La Pupille

Chapter 10

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ARISTE, ORGON, JULIE, LE MARQUIS.

ORGON, à Ariste, au fond du théâtre.

Ce que vous me dites là me faut un grand plaisir.... (Montrant Julie et le marquis.) Les voilà, ces pauvres enfants! Que l'on passe d'heureux moments à cet âge!

ARISTE.

Je ne perds point de temps, comme vous voyez: mon empressement vous prouve combien je suis sensible à cet honneur.

ORGON.

Je suis d'avis que l'on dresse le contrat aujourd'hui. L'idée d'une noce me ragaillardit; et quoique la mode des violons soit passée, il faut en avoir et suivre la manière bourgeoise... (S'apercevant du trouble où sont Julie et le marquis.) Mais, il me semble que nos amants se boudent.... (Au marquis, en s'approchant.) Qu'as-tu donc, Valère? te voilà tout rêveur.

LE MARQUIS.

Une bagatelle, mon oncle.

ARISTE, à Julie, en s'approchant aussi.

Et vous, Julie, quel est le trouble où je vous vois?

JULIE.

Vous êtres dans l'erreur à mon égard. Je vous y ai laissé, parce que je n'ai point cru que les conséquences en seroient si promptes, ni si sérieuses: mais je me trouve forcée de vous dire que vous ne m'avez point entendue.

ARISTE.

Comment?

ORGON.

Qu'est-ce que cela veut dire?

LE MARQUIS, à Julie.

Il n'est pas mal de le prendre sur ce ton! et c'est bien à vous à vous plaindre vraiment.... (A Ariste et Orgon.) Il est bon que vous sachiez que nous avons eu quelque altercation ensemble. Mademoiselle, sur un mot, se révolte, et fait la méchante.

ORGON.

Oh! n'est-ce que cela? Bon! bon! ce sont là de ces orages qui mènent les amants au port.

ARISTE, à Julie.

Ne vous repentez point de vous être déclarée. Il ne faut point, ma chère Julie, passer si promptement d'un sentiment à un autre. Votre querelle est une querelle d'amitié.

LE MARQUIS.

Faites-lui un peu sa leçon, je vous prie, monsieur.

ORGON, à Julie et au marquis.

Allons, allons, mes enfants, raccommodez-vous.

JULIE.

Laissez-moi, de grâce! Vous prenez un soin inutile.

ARISTE.

Julie, je vous en conjure! faites cesser ce mystère.

JULIE.

Non, monsieur. Contre toute raison, j'ai fait voir le foible de mon coeur: j'ai fait connoître celui pour qui je me déclarois; mais ses interprétations fausses, la conduite qu'il observe avec moi m'avertissent assez que je n'en ai que trop dit.

(Elle sort.)