Chapter 20
En ce moment d'autres soldats attirés par le bruit s'emparent de Fedor, qui cédant à la force tombe dans la stupeur, puis il pleure, il supplie: il n'est pas mort, il n'est qu'évanoui; laissez-moi l'embrasser. Je vous promets, dit-il en sanglotant, de renoncer à l'emporter si son cœur ne bat plus. Vous avez peut-être un fils, vous avez un père; ayez pitié de moi, disait le malheureux, vaincu par tant de douleurs! Le Cosaque attendri, lui rend son enfant: à peine le père a-t-il touché ce corps glacé que ces cheveux se hérissent sur son front: il jette les yeux autour de lui, ses regards rencontrent le regard inspiré de Xenie: ni le malheur, ni l'injustice, ni la mort, ni la folie, rien sur la terre n'empêche ces deux cœurs nés pour s'entendre de se deviner: Dieu le veut.
Le jeune homme fait un signe à Xenie, les soldats respectent la pauvre insensée qui s'avance et reçoit le corps de l'enfant des mains du père; mais toujours en silence. Alors la fille de Thelenef, sans proférer une parole, ôte son voile pour le donner à Fedor, puis elle presse le petit corps dans ses bras. Chargé de son pieux fardeau elle reste là debout, immobile jusqu'à ce qu'elle ait vu son bien-aimé frère assis entre une mère qui pleure et une épouse mourante s'éloigner pour toujours du village qui les a vus naître. Elle suit longtemps de l'œil le convoi des mugics déportés; enfin quand le dernier chariot a disparu sur la route de Sibérie, quand elle est seule, elle emporte l'enfant et se met à jouer avec cette froide dépouille en lui donnant les soins les plus ingénieux et les plus tendres.
Il n'est donc pas mort, disaient les assistants! il va renaître, elle le ressuscitera!...
Puissance de l'amour!... qui peut vous assigner des bornes?
La mère de Fedor se reprochait sans cesse de n'avoir pas retenu Xenie dans la chaumière du vieil insensé; «elle n'aurait pas du moins été forcée d'assister au supplice de son père, disait la bonne Élisabeth.
--Vous lui auriez conservé la raison pour souffrir davantage», répondait Fedor à sa mère, et leur morne silence recommençait.
La pauvre vieille femme avait paru longtemps résignée; ni les massacres, ni l'incendie ne lui avaient arraché une plainte; mais lorsqu'il fallut subir avec les autres Vologdiens la peine de l'exil, quitter la cabane où son fils était né, où le père de son fils était mort, lorsqu'on l'obligea d'abandonner son frère en démence, elle perdit courage: la force lui manqua tout à fait; elle se cramponnait aux madriers de leur chaumière, baisant, arrachant dans son désespoir la mousse goudronnée qui calfeutrait les fentes du bois. On finit par l'emporter et par l'attacher sur la téléga où nous venons de la voir pleurer le nouveau-né de son fils chéri.
Ce qu'on aura peine à croire, c'est que les soins, le souffle vivifiant de Xenie, peut-être sa prière, ont rendu la vie à l'enfant que Fedor avait cru perdu. Ce miracle de tendresse ou de piété la fait vénérer aujourd'hui comme une sainte, par les étrangers envoyés du Nord pour repeupler les ruines abandonnées de Vologda.
Ceux mêmes qui la croient folle n'oseraient lui enlever l'enfant de son frère; nul ne pense à lui disputer cette proie si précieusement ravie à la mort. Ce miracle de l'amour consolera le père exilé, dont le cœur s'ouvrira encore au bonheur, quand il saura que son fils a été sauvé et sauvé par elle!!...
Une chèvre la suit pour nourrir l'enfant. Quelquefois on voit la vierge mère, vivant tableau, assise au soleil sur les noirs débris du château où elle est née et souriant fraternellement au fils de son âme, à l'enfant de l'exilé.
Elle berce le petit sur ses genoux avec une grâce toute virginale et le ressuscité lui rend son ineffable sourire avec une joie angélique. Sans se douter de la vie, elle a passé de la charité à l'amour, de l'amour à la folie et de la folié à la maternité: Dieu la protège; l'ange et la folle s'embrassent au-dessus de la région des pleurs, comme les oiseaux voyageurs se rencontrent au delà des nuages.
Quelquefois elle paraît frappée d'un souvenir doux et triste: alors sa bouche, insensible écho du passé, murmure machinalement ces mystérieuses paroles, unique et dernière expression de sa vie et dont aucun des nouveaux habitants de Vologda ne peut deviner le sens: «C'est donc moi qu'il aimait!»
FIN DE L'HISTOIRE DE THELENEF.
Ni le poëte russe, ni moi, nous n'avons reculé devant l'expression de _vierge mère_ pour désigner Xenie et nous ne croyons ni l'un ni l'autre avoir manqué de respect au sublime vers du poëte catholique:
_O vergine Madre, figlio del tuo figlio_.[45]
ni profané le profond mystère qu'il indique en si peu de mots.
FIN DU DEUXIÈME VOLUME.
NOTES
[1: Longue robe.]
[2: La crainte de l'Empereur est en quelque sorte expliquée par le récit qu'on va lire, et qui m'a été envoyé de Rome au mois de janvier 1843 par une des personnes les plus véridiques que je connaisse. «Le dernier jour de décembre, je fus à l'église del Gesu, qui avait été décorée de superbes tapisseries. Une enceinte avait été formée devant le magnifique autel de saint Ignace, qui était resplendissant de lumières. Les orgues jouaient des symphonies très-harmonieuses; l'église était remplie de ce que Rome possède de plus distingué; deux fauteuils avaient été placés à gauche de l'autel. On vit bientôt arriver la grande-duchesse Marie, fille de l'Empereur de Russie, et son mari le duc de Leuchtenberg, accompagnés des principaux personnages de leur suite et des gardes suisses qui les escortent; ils prirent place sur les fauteuils réservés pour eux, sans se mettre à genoux sur les prie-Dieu qui étaient devant eux, et sans faire attention au saint sacrement qui était exposé. Les dames d'honneur s'assirent derrière le prince et la princesse, ce qui obligeait ceux-ci à reverser la tête de côté pour faire la conversation comme s'ils eussent été dans un salon. Deux chambellans étaient restés debout, comme c'est l'usage, auprès des grands. Un sacristain crut que c'était parce qu'ils n'avaient pas de siéges; il s'empressa de leur en porter, ce qui excita le rire du prince, de la princesse et de leur entourage d'une manière tout à fait inconvenante. À mesure que les cardinaux arrivaient, ils prenaient leur place; le pape est arrivé ensuite, et est allé s'agenouiller sur un prie-Dieu où il est resté tout le temps de la cérémonie. Le _Te Deum_ fut chanté en action de grâces pour les faveurs obtenues dans le courant de l'année qui vient de s'écouler; un cardinal donna la bénédiction. Sa Sainteté était toujours prosternée; le prince de Leuchtenberg s'était mis à genoux, mais la princesse était restée assise.»]
[3: Ce reproche ne s'adresse qu'aux monuments construits depuis Pierre Ier; les Russes du moyen âge, quand ils bâtissaient le Kremlin, avaient bien su trouver l'architecture qui convenait à leur pays et à leur génie.]
[4: L'autre jour un Russe revenait de Pétersbourg à Paris; une femme de son pays lui dit: «Comment avez-vous trouvé le maître?--Très-bien.--Et l'homme?--L'homme, je ne l'ai pas vu.» Je ne cesse de le répéter: les Russes sont de mon avis, mais c'est ce qu'ils ne diront pas.]
[5: Les quais de la Néva sont de granit, la coupole de Saint-Isaac est de cuivre, le palais d'hiver, la colonne d'Alexandre sont de belle pierre, de marbre et de granit, la statue de Pierre Ier est d'airain.]
[6: Cette conversation est reproduite mot à mot.]
[7: Quelques jours après que cette lettre fut écrite, il se passa dans l'intérieur de la cour une petite scène qui fera connaître les manières des jeunes gens les plus à la mode aujourd'hui en Angleterre, ceux-ci n'ont rien à reprocher ni à envier aux agréables les plus impolis de Paris: il y a loin de ce genre d'élégance brutale à la politesse des Buckingham, des Lauzun et des Richelieu.--L'Impératrice voulait donner un bal intime à cette famille près de quitter Pétersbourg. Elle commence par inviter elle-même le père qui danse si bien avec une jambe de bois. «Madame, répond le vieux marquis ***, on m'a comblé à Pétersbourg, mais tant de plaisirs surpassent mes forces: j'espère que Votre Majesté me permettra de prendre congé d'elle ce soir et de me retirer demain matin sur mon yacht pour retourner en Angleterre; sans cela je mourrais de joie en Russie.--Eh bien, je renonce à vous,» reprend l'Impératrice, satisfaite de cette réponse polie, et digne de l'époque où le vieux lord dut entrer dans le monde; puis se retournant vers les fils du marquis qui devaient prolonger leur séjour à Pétersbourg: «Je compte au moins sur vous,» dit-elle à l'aîné.--«Madame, répond celui-ci, nous avons pour ce jour-là une partie de chasse aux rennes.» L'Impératrice qu'on dit fière, ne se décourage pas, et s'adressant au cadet: «Vous, du moins, vous me resterez,» lui dit-elle. Le jeune homme, à bout d'excuses, ne sait que répondre, mais dans son dépit il appelle son frère et lui dit tout haut: «C'est donc moi qui suis la victime?» Cette anecdote a fait la joie de la cour.]
[8: CÉRÉMONIAL DE LA CÉLÉBRATION DU MARIAGE DE SON ALTESSE IMPÉRIALE MADAME LA GRANDE-DUCHESSE MARIE NICOLAIEVNA AVEC SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE DUC MAXIMILIEN de LEUCHTENBERG, APPROUVÉ PAR SA MAJESTÉ L'EMPEREUR.
Le jour qui aura été choisi pour la cérémonie, une salve de cinq coups de canon, tirés des remparts de la forteresse de Saint-Pétersbourg, annoncera que dans cette journée devra avoir lieu la célébration du Mariage de SON ALTESSE IMPÉRIALE MADAME LA GRANDE-DUCHESSE MARIE NICOLAIEVNA AVEC SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE DUC MAXIMILIEN DE LEUCHTENBERG.
D'après les annonces qui auront été envoyées, les membres du Saint-Synode et du haut Clergé, la Cour et les autres personnes de distinction des deux sexes, les Ambassadeurs et Ministres étrangers, les Généraux, les Officiers de tout grade de la Garde et les Officiers supérieurs des autres troupes, se réuniront au Palais d'Hiver, à heures du matin, les Dames en costume russe et les Cavaliers en grand uniforme.
Lorsque les Dames d'honneur, qui auront été appelées pour habiller l'Auguste Fiancée, sortiront des appartements intérieurs après avoir accompli cette fonction, un Maître des Cérémonies en avertira l'Auguste Fiancée, et l'accompagnera jusqu'aux appartements intérieurs.
Dans cette journée, l'Auguste Fiancée portera une couronne sur la tête, et par-dessus la robe, un manteau de velours ponceau, doublé d'hermine, dont la longue traîne sera portée aux côtés par quatre Chambellans, et à l'extrémité par le dignitaire en fonctions d'Écuyer de SON ALTESSE IMPÉRIALE.
LEURS MAJESTÉS L'EMPEREUR ET L'IMPÉRATRICE se rendront des appartements intérieurs, à la chapelle du Palais, dans l'ordre suivant:
I. Les Fourriers de la Cour et les Fourriers de la Chambre IMPÉRIALE;
II. Les Maîtres des Cérémonies et le Grand-Maître des Cérémonies;
III. Les Gentilshommes de la Chambre, les Chambellans et les Cavaliers de la Cour IMPÉRIALE, marchant deux à deux, les moins anciens en avant;
IV. Les Premières Charges de la Cour, deux à deux, les moins anciens en avant;
V. Un Maréchal de la Cour avec son Bâton;
VI. Le Grand-Chambellan et le Grand-Maréchal de la Cour avec son Bâton;
VII. LEURS MAJESTÉS L'EMPEREUR ET L'IMPÉRATRICE, suivis du Ministre de la Maison de l'EMPEREUR, ainsi que des Aides-de-Camp-Généraux et Aides-de-Camp de SA MAJESTÉ IMPÉRIALE, de service;
VIII. SON ALTESSE IMPÉRIALE MONSEIGNEUR LE CÉSAREVITCH GRAND-DUC ALEXANDRE NICOLAIEVITCH;
IX. LEURS ALTESSES IMPÉRIALES MESSEIGNEURS LES GRANDS-DUCS CONSTANTIN NICOLAIEVITCH, NICOLAS NICOLAIEVITCH ET MICHEL NICOLAIEVITCH;
X. LEURS ALTESSES IMPÉRIALES MONSEIGNEUR LE GRAND-DUC MICHEL PAVLOVITCH ET MADAME LA GRANDE-DUCHESSE HELÈNE PAVLOVNA;
XI. SON ALTESSE IMPÉRIALE MADAME LA GRANDE-DUCHESSE MARIE NICOLAIEVNA, avec son Auguste Fiancé, SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE DUC MAXIMILIEN de LEUCHTENBERG;
XII. LEURS ALTESSES IMPÉRIALES MESDAMES LES GRANDES-DUCHESSES OLGA NICOLAIEVNA, ALEXANDRA NICOLAIEVNA ET MARIE MIKAHILOVNA;
XIII. Leurs Altesses Sérénissimes MONSEIGNEUR le Prince PIERRE D'OLDENBOURG et Madame la Princesse son Épouse.
Les Dames d'honneur, les Demoiselles d'honneur à portrait, les Demoiselles d'honneur de SA MAJESTÉ L'IMPÉRATRICE et de LEURS ALTESSES IMPÉRIALES MESDAMES LES GRANDES-DUCHESSES, ainsi que les autres personnes de distinction des deux sexes, suivront par ordre d'ancienneté.
A l'entrée de la Chapelle, LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES seront reçues par les Membres du Saint-Synode et du haut Clergé, portant la Croix et l'eau bénite.
Au commencement du service divin, lorsque l'on chantera le verset: Госноди силою твоею возвеселится Царь, SA MAJESTÉ L'EMPEREUR conduira les Augustes Fiancés à la place préparée pour la célébration du mariage, et en même temps les personnes désignées pour porter les couronnes s'approcheront des Augustes Fiancés.
Alors commencera, d'après le rit de l'Église Grecque, la Cérémonie du Mariage, pendant laquelle, après l'Évangile, on fera mention, dans la prière pour la FAMILLE IMPÉRIALE, de MADAME LA GRANDE-DUCHESSE Marie NICOLAIEVNA et de son Époux.
Après la Cérémonie du Mariage, les Augustes Époux présenteront leurs remerciements à LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES, et reviendront occuper leurs places. Le Métropolitain, assisté des Membres du Saint-Synode, commencera ensuite les prières d'actions de grâces, et lorsqu'on entonnera le _Te Deum_, il sera tiré des remparts de la forteresse de Saint-Pétersbourg, une salve de cent un coups de canon.
À l'issue de la cérémonie religieuse, les Membres du Saint-Synode et du haut Clergé offriront leurs félicitations à LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES.
En sortant de la Chapelle LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES et la FAMILLE IMPÉRIALE retourneront dans les appartements intérieurs avec le même cortège et dans l'ordre énoncé ci-dessus. À leur arrivée dans la pièce où un Autel Catholique aura été dressé, SA MAJESTÉ L'EMPEREUR conduira les Augustes Époux à cet Autel, où la Cérémonie du Mariage sera alors célébrée d'après le rit Catholique-Romain; à l'issue de cette cérémonie, la FAMILLE IMPÉRIALE rentrera dans l'intérieur des appartements, après avoir reçu les félicitations du Clergé Catholique-Romain.
Lorsque l'heure du banquet sera venue, et que les dignitaires des trois premières classes auront occupé les places qui leur auront été désignées, on viendra l'annoncer à LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES qui se rendront à table accompagnées de la FAMILLE IMPÉRIALE, et précédées de la Cour.
LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES et tous les Membres de la FAMILLE IMPÉRIALE seront servis à table par des Chambellans; les coupes seront présentées à LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES par les Grands Échansons; aux Augustes nouveaux Époux par le dignitaire en fonctions d'Écuyer de la Cour de SON ALTESSE IMPÉRIALE MADAME LA GRANDE-DUCHESSE; à LEURS ALTESSES IMPÉRIALES MONSEIGNEUR LE CÉSARÉVITCH GRAND-DUC HÉRITIER par le dignitaire faisant fonctions d'Écuyer de SON ALTESSE IMPÉRIALE; à MESSEIGNEURS LES GRANDS-DUCS et MESDAMES LES GRANDES-DUCHESSES par des Chambellans.
Pendant le repas il y aura concert vocal et instrumental.
Les toasts seront portés au bruit des salves d'artillerie tirées des remparts de la forteresse de Saint-Pétersbourg.
SAVOIR:
1°. À la santé de LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES.--51 coups de canon.
2°. Des Augustes nouveaux Époux.--31 coups de canon.
3°. De toute la FAMILLE IMPÉRIALE.--31 coups de canon.
4°. DE SON ALTESSE ROYALE MADAME LA DUCHESSE DE LEUCHTENBERG.--31 coups de canon.
5°. Du Clergé et de tous les fidèles sujets de SA MAJESTÉ L'EMPEREUR.--31 coups de canon.
Après le banquet LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES et la FAMILLE IMPÉRIALE retourneront avec le même cortège dans les appartements intérieurs.
Dans la soirée du même jour, il y aura un bal paré, auquel assisteront toutes les personnes de distinction des deux sexes, les Ambassadeurs et Ministres étrangers, et les personnes présentées à la Cour.
Avant la fin du bal, les personnes désignées par L'EMPEREUR pour recevoir les nouveaux Époux, se rendront dans les appartements de LEURS ALTESSES, où LEURS MAJESTÉS L'EMPEREUR et L'IMPÉRATRICE, précédés de la Cour, les accompagneront.
A l'entrée de ces appartements, LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES et les nouveaux Époux seront reçus par les personnes désignées à cet effet, et se rendront ensuite dans l'intérieur des appartements, où se trouvera une Dame d'Honneur pour le déshabillé de MADAME LA GRANDE-DUCHESSE.
Dans cette journée il sera récité des prières d'actions de grâces dans toutes les églises et les cloches sonneront, ainsi que les deux jours suivants; la Capitale sera illuminée le soir, pendant trois jours.
Le 3 juillet[9] spectacle au Grand Théâtre en gala.
Le 4 juillet, les Augustes Époux recevront, à onze heures du matin, les félicitations des personnes de distinction des deux sexes admises à la Cour, et à une heure de l'après-midi, celle du Corps diplomatique.
Le soir, grand Bal dans la salle Blanche du Palais d'Hiver et Souper.
Le 6 juillet, Bal chez LEURS ALTESSES IMPÉRIALES MONSEIGNEUR LE GRAND-DUC MICHEL PAVLOVITCH ET MADAME LA GRANDE-DUCHESSE HELÈNE PAVLOVNA.
Le 8 juillet, Bal chez le Prince d'OLDENBOURG.
Le 9 juillet, départ de la Cour IMPÉRIALE pour Péterhoff.
Le 11 juillet, Bal masqué public et illumination à Péterhoff.]
[9: D'après le calendrier Julien.]
[10: Ce titre lui avait été conservé en la mariant.]
[11: Ne vous l'ai-je pas dit? à cette cour on passe sa vie en répétitions générales. Depuis Pierre Ier, un Empereur de Russie n'oublie jamais qu'il est chargé de tout enseigner lui-même à son peuple.]
[12: C'est ce qu'on veut.]
[13: En Pologne.]
[14: Le rit grec défend la sculpture dans les églises.]
[15: Ce reproche qui tombe sur Pierre Ier et sur ses successeurs immédiate complète l'éloge de l'Empereur Nicolas, qui a commencé d'arrêter ce torrent.]
[16: Au 1er janvier à Pétersbourg et à Péterhoff pour la fête de l'Impératrice.]
[17: _Voyez_ l'Espagne sous Ferdinand VII.]
[18: L'auteur, en laissant cette boutade, la donne pour ce qu'elle vaut. Son humour aigri par l'affectation d'une popularité impossible le pousse à la révolte contre une déception d'autant plus dangereuse qu'elle a trompé de bons esprits.]
[19: _Voir_ plus loin la lettre datée de Yarowslaw.]
[20: _Voyez_ la brochure de M. Tolstoï intitulée: _Coup d'œil sur la législation russe_, etc., etc.]
[21: _Voyez_ la conclusion au quatrième volume.]
[22: Un moyen de flatterie connu et dont le succès est assuré, c'est de se montrer l'hiver aux yeux de l'Empereur dans les rues de Pétersbourg sans redingote ou sans pelisse, flatterie héroïque et qui peut coûter la vie à celui qui la met en pratique. On conçoit qu'il est facile de déplaire dans un pays où de telles manières de plaire sont en usage.]
[23: Treilles.]
[24: L'année suivante les eaux d'Ems ont rendu la santé à l'Impératrice.]
[25: Chaumière anglaise.]
[26: _Voyez_ la note suivante.]
[27: Je crois devoir insérer ici l'extrait d'une lettre qui m'a été écrite cette année par une femme de mes amies; ce récit n'ajoute rien aux détails que vous venez de lire, si ce n'est que la singulière prudence d'un étranger, d'un artiste en causant dans un salon de Paris et en parlant d'un événement arrivé trois ans auparavant à Pétersbourg, vous donne mieux l'idée de l'oppression des esprits en Russie, que tout ce que je puis vous en dire moi-même. «Un peintre italien qui se trouvait en même temps que vous à Saint-Pétersbourg, est maintenant à Paris. Il racontait comme vous me l'avez racontée cette catastrophe où périrent à peu près quatre cents individus. Le peintre faisait son récit tout bas. Eh bien! je sais cela, lui dis-je, mais pourquoi dites-vous cela tout bas: Oh! c'est que l'Empereur a défendu qu'on en parlât. J'ai admiré cette obéissance malgré le temps et les distances. Mais vous, qui ne pouvez tenir une vérité captive, quand publierez-vous votre voyage?»
Je joins encore ici un extrait des beaux articles imprimés dans le _Journal des Débats_, le 13 octobre 1842, au sujet du livre intitulé: _Persécutions et souffrances de l'Église catholique en Russie_.
«Au mois d'octobre 1840, deux convois courant en sens inverse sur le chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Krasnacselo, se rencontrèrent faute d'avoir pu s'apercevoir, à cause d'un épais brouillard. Tout fut brisé du choc. Cinq cents personnes, dit-on, restèrent sur le carreau tuées, mutilées ou plus ou moins grièvement blessées. C'est à peine si on en eut connaissance à Saint-Pétersbourg. Le lendemain, de très-grand matin, quelques curieux seulement osèrent aller visiter le lieu de la catastrophe: ils trouvèrent tous les débris déblayés, les morts et les blessés enlevés, et comme seuls signes de l'accident quelques agents de police qui, après avoir interrogé les curieux sur les motifs de leur visite matinale, les gourmandèrent de leur curiosité et leur ordonnèrent rudement de retourner chacun chez soi.»]
[29: Je me crois obligé de changer quelques circonstances et de taire les noms qui pourraient faire remonter aux personnes; mais l'essentiel de l'histoire est conservé dans ce récit.]
[30: Il n'est pas inutile de répéter que cette lettre, comme presque toutes les autres, ont été conservées et cachées avec soin pendant tout le temps de mon séjour en Russie.]
[31: Ce mot est de l'archevêque de Tarente, dont M. Valery vient de faire un portrait bien intéressant et bien complet dans son livre des _Anecdotes et Curiosités italiennes_. Je crois que la même pensée a été exprimée encore plus énergiquement par l'Empereur Napoléon. D'ailleurs elle vient à quiconque voit les Russes de près.]
[32: N'oubliez pas, je vous prie, que ce n'est pas moi qui parle ainsi.]
[33: J'ai choisi au hasard les noms de lieux et de personnes, car mon but était uniquement de déguiser les véritables, j'ai même retranché ceux-ci tout à fait quand je n'ai pas craint de nuire à la clarté du récit, enfin je me suis permis de corriger dans le style quelques expressions étrangères au génie de notre langue].
[34: Nom substitué au véritable].
[35: Ce joli nom est celui d'une sainte russe.]
[36: Tout le monde sait qu'avant le XVIIIe siècle, les femmes russes vivaient pour ainsi dire cloîtrées.]
[37: Historique.]
[38: Le culte des images est toujours défendu jusqu'à un certain point dans l'Église grecque où les vrais croyants n'admettent que des peintures d'un style de convention, couvertes de certains ornements d'or et d'argent en relief; le mérite du tableau disparaît totalement sous ces applications. Telles sont les seules peintures tolérées dans la maison de Dieu par les Russes orthodoxes.
(_Note du Voyageur_.)]
[39: Les plus pauvres des Russes ont une théière, une bouilloire de cuivre, et prennent du thé, matin et soir, en famille, dans des chaumières dont les murs et les plafonds sont des madriers de bois de sapin brut entaillés aux extrémités pour entrer l'un dans l'autre en formant les angles de l'édifice. Ces solives assez mal jointes sont calfeutrées de mousse et de goudron; vous voyez que la rusticité de l'habitation contraste d'une manière frappante avec l'élégance et la délicatesse du breuvage qu'on y prend.
(_Note du Voyageur_.)]
[40: Historique.]
[41: La verste équivaut à peu près à un quart de lieue de France.
(_Note du Voyageur_.)]
[42: Historique.]