Chapter 25
Alors, ceux que Mörd avait pris à témoins quand Thorgeir lui avait remis sa cause, s'avancèrent devant le tribunal. L'un des deux prononça le témoignage, et tous deux ensemble le confirmèrent tout d'une voix: «Mörd fils de Valgard et Thorgeir fils de Thorir, dirent-ils, nous ont pris à témoins que Thorgeir fils de Thorir avait remis aux mains de Mörd fils de Valgard, sa cause et son droit de poursuite contre Flosi fils de Thord, pour le meurtre d'Helgi fils de Njal. Il lui a remis sa cause de manière à le mettre en son lieu et place dans toute la procédure qui s'ensuivra. Il lui a remis sa cause pour la poursuivre ou pour faire la paix avec les mêmes droits que si c'était à lui Mörd, comme au plus proche, que la vengeance appartint. Thorgeir lui a remis sa cause selon la loi, et Mörd s'en est chargé selon la loi.» Et ils déposèrent leur témoignage ainsi conçu devant le tribunal des fjords de l'Est, à la charge de N... comme Thorgeir et Mörd les avaient mis en demeure de le faire, en les prenant à témoins.
On fit prêter serment à tous les témoins, avant de donner leur témoignage, et aux juges aussi.
Alors Mörd fils de Valgard prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que j'invite les neuf voisins du lieu du meurtre, que j'ai cités à comparaître dans cette affaire, quand j'ai porté plainte contre Flosi fils de Thord, à prendre place à l'ouest sur le bord de la rivière, et à se tenir prêts à faire leur déclaration. Je leur fais sommation selon la loi, devant le tribunal, et de manière que les juges puissent m'entendre.»
Encore une fois, Mörd fils de Valgard prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme Flosi fils de Thord, ou tout autre qu'il aurait chargé de sa défense en son lieu et place, d'avoir à reprocher la déclaration de ces hommes que j'ai placés à l'ouest, sur le bord de la rivière. Je lui fais sommation selon la loi, de manière que les juges puissent m'entendre de leur siège au tribunal.»
Mörd prit encore des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que voici terminée toute la procédure préparatoire à employer dans cette affaire: le tribunal sommé d'avoir à entendre mon serment, le serment prêté, la cause exposée, les témoins de la plainte produits, les témoins de la transmission des droits produits également, les voisins du lieu du meurtre invités à prendre place, Flosi sommé d'avoir à reprocher leur déclaration. Je prends ces hommes à témoins de tous ces préliminaires déjà accomplis, et encore de ceci, que je ne veux pas être réputé avoir abandonné la cause, si je quitte le tribunal pour apporter des preuves, ou pour tout autre motif.»
Alors Flosi et les siens allèrent à l'endroit où les voisins du lieu du meurtre étaient assis. Flosi dit: «Les fils de Sigfus doivent savoir si ces voisins du lieu du meurtre, qui ont été cités ici, l'ont été légalement.» Ketil de Mörk répondit: «Il y en a un parmi eux, qui a tenu Mörd fils de Valgard sur les fonts du baptême; il y en a un autre qui est son parent au troisième degré.» Et ils comptèrent les degrés de parenté, et confirmèrent leur dire par serment. Eyjolf prit des témoins, et constata que la déclaration des voisins était suspendue jusqu'à ce qu'on eût fini de les reprocher. Il prit des témoins une seconde fois: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je récuse ces deux hommes, et les ôte du nombre de ceux qui ont à faire la déclaration (et il les nomma par leur nom, et le nom de leurs pères) pour cette cause, que l'un est parent de Mörd au troisième degré, et l'autre son compère, à raison de quoi la loi me permet de les récuser. Vous êtes, selon la loi, incapables de prendre part à la déclaration; car vous voici récusés par un moyen légal. Je vous récuse donc, d'après la coutume de l'Alting et la loi du pays. Je vous récuse en vertu de la délégation de Flosi, fils de Thord.»
Alors tout le peuple éleva la voix, pour dire que la cause de Mörd était réduite à néant. Et tous étaient d'avis que la défense valait mieux que l'accusation.
Asgrim dit à Mörd: «Ils ne sont pas encore venus à bout de nous, quoiqu'il leur semble qu'ils avancent vite. Envoyons dire ceci à Thorhal mon fils, et sachons quel conseil il nous donnera.»
On envoya à Thorhal un homme sûr, qui lui dit par le menu où en était l'affaire, et comment Flosi pensait avoir réduit à néant la déclaration. Thorhal dit: «Je vais faire en sorte que la cause ne soit pas perdue pour cela; dis-leur de ne pas en croire les autres, s'ils leur font des chicanes; avec toute sa sagesse, Eyjolf s'est embrouillé. Retourne là bas au plus vite, dis à Mörd fils de Valgard de s'avancer devant le tribunal, et de prendre des témoins, comme quoi leur récusation est nulle,» et il lui dit en grand détail ce qu'il y avait à faire.
Le messager revint et leur dit les conseils de Thorhal. Alors Mörd fils de Valgard s'avança devant le tribunal et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je déclare la récusation d'Eyjolf fils de Bölverk nulle et de nul effet. Je me fonde sur ce qu'il a récusé ces hommes, non pour leur parenté avec le véritable plaignant, mais pour leur parenté avec celui qui s'est chargé de la cause. Je prends ceux-ci à témoins, pour moi et pour ceux qui pourraient avoir besoin de leur témoignage.» Puis il produisit le témoignage devant le tribunal. Après cela il vint à l'endroit où les voisins étaient placés, et dit à ceux qui s'étaient levés de se rasseoir, déclarant qu'ils avaient été bien et dûment choisis.
Alors tous dirent que Thorhal avait fait de grandes choses. Et il leur semblait à tous que la poursuite valait mieux que la défense.
Flosi dit à Eyjolf: «Penses-tu que ceci soit légal?»--«Certes je le pense, dit Eyjolf, et assurément nous nous étions trompés. Mais nous allons leur donner un nouvel assaut.» Et Eyjolf prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je récuse ces deux hommes du nombre de ceux qui ont à faire la déclaration» et il les nomma tous deux par leur nom «pour cette cause qu'ils sont habitants, mais non propriétaires. Je vous refuse à tous deux, le droit de prendre part à la déclaration, car vous voici récusés par un moyen légal. Je vous récuse donc, d'après la coutume de l'Alting, et la loi du pays.» Et Eyjolf dit à Flosi: «Ou je me trompe fort, ou ils n'arriveront pas à mettre ceci à néant ».
Et tous dirent que la défense valait mieux que l'accusation. Ils louaient grandement Eyjolf, et disaient qu'il n'avait pas son pareil pour sa connaissance de la loi.
Alors Mörd, fils de Valgard, et Asgrim fils d'Ellidagrim, envoyèrent dire à Thorhal ce qui s'était passé. Quand Thorhal eut entendu cela, il demanda si ces hommes avaient quelque bien. Le messager répondit que l'un deux, vivait de la vente de ses laitages, et possédait des vaches et des moutons. «L'autre, dit-il, possède le tiers des terres qu'il cultive, et il se suffit à lui-même. Lui et son bailleur ont un seul foyer, et un seul berger pour tous deux. Thorhal dit: «Il en sera comme tout à l'heure, et ils se sont trompés encore cette fois. Je n'aurai pas de peine à mettre ceci à néant, malgré tous les grands mots d'Eyjolf pour nous dire que ceci est légal. Et Thorhal dit au messager dans le plus grand détail ce qu'il y avait à faire.
Le messager revint, et dit à Mörd et à Asgrim ce qu'avait conseillé Thorhal. Mörd s'avança devant le tribunal et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je déclare la récusation d'Eyjolf fils de Bölverk nulle et de nul effet. Je me fonde sur ce qu'il a récusé, du nombre de ceux qui ont à faire la déclaration, des hommes qui en étaient légalement. Tous deux ont droit d'en être, celui qui possède trois cents de terres, ou davantage, quoiqu'il n'ait pas de bétail; et celui qui élève du bétail, quoiqu'il n'ait pas de terres à ferme.» Et il produisit le témoignage devant le tribunal. Puis il vint à l'endroit où les voisins étaient placés. Il leur dit de se rasseoir, et qu'ils étaient bien et dûment choisis pour faire la déclaration.
Alors il s'éleva une grande clameur. Tous disaient que la cause de Flosi et d'Eyjolf était en mauvais point, et ils étaient d'accord pour dire que l'accusation valait mieux que la défense.
Flosi dit à Eyjolf: «Ceci est-il légal?» Eyjolf répondit qu'il n'était pas assez habile pour en être tout à fait sûr. Ils envoyèrent donc quelqu'un à Skapti, l'homme de la loi, pour lui demander si c'était légal. Il leur fit répondre que c'était bien selon la loi, quoique peu de gens en eussent connaissance. Et cela fut redit à Flosi et à Eyjolf.
Alors Eyjolf fils de Bölverk demanda aux fils de Sigfus ce qu'il en était des autres voisins cités. Ils dirent qu'il y en avait quatre cités à tort «car d'autres qui demeuraient plus près qu'eux sont à l'heure qu'il est dans leurs maisons.» Alors Eyjolf prit des témoins, et récusa les quatre hommes du nombre de ceux qui avaient à faire la déclaration, disant qu'il les récusait pour un motif légal. Après quoi il dit aux autres: «Vous êtes tenus de rendre justice aux deux parties. Il faut donc que vous vous présentiez devant le tribunal, quand on va vous appeler, et que vous preniez des témoins comme quoi vous vous trouvez dans l'impossibilité de faire votre déclaration, n'étant plus que cinq, quand vous devriez être neuf. Et maintenant Thorhal est capable de mener à bien tous les procès du monde, s'il trouve remède à ceci.»
Flosi et Eyjolf avaient l'air de gens qui sont sûrs de leur affaire. Il se fit une grande rumeur, et on disait que l'accusation de meurtre était réduite à néant, et que cette fois la défense valait mieux que la poursuite.
Asgrim dit à Mörd: «Il n'est pas dit qu'ils aient raison de se vanter si fort, tant que nous n'aurons pas fait savoir ceci à mon fils Thorhal. Njal m'a dit qu'il avait si bien instruit Thorhal dans la loi, qu'il serait le meilleur homme de loi de toute l'Islande, et qu'il le prouverait un jour.»
On envoya donc dire à Thorhal ce qui s'était passé, et l'insolence de Flosi et des siens, et le bruit qui courait que l'accusation de meurtre, portée par Mörd et Asgrim, était réduite à néant. «Ils auront du bonheur, dit Thorhal, si ceci ne tourne pas à leur honte. Va dire à Mörd qu'il prenne des témoins, et prête serment que le plus grand nombre des voisins a été bien et dûment choisi. Il produira ce témoignage devant le tribunal, et il déclarera qu'il est en droit de poursuivre l'accusation. Il aura à payer une amende de trois marcs pour chacun de ceux qu'il a cités à tort. Mais il ne pourra être poursuivi pour cela à ce ting.»
Le messager revint et redit à Mörd et à Asgrim, par le menu, toutes les paroles de Thorhal. Mörd s'avança devant le tribunal, il prit des témoins et prêta serment que le plus grand nombre des voisins avait été bien et dûment choisi. Il déclara qu'il était en droit de poursuivre l'accusation. «Et il faut, dit-il, que nos ennemis se vantent d'autre chose que de nous avoir trouvés en défaut grave.» Alors une grande clameur s'éleva: on disait que Mörd menait bien son affaire, et que Flosi et les siens n'avançaient qu'à force de chicanes et de détours.
Flosi demanda à Eyjolf si cela était légal. Eyjolf répondit qu'il n'en était pas sûr, et que c'était à l'homme de la loi à en décider. Alors Thorkel fils de Geitir alla de leur part dire à l'homme de la loi ce qui s'était passé, et il lui demanda si ce qu'avait dit Mörd était légal. Skapti répondit: «Il y a maintenant plus de gens habiles dans la loi que je ne croyais. Il faut bien le dire, ceci est légal de toute manière, et il n'y a pas moyen d'aller à l'encontre. Je croyais être le seul à savoir cela, depuis que Njal est mort; car lui seul, à ma connaissance, le savait.»
Thorkel retourna vers Flosi et Eyjolf et leur dit que la chose était légale. Alors Mörd fils de Valgard s'avança devant le tribunal et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme ces voisins, que j'ai cités ici quand j'ai intenté ma poursuite contre Flosi fils de Thord, de faire leur déclaration, soit pour, soit contre lui. Je leur fais sommation selon la loi, devant le tribunal, de manière que les juges puissent l'entendre de leur siège au tribunal.»
Alors les voisins de Mörd s'avancèrent devant le tribunal. L'un d'eux prononça la déclaration, et les autres la confirmèrent tout d'une voix. Ils parlèrent ainsi: «Mörd fils de Valgard nous a cités ici, nous neuf hommes libres. Nous voici cinq à présent, quatre d'entre nous ayant été récusés. On a constaté devant témoins l'absence de ces quatre qui devaient déposer avec nous. Nous avons maintenant à déposer notre déclaration, comme la loi nous y oblige. Nous avons été cités pour faire notre déclaration sur ce point, s'il est vrai que Flosi fils de Thord a commis sur Helgi fils de Njal une attaque qualifiée par la loi, sur le lieu même où Flosi fils de Thord a fait à Helgi fils de Njal une blessure, soit à la tête, soit à la poitrine, soit aux membres inférieurs, blessure qui s'est trouvée être mortelle, et au moyen de laquelle Helgi a reçu la mort. Mörd nous a sommés de n'omettre aucune des paroles que la loi nous oblige à prononcer, qu'il réclame de nous devant le tribunal, et qui sont de rigueur dans ces poursuites. Il nous a fait sommation selon la loi. Il nous a fait sommation de manière que nous pussions l'entendre. Il nous a fait sommation en vertu de la délégation de Thorgeir fils de Thorir. Voici maintenant que nous avons tous prêté serment, et rendu notre déclaration légale. Nous nous sommes mis d'accord, tous. Nous déposons donc notre déclaration, et nous la déposons contre Flosi fils de Thord. Nous déclarons qu'il est véritablement coupable dans cette affaire. Et nous déposons cette déclaration des neuf voisins, ainsi conçue, devant le tribunal des fjords de l'Est, à la charge de N... comme Mörd nous a sommés de le faire. Et ceci est notre déclaration.» Ainsi parlèrent-ils.
Une seconde fois ils déposèrent leur déclaration, mettant la blessure d'abord et l'attaque ensuite, et en se servant pour le reste des mêmes paroles que la première fois. Ils dirent qu'ils prononçaient contre Flosi, et qu'ils le déclaraient véritablement coupable dans cette affaire.
Mörd fils de Valgard s'avança devant le tribunal et prit des témoins, comme quoi les voisins qu'il avait cités, quand il avait intenté sa poursuite contre Flosi fils de Thord, avaient déposé leur déclaration contre lui, et avaient déclaré qu'il était véritablement coupable dans cette affaire. Il dit qu'il les prenait à témoins, pour lui et pour tous ceux qui pourraient avoir à profiter de leur témoignage, ou à le récuser.
Une seconde fois Mörd prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme Flosi fils de Thord, ou tout autre qui s'est chargé légalement de sa défense, de venir présenter ses moyens de défense contre l'accusation à lui intentée par moi; car voici accomplis tous les préliminaires que la loi nous obligeait d'employer dans cette affaire: tous les témoignages déposés, ainsi que la déclaration des voisins; et les témoins pris de la déclaration, comme de toutes les autres formalités remplies. S'il se présente dans leur défense telle chose qui me donne contre eux un nouveau motif de poursuite, je me réserve le droit d'en faire usage. Je fais sommation à Flosi, selon la loi, devant le tribunal et de manière que les juges puissent m'entendre.»
«Je ris d'avance, Eyjolf, dit Flosi, en pensant comme ils vont froncer les sourcils et se gratter la tête, quand tu vas présenter notre moyen de défense.»
CXLIII
Eyjolf fils de Bölverk s'avança devant le tribunal, et prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que voici dans cette affaire un moyen légal de défense; à savoir que nos adversaires ont porté leur cause devant le tribunal des fjords de l'Est, alors qu'ils avaient à la porter devant le tribunal des districts du Nord; car Flosi s'est joint à ceux qui vont au Ting avec Askel le Godi. Voici les deux témoins qui étaient présents, et qui peuvent attester que Flosi avait auparavant déposé sa dignité de Godi, et l'avait transmise à son frère Thorgeir, qu'ensuite il s'est joint à ceux qui vont au ting avec Askel le Godi. Je vous prends à témoins de ceci, pour moi et pour tous ceux qui pourront avoir à profiter de votre témoignage, ou à le récuser.»
Une seconde fois, Eyjolf prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je somme Mörd, qui s'est chargé de la poursuite, ou celui à qui elle appartenait légalement, d'entendre mon serment, et l'exposé que je vais faire de mon moyen de défense, comme aussi des autres moyens que je pourrais avoir à présenter. Je lui fais sommation selon la loi, devant le tribunal, et de manière que les juges puissent m'entendre.»
Eyjolf prit encore des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je prête serment sur le livre, le serment prescrit par la loi. Je jure devant Dieu de défendre cette cause en la manière la plus juste, la plus véridique et la plus conforme à la loi, et de remplir toutes les formalités qu'exige la loi, aussi longtemps que je serai présent à ce ting.»
Eyjolf dit encore: «Je prends à témoins ces deux hommes que je présente ici ce moyen de défense: à savoir que l'affaire a été portée devant un autre tribunal que celui où on avait à la porter. Je déclare que pour cette cause leur poursuite est nulle. Je présente mon moyen de défense, ainsi conçu, devant le tribunal des fjords de l'Est. »
Après cela il fit produire tous les témoignages qui devaient suivre la présentation du moyen de défense. Puis il prit des témoins de toutes les formalités accomplies par la défense, comme quoi elles se trouvaient toutes remplies.
Eyjolf prit encore une fois des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je fais interdiction aux juges, interdiction légale, devant le Godi, de prononcer un jugement dans cette affaire de Mörd; car un moyen légal a été présenté devant le tribunal. Je leur fais interdiction devant le Godi, je leur fais interdiction selon la loi, je leur fais interdiction ferme et entière et qu'ils ne puissent pas enfreindre, telle que j'ai droit de la leur faire selon la coutume de l'Alting, et la loi du pays.»
Après cela il fit admettre par le tribunal son moyen de défense.
Asgrim et les siens firent introduire les autres affaires d'incendie, et elles suivirent leur cours.
CXLIV
Asgrim et Mörd envoyèrent dire à Thorhal dans quel mauvais pas ils se trouvaient. «C'est dommage, dit Thorhal, que j'aie été si loin, car jamais l'affaire n'aurait pris cette tournure si j'avais été là. Je vois maintenant où ils veulent en venir: ils veulent vous citer devant le cinquième tribunal pour procédure illégale. Sans doute ils tâcheront aussi de partager les juges dans l'affaire d'incendie, de manière qu'il ne puisse y avoir de jugement; car leur conduite fait assez voir qu'ils ne reculeront devant aucun méfait. Retourne-t'en au plus vite, et dis à Mörd qu'il les cite tous en justice, Flosi et Eyjolf, pour avoir introduit de l'argent dans les choses de la justice, ce qui est un cas de bannissement. Après cela, il faut qu'il les cite une seconde fois pour avoir produit des témoins qui n'avaient rien à faire dans leur cause, par quoi ils se sont rendus coupables d'illégalité dans la procédure. Dis-leur que voici mes paroles: Si deux actions en bannissement sont intentées à la fois contre un homme, on doit le condamner à la peine de la proscription. Et il faut vous hâter d'introduire votre affaire les premiers, pour être les premiers à poursuivre et à obtenir jugement.».
Le messager s'en alla, et dit tout à Mörd et à Asgrim. Ils allèrent au tertre de la loi. Mörd fils de Valgard prit des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je cite Flosi fils de Thord, en justice, pour avoir donné de l'argent, ici même au ting, à Eyjolf fils de Bölverk, afin d'avoir son aide. Je dis que pour cette cause il mérite d'être condamné à la peine du bannissement, qu'on ne puisse aider à sa fuite ou lui donner asile que si l'amende du rachat est comptée dans son entier devant le tribunal qui connaît des affaires de bannissement, qu'autrement il sera réduit entièrement à la condition de proscrit. Je dis que tous ses biens doivent être confisqués, moitié pour moi, moitié pour les juges du tribunal de district qui ont droit, selon la loi, sur les biens saisis. Je le cite, pour cette affaire, devant le cinquième tribunal, à qui il appartient d'en connaître, selon la loi. Je le cite en jugement, et j'appelle sur lui une sentence entière de proscription. Je le cite selon la loi. Je le cite de manière que tous puissent m'entendre, au tertre de la loi.»
Puis il fit une citation semblable à Eyjolf fils de Bölverk, pour avoir accepté de l'argent. Et il le cita pour cette cause devant le cinquième tribunal.
Après cela, il cita une seconde fois Flosi et Eyjolf en justice, pour avoir produit au ting des témoins qui, selon la loi, n'avaient rien à faire avec leur cause, et s'être par là rendus coupables d'illégalité devant le ting. Et il dit que c'était là pour eux un cas de bannissement.
Ils s'en allèrent, et vinrent à l'Assemblée de la loi. Là se tenait le cinquième tribunal.
Voici ce qui se passa au tribunal du quartier de l'Est, après qu'Asgrim et Mörd l'eurent quitté. Les juges ne purent s'entendre pour le jugement à prononcer: les uns voulant juger en faveur de Flosi, les autres en faveur de Mörd et d'Asgrim. Flosi et Eyjolf cherchèrent à partager le tribunal, et ils s'attardèrent à cela, pendant que Mörd les citait en justice, tous les deux. Bientôt on vint leur dire qu'ils avaient été cités tous deux, au tertre de la loi, devant le cinquième tribunal, et que chacun d'eux était sous le coup de deux accusations.
«C'est grand dommage, dit Eyjolf, que nous nous soyons attardés ici: nous leur avons laissé le temps de nous citer en justice les premiers. Je reconnais bien l'adresse de Thorhal. Il n'a pas son pareil en habileté. Voilà qu'ils ont droit maintenant de porter leur cause avant nous devant le tribunal, et c'était pour eux chose fort importante. Allons pourtant au tertre de la loi, et portons plainte contre eux à notre tour, si peu que cela puisse nous servir.»
Ils allèrent donc au tertre de la loi, et Eyjolf cita Mörd et Asgrim en justice, pour illégalité devant le ting. Après cela, ils vinrent au cinquième tribunal.
Revenons à Mörd et à Asgrim. Quand ils arrivèrent devant le cinquième tribunal, Mörd prit des témoins, et les somma d'entendre son serment, et son exposé de l'affaire, ainsi que toute la procédure qu'il se proposait d'entamer contre Flosi et Eyjolf. Il déclara qu'il faisait cette sommation selon la loi, devant le tribunal et de manière que les juges pussent l'entendre de leur place au tribunal.
Au cinquième tribunal il fallait faire confirmer les serments par témoins, qui prêtaient serment à leur tour. Mörd prit donc des témoins: «Vous m'êtes témoins, dit-il, que je prête serment ainsi qu'il est d'usage au cinquième tribunal. Je prie Dieu de m'aider dans ce monde et dans l'autre, aussi vraiment que je vais poursuivre cette affaire en la manière la plus juste, la plus véridique, et la plus conforme à la loi. Je tiens Flosi pour véritablement coupable en cette affaire, et j'en ferai la preuve. Pour moi, ni je n'ai acheté la justice dans cette affaire, ni ne veux l'acheter; ni je n'ai reçu de l'argent, ni n'en recevrai, soit légalement soit illégalement.»
Alors les deux témoins jurés de Mörd s'avancèrent devant le tribunal, et prirent des témoins à leur tour: «Vous nous êtes témoins, dirent-ils, que nous prêtons serment sur le livre, le serment conforme à la loi. Nous prions Dieu de nous aider dans ce monde et dans l'autre, aussi vraiment que nous affirmons ceci, sur notre honneur d'hommes libres: à savoir que nous croyons que Mörd poursuivra cette affaire en la manière la plus juste, la plus véridique, et la plus conforme à la loi. Et nous affirmons que ni il n'a acheté la justice dans cette affaire, ni ne l'achètera, que ni il n'a accepté d'argent, ni n'en acceptera, soit légalement soit illégalement.»