La vie de Rossini, tome I

Chapter 17

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Alessandro Stradella était en 1650 le chanteur le plus célèbre de Venise et de toute l'Italie. La composition de la musique était fort simple à cette époque; le maestro n'écrivait presque qu'un canavas; le chanteur était beaucoup plus créateur qu'il ne l'est aujourd'hui, et c'était son génie qui devait trouver presque tous les traits qu'il exécutait. C'est Rossini qui s'est avisé le premier d'écrire exactement tous les ornements, toutes les _fioriture_ que le chanteur doit exécuter. On était bien éloigné de ce système en Italie, vers 1650. Il suivait de là que le charme de la musique était bien plus inhérent à la personne du chanteur, et l'on trouvait qu'aucun de ceux qui étaient alors à la mode n'approchait de Stradella: c'était un proverbe qu'il était le maître du coeur de ses auditeurs. Il vint jouir de sa gloire à Venise, alors la capitale la plus brillante de l'Italie et la ville la plus renommée pour les plaisirs dont on y jouissait et la galanterie de ses moeurs. Stradella fut reçu avec empressement dans les maisons les plus distinguées, et les dames de la première noblesse se disputèrent l'avantage de prendre de ses leçons. Il rencontra dans le monde Hortensia, dame romaine d'une haute naissance, alors veuve, et qui était publiquement courtisée par un noble vénitien d'une des familles les plus puissantes de la république. Il s'en fit aimer. Stradella, dont madame Gherardi nous fit voir le portrait dans le palais d'une de ses amies, le lendemain du jour où elle nous conta son histoire, portait sur une superbe figure une empreinte profonde de mélancolie, et de grands yeux noirs remplis de ce _feu contenu_ qui fait tant d'impression. La perfection où l'école du Titien et du Giorgione avait porté à Venise l'art du portrait, permet encore aujourd'hui de juger parfaitement de la physionomie de Stradella. On n'a pas de peine à croire qu'un tel homme, distingué d'ailleurs par un grand talent, ait pu être aimé avec passion et l'emporter sur un grand seigneur, quoique lui-même sans fortune; il enleva Hortensia au noble vénitien. Les deux amants ne devaient plus songer qu'à sortir rapidement du territoire de la république. Ils se retirèrent à Rome, où ils se firent passer pour mariés. Mais, redoutant la vengeance du Vénitien, ils ne se rendirent point directement dans la patrie d'Hortensia; ils firent de grands détours, et, une fois arrivés, prirent un logement dans une partie de Rome fort déserte, et évitèrent de paraître dans les lieux fréquentés. Les assassins que le noble vénitien avait lancés à leur poursuite furent longtemps à les découvrir. Après les avoir inutilement cherchés dans les principales villes d'Italie, ils arrivèrent à Rome un soir qu'il y avait une grande _funzione_ accompagnée de musique dans l'église de Saint-Jean-de-Latran; ils y entrèrent avec la foule, ils virent Stradella. Ravis d'avoir enfin trouvé leur victime au moment où ils désespéraient presque de la rencontrer, ils résolurent de ne pas perdre de temps et d'exécuter la commission pour laquelle ils étaient payés, au sortir même de Saint-Jean-de-Latran; ils se mirent à parcourir l'église dans tous les sens, pour voir si Hortensia ne serait pas parmi les spectateurs. Ils étaient tout occupés de leurs recherches, lorsque, après d'autres morceaux exécutés par des artistes vulgaires, Stradella commença enfin à chanter. Ils s'arrêtèrent, ils écoutèrent malgré eux cette voix sublime. Ces assassins l'avaient à peine entendue quelques instants, qu'ils se sentirent touchés: il n'y avait au monde qu'un seul artiste de cette perfection, et ils allaient éteindre pour jamais une voix si touchante! Ils eurent des remords, ils répandirent des larmes, et enfin le grand morceau de Stradella n'était pas fini qu'ils ne songeaient plus qu'à sauver les amants, dont, en recevant leur salaire, ils avaient juré la mort sur le livre des saints Évangiles. La cérémonie terminée, ils attendent longtemps Stradella en dehors de l'église; ils le voient enfin sortir par une petite porte dérobée, avec Hortensia. Ils s'approchent, le remercient du plaisir qu'il vient de leur donner, et lui avouent que c'est à l'impression que sa voix a faite sur eux et à l'attendrissement qu'elle leur a donné qu'il est redevable de la vie; ils lui expliquent l'affreux motif de leur voyage, et lui conseillent de quitter Rome sans délai, afin qu'ils puissent faire croire au Vénitien jaloux qu'ils sont arrivés trop tard.

Stradella et son amie comprennent toute l'importance du conseil qu'on leur donne, frètent un navire, s'embarquent le même soir sur le Tibre, vont par mer jusqu'à la _Spezzia_, et de là gagnent Turin par des chemins détournés. Le noble vénitien, de son côté, reçoit le rapport de ses _buli_, n'en devient que plus furieux, prend la résolution de se charger lui-même du soin de sa vengeance, et commence par se rendre à Rome auprès du père d'Hortensia. Il fait entendre à ce vieillard qu'il ne peut laver sa honte que dans le sang de sa fille et de son ravisseur. Les républiques du moyen âge avaient laissé dans les coeurs italiens cet esprit de vengeance si oublié aujourd'hui: c'était l'honneur de ces temps féroces, le seul supplément aux lois, la seule défense de la sûreté personelle[124], dans un pays où le duel eût semblé ridicule. Le noble vénitien et le vieillard firent exécuter des recherches dans toutes les villes d'Italie. Quand enfin on eut appris de Turin que Stradella s'y trouvait, le vieux Romain, père d'Hortensia, prit avec lui deux assassins connus pour leur adresse, se pourvut de lettres de recommandation pour M. le marquis de Villars, qui était alors ambassadeur de France à la cour de Turin, et partit pour le Piémont.

De son côté, Stradella averti par son aventure de Rome, avait fait des démarches à Turin pour se procurer des appuis. Son talent lui avait valu la protection de la duchesse de Savoie, alors régente de l'État. Cette princesse entreprit de soustraire les deux amants à la fureur de leur ennemi; elle fit entrer Hortensia dans un couvent, et donna à Stradella le titre de son premier chanteur ainsi qu'un logement dans son palais. Ces précautions parurent suffisantes, et les amants jouissaient depuis quelques mois d'une parfaite tranquillité; ils commençaient à croire qu'après l'aventure de Rome, le noble vénitien s'était lassé de les poursuivre, quand un soir Stradella, qui prenait l'air sur les remparts de Turin, fut assailli par trois hommes qui le laissèrent pour mort avec un coup de poignard dans la poitrine. C'était le vieux Romain, père d'Hortensia, et ses deux assassins, qui, aussitôt le crime commis, cherchèrent un asile dans le palais de l'ambassadeur de France. M. de Villars, ne voulant ni les protéger après un assassinat qui fit la nouvelle du jour à Turin, ni les livrer à la justice après que son palais leur avait servi d'asile, prit le parti de les faire évader[125].

Cependant, contre toute apparence, Stradella guérit de sa blessure, qui le mit hors d'état de chanter, et le Vénitien vit échouer ses projets pour la seconde fois, mais sans abandonner le soin de sa vengeance. Seulement, rendu prudent par le manque de succès, il prit un nom obscur, et vint s'établir à Turin, se contentant, pour le moment, de faire épier Hortensia et son amant.

On sera peut-être étonné de cet acharnement, mais tel était l'_honneur_ de ces temps; si le noble vénitien eût abandonné sa vengeance, il eût été méprisé[126].

Un an se passa ainsi; la duchesse de Savoie, de plus en plus touchée du sort des deux amants, voulut rendre leur union légitime et la consacrer par le mariage. Après la cérémonie, Hortensia, ennuyée du séjour du couvent, eut envie de voir la rivière de Gênes; Stradella l'y conduisit, et le lendemain de leur arrivée à Gênes, ils furent trouvés poignardés dans leur lit.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

TABLE

DU PREMIER VOLUME

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR I

PRÉFACE 1

INTRODUCTION. § I. Cimarosa 5

§ II. Différence de la musique allemande et de la musique d'Italie 8

Anecdote sur Torquato Tasso, en 1816 13

La mémoire paralyse l'imagination 15

Conditions _physiques_ du plaisir musical; grandeur des salles; position commode du corps: air pur et souvent renouvelé 20

Le demi-jour nécessaire à l'effet de la musique 21

§ III. Histoire de l'_interrègne_ après Cimarosa et avant Rossini, de 1800 à 1812 23

Coup d'oeil sur les OEuvres et le talent de Mayer 24

Duetti d'_Ariodant_ et de la _Rosa Bianca_, les chefs-d'oeuvre de Mayer 28

M. Paër et ses principaux ouvrages 34

§ IV. Mozart en Italie 37

Un prince fait un pari sur Mozart, et le fait connaître en Italie 43

Un mot sur le style de Mozart 47

Différence de styles de Mozart, Cimarosa et Rossini 54

CHAP. Ier. Ses premières années 57

La civilisation prend naissance sur les rives de la Méditerranée; encore aujourd'hui on y aime mieux aimer et jouir que combattre; de là les malheurs de l'Italie 58

La France et l'Angleterre par rapport aux Beaux-Arts 61

Les parents de Rossini sont musiciens 62

CHAP. II. _Tancrède_, premier _opéra séria_ de Rossini 71

Le premier choeur de _Tancrède_ plus pastoral que guerrier 74

La Malanote refuse un air que Rossini avait composé pour l'entrée de Tancrède; il trouve l'air _di tanti palpiti_ 77

L'harmonie joue en musique le rôle de la _description_ dans les romans de Walter Scott 83

Duetto guerrier: _Ah! se de'mali miei_ 88

CHAP. III. _L'Italiana in Algeri_ 98

Manière de se servir du libretto d'un opéra, à la première représentation 103

Caractères de la musique de _l'Italiana_ 110

Singulière bonté du public de Louvois 117

CHAP. IV. _La Pietra del Paragone_ 121

Air célèbre _Ecco pietosa_, supprimé à Paris par des gens qui espéraient dérober Rossini à la France 127

_La Pietra del Paragone_ finit par un grand air comme _l'Italiana in Algeri_ et _la Cenerentola_ 134

CHAP. V. La conscription et les envieux 136

M. Berton et _le Miroir_ 138

Rossini fait des fautes de syntaxe et manque de pureté dans le style; ce qui est inexcusable, dit M. Berton 139

CHAP. VI. L'imprésario et son théâtre 148

Réponse de Rossini au _Monsignore_ pédant 153

Comédie de _Sografi_ sur les prétentions des chanteurs 157

La _prima sera_ (première représentation) 158

CHAP. VII. Guerre de l'harmonie contre la mélodie 162

Les aliments d'un goût piquant font oublier le parfum de la pêche 164

Epoques où ont brillé les principaux maîtres de l'école italienne 168

CHAP. VIII. Irruption des coeurs secs.--Idéologie de la musique 174

Négligences de Rossini marquées d'une + 176

En compliquant les accompagnements, on diminue la liberté du chant 182

Les accompagnements de Rossini pèchent plutôt par la _quantité_ que par la _qualité_ 183

L'orchestre de Louvois 184

Le piano est regardé comme un signe de faiblesse 185

CHAP. IX. _L'Aureliano in Palmira_ 186

Duetto superbe, _Se tu m'ami, o mia regina_ 187

_Demetrio e Polibio_, premier opéra composé par Rossini, au printemps de 1809 188

Ouverture du théâtre de Como 190

CHAP. X. _Il Turco in Italia_ 198

CHAP. XI. Rossini va à Naples 209

_Scrittura_ contracté par Rossini avec M. Barbaja 210

Influence de la voix de la _prima donna_ de Naples sur le talent de Rossini 213

CHAP. XII. L'_Elisabetta_ 216

CHAP. XIII. Suite de l'_Elisabetta_ 224

Ode italienne sur la mort de Napoléon, à comparer à l'ode anglaise de lord Byron, et à la méditation de M. de Lamartine sur le même sujet 226

Critique du style de Rossini par les vieux amateurs de Naples, contemporains de Cimarosa et de Paisiello 232

CHAP. XIV. Rossini compose dix opéras à Naples 235

CHAP. XV. _Torvaldo e Dorliska_ 241

CHAP. XVI. Analyse musicale du _Barbier de Séville_ 244

Cimarosa n'a pas fait usage de _dissonances_ dans le _Matrimonio segreto_; il venait cependant de voir applaudir tous les chefs-d'oeuvre de Mozart 251

Aventures de Rossini à Rome 262

CHAP. XVII. Du public relativement aux beaux-arts, solitude et chant à l'église, sources du goût pour l'opéra 279

De la province relativement aux Beaux-Arts 287

CHAP. XVIII. Analyse musicale d'_Otello_ 292

Quelle est la jalousie qui peut être touchante au théâtre 293

Singulière observation de M. l'abbé Girard sur l'usage qui, en 1746, permet la galanterie aux femmes mariées et leur défend l'amour-passion 298

L'auteur du libretto d'_Otello_ n'a pas donné les situations qui appartiennent a ce beau sujet 299

M. _Kean_, le premier acteur tragique de l'époque, n'a jamais été vanté à l'Europe par un écrivain à la mode comme madame de Staël 304

CHAP. XIX. Suite d'_Otello_ 305

Quel est le plus beau morceau de cet opéra 310

La musique du vers _Impia, ti maledico_ devait être sur ces paroles d'Otello: _Va, je ne t'aime plus_ 314

Romance du saule 321

Pantomime de la mort de Desdemona dans les théâtres d'Italie 323

Histoire de la mort de Stradella 324

FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME

ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 28 DÉCEMBRE 1928 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE ALENÇONNAISE _F. GRISARD, Administrateur_ 11, RUE DES MARCHERIES, 11 ALENÇON (ORNE)

* * * * *

NOTES:

[1] Paul Arbelet: _Stendhal et le petit Ange._ Les Amis d'Édouard, nº 99.

[2] Préface de l'éditeur aux _Vies de Haydn, Mozart et Métastase_. Le Divan, 1928.

[3] M. Henry Prunières a donné la traduction intégrale de ce libelle en appendice à son édition de la _Vie de Rossini_, chez Champion, en 1923.

[4] Henri Delacroix: _La Psychologie de Stendhal_, 1 vol. Alcan, 1918.

[5] _Candidature au Stendhal Club: Stendhal inédit_, p. 126 Edition du Divan.

[6] Cf. _Vie de Henri Brulard_, tome II, pp. 203-205, édition du Divan.

[7] C'est ainsi que sont nés ces chants sublimes, plaintifs pour la plupart, qui depuis plusieurs siècles se répètent dans le royaume de Naples. Je citerai pour exemple à ceux qui connaissent ce beau pays, le chant national nommé _la Cavoejola_, et le _Pestagallo_, particulier aux Abruzzes. Un habitant d'Aquila, qui me les chantait, me dit: La musica è il lamento dell'amore, o la preghiera a gli Dei. 12 mai 1819

[8] En 1795, un homme de beaucoup d'esprit, très-jeune alors, M. Toni, qui depuis est devenu un imprimeur célèbre, était employé du gouvernement vénitien à Vérone; il y vivait heureux et content d'un petit emploi de dix-huit cents fr., et faisait la cour à la princesse P****. Tout à coup il fut destitué, avec menace de prison. Il courut à Venise: après trois mois de finesses et de sollicitations, il put adresser un mot, entre deux portes, à un membre du conseil des Dix, qui lui dit: «Pourquoi diable aussi avez-vous fait faire un _habit bleu_? nous vous avons cru jacobin.» L'année 1822 a été témoin, à Milan, de traits de cette espèce. Aimer le Dante, qui écrivait en 1300, passe, en Lombardie, pour un trait de carbonarisme, et les amis _libéraux_ d'un homme qui aime trop le Dante cessent peu à peu de le voir aussi fréquemment.

[9] Voir les injures atroces dont un nommé Philpott vient d'affubler le célèbre M. Jeffrey, le directeur du meilleur journal qui existe, la _Revue d'Edimbourg_.

[10] Voir dans la correspondance de Napoléon, année 1796 l'esprit public de Milan et de Brescia. Vingt-quatre coquins habillés de rouge, chargés de la police de la ville, formaient toute l'armée milanaise. Voir, dans les bulletins de l'armée d'Espagne, ce que Napoléon avait fait de ce peuple.

[11] Je n'ai pas besoin de rappeler que le docteur Burney a donné une excellente histoire de la musique. Je trouve que ce bel ouvrage est gâté par un peu d'obscurité. Peut-être que le voile désagréable qui s'interpose entre notre oeil et les idées de l'auteur vient de ce qu'il ne nous a pas dit bien clairement quel était son _credo_ en musique. Peut-être aurait-il dû donner des exemples de ce qu'il trouve beau, sublime, médiocre, etc.

[12] Historique, Bâle, 1823.

[13] Voir leur célèbre tragédie de l'_Expiation_, par Mülner. Je ne voudrais pas du héros Hugo, comte d'Eridur, pour en faire un caporal.

[14] Anfossi, Coccia, Farinelli, Federici, Fioravanti, Generali, les deux Guglielmo père et fils, Manfroce, Martini, Mosca, Nazolini, Nicolini, Orgitano, Orlandi, Pavesi, Portogallo, Salieri, Sarti, Tarchi, Trento, Weigl, Winter, Zingarelli, etc., etc.

[15] Mozart, né à Salzbourg en 1756, mort à Vienne en 1796{*}, avait quatorze ans lorsqu'il écrivit le _Mitridate_.

{*} Mozart mourut en 1791. N. D. L. E.

[16] Ce chant ignoble me semble moins plat, je l'avoue à ma honte, que les romances célèbres de M. R. et de tant d'autres. Il a au moins un rythme en rapport avec la vivacité du caractère national.

[17] Son père, Joseph Rossini, sa mère, Anna Guidarini l'une des plus jolies femmes de la Romagne.

[18] Potter, _Histoire de l'Église_, état de l'Eglise en 1781. Giannone, _Histoire de Naples_. Il faut excepter l'excellent gouvernement dont on jouit à Florence en 1823. Mais combien durera-t-il? D'ailleurs, il ne produira rien pour les beaux-arts; l'enthousiasme est mort en Toscane depuis bien des années.

[19] Cimarosa, adoré à Venise, et ami particulier de la plupart des amateurs de musique, y était mort peu d'années auparavant, en 1801.

[20] Voir les six tempéraments dans l'immortel ouvrage de Cabanis: _Des Rapports du physique et du moral de l'homme_.

[21] Il y a ici un point de contact frappant entre la sculpture et la musique. Voir, pour le développement de cette idée un peu difficile, l'_Histoire de la Peinture en Italie_, tome II, page 133.

[22] On appelle _introduction_ tout ce qu'on chante depuis la fin de l'ouverture jusqu'au premier récitatif.

[23] Madame Pasta l'a placé dernièrement dans le premier acte de la _Rosa bianca_; les situations sont pareilles.

[24] M. Prunières fait remarquer que c'est en réalité la clarinette qui a dans ce récitatif le rôle important. N.D.L.E.

[25] On pourrait dire que la flûte a une certaine analogie avec les grandes draperies _bleu d'outremer_ prodiguées par plusieurs peintres célèbres, et entre autres par Carlo Dolce, dans les sujets tendres et sérieux; mais une telle remarque qui passerait peut-être pour du génie à Bayreuth ou à Koenigsberg, ne semblera pas chimérique à Paris. Heureux le pays où, dès qu'on est vague et obscur, l'on peut espérer de paraître sublime!

[26] Les accompagnements ne sortent jamais des bornes d'une conversation respectueuse à l'égard du _chant_, ils ont soin de se taire dès que le chant paraît avoir quelque chose à dire; dans la musique allemande, au contraire, les accompagnements sont insolents.

[27] Voir la _Tactique_ de M. de Guibert. Bayard ne voulut jamais être général en chef.

[28] Paroles adressées par Virgile au Dante, en traversant l'enfer des _tièdes_: A quoi bon discourir de ces gens? donne leur un regard et passons.

[29] Le caractère vénitien est esquisse avec toute la grâce et l'effet possible dans un roman de Schiller, intitulé _Mémoires du comte d'O_. Voici un problème moral digne de toute l'attention des philosophes. Le pays le plus gai, le plus naturel, le plus heureux de l'Europe était celui qui avait les lois écrites les plus atroces. Voir les constitutions de l'inquisition d'État dans l'_Histoire de Venise_ de M. Daru. Le pays le moins gai du monde, c'est assurément Boston, justement celui où le gouvernement est à peu près parfait. Le mot de l'énigme ne serait-il pas _Religion_?

[30] Voir l'effet analogue cherché par Métastase dans le drame sérieux. _Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase_, p. 374.

[31] Telle que le retentissement du canon, ma tête fait bon... bon.

Taddeo.--Je suis comme une corneille qui, après avoir perdu ses plumes fait crà, crà.--Il faut juste autant d'esprit pour critiquer ces paroles que pour les faire.

[32] Pauvre Jacques, ne pense plus aux femmes, et étudie les mathématiques.

(_Confessions._)

[33] Songe à la patrie, sois intrépide, accomplis ton devoir; pense que l'Italie a vu plus d'une fois parmi ses enfants des exemples sublimes de valeur et de dévouement.