La Pupille

Chapter 7

Chapter 7519 wordsPublic domain

ARISTE, JULIE.

ARISTE, à part.

Elle a quelquefois entendu parler du marquis comme d'un homme peu formé; elle craint sans doute que je ne la désapprouve.

JULIE, à part.

Quel parti prendre avec un homme trop modeste pour rien entendre?

ARISTE.

Je ne devrois point, Julie, paroître en savoir plus que vous ne voulez m'en dire; mais enfin, les soins que j'ai pris de votre enfance et l'amitié que je vous ai toujours témoignée, me font prétendre à ne rien ignorer de ce qui vous touche. Quelques amis m'ont parlé en particulier. Ce n'est pas tout. Depuis un temps, je vous trouve rêveuse, inquiète, embarrassée. Il faut que vous en conveniez, Julie, quelqu'un a su vous toucher.

JULIE.

J'en conviendrai, monsieur. Oui, quelqu'un a su me plaire; mais ne tenez point compte de ce qu'on a pu vous dire, et ne me demandez point qui est celui pour qui je sens du penchant, car je ne puis me résoudre à vous le déclarer.

ARISTE.

Auriez-vous fait un choix.....?

JULIE, l'interrompant.

Je ne pouvois pas mieux choisir: la raison, l'honneur, tout s'accorde avec mon amour.

ARISTE.

Eh! quand cet amour a-t-il commencé?

JULIE.

En sortant du couvent... Quand je commençai à vivre avec vous.

ARISTE.

Mes soupçons ne peuvent tomber que sur peu de personnes... Encore une fois, Julie, je sais ce qui se passe; et, d'avance, je puis vous répondre que votre amour est payé du plus tendre retour, que l'on désire de vous obtenir, avec l'ardeur la plus vive et la plus constante.

JULIE.

Si vous devinez juste, mon sort ne sauroit être plus heureux.

ARISTE.

Je ne crois pas me tromper; mais, après les assurances que je vous donne, quelle raison auriez-vous encore de me taire son nom? N'est-ce pas une chose qu'il faut que je sache, tôt ou tard, puisque mon consentement vous est nécessaire?

JULIE.

Ce seroit à vous à le nommer... Je vois bien que vous ne m'entendez pas.

ARISTE.

Je vous entends, sans doute; et je le nommerois si je n'avois pas mérité d'avoir plus de part à votre confidence.

JULIE.

Vous l'auriez cette confidence, si je n'étois pas certaine que vous combattrez mes sentiments.

ARISTE.

Moi, les combattre! Suis-je donc si intraitable! Pouvez-vous douter de mon coeur? Croyez que je n'aurai point de volonté que la vôtre. J'en ferai serment, s'il le faut.

JULIE.

Puisque vous le voulez, je vais donc tâcher de m'expliquer mieux.

ARISTE.

Parlez.

JULIE.

Mais je prévois qu'après je ne pourrai plus jeter les yeux sur vous.

ARISTE.

Cela n'arrivera pas, car je serai de votre sentiment.

JULIE.

Non, après un tel aveu, permettez que je me retire.

ARISTE.

Volontiers.... Mais ne craignez rien, encore un coup. Nommez-le moi; vous me verrez aller, de ce pas, assurer de mon consentement celui que vous avez choisi.

JULIE.

Vous le trouverez aisément; je vais vous laisser avec lui.... Représentez-lui qu'il est peu convenable à une fille de se déclarer la première; déterminez-le à m'épargner cette honte.... Je vous laisse avec lui.... C'est, je crois, vous le faire connoître d'une façon à ne pas vous y méprendre.

(Elle veut se retirer; mais elle voit venir le marquis, ce qui la fait rester.)