Chapter 9
Aujourd'hui la sorcellerie s'est réfugiée au fond des campagnes, plutôt comme un souvenir que comme une croyance encore vivace et agissante. Les bergers en sont les derniers représentants, comme Matthieu Laensberg est le dernier représentant des astrologues, comme les fées sont les dernières filles des druides. Mais les fées ont perdu leur baguette; les sorts des bergers ne changent plus en loups les jeunes agneaux; le voyageur qui se met en route sans manteau, sur la foi de Matthieu Laensberg, est souvent trempé par la pluie; et ce monde fantastique dont nous venons de raconter l'histoire s'est évanoui devant les clartés de notre âge comme le palais de Morgane aux premiers rayons du jour. Malgré son impuissance et sa folie, la sorcellerie n'en a pas moins dominé longtemps avec l'autorité des choses les plus vraies et les plus saintes; elle a tenté de supplanter la science; elle s'est révoltée contre Dieu; elle a fait éclater au grand jour tout ce qu'il y a de folie et de méchanceté au fond de l'âme humaine, et, de quelque point de vue que l'on se place pour la juger, soit du point de vue religieux, soit du point de vue physiologique ou médical, soit même du point de vue de la simple curiosité, elle présentera toujours l'un des phénomènes les plus étranges, les plus attrayants et les plus douloureux de l'histoire; un phénomène étrange, parce qu'elle montre avec quelle facilité l'erreur s'impose et persiste; douloureux, parce qu'elle laisse à travers les siècles une trace sanglante; attrayante, parce qu'on y voit poindre toutes les curiosités de l'esprit humain, et qu'elle cherche en dehors de toute observation positive, la solution de quelques-uns des problèmes que la science moderne a résolus. Par l'alphabet sympathique, elle veut correspondre aux extrémités du monde, et aujourd'hui le télégraphe électrique marche comme la pensée elle-même. Elle demande à l'anneau du voyageur la locomotion rapide et sans fatigue, et la vapeur plus rapidement encore que d'après les anciennes croyances l'anneau mystérieux ne le pouvait faire; le _fulgurateur_ antique veut à son gré faire tomber la foudre, et Franklin, le _fulgurateur_ moderne, arrache au ciel la foudre obéissante; enfin la sorcière volante veut se frayer un chemin à travers les airs, et le ballon, dans cette route des oiseaux, nous emporte plus loin que les aigles et plus haut que les nuages.
FIN.
TABLE.
I. Universalité des sciences occultes.--Leurs différentes divisions.--Sorciers mentionnés dans la Bible.--Rôle de Satan d'après la tradition chrétienne.--Le diable de la sorcellerie, distinction essentielle.
II. De la magie dans l'antiquité.--Elle se divise en deux branches, la théurgie et la goétie.--La théurgie se confond avec la religion.--Ses rites et ses formules.--La goétie se rapproche de la sorcellerie du moyen âge.--Elle est essentiellement malfaisante.--Ses pratiques et ses recettes.--Conjuration des sorciers égyptiens.--Circé, Canidie et Sagone. Les sorcières de la Thessalie.--Le spectre du temple de Pallas.--Maléfices et talismans païens.--Lois de l'antiquité relatives aux sorciers et aux magiciens.
III. Transformation de la sorcellerie païenne à l'avènement du christianisme.--Les dieux de l'Olympe se changent en démons.--Les druides et les bardes se changent en enchanteurs.--Différence de l'enchanteur et du sorcier.--Biographie fantastique de Merlin.--Sa naissance; il parle en venant au monde, et prophétise à l'âge de six mois.--Viviane et la forêt de Brocéliande.--La tour enchantée.--Merlin n'est pas mort.
IV. De la sorcellerie proprement dite.--Elle se confond dans les premiers siècles de notre ère avec les hérésies.--Son histoire à travers le moyen âge.--Légendes chrétiennes et musulmanes sur ses origines.--Elle se propage au XVe et au XVIe siècle.
V. But de la sorcellerie au moyen âge.--Elle est avant tout matérialiste et sensuelle.--La religion la considère justement comme une idolâtrie sacrilège.--Elle s'inspire de toutes les sciences apocryphes.--Énumération et définition de ces sciences--Cabale.--Science des nombres.--Astrologie judiciaire.--Divination et ses diverses branches.
VI. De l'alchimie.--De la nécromancie.--Comment on évoquait les morts.--Recette pour faire des spectres.--Causes rationnelles de la croyance populaire aux apparitions des âmes et des revenants.
VII. La sorcellerie complète, par l'intervention du diable, ses emprunts aux diverses branches des sciences occultes.--Caractère et puissance du diable dans les légendes démonographiques.--Comment l'homme se met en rapport avec lui.--Du contrat diabolique et de ses conséquences.--De la complaisance et de la méchanceté du Démon.--Les deux pôles de la vision.--Le pacte de Palma Cayet.--Histoires diverses.
VIII. Recettes pour faire apparaître le diable et les esprits élémentaires.--Les noms efficaces et les lettres éphésiennes.--Théorie des conjurations diaboliques.--Statistique des sujets de Béelzébuth invoqués par les sorciers.--Les ducs et comtes de l'enfer.--Revue des légions sataniques.
IX. De la bibliothèque infernale.--_Clavicula_ et _grimorium_.--_Arcanum arcanorum_, etc.--Absurdité et impiété grossière des livres des conjurations.--Exemples.--Satan assigné par huissier.--Formalités accessoires, sacrifices et présents.--Histoire d'un étudiant de Louvain.--Les mariages diaboliques.
X. Des instruments et des outils de la sorcellerie.--Des diverses espèces de talismans.--La peau d'hyène, les pierres précieuses et les talismans naturels.--Les talismans fabriqués.--Comment on les faisait.
XI. Le miroir magique.--La pistole volante.--Les têtes d'airain et l'androïde.--Les armes enchantées.--Les coupes.--Les bagues.--L'anneau du voyageur et l'anneau d'invisibilité.--Le téraphim.--Le carré.--La baguette magique.--Comment elle se fabriquait.
XII. Des onguents, des poudres et des breuvages.--Des plantes et matières diverses qui entraient dans leur composition.--De l'emploi des cadavres dans les préparations magiques.--Recettes.--Empoisonnements.
XIII. Applications diverses des recettes de la sorcellerie.--Les prédictions.--Un soldat du duc Uladislas.--Les meurtres.--La sorcière de Provins.--Évocation des rois de France au château de Chaulmont.
XIV. Les sorciers font la pluie et le beau temps.--Les marchands de tempêtes.--Ensorcellement des terres, des moissons et des animaux domestiques.--Formules.--Le château de Belle-Garde.--Création d'animaux vivants.
XV. Opérations de la sorcellerie contre les hommes.--Maladies effroyables.--Envoûtement.--La fièvre du roi Duffus.--L'évêque Guichard, la reine Blanche et sa fille Jeanne.--De l'envoûtement de la cour de France au XVIe siècle.
XVI. De l'aiguillette.--Comment on la noue et on la dénoue.--Des philtres.--Les sorciers improvisent l'amour et l'amitié.--De l'alphabet sympathique et de la télégraphie humaine.
XVII. Ensorcellement des sorciers par eux-mêmes.--Métamorphoses des hommes en bêtes.--De la lycanthropie.--La patte du loup et la main de la châtelaine.--Anecdotes diverses.--La caverne de Lucken-Have.--La sorcière volante.
XVIII. Du sabbat.--Ce que c'est que le sabbat.--Des assemblées générales et particulières.--Où elles se tiennent.--Ce qu'il faut faire pour y être admis.--Noviciat sacrilége des initiés.--Convocation à domicile.--Comment on se transporte au sabbat.--La pluie d'hommes.--Mise en scène et cérémonial.--De la forme du diable et de l'aspersion.
XIX. Continuation du sabbat.--Hommages rendus au diable par les initiés.--De la messe diabolique.--De la fabrication des onguents magiques.--Exhortations du diable à ses hôtes.--Le festin.--Le bal.
XX. Coup d'oeil rétrospectif sur l'ensemble de la sorcellerie.--Impiété et dangers de cette prétendue science.--Confiance qu'elle inspire dans tout le moyen âge.--De la conviction des sorciers.--Explication naturelle de divers faits extraordinaires.--Charlatans et hallucinés.
XXI. De quelques hommes célèbres accusés de sorcellerie.--Virgile, Roger Bacon, Albert le Grand, les papes.--Réaction contre la sorcellerie, provoquée par le procès de Jeanne d'Arc.
XXII. Dispositions diverses de la législation, relatives à la sorcellerie.--Lois romaines.--Lois barbares.--Lois ecclésiastiques.--Influence des hérésies du XIIe et du XIIIe siècle sur la démonologie.--La sorcellerie est dévolue à l'inquisition.
XXIII. Procès de sorcellerie au XIVe et au XVe siècle.--Affaires des vaudois d'Arras.--Contradictions expliquées par une absurdité.
XXIV. La sorcellerie au XVIe siècle.--Scepticisme et crédulité de cette époque.--Les diableries de Luther.--Poursuites nombreuses.--Causes de ces poursuites.--Interrogatoires, aveux et supplices.--Sorciers emportés par le diable.
XXV. Le licencié Torralba.--Des procès de sorcellerie et de la croyance aux sorciers depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours.
FIN DE LA TABLE.