La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung
Part 47
[Note 558-1: «Ce héros (Hagene) était bien fait, cela est certain. Il était large d'épaules; _ses cheveux étaient mêlés d'une teinte grise_; ses jambes étaient longues, son visage effrayant, sa démarche imposante.» (_Nibelunge-nôt_, XXVIII, 238.) Mais pourquoi ces cheveux «mêlés d'une teinte grise»? Le _Nibelunge-nôt_ l'ignore, comme du reste il ignore les causes de tant de circonstances singulières, enregistrées naïvement, imperturbablement. Wagner au contraire a démêlé, lui, et retrouvé, et restitué, les divers sens mythiques incarnés en Hagen.--Hagen (c'est l'un de ces sens) personnifie la Nuit: Wagner en a fait le fils d'Alberich-de-la-Nuit, _Nacht-Alberich_, _Schwarz-Alberich_. Or Alberich est un Nibelung, et les Nibelungen nous sont peints, dans _Siegfried_, par Siegfried lui-même, comme laids, comme disgracieux et _gris_, _griesig und grau_, c'est-à-dire comme traditionnels. Hagen n'est ni faible comme eux, ni lâche, ni disgracieux, ni laid, car sa mère fut une femme, Grimhilde. Mais il est _tôt-vieux_, il est _gris_: marques physiques de son origine. Il en est d'autres, toutes morales: sa ruse, son goût de la trahison, son ironie, sa méchanceté, que nous avons déjà vues ou verrons se développer.]
[Note 559-1: «Ce n'est pas sans motif que Hagene le convoitait (le Trésor). Dans le Trésor se trouvait une petite verge d'or, la baguette du souhait. Celui qui l'aurait su, aurait pu être le maître de tous les hommes, dans l'univers entier.» (_Nibelunge-nôt_, XIX, 169.)]
[Note 560-1: «Le roi Atli invita Gunnar et Högni à se rendre auprès de lui, et ils acceptèrent son invitation. Mais avant de partir, ils descendirent le trésor, l'héritage de Fafnir, dans le Rhin, et, depuis lors, jamais plus on ne retrouva cet or.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 560-2: «Regin parla: «Voilà que le fils de Sigmund est venu en ma demeure, ce vaillant héros. Il a plus de courage que moi qui ne suis qu'un vieillard»... Après cela, Regin poussa Sigurd à tuer Fafnir.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur._)]
[Note 560-3: Dans le _Nibelunge-nôt_, Hagene attend avec sang-froid le danger, tranquillement «assis, sans nulle peur». (XXIX, 265.) Il est constamment qualifié: «Hagene la bonne épée»,--«la très superbe épée»,--«l'intrépide Hagene»,--«le fort Hagene», etc.]
[Note 561-1: De même, dans le _Nibelunge-nôt_, Siegfrid, devançant Gunther et Brunhilt, vient à Worms annoncer la victoire de Gunther et l'arrivée de la nouvelle reine. Mais les détails diffèrent assez: «Et le voilà qui chevauche le long du Rhin.» Vingt-quatre guerriers l'accompagnent, etc. Je signale, dans les notes ci-dessous, les correspondances les plus importantes.]
[Note 562-1: Voyant Siegfrid revenir sans Gunther, tous s'inquiètent. Giselher demande: «...Seigneur Siegfrid, faites-moi connaître où vous avez laissé mon frère le roi. La force de Brunhilt nous l'a enlevé, j'imagine.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 85.) Siegfrid le rassure.]
[Note 562-2: Giselher rassuré, Siegfrid demande à voir «les femmes», c'est-à-dire Kriemhilt (Gutrune) et sa mère. (_Nibelunge-nôt_, IX, 85.)]
[Note 562-3: Giselher va trouver sa mère et Kriemhilt (Gutrune): «Il est arrivé, Siegfrid, le héros du Niederlant!... Il vous apporte des nouvelles du roi. Vous lui permettrez l'entrée de la cour, afin qu'il vous dise les nouvelles véritables de l'islande.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 85.)]
[Note 562-4: Kriemhilt (Gutrune) et sa mère «saisirent en hâte leurs vêtements, puis elles firent prier Siegfrid de se rendre à la cour.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 86.)]
[Note 562-5: «L'intrépide chevalier parla: «Accordez-moi le don du messager. O belle femme, vous pleurez sans motif...--» (_Nibelunge-nôt_, IX, 87.)]
[Note 563-1: «Jamais messager d'aucun chef ne fut mieux reçu. Si elle l'eût osé, elle l'eût baisé sans nul regret.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 88.)]
[Note 563-2: «Siegfrid répondit: «... Je m'aventure si loin, non pour satisfaire tes désirs, mais pour Kriemhilt, la belle vierge. Elle est comme mon âme et mon propre corps, et j'accomplirai tout ceci afin qu'elle devienne ma femme.» (_Nibelunge-nôt_, strophes 396 et 399, VI, 65.)--Cf. les notes (2) et (3), p. 543.]
[Note 564-1: «Gunnar, ce héros magnanime, obtiendra-t-il une chaste épouse, dis-le-moi, Gripir, après que la noble fiancée du guerrier aura couché trois nuits à mes côtés? Cela serait inouï.» (_Grepisspà._)]
[Note 564-2: «GRIPIR: «Tu te souviens de ton serment, mais tu dois te taire. Tu gardes à Gudrun l'affection d'un époux. (_Grepisspà._)]
[Note 565-1: «Tu reposeras près de la vierge, chef des armées, comme auprès de ta mère.» (_Grepisspà._) «Le chef des Hiunen ne baise point la reine, et ne la prend point dans ses bras. Il donne la jeune fille à l'héritier de Giuki.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._) «Il fit bien voir, le victorieux, qu'il voulait garder sa promesse envers le jeune roi sans le trahir.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 565-2: «Après cela, Sigurd remonta sur son cheval et chevaucha vers ses compagnons. Gunnar et lui reprirent la forme l'un de l'autre, et Gunnar se rendit avec Brunhilde chez le roi Giuki.» (_Edda_ de Snorro.) «Vous changerez de nouveau entre vous de visage et de forme, mais chacun gardera son cœur.» (_Grepisspà._)]
[Note 565-3: «Ils seront bientôt arrivés... Je vous dirai plus encore, ajouta l'homme hardi, touchant ce dont le roi vous prie lorsqu'il arrivera au bord du Rhin. Si vous faites cela, ô dame, il vous en sera toujours obligé. Je l'ai entendu exprimer le désir que vous receviez bien ses hôtes puissants et que vous lui accordiez d'aller à leur rencontre devant Worms, sur le sable. Voilà ce que le roi Gunther vous fait savoir avec ferme confiance.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 88.)]
[Note 566-1: Message confié par Gunther à Siegfrid, dans le _Nibelunge-nôt_: «Dites à ma sœur que, quand elle aura appris que j'ai abordé avec mes hôtes, elle reçoive gracieusement ma bien-aimée. J'en serai toujours reconnaissant à Kriemhilt» (Gutrune) IX, 85. «Avec mille gracieuses honnêtetés, dame Kriemhilt s'avança pour recevoir dame Brunhilt et sa suite.» (X, 92.)]
[Note 566-2: «Ortwin et Gère, les hommes du puissant roi, envoyèrent de tous côtés vers ses amis pour les prévenir que des fêtes allaient avoir lieu pour les noces. Maintes belles vierges se préparaient à y assister... La belle Kriemhilt parla:--«O vous, mes filles, qui voulez m'accompagner à la réception, cherchez dans vos coffres les plus beaux vêtements que vous puissiez trouver; que ceci soit dit aussi pour les femmes.»... Toutes étaient bien joyeuses.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 88-89.)]
[Note 567-1: «Et voilà que partout chevauchaient par la contrée les parents des trois rois, qu'on avait avertis afin qu'ils allassent attendre ceux qui devaient venir.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 88.)]
[Note 567-2: _Ein freisliches Weib._--C'est le terme dont Gunther, dans le _Nibelunge-nôt_, se sert pour désigner Brunhilt (Xe aventure, strophe 79; cf. p. 101, trad. citée).]
[Note 568-1: Les boucs de Thor (Donner) sont chantés par l'_Edda_ de Sœmund en un grand nombre de passages; le _Poème de Hymer_ l'appelle «le Prince des Boucs»; son char a pour attelage deux boucs, etc. Il en est de même encore dans l'_Edda_ de Snorro.]
[Note 569-1: Le «farouche», le «maussade» ou l'«irrité» Hagen. C'est la conception même du _Nibelunge-nôt_, qui nomme et qui montre Hagen comme «altier», comme «outrecuidant», «insolent», «féroce», «terrible», «effrayant»... Il «paraît être très farouche, et pourtant son corps est beau... Ses regards sont rapides, il les jette sans cesse autour de lui. Son caractère est, je crois, plein de violence.» (VII, 67.) «Quelque gracieusement qu'il se comporte, c'est un homme terrible.» (XXVIII, 261.) «Ruedigèr dit à sa fille d'embrasser le guerrier. Elle le regarda et le trouva si effrayant, qu'elle eût désiré s'en abstenir.» (XXVII, 248.) Quand Hagen arrive à la cour d'Etzel, les Hiunen le regardent «avec stupéfaction, comme on considère des bêtes fauves» (XXIX, 262.)]
[Note 569-2: «L'Epine-de-la-Haie,» _Hage_-Dorn. Le Hagau du _Waltharius Manu fortis_, poème en vers latins de la première moitié du Xe siècle, est ainsi appelé _spinosus_ (au v. 1421) et c'est la traduction de son nom, sans qu'il soit plus qu'ici besoin d'un jeu de mots.--L'épine, dans tous les mythes, est significative: de la Nuit, du Sommeil, de l'Hiver, et de la Mort. J'y reviendrai au sujet du meurtre de Siegfried p. 588, note (4).]
[Note 570-1: «De l'autre côté du Rhin on voyait le roi, suivi de plusieurs chevauchées, s'approcher du rivage. Ceux qui les devaient recevoir étaient tous prêts. (_Nibelunge-nôt_, X, 90.)]
[Note 570-2: On ne peut s'empêcher de se rappeler ici tel célèbre épisode du _Nibelunge-nôt_: Kriemhilt pleure Siegfrid depuis treize années, lorsque le roi Etzel envoie demander sa main par le très loyal Ruedigèr, dont toutes les instances demeurent vaines jusqu'à ce qu'il ait dit à la veuve: «Cessez de gémir. Quand, chez les Hiunen, vous n'auriez que moi, mes parents dévoués et mes fidèles, si quelqu'un vous avait offensée, il aurait à le payer chèrement.» ...Alors Ruedigèr et tous ses hommes lui jurèrent de la servir toujours fidèlement et lui promirent que les magnanimes guerriers du pays d'Etzel ne lui refuseraient jamais rien de ce que pourrait réclamer son honneur.» (XX, 189.)]
[Note 570-3: «Le roi et ses illustres hôtes avaient traversé le fleuve... On entendait le bruit de maints boucliers violemment entrechoqués. Leurs pointes, richement ornées, résonnaient au loin sous les coups... Gunther descendit du vaisseau avec ses hôtes. Il conduisait lui-même Brunhilt par la main.» (_Nibelunge-nôt_, X, 91)--«De tous côtés on entendait retentir de terribles cris d'allégresse.» (_Id._, 94.)]
[Note 571-1: _Voir_ la note (2) de la page 527.]
[Note 571-2: «Le margrave Gère conduisit par la bride le cheval de Kriemhilt, mais seulement jusqu'aux portes du Burg. Au-delà Siegfrid, l'homme brave, la servit tendrement... Un grand nombre de chevaliers et de vierges les suivaient. Jamais, il faut l'avouer, on n'avait vu à pareille réception tant de femmes réunies.» (_Nibelunge-nôt_, X, 91.)]
[Note 571-3: «Le roi Gunther parla: «O ma très noble sœur...» (_Nibelunge-nôt_, VI, 59.) «Nous voulons, sœur chérie...» (_Id._, 60.)]
[Note 571-4: «Le roi Gunther parla: O ma très charmante sœur que par ta vertu mon serment s'accomplisse. Je t'ai promise à un héros. S'il devient ton époux, tu auras rempli mes vœux avec une grande fidélité.» (_Nibelunge-nôt_, X, 95.)]
[Note 571-5: «Le même jour on boira aux noces de Sigurd et de Gunnar dans les salles de Giuki.» (_Grepisspà._) «En face de l'hôte on voyait assis Siegfrid et Kriemhilt. Maint vaillant le servait... De l'autre côté étaient assis le roi et Brunhilt la vierge.» (_Nibelunge-nôt_, X, 96.)]
[Note 572-1: «Quand elle vit Kriemhilt à côté de Siegfrid (jamais elle n'eut tant de peine), elle se prit à pleurer. Le long de ses blanches joues, on voyait tomber des larmes.» (_Nibelunge-nôt_, X, 96.)]
[Note 572-2: Dans le _Nibelunge-nôt_, Gunther dit à Brunhilt: «Qu'y a-t-il, ma femme, que vous laissiez obscurcir ainsi le brillant éclat de vos yeux? Il faut vous réjouir plutôt...»--«Ah! plutôt je veux pleurer, répondit la belle vierge: c'est pour votre sœur que j'ai ainsi le cœur navré. Je la vois assise à côté de votre homme-lige, et il me faut pleurer de la voir à ce point abaissée.»--«Je le regretterai sans cesse, reprit-elle... Si je savais où aller, je fuirais volontiers, et plus jamais je ne serais assise à vos côtés jusqu'à ce que vous m'ayez dit pourquoi Siegfrid est devenu l'époux de Kriemhilt.» (X, 96-97.) «Quoi que Gunther pût lui dire, elle conserva sa sombre humeur.» (_Id._, 97.)]
[Note 573-1: _Voir_ la note (2) de page 570.]
[Note 574-1: «Elle reprit: ce noble anneau d'or m'a été volé. Il y a longtemps qu'on me l'a dérobé méchamment. J'apprends à la fin qui me l'a enlevé.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 129.)]
[Note 575-1: «Kriemhilt parla à son tour: Je ne veux point passer pour voleuse. Si ton honneur t'est cher, tu aurais mieux fait de garder le silence.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 129.)]
[Note 576-1: _Voir_ la note (3) de la page 582.]
[Note 576-2: «Le roi Gunther parla: «Qu'on appelle Siegfrid. Qu'il nous fasse savoir s'il s'en est vanté; ou bien que le héros du Niderlant démente le fait.» L'intrépide Siegfrid fut appelé en hâte... Le roi Gunther prit la parole: «Je suis vivement affligé. Ma femme Brunhilt vient de m'apprendre que tu t'es vanté d'avoir été son premier amant. Ainsi du moins le soutient Kriemhilt, la femme. Guerrier, as-tu fait cela?» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 576-3: «Non, je ne l'ai point fait, répondit Siegfrid... Je veux te prouver par mon serment suprême, devant tous les hommes, que jamais je n'ai rien avancé de pareil.»--Le roi du Rhin reprit: «Fais-nous le connaître de cette façon. Si tu prêtes ici le serment que tu m'offres, je te décharge du soupçon de toute fausseté.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 577-1: «On vit alors les Burgondes se former en cercle. Siegfrid, le très hardi, leva la main pour le serment.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131)]
[Note 578-1: «On devrait bien apprendre aux femmes à laisser là toutes ces paroles insolentes, ajouta Siegfrid, la bonne épée. Interdis-les à ta femme, j'en ferai autant à la mienne.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 578-2: Paroles de Siegfrid à Gunther: «Certes cela m'afflige au-delà de toute mesure... Une pareille outrecuidance me remplit vraiment de confusion.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 578-3: «Un rien excite la colère des femmes» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 132), dit Giselher à ceux qui veulent tuer Siegfrid.]
[Note 579-1: «Quoique chacun fût joyeux, le chef du pays restait d'humeur sombre, et leur gaîté lui faisait mal.» (_Nibelunge-nôt_, X, 99.)]
[Note 579-2: «Le soir tombe, et seule elle est assise dehors, et elle se prend à parler tout haut: «Je veux mourir ou presser dans mes bras Sigurd, le beau jeune homme. Mais non, je me repens de cette parole imprudente; Gudrun est sa femme, et je suis celle de Gunnar. Des Nornes hostiles nous causent de longs tourments.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._)]
[Note 579-3: «Seulement Brynhild pense qu'elle est mal mariée, et cette femme habile songe à se venger par ruse.» (_Grepisspà._)]
[Note 579-4: «Brunhilt était si profondément affligée que les fidèles de Gunther en eurent pitié. Voici venir vers sa suzeraine Hagene de Troneje. Il lui demanda comment elle était, car il la trouva pleurant. Elle lui raconta tout: aussitôt il promit que l'époux de Kriemhilt en porterait la peine, ou que lui, Hagene, ne se livrerait plus jamais à la joie.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 580-1: «Le roi dit: «Renoncez à cette fureur sanguinaire... Elle est terrible la colère de cet homme merveilleusement brave. S'il apprenait vos desseins, nul ne pourrait lui résister.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 132-133.)]
[Note 580-2: On sait que, dans le _Nibelunge-nôt_, Hagene, qui s'est chargé de préparer le meurtre de Siegfrid, surprend le secret non pas de Brunhilt, mais de Kriemhilt (Gutrune); celle-ci, trop confiante, lui révèle en quelle partie du corps Siegfried est vulnérable. «Vous figurez-vous, ô dame, dit Hagene, qu'on puisse le blesser? faites-le moi connaître. Par quel stratagème devrais-je m'y opposer? Pour le garder constamment, j'irai et chevaucherai à ses côtés.» (_Nibelunge-nôt_, XV, 136.)]
[Note 581-1: «J'en sais un onzième» (chant runique). «Si je conduis à la bataille des amis éprouvés depuis longtemps, je chante sous le bouclier, et la victoire les suit: ils vont au combat, et en reviennent sains et saufs; ils reviennent de même de partout.» (_Edda_ de Sœmund, _Les Poèmes d'Odin_, III, _Le Discours Runique_, 19.)]
[Note 581-2: Cette invulnérabilité de Siegfried, attribuée ici à l'amour de Brünnhilde, et dont j'explique le sens en une note ultérieure, est inconnue aux sources scandinaves en général, spécialement aux _Eddas_ de Sœmund, de Snorro, et la _Völsunga Saga_. On la voit toutefois apparaître, vague, dans les _Chants des Iles Féroë_: «Ecoute, ma vaillante bien-aimée, tu me causes de grands soucis. Comment enlèverais-je la vie à Sjurd? aucune épée ne peut le blesser.» Elle s'affirme en un chant danois, _Sivard et Brynild_, dans lequel j'ai déjà indiqué que Hagen, par une confusion, prend le nom et joue le rôle de Gunnar (Gunther); à Brynild qui l'excite au meurtre, il réplique donc: «Comment pourrais-tu tenir en tes mains la tête de Sivard? D'épée qui puisse le blesser, il n'en existe point dans l'univers entier, sauf sa propre épée si bonne et dont je ne puis disposer.» (Cette épée, il l'obtient de Sivard, et s'en sert pour l'assassiner.) Enfin la transition des sources scandinaves aux sources proprement allemandes est marquée par la _Wilkina Saga_ dont le récit, composé du reste en islandais, mais d'après des hommes de Brême ou de Munster, se rapproche de celui du _Nibelunge-nôt_ en maints passages. Cette Saga, ainsi que le _Hœrner Siegfried_ (ou _Lied vom hürnen Siegfried_--qui contient des détails légèrement différents), sait, de l'invulnérabilité du héros de l'épopée allemande, ce qu'en dit cette épopée par la bouche de Hagene: «La main du héros a tué le Dragon. Il se baigna dans son sang, et sa peau est devenue dure comme de la corne; on l'a vu souvent, aucune arme ne l'entame.» (_Nibelunge-nôt_, III, 24.) Cette circonstance, remarque avec justesse M. de Laveleye, ne tend guère à relever la bravoure de Siegfrid; mais c'était une façon matérielle et grossière d'en symboliser les effets.]
[Note 582-1: «Où l'on peut blesser mon époux bien-aimé, je te le dirai, me confiant en ton affection. Tandis que le sang jaillissait tout chaud des blessures du dragon et qu'il s'y baignait,... une très large feuille de tilleul vint à tomber entre ses épaules. Là il peut être blessé...» (_Nibelunge-nôt_, XV, 137. Confidence de Kriemhilt à Hagene.)]
[Note 582-2: Donc l'invulnérabilité, non seulement devient un don de l'amour, mais, ainsi que dans les anciennes sources, reste (idéalisé cette fois, non plus matériel et grossier) le symbole des effets du courage de Siegfried--Cf. p. 581, note (2).]
[Note 582-3: «Gunther répondit à son hôte: Avec cette femme j'ai introduit dans ma demeure la honte et le malheur.» (_Nibelunge-nôt_, X, 100.)]
[Note 582-4: «Pleine de colère, elle excite les princes au meurtre: «Désormais, Gunnar, tu dois renoncer à moi et à mes terres. Près de toi, ô roi, j'ai cessé d'être heureuse...» (_Sigurdarkvidha Fáfnisbana Thridja._)]
[Note 583-1: «Ils (Gunnar et Högni) ne pouvaient se reposer... avant qu'ils eussent tué Sigurd.» (_Gudrunarkvidha önnur._)]
[Note 583-2: «Le roi lui-même parla: Il ne nous a rien fait, si ce n'est pour notre bien et notre gloire. Il faut lui laisser la vie. Que vous en semblerait-il si je haïssais ce guerrier? Il nous fut toujours fidèle et tout dévoué.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 132.)]
[Note 583-3: «Est-ce que nous élèverons des bâtards, répliqua Hagene; d'aussi braves guerriers en tireront peu d'honneur. Puisqu'il s'est vanté aux dépens de sa suzeraine, il le paiera de sa vie, ou je veux mourir.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 132.)]
[Note 583-4: «Écoute, ma vaillante bien-aimée, je ne puis croire que tu veuilles rendre le jeune Sjurd victime d'une trahison.» Puis Gunnar ajouta: «Il ne peut en être ainsi. Sjurd est mon frère par serment, je ne puis rien lui faire.» (_Chants des Iles Féroë._) Dans l'_Edda_ de Sœmund, au contraire, c'est Gunnar qui tient à tuer Sigurd, et c'est Högni (Hagen) qui l'en dissuade: «Mais Högni lui répondit: «Nous ne pouvons commettre ce crime de violer avec le fer nos serments, nos serments solennels et la foi jurée.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._) Et ailleurs: «Pourquoi te prépares-tu au meurtre et à la vengeance, ô Gunnar, fils de Giuki? Qu'a donc commis de si grave Sigurd,» etc. (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 584-1: «Le roi allait complotant avec ses amis; Hagene de Troneje ne le laissait jamais en repos. Les fidèles du roi auraient voulu tout oublier, mais Hagene ne prétendait pas abandonner son projet.» (_Nibelunge-nôt_, XV, 134).]
[Note 584-2: Dans le _Nibelunge-nôt_, après le serment de Siegfrid, Gunther, «l'opulent roi reprit la parole: «Ta parfaite innocence m'est complètement démontrée.» (XIV, 131.)]
[Note 584-3: A Sigurd: «GRIPIR: Elle dira à Gunnar que tu n'as pas été fidèle à ta promesse, tandis que ce chef, l'héritier de Giuki, avait placé en toi toute sa confiance.» (_Grepisspà._) A Gunnar: «HÖGNI: C'est Brynhild, au cœur dur, qui te pousse à commettre ce crime. Elle est jalouse du mariage qu'a fait Gudrun, et elle n'est pas heureuse d'être ton épouse.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 584-4: «Je réfléchis maintenant à tout ce que vous m'avez fait, quand vous m'avez trompée par vos ruses. Depuis lors, j'ai vécu sans joie et sans bonheur.» (_Sigurdarkvidha Fáfnisbana Thridja._)]
[Note 585-1: «Mais personne n'y songea plus, si ce n'est Hagene qui répétait à chaque instant à Gunther que, si Siegfrid cessait de vivre, maint territoire de roi lui serait soumis. Le prince en devint sombre.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 132.) Dans le _Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja_, c'est Gunnar qui dit à Högni (Hagen): «Nous aideras-tu, Högni, à tuer le héros? Il est bon de posséder l'or du Rhin, de disposer de ce riche trésor suivant son plaisir et de jouir en paix du bonheur.»]
[Note 585-2: «Gunnar devint sombre et son âme s'emplit de tristesse. Il demeura tout le jour silencieux sans savoir à quoi se résoudre. Il ne parvenait pas à voir ce qui valait le mieux pour lui. Il songeait à la mort du descendant de Wälsung, et ne pouvait se consoler de la mort de Sigurd... Il fit appeler Högni pour consulter avec lui; car il avait pleine confiance en lui.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._)]
[Note 585-3: Voir la note (1) de la page 585.]
[Note 585-4: «Le roi Gunther répliqua: «Mais comment cela pourrait-il se faire?--«Je vais vous le faire savoir», répondit Hagene.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 133.) Toute semblable est l'intonation dans les _Chants des Iles Féroë_, quand Gunnar se décide au meurtre, après avoir longuement lutté contre les suggestions de Brinhild.]
[Note 586-1: «Brynhild parla, la fille de Budli: «Qu'elle soit privée de ses enfants et de son mari, Gudrun, celle qui t'a fait verser des larmes et prononcer, dès le matin, ces tristes paroles.» (_Gudrunarkvidha fyrsta._)--«Sjurd visita Gudrun, mais le héros perdit la vie. Brinhild parla et des larmes coulaient de ses yeux: «Gudrun, la fille de Juki, ne jouira pas du bonheur de posséder le brave guerrier.» Brinhild s'écria à haute voix: «Je veux lui créer des soucis, car enlever ce qu'un autre possède donne rarement du bonheur.» (_Chants des Iles Féroë._) Et plus loin, Brinhild à Gunnar: «C'est Gudrun, ta sœur, qui est cause de ma douleur, car elle possède Sjurd, le brave compagnon,» etc. (_Id._) Et plus loin encore, Brinhild à Gudrun: «Que tu sois heureuse avec ce puissant guerrier, je ne le permettrai pas. J'ai obtenu l'amour de Sjurd avant que tu l'aies vu.» (_Id._) Et, après la mort de Siegfrid: «Brunhilt la belle était assise dans son outrecuidance. Quelles que fussent les plaintes de Kriemhilt, elle s'en inquiétait peu.» (_Nibelunge-nôt_, XVIII, 165.)]
[Note 586-2: «Je crois pouvoir tout préparer si secrètement qu'il portera la peine des pleurs de Brunhilt.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 133.)]