Chapter 11
ARISTE, ORGON, LE MARQUIS.
ORGON, au marquis.
Pourquoi donc vous attirer ces reproches? Il faut que vous lui ayez donné des sujets violents de se plaindre.
LE MARQUIS.
Non; cela m'étonne. La brouillerie est venue sue ce qu'elle m'a dit qu'il n'y avoit jamais eu de liaison sincère entre elle et moi, et qu'il ne falloit point compter sur les discours des jeunes gens aimables.
ORGON.
Entre nous, tu as un air libertin qui ne me persuaderoit point, si j'étois fille.
LE MARQUIS.
Que voulez-vous, mon oncle? je ne me referai point. On a des façons aisées; on a du brillant: tout cela est naturel.... Mais quant à Julie, je la demande en mariage: n'est-ce pas assez lui prouver que je l'aime? Il faut qu'un joli homme soit furieusement épris pour former une pareille résolution.
ORGON.
A la vérité, je ne conçois pas qu'une fille puisse désirer quelque chose au-delà du mariage.... (A Ariste.) Mais, que dites-vous à tout cela, Ariste?
ARISTE.
Franchement, je ne sais. Il me vient différentes idées qui se détruisent les unes les autres. Ce que je vois, ce que j'entends, semble se contredire, et.... (Au marquis.) Mais, ce ne peut être que vous qu'elle aime?
LE MARQUIS.
Eh! vraiment non. Je le sais bien.
ARISTE.
Elle craint, comme vous dites, que votre passion pour elle ne soit pas sincère, et que vous ne soyez aussi inconstant que la plupart des jeunes gens, qui font profession de l'être?
LE MARQUIS.
Tout juste.
ARISTE.
Et elle s'exhale en reproches, parce que vous n'avez pas été assez prompt à la rassurer?
LE MARQUIS.
Je lui ai pourtant répété cent fois que nous étions faits l'un pour l'autre: mais il ne faut pas que cela vous surprenne; c'est le tourment d'un coeur bien épris de toujours douter de son bonheur.
ORGON, à Ariste.
Il est vrai qu'elle ne le croit pas où elle le voit.