La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung

Part 30

Chapter 303,495 wordsPublic domain

Troisième Journée: LE CRÉPUSCULE-DES-DIEUX (_Götterdämmerrung_) 511

APPENDICE: Note du Traducteur: De la version première (1848) de _L'Anneau du Nibelung_ (1852) 629

Paris.--Imprimerie Paul Dupont, 4, rue du Bouloi.--20.7.94.

NOTES

[Note 1-1: Le seul titre authentique est: «_L'Anneau du Nibelung, festival scénique_» (jeu-scénique-de-fête) «_en un Prologue et trois Journées_»: _Der Ring des Nibelungen, ein Bühnen-Festspiel für drei Tage und einen Vorabend_ (littéralement: «_pour trois Jours et un Avant-Soir_»).--Proprement, _L'Anneau du Nibelung_ est une Trilogie avec Prologue. Nous avons cru devoir conserver le vocable _Tétralogie_, qui est seul usité en France, et dont Wagner lui-même, au reste, s'est quelquefois servi pour désigner cette œuvre.]

[Note 5-1: _Quatre Poèmes d'Opéras traduits en prose française_ (par Charles Nuitter) _et précédés d'une Lettre sur la Musique, par_ Richard Wagner (traduction de M. Challemel-Lacour), Paris, Librairie Nouvelle, 1861, in-18; _nouvelle édition_, Paris, Durand et Calmann-Lévy, 1893. _C'est à cette dernière_ (l'autre étant devenue introuvable) _que se rapportent toutes les références indiquées dans le présent Essai._--La traduction Challemel-Lacour est souvent d'un style négligé, mais elle est après tout fidèle, et je ne pouvais songer à renvoyer, sans cesse, la majorité de mes lecteurs, au texte allemand de cette précieuse _Lettre_ (R. Wagner: _Gesammelte Schriften und Dichtungen_, Leipzig, E. W. Fritzsch, 10 vol. in-8; t. VII, 1871).]

[Note 6-1: _Voir_ ci-dessous, pp. 107-108 de cet _Avant-Propos_.]

[Note 6-2: Le _Ring_: «l'Anneau» (du Nibelung). J'emploierai fréquemment ce monosyllabe commode.]

[Note 7-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. XLVII.]

[Note 7-2: «Vous m'avez demandé, Monsieur, de vous résumer moi-même, avec clarté, les idées sur l'art que j'ai émises dans une série d'écrits publiés en Allemagne, voilà déjà bien des années. Ces idées y ont fait assez de bruit, causé assez de scandale pour exciter, en France même, la curiosité avec laquelle j'ai été accueilli. Vous avez pensé que ces explications importaient à mon intérêt: votre amitié vous a inspiré la confiance qu'une exposition réfléchie de ma pensée pourrait servir à dissiper plus d'une erreur, plus d'un préjugé, et permettre aux esprits prévenus, au moment où l'on va donner à Paris un de mes opéras, de juger l'œuvre, sans avoir à se prononcer en même temps sur une théorie contestable.--Il m'eût été, je l'avoue, extrêmement difficile de répondre à votre invitation bienveillante, si vous ne m'eussiez exprimé le désir de me voir offrir en même temps au public une traduction de mes poèmes, et indiqué par là le seul moyen qui me permit de vous complaire. Je dois le dire, je n'aurais pu prendre sur moi de me lancer encore une fois, comme il eût fallu m'y résoudre, dans un labyrinthe de considérations théoriques et de pures abstractions...» (_Id._, pp. V-VI)--Quarante-six pages plus loin, Wagner précise ainsi: «J'avais essayé, dans mes écrits théoriques, de déterminer la forme en même temps que la substance, et je ne pouvais le faire théoriquement que d'une manière abstraite. Je voudrais donc éviter à tout prix, comme je vous l'ai déclaré, de recourir à un procédé de ce genre pour vous faire entendre mes idées. Je n'ignore pas, cependant, combien il y a d'inconvénient à parler d'une forme sans en déterminer la substance d'aucune manière. Je vous l'ai avoué au début: l'invitation que vous m'avez adressée de vous donner en même temps une traduction de mes poèmes était la seule chose qui pût me décider à essayer de vous fournir des éclaircissements réels sur la marche de mes idées, autant, du moins, que j'ai pu me l'expliquer. Laissez-moi donc vous dire encore quelques mots de ces poèmes; je serai, j'espère, plus à l'aise pour vous parler ensuite de la forme musicale qui importe tant ici, et sur laquelle il s'est répandu tant de fausses idées. Je dois vous prier, avant tout, de me pardonner, si je ne puis vous offrir qu'une traduction en prose... Sans doute, ces poèmes, présentés sous une forme poétique, feraient sur vous une autre impression; mais c'est chose que je dois négliger ici. Il faut me contenter de vous signaler le caractère des sujets, leur tendance, le mode dramatique dans lequel ils sont traités. Cela va vous mettre à même de comprendre quelle part l'esprit de la musique a eue à la conception et à l'exécution de ces travaux.» (_Id._, pp. LII-LIII).]

[Note 8-1: _Wort-Tondrama._--Les mots «Drame Musical» (_Musik-Drama_), qui servent de titre au livre d'ailleurs si remarquable de M. Schuré, sont tout à fait inadmissibles: Wagner lui-même (_Gesammelte Schriften und Dichtungen_, tome IX) les a repoussés, comme dénaturant son idée. Loin d'être drames mis en musique, ses œuvres sont, pour ainsi dire, «de la musique mise en action, de la musique devenue visible.» Il eût voulu que le monde les acceptât tels quels, sans dénomination spéciale. On a du reste vu que, pour l'_Anneau du Nibelung_, c'est un _Bühnen-Festspiel_, un «jeu-scénique-de-fête» ou festival scénique: ces vocables sont expressifs du but national de Richard Wagner, tel qu'il sera développé ci-dessous. Toutefois pourrait-on dire qu'à un point de vue critique, le terme le plus exact serait encore: «Action» (δραμα), lequel s'étale en première page de la partition de _Tristan und Isolde_. Toutes ces affirmations trouveront leur commentaire dans le présent _Avant-Propos_.]

[Note 9-1: On verra ci-après, pp. 19-20, ce qu'il faut penser de ce terme, en ce qui concerne Richard Wagner.]

[Note 9-2: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., pp. LIII-LIV.]

[Note 10-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. LV.]

[Note 10-2: Cf. ci-dessus, p. 9, note (1).]

[Note 10-3: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. LV.]

[Note 10-4: «Mes conclusions les plus hardies, relativement au drame dont je concevais la possibilité, se sont imposées à moi parce que, dès cette époque, je portais dans ma tête le plan de mon grand Drame des _Nibelungen_, dont j'avais même déjà écrit le poème en partie; et il avait, dès lors, revêtu dans ma pensée une forme telle, que ma théorie n'était guère autre chose qu'une expression abstraite de ce qui s'était développé en moi comme production spontanée.» _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. LIV.--J'y revendrai ci-dessous, p. 77.]

[Note 10-5: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. LV.]

[Note 11-1: _Gesammelte Schriften und Dichtungen_, tome VI, p. 371.--Cf. ci-dessous, p. 76, note (6).]

[Note 11-2: On trouvera plus loin, pp. 67-77, tous les détails chronographiques supplémentaires désirables.]

[Note 12-1: Il est, bien entendu, des pages exclusivement instrumentales, comme _Siegfried-Idyll_ (et les _Marches_), dont la seule place est au concert. Pour le reste, Wagner estimait que les concerts, qu'il nommait des _orgies de musique_, sont des «travestissements» de ses Drames. A ceux qui répliquent: «Mais, lui-même, Wagner a donné des concerts, composés de fragments de ses œuvres dramatiques», il serait trop facile de démontrer que Wagner ne demanda jamais, aux concerts, que les moyens matériels de n'en plus donner du tout!--Cf., dans _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, p. 80: «J'avais personnellement à parfaire le déficit considérable qui était resté après la représentation de la trilogie» (_Tétralogie_) «terminée avec de telles difficultés. Encore une fois, il fallut, dans ce dessein, _donner des concerts_, faire des concessions et des complaisances _qui me gâtèrent le plaisir intellectuel que j'avais eu à propos_ de mon œuvre...» etc.--On verra ci-après, pp. 30, 36, 115-116, 131, dans quelle mesure je crois que les concerts rendent service à la cause de l'Art de Wagner, et comment ceux qui, par devoir envers sa mémoire, les maudissent, y peuvent eux-mêmes trouver profit, puisqu'eux savent ce qu'il en faut prendre.]

[Note 13-1: C'est-à-dire: autre chose que «musicien», tout court: cet _Avant-Propos_ me fera comprendre!--Il peut être amusant de rappeler, tout en ayant de si bonnes raisons d'être d'un avis différent, que dans une de ses lettres à Liszt (_Briefwechsel zwischen Wagner und Liszt_, 1er janvier 1858) Richard Wagner, au moment même où il composait _Tristan und Isolde_, cette surhumaine page musicale, parlait, avec tranquillité, de sa personnelle inaptitude aux langues étrangères, comme--«à la musique...»]

[Note 15-1: Ce point de vue, le seul logique, a été développé, au t. III de la _Revue Wagnérienne_, par M. Houston-Stewart-Chamberlain. Déjà M. Catulle Mendes avait pertinemment écrit, dans son beau volume sur _Richard Wagner_: «Ainsi, il s'agit d'un Art nouveau.» Et enfin M. Alfred Ernst a donné à son dernier livre (dont je reparlerai bientôt) ce titre d'une justesse parfaite: «_L'Art de Richard Wagner_» (Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1893).]

[Note 15-2: Cf. Richard Wagner (_Entwürfe, Gedanken, Fragmente_ [posthumes]: Leipzig; Breitkopf und Härtel, 1883).]

[Note 16-1: Cf. Charles Morice, _La Littérature de tout à l'heure_ (Perrin et Cie, 1889), _passim_.--Quelque intelligemment admiratives, du reste, que soient les pages consacrées dans ce livre à Richard Wagner, elles contiennent, à mon humble avis, des erreurs d'appréciation qui me défendent de les recommander à des lecteurs mal préparés.--N'importe! Ce que notre génération doit à M. Charles Morice, nous ne pourrons l'oublier jamais. Cet aîné,--un aîné bien jeune!--fut l'un de ses initiateurs. Et si je ne saurais m'associer à certains jugements que j'estime inexacts, je nous dois à tous deux de déclarer que, dans le développement qui motive cette note, je me suis parfois souvenu de l'accent de ce noble Verbe.]

[Note 17-1: Cf. Richard Wagner, _Entwürfe, Gedanken, Fragmente_, p. 23; Leipzig, Breitkopf und Härtel, 1885.]

[Note 17-2: Cf. Richard Wagner, _Gesammelte Schriften und Dichtungen_, éd. citée, t. VIII, p. 37.]

[Note 18-1: Je ne désigne point de personnalités. Le dévouement de certains, leur bon-vouloir flagrant, non plus que leur _compétence comme directeurs d'orchestre_, ne font aucun doute pour personne. On n'en verra pas moins, p. 96, note (2), que Wagner, avec juste raison, exigeait autre chose, encore, des hommes chargés de mener l'exécution d'une œuvre musicale, assurément,--mais dramatiquement musicale.]

[Note 19-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. XXIII.]

[Note 19-2: _Id._, p. XXV.]

[Note 20-1: Cf. Richard Wagner, _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., pp. VI-VII: «Nous pouvons considérer la nature, dans son ensemble, comme un développement gradué, depuis l'existence purement aveugle jusqu'à la pleine conscience de soi; l'homme en particulier offre l'exemple le plus frappant de ce progrès. Eh bien, ce progrès est d'autant plus intéressant à observer dans la vie de l'artiste que son génie, ses créations sont justement ce qui offre au monde sa propre image, et l'élève à la conscience de lui-même.»]

[Note 21-1: Voici comment Wagner définit le Peuple: «Qu'un homme soit le plus ou le moins cultivé de tous, savant ou ignorant, placé au plus haut ou au plus bas de l'échelle sociale... sitôt qu'il éprouve et qu'il entretient en lui une aspiration qui le force à sortir d'un lâche accommodement à la connexion criminelle liant notre Société et notre État, ou de l'obtuse soumission d'esprit à cet ordre de choses: une aspiration qui lui fasse ressentir le dégoût des joies vides de notre civilisation inhumaine, ou la haine d'un utilitarisme profitable seulement à ceux qui n'ont besoin de rien, et non à ceux qui manquent de tout,--... sitôt que cet homme reconnaît clairement et sans hésitation cette nécessité morale, en se sentant capable de souffrir de la peine d'autrui, et, s'il le faut, d'offrir sa vie même en sacrifice,--celui-là appartient alors au Peuple; car lui et tous ses pareils ressentent une même détresse.» (_L'Œuvre d'Art de l'Avenir, Das Kunstwerk der Zukunft: Gesammelte Schriften_, t. III, pp. 206-207.) «Le Peuple est l'ensemble de tous ceux qui éprouvent une commune détresse.» (_Id._, p. 60.)--Cf. _L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre poétique_, par M. Alfred Ernst, pp. 168-172.--C'est au Peuple, ainsi défini, que se doit adresser l'Œuvre d'Art, car «le seul créateur de l'Œuvre d'Art est le Peuple: l'artiste peut seulement saisir et exprimer la création inconsciente du Peuple.» (R. Wagner, _Entwürfe, Gedanke, Fragmente_, éd. citée, p. 22.)]

[Note 22-1: Cf. Richard Wagner, _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., pp. LXXXI-LXXXII: «Pour me défendre de toute concession, il ne me fallait pas un grand courage; l'effet que j'ai vu moi-même les parties les mieux réussies jusqu'à présent dans l'opéra produire sur le public, m'a fait concevoir de lui une opinion plus consolante. L'artiste qui s'adresse dans son ouvrage à l'intuition spontanée, au lieu de s'adresser à des idées abstraites, est porté par un sentiment aveugle, mais sûr, à composer son œuvre non pour le connaisseur, mais pour le public. Ce public ne peut inquiéter l'artiste que sous un seul rapport: c'est par l'élément critique qui peut avoir pénétré en lui, et y avoir détruit l'ingénuité, la candeur des impressions purement humaines. Précisément à cause de la forte part de concessions qu'il renferme, l'opéra, tel qu'il a été jusqu'ici, est, à mon sens, admirablement fait pour brouiller les idées du public, en le laissant incertain de ce qu'il doit chercher et embrasser; car le public est involontairement obligé de se livrer à des réflexions hasardées, prématurées, fausses; et il voit aussi le bandeau des préventions s'épaissir sur son esprit de la façon la plus fâcheuse, grâce au bavardage de tous ceux qui, dans ses rangs mêmes, se prononcent en connaisseurs. Et, par contre, remarquons l'étonnante sûreté des jugements que le public porte, au théâtre, sur le drame récité: rien au monde ne peut le déterminer ici à tenir pour raisonnable une action absurde, pour convenable un discours qui est hors de saison, pour vrai un accent qui ne l'est pas: ce fait est le point solide auquel il faut s'attacher pour établir dans l'opéra même, entre l'auteur et le public, des relations sûres et nécessaires à leur entente mutuelle.»]

[Note 27-1: La _Tétralogie_ a treize actes, dont quatre pour le _Rheingold_ et trois pour chacune des autre «Journées». Il serait d'un noir comique que la superstition fût pour rien dans les déraisons (car on ne peut nommer cela «raisons») qui empêchent nos théâtres de nous jouer l'œuvre en sa totalité parfaite. Il est vrai qu'en ce cas, s'ils y tenaient vraiment, nous aurions de quoi les rassurer: _L'Or-du-Rhin_ n'est en somme qu'un acte en quatre «Scènes» (en quatre «Tableaux», si l'on veut), lesquelles, reliées l'une à l'autre, ainsi qu'on s'en pourra convaincre à la lecture, par un interlude musical et un simple mouvement progressif du décor, sont jouées et doivent l'être sans interruption, comme les tragédies helléniques.]

[Note 28-1: Mon ami Edmond Barthélemy n'en a pas moins été forcé, dans son _Commentaire Musicographique_, de renvoyer à ces «réductions» (le mot dit tout!) pour piano.--Les causes? on ne les comprend que trop bien, n'est-il pas vrai?]

[Note 28-2: Cf. ci-dessous pp. 107-108, et _passim_, le développement de cette assertion.]

[Note 28-3: Voir entre autres, au drame de _Siegfried_, les irréfutables notes (1) de la p. 494 et (1) de la p. 510.--Les exemples foisonnent! j'en ai tout un dossier. Dans le beau livre dont j'ai parlé, et dont je reparlerai bientôt, M. Ernst en relève quelques-uns (spécialement sur la conclusion de _Tannhäuser_, p. 376, en note).]

[Note 30-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. XL.]

[Note 31-1: _L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre Poétique_, par Alfred Ernst (E. Plon, Nourrit et Cie, éditeurs, Paris, 1893, 1 vol. in-18 de IV-544 pages).--Ce précieux volume n'est, du même auteur, ni le premier, sur Richard Wagner, ni, Dieu merci, le dernier non plus (il sera suivi d'un autre, non moins nécessaire, dont s'y trouve annoncée l'apparition prochaine: _L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre Musicale_): lui-même fut précédé d'une œuvre (titre: _Richard Wagner et le Drame Contemporain_) assez inférieure, à celle que j'indique, en ce que chacun des Drames y est analysé non seulement un peu vite, peut-être, mais à un point de vue surtout thématique: c'est dire que ce même point de vue reste aussi bien traité que l'a permis à l'auteur, alors, le peu de place dont il disposait; toutefois, pour des raisons d'ordre particulier (encore que M. Alfred Ernst ait généreusement accordé, à mon ami Barthélemy, la gracieuse autorisation d'en utiliser maints passages pour son _Commentaire Musicographique_) j'aurai l'ingratitude de ne pas recommander l'œuvre:--_L'Art de Richard Wagner_ la supplée si richement! Oui: je n'ai, à l'heure présente, jamais vu M. Ernst; jamais je ne le verrai sans doute; mais j'affirme, sans craindre qu'on ne me contredise, que ce livre, de toute la Critique wagnériste, est le seul livre français qui puisse, actuellement, donner de l'Art de Wagner une idée nette, complète, libre de toute erreur sérieuse.--Je n'aurais de réserves à faire que: sur un seul chapitre, intitulé: _L'art Religieux_ (mais cela n'importe pas ici); sur l'absence d'un chapitre synthétique final (mais sans doute fut-il plus logique de le réserver pour le second volume annoncé, si impatiemment attendu); enfin sur ce fait que l'auteur, en sa piété d'ailleurs touchante, suppose que son public a tout d'abord eu soin de prendre la connaissance des Drames. Or, où l'aurait-il prise--pour _L'Anneau du Nibelung_? Dans la version Wilder? Non, verra-t-on bientôt. Cette lacune, le présent volume va la combler; et alors, d'être mieux intelligible encore, l'œuvre de M. Ernst n'en paraîtra que plus belle. Sur la Langue, la Métrique, la Plastique, la Mimique, le Décor, les Sources, les Symboles, on y trouvera, plus développées, sous une forme à la fois savante et captivante, une foule d'observations que je ne pouvais qu'indiquer, de citations traduites pour la première fois (j'ai fait mon profit de quelques-unes, mais le livre de M. Ernst en fournit seul le commentaire): bref une véritable encyclopédie de l'œuvre poétique wagnérienne, un monument durable auquel je me fais une joie de rendre ce public témoignage.]

[Note 32-1: Je laisse à cette place ces deux noms, parce qu'ils sont venus sous ma plume dans le feu de la première improvisation: n'obsèdent-il pas l'esprit de quiconque, ayant une cause d'Art à soutenir, manque, hélas! de l'autorité qu'il y faudrait? J'entends bien néanmoins que ceux qui portent ces noms sachent, et me fassent l'honneur de croire: qu'à personne je ne demande rien, ni pour moi-même, ni pour ce livre.--C'est pour l'Art de Wagner, seulement, que j'espère en eux!]

[Note 35-1: _Art et Révolution._--_L'Œuvre d'Art de l'Avenir._--_Opéra et Drame._--Ils sont analysés ci-dessous, pp. 80-98.]

[Note 36-1: Cf. _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., pp. XLV, XLVI, XLVII, _passim_.]

[Note 37-1: Etant donné le Public auquel s'adresse ce livre, j'ai cru ne devoir citer ici (_autant que possible_) que les œuvres déjà traduites; à force de les voir mentionnées, peut-être éprouvera-t-il le désir de les lire? Pour ma part, j'en vais éditer bientôt deux autres, et même trois, s'il faut tenir compte de _L'Art et la Révolution_.--Sur ce double sujet, plus nettement m'expliquerai-je; cf., ci-dessous, pp. 78-80; et p. 87, note (3).]

[Note 37-2: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. XVIII.--Cf. _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, trad. Hippeau (Dentu, éd.), pp. 25 et 27. Quelque précieux que soit ce dernier document, je suis obligé, en le recommandant, de mettre le lecteur en garde, une fois pour toutes, contre telles des _gloses_ erronées dont l'estimable traducteur,--par patriotisme sincère, mais partial et mal entendu,--a jugé utile de l'enguirlander.]

[Note 38-1: Cf. Richard Wagner, _Souvenirs_ (Charpentier, éd.), traduits, par M. Camille Benoit, de l'_Autobiographische Skizze_ (_Esquisse Autobiographique_) placée, dans les _Œuvres complètes_ (_Gesammelte Schriften_), au t. 1er.]

[Note 38-2: Cf. _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, trad. citée, p. 27.]

[Note 39-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. LVII.]

[Note 39-2: _Id., ibid._]

[Note 39-3: _Id._, p. LVI.]

[Note 39-4: _Id., ibid._]

[Note 39-5: _Id._, p. XX.]

[Note 40-1: Cf. _L'Œuvre et la Mission de ma Vie_, pp. 42, 58, 77.--Du reste, si ce fut bien à Paris que les exécutions «réellement parfaites» données par Habeneck au Conservatoire, furent décisives pour le génie de Wagner, la première impression profonde, qu'il eût ressentie, de cette terrible page musicale, datait de sa toute première jeunesse: au _Gewandhaus_ de Leipzig, déjà, elle avait été ce qu'il appelle «la source mystique de mes plus hautes extases.» (_Id._, p. 29).--Enfin, lorsque la pierre d'assise du Théâtre des Festivals (_Festspielhaus_) fut posée à Bayreuth (1872), cette grande journée fut célébrée par une exécution modèle de la _Symphonie avec Chœurs_: «elle-même était la pierre d'assise de l'Art national qu'allait donner au peuple allemand le premier exemple actuel d'une grande solennité scénique, d'une représentation dramatique et musicale qui serait la perfection même.» (_Id._, p. 77).--Cf. ci-dessous encore l'_Avant-Propos_, pp. 60, 85-86, 89, 91; et les pages profondes consacrées, soit à _Beethoven_ dans le tome IX, soit à la _Neuvième Symphonie_ dans le même tome IX, et dans le tome II des _Gesammelte Schriften und Dichtungen_.]

[Note 41-1: Cf. _Un Pèlerinage chez Beethoven_, _passim_ (Richard Wagner, _Gesammelte Schriften und Dichtungen_, t. 1er).]

[Note 42-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., pp. LXXIII-LXXIV.]

[Note 43-1: _Lettre sur la Musique_, nouv. éd., p. LVII.]

[Note 43-2: «L'idéal flottait devant sa pensée.»--_Id._, p. XIV.]

[Note 43-3: «Pour bien saisir ce que je veux dire, comparez la richesse infinie, prodigieuse du développement dans une symphonie de Beethoven avec les morceaux de musique de son opéra de _Fidelio_; vous comprenez sur-le-champ combien le maître se sentait ici à l'étroit, combien il étouffait, combien il lui était impossible d'arriver jamais à déployer sa puissance originelle; aussi, comme s'il voulait s'abandonner une fois au moins à la plénitude de son inspiration, avec quelle fureur désespérée il se jette sur l'ouverture, et y ébauche un morceau d'une ampleur et d'une importance jusque-là inconnues! Cet unique essai d'opéra le laisse plein de dégoût.» (_Id._, _ibid._)]

[Note 43-4: _Id._, p. LXXVII.]

[Note 44-1: _Lettre sur la Musique_, éd. nouv., p. LXXVIII.]

[Note 44-2: 1835.]

[Note 45-1: Cf. _Lettre sur la Musique_, éd. nouv., p. XXI.]

[Note 45-2: _Id._, pp. LVII-LVIII.]

[Note 45-3: _Id._, p. XXXI.]

[Note 46-1: Cf. _Lettre sur la Musique_, éd. nouv., p. LVIII.]

[Note 46-2: Cf. _Id._, p. LIX.]

[Note 47-1: Cf. _Lettre sur la Musique_, éd. nouv., p. LIX.]

[Note 47-2: Cf. _Id._, p. LXII.]

[Note 47-3: Sur cet «étrange français», cf. ci-dessous p. 49, note (1).]

[Note 48-1: Cf. _Lettre sur la Musique_, éd. nouv., pp. LIX-LX.]

[Note 48-2: «La catastrophe finale naît ici, sans le moindre effort, d'une lutte lyrique et poétique où nulle autre puissance que celle des dispositions morales les plus secrètes n'amène le dénouement, de sorte que la forme même de ce dénouement relève d'un élément purement lyrique.» (_Id._, p. LX).]

[Note 48-3: Cf. _Id._ LXXVII.]

[Note 48-4: Cf. _Id._, p. LXXXI.]

[Note 48-5: Cf. _Id._, p. LXXXIII.]