suisses à ceux de la belle Ausonie. Voir la charmante description de _Varèse_ dans le _Journal des Débats_ du 29 juillet 1823.

[65] Les accompagnements de l'arrivée de Moïse, dans l'opéra de ce nom.

[66] Où trouver une bohémienne qui puisse m'éclairer sur mon sort? Avec le temps et la patience, parviendrai-je à guérir la folie de ma femme.

Mais, hélas! la bohémienne que je cherche est impossible à rencontrer.

[67] Stendhal imprime par erreur duetto. M. Prunières fait remarquer le lapsus. N. D. L. E.

[68] Vous êtes un Turc, je ne puis vous croire; vous avez cent femmes dans vos sérails, vous les achetez, vous les vendez quand elles cessent de vous plaire.

[69] Si tu m'impatientes encore, si tu ajoutes une seule syllabe, je fais de ce lieu-ci un cimetière.

[70] MM. Geoffroy, Hoffmann, les auteurs de _la Pandore_, etc., etc. M. Geoffroy, le plus spirituel de tous ces messieurs, appelait Mozart _un faiseur de charivari souvent barbare_. Ses successeurs sont bien plus sévères envers Mozart; ils l'expliquent et le louent. Voir l'_Abeille_, t. II, p. 267; _la Renommée_, _le Miroir_, etc.

[71] Un indiscret ennuyeux et louche, s'approche de M. de T***, dans une circonstance politique assez difficile: «Hé bien, Monseigneur, comment vont les affaires?--Comme vous voyez, assez mal.»

Faites chanter cette réponse, elle devient aussi amusante que le galimatias de _la Pandore_ sur la musique.

[72] Stendhal a écrit Davide, lapsus corrigé par M. Prunières. N. D. L. E.

[73] Prenez pitié de mon accident, dit le pauvre mari, qui trouve que tous les dominos du bal masqué se ressemblent, je ne puis plus reconnaître ma femme.

[74] A ce coup imprévu, que le destin réservait à ces perfides, le frisson de la mort met la pâleur sur leurs fronts.

[75] _Il celere obbedir._

M. Manzoni, dans son Ode sur la mort de Napoléon. Ce sont les seuls vers, à ma connaissance, dignes du sujet.

Ei fû; siccome immobile, Dato il mortal sospiro, Stette la spoglia immemore Orba di un tanto spiro, Cosi percossa e attonita La Terra al nunzio sta.

Muta pensando all'ultima Ora dell'uom fatale, Ne sa quando una simile Orma di piè mortale La sua cruenta polvere A calpestar verrà.

Dall'Alpi alle Piramidi, Dal Manzanarrè al Reno, Di quel securo in fulmine, Tenea dietro al baleno, Scoppiô da Scilla al Tanai, Dall'uno all'altro mar.

Fù vera gloria? ai posteri L'ardus sentenza; noi Chiniam la fronte al Massimo Fattor che volle in Lui Del Creator suo spirito Più vasta orma stampar. ....................

Ei sparve, e i di nell'ozio Chiuse in si breve sponda, Segno d'immensa invidia, E di pietà profonda, D'inestinguibil odio, Et d'indomato amor. ......................

Oh! quante volte al tacito Morir di un giorno inerte, Chinati i rai fulminei, Le braccia al sen conserte, Stette, e dei di che furono L'assalse li sovvenir!

Ei ripenso le mobili Tende, i percossi valli, E il lampo de i manipoli, E l'onda de cavalli, E il concitato imperio, ...................... ......................

[76] Alfieri _Vita_, figure de Louis XV.

[77] Ames nobles et généreuses, approchez-vous de moi; vivez, soyez heureuses désormais; goûtez un bonheur dont je serai la source.

[78] Je demande pardon aux Allemands de parler de leur musique d'opéra avec peu de respect; je suis sincère. Du reste, l'on ne peut pas douter de mon estime pour le peuple qui a produit Luther. Les Allemands peuvent voir que je ne ménage pas la musique de mon propre pays, au risque de passer pour mauvais citoyen.

[79] La guerre du gendarme contre la pensée présente partout des circonstances burlesques. En 1823, l'on ne veut pas permettre à Talma la représentation de _Tibère_, tragédie de Chénier, qui est mort il y a dix ans, de peur des allusions. Allusions à qui? et de la part d'un poëte mort en 1812 en exécrant Napoléon.

A Vienne, l'on vient de suspendre les représentations d'_Abufar_, charmant opéra de M. Caraffa, comme pouvant porter les peuples à un amour illicite. D'abord, il n'y a pas amour criminel, puisque Farhan n'est pas frère de Salema; et plût à Dieu que les jolies Viennoises ne pussent être fourvoyées que par le sentiment! Ce n'est pas l'amour, quel qu'il soit, c'est le châle qui est funeste à la vertu.

[80] En réalité le 20 Février 1816. N. D. L. E.

[81] Comme à l'église _de Gesù_, à Rome, les 31 décembre et 1er janvier de chaque année.

[82] _Moeurs et Coutumes des nations indiennes_, ouvrage traduit de l'anglais de Jean Heckewelder, par M. du Ponceau. Paris, 1822.

[83] L'Allemand, qui met tout en doctrine, traite la musique savamment; l'Italien voluptueux y cherche des jouissances vives et passagères; le Français, plus vain que sensible, parvient à en parler avec esprit; l'Anglais la paie et ne s'en mêle pas. (_Raison, Folie_, tome I, page 230.)

[84] Première représentation du _Matrimonio segreto_ en 1793 à Vienne. L'empereur Joseph s'en fait donner une seconde représentation dans la même soirée.

[85] Voir le croquis des amours de la Zitella Borghèse, dans les lettres du président de Brosses sur l'Italie, tome II, page 250

Et sequitur leviter Filia matris iter.

[86] Edition de 1824: «Dans le bel à fresque»

N.D.L.E.

[87] Burckhardt, _Mémoires de la cour du pape_, dont il était majordome; de Potter, _Histoire de l'Eglise_; Gorani.

[88] Peut-être amour et bonne foi d'un côté; de l'autre, vanité et continuelle _attention aux autres_.

[89] La religion est la seule loi vivante dans les États du pape. Comparez Velletri ou Rimini au premier pays protestant que vous traverserez. Le génie froid du protestantisme tue les arts; voir Genève et la Suisse. Mais les arts ne sont que le luxe de la vie; l'honnêteté, la raison, la justice, en sont le nécessaire.

[90] Voir les Mémoires de Carlo Gozzi, et son éternelle querelle avec le signor Gratarol; rien de plus opposé à Giacopo Ortiz. Voir les OEuvres de madame Albrizzi.

[91] Voir une brochure fort plaisante d'un M. Majer, de Venise, qui nous apprend que M. Morlachi di Perugia est le grand maître de l'époque. Un homme d'esprit, de Paris, fort accrédité dans les journaux depuis que Rossini a refusé son poëme des _Athéniennes_, nous assure, de son côté, que le grand maître de l'époque, c'est M. Spontini. Que va dire M. Berton de l'Institut?

[92] Un homme, s'il n'est pas marié, dîne trois cents fois par an chez le restaurateur; en 1780, il n'y eût pas paru deux fois par mois. Un jeune homme se déconsidérait en allant au café. Le quart de la vie se passait à souper, et l'on ne soupe plus.

[93] Mémoires de Marmontel, de Morellet. Lettres de madame Du Deffant et de mademoiselle de Lespinasse.

[94] Nous l'appelons _factice_ et _faux_ en 1823, mais il était fort naturel et fort réel en 1780. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la quantité d'_émotion possible_ dans chaque homme (ce qui fait le domaine des arts) était fort restreinte.

[95] Voir les Mémoires de Bezenval, bataille de Fillinghausen. Batailles des princes de Clermont et de Soubise. Mémoires de Lauzun, détails de son expédition en Amérique.

[96] Mémoires de madame du Hausset, femme de chambre de madame de Pompadour. Mémoires de madame Campan, dans la partie supprimée par des éditeurs prudents.

[97] «Sylla, en prenant cette mesure, en connaissait bien le fort et le faible», dit Montesquieu, _Grandeur des Romains_. Jamais Marmontel n'aurait eu le courage d'écrire un tel mot; les littérateurs de la vieille école ne l'oseraient pas même aujourd'hui. Voyez les querelles que l'on a faites à M. Courier pour son admirable Hérodote. Les savants craignent pour Hérodote.

[98] Mémoires de madame d'Épinay: détail de la matinée de M. d'Épinay.

[99] Voir _Racine et Shakspeare_, 1823.

[100] Zurich. _Solitude_ et _chant à l'église_, voilà les sources du goût pour l'opéra buffa.

[101] _Tableau des États-Unis_, par Volney, page 490.

[102] Qui s'en vengent bien. Voir les _Annales littéraires_, c'est le journal des bons hommes de lettres; ils traitent Rossini comme Voltaire. Les Français d'autrefois sentent extrêmement peu la musique; et comme d'ailleurs ils ne manquent pas de prétentions, il n'est sorte d'absurdités qu'on ne parvienne à leur débiter avec succès, pour peu qu'on y mette d'adresse. C'est ainsi que les _Débats_, un de leurs journaux les plus accrédites, en parlant de Monsigny, donnait à ce bonhomme le titre de premier musicien de l'Europe, et soutenait son dire par quatre colonnes de feuilleton. Il est fâcheux pour l'Europe qu'elle ne se soit jamais doutée du nom de son premier musicien. Je prie de croire que j'estime les journaux autant que je le dois, mais ils sont précieux comme thermomètre indiquant l'état actuel de l'opinion de Paris. Un public qui supporte patiemment, et l'on peut dire avec joie trois théâtres tels que les Variétés, le Vaudeville et le Gymnase, qui se soutiennent et font fortune en chantant faux quatre heures de suite chaque soir, ne peut pas, en conscience, prétendre à une grande délicatesse d'oreille. (Mais ce sont les hommes de cinquante ans, et non les jeunes femmes de la haute société qui font les succès du Vaudeville.)

La patrie de Voltaire et de Molière est, ce me semble, la première ville du monde pour l'esprit. On jetterait pêle-mêle dans un alambic l'Italie, l'Angleterre et l'Allemagne, que l'on ne parviendrait jamais à faire _Candide_, ou les chansons de Collé ou de Béranger. Ce dernier mot explique le peu de génie pour la musique. Le Français d'autrefois est attentif à la parole chantée, et jamais _à la cantilène_ sur laquelle on la chante; pour lui, c'est la parole qui peint le sentiment, et _non le chant_.

[103] Si jamais on introduit un ballet entre les deux actes de l'opéra italien à Louvois, le mal à la tête, et l'état nerveux du second acte étant prévenus, Louvois amusera autant qu'il intéresse, et Feydeau est perdu. Quel dommage pour la gloire nationale!

[104] _Le Spleen_, conte de M. de Bezenval, moeurs de Besançon.

[105] J'apprends qu'un grand nombre de petite villes ont eu le malheur de prendre à la lettre les louanges ironiques données à _la Caroléîde_ et à _Ipsiboé_.

[106] Sans les aristarques de profession, la révolution des arts se ferait mieux et plus vite; mais, puisque nous sommes condamnés à avoir une Académie française, estimons-la _juste_ ce qu'elle vaut. Tâchons de ne pas nous laisser irriter par une contradiction doctorale et _donnée de haut_{*}; et si par hasard nos adversaires sont un peu pédants, tâchons de ne pas devenir exagérés.

{*} Paroles des DÉBATS en racontant les injures élégants adressées au romantiques par le célèbre M. Villemain, à la clôture ou à l'ouverture de son cours, mars 1823.

[107] L'abbé Girard, observateur ingénieux, écrivait en 1746: «L'usage, qui permet la galanterie aux femmes mariées leur défend la passion; elle serait ridicule chez elles.»

(_Synonymes_, article _Amour_.)

[108] _Cento novelle_ di G. B. Giraldi Cinthio, partie 1, décade 3, nouvelle 7, pag. 313-321, édition de Venise, 1608.

[109] _Pallida morte futurâ._

[110] Les tableaux de Paul Véronèse, Venise triomphante, par exemple, sont aussi des chef-d'oeuvre dans le _style magnifique_; ce style est beaucoup plus généralement goûté que celui de Raphaël; mais enfin, pour la juste expression des passions, il faut en revenir aux chambres du Vatican.

[111] Cet air appartient à la _Gabrielle de Vergy_, l'un des chefs-d'oeuvre de M. Caraffa. C'est le duetto,

Oh istante felice

[112] Voir la manière admirable dont M. Kean joue ce dernier acte, et l'enthousiasme de tendresse avec lequel, entendant la prière de Desdemona, il s'écrie: _Amen! amen! With all my soul!_ Je ne trouve rien de comparable à l'Angleterre pour la déclamation et les jardins.

[113] Sorte de danse fort vive, nationale dans le Frioul; la seconde partie est toute mélancolique. Vigano est un homme de génie, connu seulement en Lombardie, où il est mort en 1821, après avoir donné les ballets d'_Otello_, de _Myrrha_, de _la Vestale_, de _Prométhée_, etc., etc.

[114] «Toute autre vue est funeste pour mol; tout m'importune, tout me semble odieux.»

Il y a un feu et une _force contenue_ admirable dans la manière dont madame Pasta dit ce mot, _detesto_, tout à fait dans le bas de sa superbe voix. Ce son retentit dans tous les coeurs.

[115]

........... _Tenet nunc,_ _Partenope._ (VIRGILE).

[116] Il ne faut qu'un petit accident dans la santé de cet aimable artiste pour rendre extrêmement déplacées toutes ces louanges. Je parle du Davide de 1816 et 1817. Je prie le lecteur de placer ce correctif à côté de tous les jugements que l'on porte des voix des chanteurs dans le courant de cette biographie.

[117] Va, malheureuse! je te maudis.

[118] Les savants disent que le trio du _finale_ du premier acte d'_Otello_ rappelle un trio de _Don Juan_; l'accompagnement de clarinette est le même. L'accompagnement de l'orchestre pendant qu'Othello lit le billet fatal que Jago lui a remis (duetto du second acte) est à ce qu'on assure, un fragment d'une symphonie de Haydn, en _mi bémol_.

[119] M. Giovanela de Lodi. Il m'a un peu rappelé l'inimitable Bocci, qui faisait Jago dans le ballet de Vigano.

[120] Il n'est pas de plus grande douleur que de se souvenir des temps heureux au sein de la misère.

[121] Il était d'un grand effet à Naples, où l'on croît à la _jettatura_.

[122] Chant de la statue dans _Don Juan_; désespoir de D. Anna quand elle aperçoit le cadavre de son père.

[123] _Ah! le ciel par ses feux rend son crime plus clair à mes yeux!_ Cela veut dire que l'éclair lui fait voir que Desdemona est endormie, et que les mots _caro ben_ (toi que j'aime) sont adressés en songe à l'homme qu'elle aime, et non pas à lui Othello, qui s'avance, et qu'elle ne peut pas voir s'approcher, puisqu'elle dort.

[124] Voir les Mémoires de Benvenuto, et l'excellente _Histoire de Toscane_ de Pignotti, 1814. C'est un livre de bonne foi, et bien supérieur à celui de M. Sismondi, qui ne sait pas peindre les moeurs et la physionomie d'un siècle.

[125] Fait absolument semblable à Chambéry, juillet 1823.

[126] Anecdote de mon ami de Bergame, obligé, par la rumeur publique, d'assassiner d'un coup de fusil, dans la rue, un sbire qui l'avait regardé de travers (1782). Il en fut quitte pour un séjour de six semaines en Suisse.