Chapter 18
Il dit encore qu'on garderait les dimanches et les jours de jeûne, le jour de Noël et le jour de Pâques, ainsi que toutes les grandes fêtes. Les païens furent d'avis qu'on les avait grandement trompés. Mais la foi n'en était pas moins introduite dans la loi, et tous les hommes du pays faits chrétiens.
L'affaire étant ainsi terminée, les gens quittèrent le ting.
CVI
À trois années de là, voici ce qui se passa au Ting de Tingskala. Amundi l'aveugle, fils d'Höskuld, fils de Njal, était venu au ting. Il se fit amener parmi les huttes, et vint à celle où était Lyting de Samstad. Il se fit conduire dans la hutte, jusqu'à l'endroit où Lyting était assis. «Lyting de Samstad est-il ici?» demanda-t-il. «Oui, dit Lyting; que me veux-tu?»--«Je veux savoir, dit Amundi, quel prix tu veux me payer pour le meurtre de mon père. Je suis un fils bâtard, et je n'ai point reçu d'amende».--«J'ai payé pour ton père l'amende entière, dit Lyting; c'est le père de ton père qui l'a reçue, et ses frères; mais pour le meurtre de mes frères il n'a rien été payé. Si j'ai mal fait, on m'a traité bien durement».--«Je ne te demande pas, dit Amundi, ce que tu as payé aux autres. Je sais que vous avez fait la paix. Je te demande ce que tu me paieras à moi».--«Rien du tout» dit Lyting. «Je ne peux pas croire, dit Amundi, que cela soit juste devant Dieu, quand tu m'as frappé si près du coeur. Mais voici tout ce que je puis le dire: si j'avais mes deux yeux, il me faudrait une de ces deux choses: ou l'amende, ou mort d'homme. Que Dieu juge entre nous». Et il sortit. Mais comme il était à la porte de la hutte, il se retourna vers l'intérieur; et voici que ses yeux s'ouvrirent. «Loué sois-tu, dit-il, Dieu mon Seigneur; je vois maintenant ce que tu veux». Il rentre en courant dans la hutte, arrive devant Lyting et lui porte un si grand coup de hache sur la tête, que la hache s'y enfonça jusqu'au manche, après quoi il la retira. Lyting tomba la face en avant: il était mort sur le coup.
Amundi retourne vers la porte pour sortir. Comme il arrivait à l'endroit où ses yeux s'étaient ouverts, voici qu'ils se refermèrent, et il resta aveugle tout le temps qu'il vécut.
Après cela, il se fit conduire vers Njal et ses fils. Il leur dit le meurtre de Lyting. «On ne peut pas t'imputer ceci à mal, dit Njal, car de telles choses sont écrites à l'avance; et quand elles arrivent, c'est un avertissement pour nous de ne pas laisser dehors ceux qui sont les plus proches».
Alors Njal offrit la paix aux parents de Lyting. Höskuld, godi de Hvitanes, s'entremit auprès d'eux et les décida à accepter l'amende. On mit fin à l'affaire par une sentence, et l'amende fut réduite de moitié, à cause des droits qu'Amundi était réputé avoir eus contre Lyting. Après cela, on alla échanger des gages, et les parents de Lyting donnèrent des gages à Amundi. Les gens quittèrent le ting et retournèrent chez eux, et tout fut tranquille pendant longtemps.
CVII
Valgard le rusé revint cet été-là. Il était encore païen. Il vint à Hof chez son fils Mörd, et il y passa l'hiver. Il dit à Mörd: «J'ai parcouru tout le pays et il ne me semble plus que ce soit le même. Je suis allé à Hvitanes, et là j'ai vu beaucoup d'emplacements de huttes, et le sol tout remué. Je suis allé aussi au ting de Tingskala, et là j'ai vu toutes nos huttes mises à bas. Que signifient toutes ces choses étranges?»--«On a établi de nouveaux Godords, répondit Mörd, et un cinquième tribunal, et il y a des gens qui se sont séparés de mon ting, pour aller joindre le ting d'Höskuld.»--«C'est mal me remercier, dit Valgard, du Godord que je t'ai transmis, que de te conduire si lâchement. Je veux que tu les en punisses de telle sorte qu'ils y trouvent tous leur mort. Il faut pour cela, à force de paroles mensongères, amener les fils de Njal à tuer Höskuld. Ceux qui auront à le venger sont nombreux, et les fils de Njal périront dans cette querelle.»--«Ce n'est pas facile» dit Mörd. «Je vais te dire comment il faut t'y prendre, répondit Valgard. Tu vas inviter chez toi les fils de Njal, et tu les renverras avec des présents. Mais tu ne commenceras tes histoires que lorsqu'il y aura une grande amitié entre vous, et qu'ils se fieront à toi comme à eux-mêmes. C'est ainsi que tu te vengeras de Skarphjedin pour l'argent qu'il t'a forcé de lui donner après la mort de Gunnar. Quand tous ceux là seront morts, tu pourras devenir un chef.» Et ils convinrent que Mörd agirait selon ce conseil.
«Je voudrais, mon père, dit Mörd, te voir recevoir la foi, car tu es vieux.»--«Je ne veux pas, dit Valgard; tu devrais plutôt la rejeter, et nous verrions ce qui s'ensuivrait.» Mais Mörd dit qu'il ne ferait pas cela. Valgard brisa devant Mörd toutes les croix et autres choses saintes. Peu après, il tomba malade et mourut, et il fut déposé dans un tertre.
CVIII
À quelque temps de là, Mörd vint à Bergthorshval trouver Skarphjedin. Il leur donna, à lui et à ses frères, beaucoup de belles paroles; il parla tout le long du jour et dit qu'il désirait grandement faire amitié avec eux. Skarphjedin prit bien la chose: il dit pourtant qu'il ne s'y attendait pas.
Mörd finit par entrer en si grande amitié avec eux, que des deux côtés nul conseil ne semblait bon si les autres n'y avaient eu part. Njal trouvait toujours mauvais que Mörd vint, et chaque fois qu'il venait, il se montrait fâché.
Un jour, Mörd vint à Bergthorshval et dit aux fils de Njal: «J'ai résolu de donner un festin, et de boire la bière d'héritage en l'honneur de mon père. Je vous invite à ce festin, vous, fils de Njal, et Kari, et je vous promets que vous ne partirez pas sans présents.» Ils promirent de venir. Mörd retourne chez lui, et fait ses préparatifs. Il invita beaucoup de possesseurs de domaines, et il y eut grande foule. Les fils de Njal vinrent, et Kari aussi. Mörd donna à Skarphjedin une grande agrafe d'or, à Kari une ceinture d'argent, et à Grim et à Helgi de beaux présents. Ils rentrent chez eux, vantent les cadeaux qu'ils ont reçus, et les montrent à Njal. Njal dit qu'ils sont chèrement achetés: «Prenez garde, ajoute-t-il, que vous ne veniez à les payer de la manière qu'il voudra.»
CIX
Peu de temps après, Höskuld et les fils de Njal donnèrent des festins. Les fils de Njal commencèrent, et invitèrent Höskuld.
Skarphjedin avait un cheval brun, de quatre ans, grand et beau. C'était un étalon, mais il n'avait pas encore combattu. Skarphjedin en fit don à Höskuld, avec deux juments. Ils firent tous des présents à Höskuld, et se promirent bonne amitié.
Un peu plus tard, Höskuld les invita chez lui à Vörsabæ. Il en avait invité beaucoup d'autres, et il y eut grande foule. Il venait de faire abattre sa grande salle, mais il avait trois bâtiments extérieurs, et c'est là que les logements furent préparés. Ceux qu'il avait invités vinrent tous, et la fête se passa bien. Quand les gens furent sur le point de partir, Höskuld leur donna de beaux présents, et il fit la conduite aux fils de Njal. Les fils de Sigfus l'accompagnaient, et toute la foule des invités. Ils disaient les uns et les autres que jamais personne ne pourrait se mettre entre eux.
À quelque temps de là, Mörd vint à Vörsabæ et demanda à parler à Höskuld. Ils s'en allèrent à l'écart, et Mörd dit: «Il y a grande différence entre toi et les fils de Njal. Tu leur as fait de beaux présents; mais ceux qu'ils t'ont donnés, c'était pour se moquer de toi.»--«Qu'est-ce qui te fait penser cela?» dit Höskuld. «Ils t'ont donné, répondit-il, un cheval qu'ils n'appelaient eux-mêmes qu'un poulain, et ils l'ont fait par dérision, car ils te tiennent, toi aussi, pour jeune et sans expérience. Je peux te dire aussi qu'ils t'envient ton siège de godi. Skarphjedin s'en est emparé au ting, quand tu ne t'es pas rendu à la convocation du cinquième tribunal; et il entend bien ne pas le lâcher.»--«Ce n'est pas vrai, dit Höskuld; je l'ai repris à la session d'automne.»--«C'est que Njal s'en est mêlé, dit Mörd. De plus, ajouta-t-il, ils ont rompu la paix avec Lyting.»--«Je ne leur en ferai pas un crime» dit Höskuld.--«Tu ne peux pas nier pourtant, dit Mörd, qu'un jour où Skarphjedin et toi vous vous en alliez à l'est, vers le Markarfljot, sa hache est tombée de sa ceinture, et ce jour-là il avait en tête de te tuer.»--«C'était sa hache à fendre du bois, dit Höskuld; je l'ai vue quand il l'a mise à sa ceinture. Et je veux te dire tout de suite, ajouta-t-il, que tu ne me diras jamais si grand mal des fils de Njal que j'arrive à le croire. Et quand il y aurait quelque chose, quand tu dirais vrai en me prévenant que j'aurai à les tuer ou à être tué moi-même, j'aime bien mieux souffrir la mort de leur main que de leur faire le moindre mal. Mais toi, tu n'en es que plus méchant homme, de m'avoir dit cela.» Et Mörd s'en retourna chez lui.
Quelque temps après, Mörd va trouver les fils de Njal. Il parle longuement avec les trois frères, et Kari. «J'ai su, dit-il, qu'Höskuld godi de Hvitanes avait dit que toi, Skarphjedin, tu avais rompu la paix avec Lyting. Je suis certain aussi qu'il a cru que tu en voulais à sa vie le jour où vous alliez à l'est, vers le Markarfljot. Mais il me semble qu'il n'en voulait pas moins à la tienne, quand il t'a invité à son festin, et qu'il t'a logé dans le bâtiment le plus éloigné du domaine. On a apporté du bois toute la nuit devant ce bâtiment, et il avait résolu de vous brûler. Mais il se trouva que Högni fils de Gunnar arriva pendant la nuit, et il ne fut plus question de vous attaquer, car ils avaient peur de lui. Plus tard il t'a fait la conduite avec une troupe nombreuse. Cette fois encore il voulait t'attaquer, et il avait mis près de toi pour te tuer Grani fils de Gunnar et Gunnar fils de Lambi. Mais le coeur leur a manqué, et ils n'ont pas osé».
Quand il eut ainsi parlé, d'abord les autres le contredirent; mais à la fin pourtant ils le crurent. Et à cause de cela ils entrèrent en défiance d'Höskuld, et ils ne lui parlaient presque pas quand ils se rencontraient. Mais Höskuld se tenait à l'écart. Il se passa ainsi quelque temps.
L'automne suivant, Höskuld s'en alla dans l'est, à Svinafell, où on l'avait invité. Flosi lui fit bon accueil. Hildigunn était venue aussi, Flosi dit à Höskuld: «Hildigunn me dit qu'il y a de la froideur entre toi et les fils de Njal. Ceci me déplaît. Je te propose donc de ne plus retourner dans le pays de l'ouest. Je t'établirai à Skaptafell; et j'enverrai mon frère Thorgeir habiter à Vörsabæ».--«Alors on dira, répondit Höskuld, que j'ai fui, parce que j'avais peur, et je ne veux pas de cela».--«Il est donc à craindre, dit Flosi, qu'il ne sorte de là de grands malheurs».--«J'en suis fâché, dit Höskuld, car j'aimerais mieux rester sans vengeance que d'être cause qu'il arrive mal à d'autres».
Peu de jours après, Höskuld s'apprêta à retourner chez lui. Flosi lui fit présent d'un manteau d'écarlate, orné de broderies jusqu'en bas. Höskuld rentra chez lui à Vörsabæ, et tout fut tranquille pendant quelque temps.
Höskuld était d'humeur si agréable, que peu de gens étaient ses ennemis. Mais il y eut pendant tout cet hiver, la même froideur entre lui et les fils de Njal.
Njal avait pris chez lui, comme son fils d'adoption, le fils de Kari, nommé Thord. Il avait élevé aussi Thorhal fils d'Asgrim fils d'Ellidagrim. Thorhal était un vaillant homme, hardi en toutes choses. Il avait si bien appris la loi chez Njal qu'il était le troisième homme de loi de toute l'Islande.
Cette année-là, le printemps vint de bonne heure, et les gens se hâtèrent de semer leur grain.
CX
Il arriva un jour, que Mörd vint à Bergthorshval. Ils se mirent tout de suite à parler ensemble, Mörd, les fils de Njal, et Kari. Mörd calomnie Höskuld comme il en a l'habitude: il a encore de nouvelles histoires à raconter, et il presse très fort Skarphjedin et ses frères de tuer Höskuld, disant qu'il irait plus vite qu'eux, s'ils ne l'attaquaient sur le champ. «Nous ferons comme tu veux, dit Skarphjedin, si tu viens avec nous prendre part à la chose».--«Je le ferai» dit Mörd. Ils s'engagèrent les uns aux autres par promesses, et il fut convenu que Mörd reviendrait le soir.
Bergthora demanda à Njal: « Que disent-ils là dehors?»--«Je ne suis pas dans leurs conseils» dit Njal. Pourtant ils m'ont rarement laissé à l'écart quand leurs conseils étaient bons».
Skarphjedin ne se coucha pas ce soir-là, ni ses frères non plus, ni Kari. Vers la fin de la nuit, Mörd arriva. Ils prirent leurs armes, les fils de Njal et Kari, montèrent à cheval, et partirent. Ils marchèrent sans s'arrêter jusqu'à Vörsabæ. Là ils attendirent, derrière une haie. Le temps était beau, et le soleil venait de se lever.
CXI
À ce même moment, Höskuld, godi de Hvitanes, s'éveilla. Il se revêtit de ses habits, et mit sur son dos le manteau, présent de Flosi. Il prit un panier à grain d'une main, de l'autre une épée; puis il s'en va vers la haie et se met à semer son grain.
Skarphjedin et les autres étaient convenus entre eux qu'ils l'attaqueraient tous à la fois.
Skarphjedin s'élança de derrière la haie. Quand Höskuld le vit, il voulut fuir. Mais Skarphjedin courut après lui, en disant: «Ne crois pas que tu puisses t'échapper, godi de Hvitanes!» Il le frappe et le touche à la tête, et Höskuld tombe sur ses genoux. «Que Dieu m'aide et vous pardonne» dit-il en tombant. Alors ils coururent tous à lui, et le frappèrent tous.
Après cela, Mörd dit: «Il me vient une idée».--«Laquelle?» dit Skarphjedin.--«C'est, dit Mörd, de retourner chez moi tout d'abord. Ensuite j'irai à Grjota, je leur dirai la nouvelle, et que je trouve cela très mal fait. Je sais que Thorgerd me priera de dénoncer le meurtre. Et je le ferai; car ce sera le meilleur moyen d'embrouiller leur affaire. J'enverrai aussi un homme à Vörsabæ pour savoir s'ils se hâtent de prendre un parti. Il y apprendra la nouvelle et je ferai comme si je l'avais reçue de lui».--«Fais cela; tu feras bien» dit Skarphjedin.
Les trois frères retournèrent chez eux, avec Kari. En arrivant, ils dirent à Njal la nouvelle. «C'est une triste nouvelle que celle-ci, dit Njal, et fâcheuse à entendre; ce malheur me touche de si près que, je puis le dire en vérité, j'aimerais mieux avoir perdu deux de mes fils, et qu'Höskuld fût en vie».--«Il faut t'excuser, dit Skarphjedin, car tu es vieux, et il était à prévoir que ceci te ferait de la peine».--«Ce n'est pas seulement, dit Njal, parce que je suis vieux, mais aussi parce que je sais mieux que vous ce qui s'ensuivra».--«Qu'est-ce qui s'ensuivra?» dit Skarphjedin.--«Ma mort, dit Njal, celle de ma femme, et de tous mes fils».--«Que lis-tu dans l'avenir pour moi?» dit Kari.--«Il leur sera difficile, dit Njal, de s'opposer à ton heureux destin, et tu seras plus fort qu'eux tous».
Et ce fut la seule chose au monde qui touchât Njal de telle sorte qu'il ne pouvait en parler sans pleurer.
CXII
Hildigunn s'éveilla et vit qu'Höskuld n'était plus dans la chambre. «J'ai fait de mauvais rêves, dit-elle, et qui ne m'annoncent rien de bon; allez me chercher Höskuld». Ils le cherchèrent dans le domaine, et ne le trouvèrent pas. Cependant Hildigunn s'était habillée. Elle sort, et deux hommes avec elle, ils s'en vont vers la haie, et trouvent là Höskuld mort. À ce moment, arrive le berger de Mörd fils de Valgard. Il lui dit qu'il a rencontré les fils de Njal, venant de ce lieu, «et Skarphjedin m'a appelé, dit-il, et s'est déclaré l'auteur du meurtre».--«Ce serait un exploit de brave, dit Hildigunn, si un seul y avait eu part». Elle prit le manteau, essuya tout le sang des blessures, y rassembla les gouttes de sang caillé, et le mit dans son coffre.
Puis elle envoya un homme à Grjota pour y annoncer la nouvelle. Mörd était là qui l'avait déjà dite. Ketil de Mörk était venu aussi. Thorgerd dit à Ketil: «Voici qu'Höskuld est mort comme vous savez. Rappelle-toi maintenant ce que tu m'as promis, quand tu l'as pris pour ton fils d'adoption».--«Il se peut, dit Ketil, que j'aie promis alors trop de choses; car je ne pensais guère qu'il viendrait des jours comme ceux-ci. Me voici fort en peine; car le nez est près des yeux, et je suis marié à une fille de Njal».--«Veux-tu donc, dit Thorgerd, que ce soit Mörd qui porte plainte pour le meurtre?»--«Je ne sais pas, dit Ketil, car je crois qu'il vient de lui plus de mal que de bien». Mais dès que Mörd eut parlé à Ketil, il en fut de lui comme des autres, et il crut que Mörd lui serait fidèle. Ils convinrent donc que Mörd porterait plainte pour le meurtre, et s'occuperait de porter l'affaire devant le ting.
Après cela, Mörd descendit à Vörsabæ. Il vint là neuf hommes, les plus proches voisins du lieu du meurtre, pour servir de témoins. Mörd avait dix hommes avec lui. Il montre aux voisins les blessures d'Höskuld, les prenant à témoins des coups, et il nomme l'auteur de chaque blessure, sauf d'une. Celle-là, il fit comme s'il ne savait pas qui l'avait faite; mais c'était celle qu'il avait faite lui-même. Puis il déclara qu'il portait plainte contre Skarphjedin pour le meurtre, et contre ses frères et Kari pour les blessures. Après quoi il cita les neuf proches voisins du lieu du meurtre, à comparaître devant l'Alting.
Après cela il retourna chez lui. Il ne voyait presque jamais les fils de Njal, et quand ils se rencontraient, ils se faisaient mauvais visage. C'était ainsi convenu entre eux.
La nouvelle du meurtre d'Höskuld se répandit dans tous les cantons. On disait que c'était mal fait.
Les fils de Njal allèrent trouver Asgrim fils d'Ellidagrim, et lui demandèrent son aide. «Vous savez bien, dit-il, que je vous aiderai dans toute affaire grave. Pourtant j'augure mal de celle-ci; ils sont nombreux, ceux à qui appartient la vengeance, et dans tous les cantons ce meurtre a été grandement blâmé». Alors les fils de Njal retournèrent chez eux.
CXIII
Il y avait un homme nommé Gudmund le puissant. Il habitait à Mödruvöll sur l'Eyjafjord. Il était fils d'Eyjolf, fils d'Einar, fils d'Audun le chauve, fils de Thorolf Smjör, fils de Thorstein le lâche, fils de Grim Kamban. La mère de Gudmund s'appelait Halbera: elle était fille de Thorod Hjalm. Et la mère de Halbera s'appelait Reginleif, fille de Sæemund, des pays du Sud, celui qui donna son nom à la plaine de Sæmund sur le Skagafjord.
La mère d'Eyjolf, le père de Gudmund, était Valgerd fille de Runolf. La mère de Valgerd s'appelait Vilborg. Sa mère était Jorunn la bâtarde, fille du roi Osvald le saint. La mère de Jorunn était Bera, fille du roi Jatmund le saint.
La mère d'Einar, père d'Eyjolf, était Helga, fille d'Helgi le maigre, qui s'établit dans l'Eyjafjord. Helgi était fils d'Eyvind du pays de l'est, et de Rafört, fille de Kjarval, roi d'Irlande. La mère d'Helga fille d'Helgi était Thorunn la cornue, fille de Ketil Flatnef, fils de Björn Buna, fils de Grim, seigneur de Sögn.
La mère de Grim était Hervör. La mère de Hervör était Thorgerd, fille d'Halegg, roi d'Halogaland.
La femme de Gudmund le riche s'appelait Thorlaug. Elle était fille d'Atli le fort, fils d'Eilif l'aigle, fils de Bard, fils de Ketil Ref, fils de Skidi le vieux.
Herdis était le nom de la mère de Thorlaug. Elle était fille de Thord de Höfda, fils de Björn Byrdusmjörs, fils de Hroald, fils de Hrodlaug le triste, fils de Björn Jarnsida, fils de Ragnar Lodbrok, fils de Sigurd Hring, fils de Randæs, fils de Radbard.
La mère d'Herdis fille de Thord était Thorgerd fille de Skidi. Sa mère était Fridgerd fille de Kjarval roi d'Irlande.
Gudmund était un grand chef. Il était riche en biens Il avait cent serviteurs dans sa maison. Il avait pris la toute-puissance sur tous les chefs du pays qui est au nord de la plaine d'Öxnadal: les uns durent quitter leurs domaines, à d'autres il ôta la vie; d'autres lui laissèrent leur siège de Godi. C'est de lui que viennent les meilleures familles du pays: les Oddaverjar, les Sturlungar, les Hvammverjar, et ceux de Fljota, et aussi Ketil l'évêque, et beaucoup d'autres parmi les meilleurs.
Gudmund était ami d'Asgrim fils d'Ellidagrim, et Asgrim songeait à lui demander son aide.
CXIV
Il y avait un homme nommé Snorri, surnommé le Godi. Il demeurait à Helgafell, avant que Gudrunn, fille d'Usvif, ne lui eût acheté ses terres. Elle y demeura jusqu'à sa mort. Mais Snorri s'en alla sur le Hvammsfjord et s'établit à Sælingsdalstunga.
Le père de Snorri s'appelait Thorgrim et était fils de Thorstein Thorskabit, fils de Thorolf Mostrarskegg fils d'Örnolf Fiskrek. Mais Ari le sage dit qu'il était fils de Thorgil Reydarsida. Thorolf Mostrarskegg avait pour femme Oska, fille de Thorstein le rouge.
La mère de Thorgrim s'appelait Thora. Elle était fille d'Oleif le lâche, fils de Thorstein le rouge, fils d'Oleif le blanc, fils d'Ingjald, fils d'Helgi. La mère d'Ingjald s'appelait Thora, fille de Sigurd à l'oeil de serpent, fils de Ragnar Lodbrok.
La mère de Snorri le Godi était Thordis, fille de Sur et soeur de Gisli.
Snorri était grand ami d'Asgrim fils d'Ellidagrim, et Asgrim comptait sur son aide.
Snorri était l'homme le plus sage de l'Islande, parmi ceux qui ne voyaient pas dans l'avenir. Il était bon pour ses amis, et terrible pour ses ennemis.
À ce moment-là, il y eut grande affluence au ting, de tous les districts, et les gens avaient beaucoup de procès à juger.
CXV
Flosi apprend le meurtre de son gendre Höskuld, et cette nouvelle le met en grand souci et grande colère. Pourtant il se tint tranquille. On lui dit comment l'affaire avait été engagée après la mort d'Höskuld, mais il ne fit pas paraître ce qu'il en pensait. Il envoya un messager à Hal de Sida, son beau-père, et à son fils Ljot, pour leur dire d'amener beaucoup de monde avec eux au ting. Ljot passait pour être en espérance le plus grand chef du pays de l'est. On lui avait prédit que s'il allait trois étés de suite au ting, et revenait sain et sauf, il deviendrait le plus grand chef et l'homme le plus vieux de sa race. Il était déjà allé un été au ting, et il allait partir pour la seconde fois.
Flosi envoya encore des messages à Kol, fils de Thorstein, et à Glum, fils de Hildir le vieux, à Geirleif, fils d'Önund Töskubak et à Modolf, fils de Ketil. Ils vinrent tous à la rencontre de Flosi. Hal avait promis d'amener beaucoup de monde.
Flosi se mit en route et vint à Kirkjubæ chez Surt, fils d'Asbjörn. De là, il envoya chercher Kolbein, fils d'Egil, son neveu, qui vint se joindre à lui.
Après cela, Flosi vint à Höfdabrekka. Là demeurait Thorgrim Skrauti, fils de Thorkel le beau. Flosi le pria de venir au ting avec lui. Il consentit à la chose et dit à Flosi: «Je t'ai souvent vu, messire, plus gai que maintenant; mais tu as de bonnes raisons pour qu'il en soit ainsi».--«Certes, dit Flosi, il s'est passé de tristes choses, et je donnerais tout ce que je possède pour que ceci ne fût pas arrivé. Du mauvais grain a été semé: mauvaise récolte en poussera».