La Puce de Mme Desroches

Part 3

Chapter 33,643 wordsPublic domain

_Las il estoit à nous, sous un ongle severe Je me fusse vangé de ma longue misere: Mais le finet sauta sur toy, Docte_ LOISEL. _Ainsi que Ganymede eslevé dessus l'aile De l'aigle genereux, par ta plume immortelle,_ SOLEIL, _tu l'as conduit avec toy dans le Ciel._

CL. BINET.

A MADAME DES ROCHES.

_Je ne m'esbahi plus des murs de la Rochelle Obstinez contre un Roy, ni du Roc Melusin, Puisque contre Amour mesme au pays Poitevin Une autre Roche encor se declare rebelle._

_La Rochelle à son Roy se monstre ore fidelle, Lusignan a ployé sous le joug du destin: Et vous osez tenir encontre un Roy divin, Deffiant jusqu'icy sa puissance immortelle._

_Amour ayant en vain vostre Roc assiegé, Ainsi qu'un espion en Puce s'est changé, Pour surprendre le fort de vostre tour jumelle._ _Mais il fut descouvert par maints doctes esprits._ ROCHE, _ne craignez plus que vostre fort soit pris, Quand les enfans des Dieux font pour vous sentinelle._

CL. BINET.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE D'ODET TOURNEBUS,

Advocat en la Cour de Parlement.

PUCE, _qui se fut advisé Que tu deusse estre tant redite Par un vers si favorisé Du troupeau qui Parnasse habite? Et qu'un animal si petit Eut peu espoindre les courages De tant de sçavans personnages Quy de toy ont si bien escrit?_

_C'est à bon droit que l'on peut croire Que Poictiers est le vray sejour Des doctes filles de Memoire, Du jeu, des Graces et d'Amour. Si quelqu'un ne le croit, qu'il voye Ces deux_ ROCHES _qui jusqu'aux Cieux Elevent leur chef sourcilleux, Qui comme deux astres flamboye._

_Qu'il oye l'armonieux chant De leurs poësies divines, Et il cognoistra à l'instant Que les Muses sont Poetevines. Il verra que les vers chantez Des Muses qui Poictiers habitent Plus que ceux la des Grecs meritent Estre par dessus tous vantez._

_Il cognoistra que ceste troupe De deux Muses vaut beaucoup mieux Que celle qui loge en la croupe De ce mont qui se fend en deux. Que donques plus on ne s'estonne Si l'on te chante volontiers, Puisque dans tes murs de Poictiers Les Muses logent en personne._

_Je sçay bien que quelque envieux Voudra incontinant reprendre Les Poëmes ingenieux Par lesquels on a fait entendre Tes plaisirs et tes passetemps, Disant que chose si petite Comme une Puce ne merite Que l'on employe tant de temps._

_Ce n'est d'aujourd'huy que l'envie Vomit sur les bons son venin: Elle fit bien perdre la vie A ce grand Socrate divin: Quand d'une semblable imposture Elle disoit qu'il employoit Tout son temps lors qu'il mesuroit Tes sauts et cherchoit ta nature._

_Virgile l'ame, le soleil Et l'honneur de la Poësie, Auquel n'y a rien de pareil, Des mouches chanta bien la vie. Belleau chanta le papillon, Et Ronsard, ce divin Poëte, A chanté l'huitre, l'alouëtte, Le fourmy, le chat, le freslon._

_Petite Puce, ta fortune Surpasse celle des oyseaux, Des troupeaux nageans de Neptune Et des terrestres animaux, Pour avoir eu des Cieux la grace De te loger en si beau lieu, En ce sein le temple d'un Dieu, Ce sein qui tous les seins surpasse._

_As-tu bien peu sans te brusler Fureter entre ses mamelles? As-tu bien osé te couler Dessus ces deux fraises jumelles Qui, comme charbons allumez, Pourroient soudain reduire en cendre La main qui voudroit entreprendre De taster ses doux bouts aymez?_

_As tu bien esté si osée De te pendre à ses beaux cheveux, Sans t'y prendre et estre enlacée De mille las, de mille neus? Veu que le plus brave courage, S'il veut tant soit peu s'hazarder De les vouloir bien regarder, S'empestre en un si beau cordage?_

_As-tu approché de ses yeux, Dedans lesquels amour se jouë, Et dont il emprunte ses feux? As tu peu baiser ceste joue, Sans sentir une vive ardeur Approchant ses flammes cruelles, Qui de leurs vives estincelles Consument le plus brave cœur?_

_Ha vrayment tu es amoureuse, Car toujours tu cherches les lieux Que cache la vierge honteuse, Et qu'elle ne monstre à nos yeux. Tu as ce bon heur que de boire Du sang de ces membres polis, De ce ventre plus blanc que lis, De ces cuisses et flancs d'ivoire._

_Tu as cet heur que de nicher Sous les replis de sa chemise; Quand tu veux, tu te viens coucher Dessus elle en toute franchise. Las! que d'hommes souhaiteroient De ces faveurs la plus petite: Mais tel bien passe leur merite, Car par là Dieux ils deviendroient._

_Puce, je me pers quand je pense A tes plaisirs, à tes esbas, Lors que doucement tu offense Cette Nymphe or' haut, ore bas. Je conçoi telle jalousie Quand je pense à la privauté Que tu as à ceste beauté Que je reste quasi sans vie._

_Puce, je sens un petit feu S'eprandre au dedans de mon ame, Qui tousjours croissant peu à peu, En fin me mettra tout en flamme, Par l'erreur de ce souvenir Qui m'a si fort l'ame offensee, Que je n'ay plus d'autre pensee Que vouloir Puce devenir._

_Mais ay-je bien la hardiesse De vouloir seulement songer De voir à nu telle Deesse, Qui encor pourroit bien changer Ma forme en celle d'une pierre, Tout ainsi que Meduse fit Au pauvre Phiné qui la vit, Eschangeant les noces en guerre._

_Un party si avantageux N'est pour creature mortelle, Il appartient sans plus aux Dieux De jouyr de chose si belle. Anchise baisa bien Venus, Mais aussi tost la repentance Talonna de pres son offense, Quand il se vit estre perclus._

_Puce, tu as cet avantage Que l'homme ne sçauroit avoir, De jouyr de ce beau corsage Et le regarder nu au soir: Puis, lors que plus elle sommeille Estendue dedans son lit, La pinçotant un bien petit, Tout doucement tu la reveille._

_Sous le silence de la nuit, Lors que reposent toutes choses Et que l'on n'entend aucun bruit, Tu tastes ses lis et ses roses. Puis, te coulant d'un pas larron Sur sa poitrine et sur ses cuisses, Enyvrée de ces delices, Tu t'endors dedans son giron._

_Et puis, quand l'Aurore vermeille Encourtine le Ciel de feux, Et que cette Nymphe s'eveille, Tu ne pers pour cela tes jeux. Mais si l'obscurité nuitale A esté propre à tes desirs, Le jour tu sens mesmes plaisirs Et une volupté egale._

_Pleut à Dieu que j'eusse la voix Assez forte pour entreprendre De te chanter, je ne craindrois Apres tant d'autres faire entendre Quel est ton plaisir et ton bien, Quelles les douceurs de ta vie, Qui font que je te porte enuie, Pour n'avoir tel heur que le tien._

_Mais aurois-je bien telle audace, Serois-je bien si mal appris, De vouloir imiter la grace Des vers de ces braves espris, Lesquels par leur muse divine Et par leurs vers plus doux que miel T'ont eslevée jusqu'au Ciel, Pour t'y faire luire un beau signe?_

_Serois-ie bien tant hors du sens, Serois-je bien si temeraire, De vouloir par mes rudes chants Les belles chansons contrefaire, Que tant de chantres plus qu'humains Ont à qui mieux mieux fait rebruire Dessus une plus douce lyre Que celle des sonneurs Thebains?_

_Qui oseroit suivre les traces Du grand_ BRISSON, _en qui les Cieux Ont respandu toutes leurs graces Jusqu'à rendre jaloux les Dieux? Et toy, belle et docte pucelle Qui estonnes tout l'univers, Qui oseroit suivre les vers Que nous trace ta main si belle?_

_Oserois-je suivre les pas D'un_ PASQUIER, _honneur de la France? Oserois-je d'un stile bas Imiter la grave cadance Des doctes chansons de_ CHOPIN, _De_ LOYSEL, _honneur de nostre âge, Qui a les Muses en partage, Et du_ SAINTE MARTHE _divin?_

_O Puce, que tu es heureuse Si tu pouvais sentir ton heur! Que tu dois estre glorieuse D'avoir_ L'ESCALE _pour sonneur, Et mon_ BINET, _ausquels la Muse A donné ses riches presens, Qui vaincront l'envie et les ans, Et le temps qui toute chose use._

_Je ne suis pas si glorieux Ni outre cuidé, que je tente Imiter les vers doucereux Que_ MANGOT _si doctement chante. Je laisse à un meilleur que moy, Comme à ce gentil_ LACOUDRAYE, _Dire d'une chanson plus gaye L'heur de ta maistresse et de toy._

_Et moy cependant en silence J'ecouteray les doux accors Que ces doctes maistres de France Chantent pour un si petit corps: Puis que mes chansons ne sont dignes De mesler leurs sons discordans Parmy les tons si accordans De ces belles gorges divines._

LE MESME A LA MESME.

(Traduit de l'italien et de l'espagnol.)

_J'ay cent fois contemplé les beaux yeux amoureux De celle qu'on jugeoit en France la plus belle, J'ai veu les bors pourprez de sa levre jumelle, Qui eust de son baiser mesme tenté les Dieux._

_J'ay veu mille beautez dont l'appas doucereux Eut peu ensorceler l'ame la plus rebelle, Mais jamais je n'en vi qui fut égale à celle Qui rend de ses vertus Poictiers si orgueilleux._

_J'ay ouy les propos d'une Dame sçavante, J'ay gousté les accors d'une voix qui enchante, Mais jamais je n'ouy rien qui peust approcher_

_Des discours excellens et de la voix mignarde De_ DES ROCHES, _qui peut transformer en rocher Celui la qui l'escoute ou bien qui la regarde._

RESPONSE AU SONNET PRECEDENT

FAITE SUR LE CHAMP.

_Comme la lumiere brillante Du soleil, ornement des Cieux, Nous rend toute couleur plaisante, Eclairant promptement nos yeux,_

_Si bien que cette splendeur vive, Penetrant doucement un œil, Fait que l'objet qui luy arrive Luy resemble un autre Soleil,_

_Ainsi vostre ame sage et belle, Ayant tourné long temps vers soy Pour voir sa beauté immortelle, La pense voir encore en moy._

_Mais des graces et vertus rares Qui vous font admirer de tous, Les dieux m'en ont esté avares Pour les prodiguer dedans vous._

C. DES ROCHES.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE MACEFER.

PUCE _qui as entamé D'un petit bec affamé Le teton de ma Charite, Pour y puiser la liqueur Nourrice du petit cœur Qui ton petit corps agite,_

_Du sang que tu y as pris Sont animez les espris Qui donnent vie à Madame; Du sang que tu as sucçé Ores dans ton corps mussé Tu t'es composée vne ame._

_Promethe vola le feu Qui anima peu à peu Le corps de l'homme de terre: Du sang que tu as osé Derober est composé L'esprit que ton corps enserre._

_Mais un vautour ravissant Va tous les jours punissant Le larcin du vieil Promethe: Tu veux par un tel forfait Que de ton corps il soit fait Une huitiesme Planete._

_Di moy, qui eust peu penser Qu'on voulut recompenser D'un loyer si honorable Le larcin qui, odieux Et aux hommes et aux Dieux, Leur a semblé punissable?_

_Entre le nombre infini Des hommes qui ont puni Une si cruelle offense, Un Lycurge s'est trouvé Qui ce vice a approuvé, Et l'a passé en souffrance._

_Qu'il n'appelle cette fois Le Dieu autheur de ses loix Fauteur de sa volerie, Qui hait encor, ce dit-on, Cet ingenieux larron Qui vola sa bergerie._

_Et bien, si tu veux user, Pour ton vol authoriser, De la regle Laconique, Puce, au moins contente toy De ce que la douce loy Ne punit ton fait inique._

_Et ne crois que dans les cieux D'un courage ambitieux Ores ton petit cors saute: Car le celeste pourpris Ne peut estre juste pris D'une si injuste faute._

_Tu peux bien, pour t'excuser De ce tien vol, accuser Ceste marastre nature Qui veut qu'un sang rougissant, Lequel tu vas ravissant, Soit ta seule nourriture._

_Nature, qui t'a donné Ton estre, a bien ordonné Que tu vivrais de rapine: Mais, pour punir ton peché, Ell' veut qu'un ongle fasché Creve ta foible poitrine._

_L'effort de ton petit saut Ne te peut guinder si haut Comme lon te fait accroire, Ni des beaux vers le monceau Qu'apprend ce docte troupeau Au temple de la Memoire._

_Que si tu veux emprunter Des aisles pour y monter, Je crains que la cire en fonde, Et que, cherchant un bon heur, En desastre et en malheur Icare tu ne seconde._

SONNET DU MESME.

_Archer ingenieux qui, par moyens rusez Avez en tant de lieux percé mon cœur fragile, Qui frappez seurement de la flesche subtile Aussi tost que de l'œil le but où vous visez,_

_Faites, je vous supply, et si bien m'instruisez, Que je puisse percer, par une adresse habile, Ce Rocher endurcy, ce rocher qui à mile Aprentis de voz ars a mille traits brisez._

_J'ay tant de fois voulu à ce Roc faire breche, Tant de fois decoché de mon arc une fleche, Et tant de fois j'ay veu ma fleche reboucher._

_Faudroit-il, je vous pri, pour luy donner entrée, Qu'elle eut la pointe humide en lieu d'estre acerée, Veu que la goute d'eau entame le Rocher?_

[Ornement]

LA PUCE DE RAOUL CAILLER.

POITEVIN.

BIEN _que plusieurs doctes espris T'ayent vanté en leurs escris, Loüans ta vie tant heureuse, On n'a point encor toutesfois Chanté comme tu meritois Ce qui te rend plus merveilleuse._

_Puce, je te veux donc chanter, Puce, je te veux donc vanter, Si je puis, selon ton merite; Puis te donray, t'ayant chanté, A celle qui a merité Une loüange non petite._

_Mais, Puce, pour te bien vanter, Mais, Puce, pour te bien chanter, Il faut entendre ta naissance: C'est la corde qu'il faut sonner Auparavant que d'entonner Tes mignardises on commence._

_Ceux là qui te veulent blasmer, Ceux qui te veulent diffamer, Reprochent que tu prens naissance D'un puant et sale sujet, Et que tel est souvent l'effect Que la cause qui le devance._

_Mais ce n'est parler contre toy, C'est reprendre l'ordre et la loy Et le reglement de ce monde: Tout ce qui prend commencement S'engendre par corrompement, En l'air, en la terre et en l'onde._

_Si tousjours demeuroient entiers Du monde les corps semanciers, Tout cherroit en un piteux estre: Mais de leur putrefaction Ressort la generation De toutes choses qu'on fait naistre._

_Dieu veut que d'un corps le tombeau D'un autre corps soit le berceau. Telle est ça bas sa pourvoyance: Ces loix à nature il donna, Quand de ses doits il ordonna Les Cieux et leur nombreus dance._

_Aussi tout ce grand univers, Ce beau bastiment tant divers, Est sorti du goufreux desordre Du chaos en soy mutiné, Et dedans le rien d'un rien né, Sans pois, sans mesure et sans ordre._

_Le petit monde, qui comprend Toutes les parties du grand, De qui prend-il son origine? D'un excrement surabondant Petit à petit s'amassant, Semblable à l'escume marine._

_Il ne te faut doncques blâmer, Il ne faut pas te diffamer, Ores que tu sois engendrée De quelques sales excremens: Petis sont les commencemens De l'œuvre bien elabourée._

_Mais plustost loüer je te veux, Et l'on devroit estre envieux De ta naissance si soudaine, Veu que les autres animaux, Presageant leurs futurs travaux, Naissent avecques si grand peine._

_De peur que par un mouvement En un si long retardement Leur matiere soit difformée, Dans le ventre d'un vaisseau neuf Ou dans la coquille d'un œuf Elle a besoin d'estre enfermée._

_Toy, te hastant de veoir le jour, Tu ne veux faire long sejour Dedans ta bourbeuse matiere: Aussi t'est aisément acquis, Puce, tout ce qui est requis A te faire veoir la lumiere._

_Sans plus, du Soleil la chaleur Et de la terre la moiteur Sont requises à ta naissance, Aussi la nature se plaist A ramener sans autre apprest En effect soudain ta puissance._

_Pour ton espece conserver, Tu n'as la peine de couver Mille petits œufs sous ton ventre: Et si n'es sujette à la loy Des autres bestes, car en toy La semence du masle n'entre._

_Comme sans l'aide de Cypris Ton premier estre tu as pris, Tu te peux bien passer encore (Sans faire hommage à cet enfant Qui des hommes va triomfant) De celle qu'en Paphe on adore._

_Heureuse puis que le flambeau Qui brule mesme dedans l'eau N'attrape ta petite masse; Puis que le froid, qui sans repos_ _Nous va penetrant jusqu'aux os, Ta chair tendrelette ne glace._

_Il est bien vray qu'un autre yver, Qu'une grande froideur de l'air, Esteint la chaleur qui t'avie; Mais ce n'est à toy seulement Que la froideur d'un element Si penetrant ravit la vie._

_Le chaud de nature est amy, Mais le froid est son ennemy, Contraire à toute bonne chose, Aux herbes ostant la vigueur, Aux bois ravissant leur honneur, Et reserrant la fleur esclose._

_O Puce, qu'heureuse tu es De naistre ainsi comme tu nais! Mais encor es tu plus heureuse De vivre ainsi comme tu vis, Sucçant le sang dont tu nourris Ta petite ame vigoureuse._

_T'accrochant sur un marbre blanc, Tu en fais decouler le sang Dont tes levres sont enyvrées, Ou bien tu baises quand tu veux La bouche, le nez et les yeux Des pucelettes empourprées._

_Tu mors et remors le beau sein, Les blanches mains et le tetin De la pucelle qui s'amuse A filer, coudre ou s'attifer; Et quand sa main te veut gripper Soudain tu descouvres sa ruse._

_Ja desja preste à t'escacher, Elle te roule sur sa chair, Mais si bien tu sçais te deffendre, Que d'un tremoussement divers Dans sa chemise tu te perds, Où tu n'es pas facile à prendre._

SONET DU MESME A MAD. DES ROCHES.

_Si d'un vers mal-coulant j'ose ennuyer vos yeux Et vous faire present de chose si petite, Je prie que vostre œil contre moy ne s'irrite, Et supplie vos doits de m'estre gracieux._

_Madame, un jour viendra que ma main sçaura mieux Coucher sur le papier la loüange non dite, Que vostre noble esprit sur tout autre merite, Quand m'auront esclairé vos Soleils gracieux._

_Ou si j'ay merité vous sentir rigoureuse, Embrazez ce papier d'une œillade flammeuse, Vos yeux seront vangeurs du tort qu'on leur a fait._

_Mais ce n'est au papier que vous vous devez prendre: Punissez moy d'avoir osé tant entreprendre, Pardonnant au papier qui ne vous a forfait._

[Ornement]

[Ornement]

SUR L'APOTHEOSE DE LA PUCE.

SONET.

DU _meurtrier d'Orion la venimeuse panse Et les bras estendus, plus qu'en leur part des cieux, Avoient empoisonné tous ces terrestres lieux, Si qu'on n'oyoit que mort, que sang, que violence._

_On void aneantis par la juste balance De ce signe nuisant les effets odieux, Et le ciel l'a vomi dans le lac stygieux, Espoir pour l'avenir de meilleure influence._

_Pour remplir l'ornement du Baudrier estoilé, La Puce, humble animant, au lieu vuide a volé, Et, fait astre nouvel, aux mois tardifs rayonne._

_Par l'heureuse faveur des suffrages exquis De la docte Pleiade ell' a ce rang acquis Et par la douce voix de la belle Erigone._

DE LA GUERINIÈRE.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE LOMMEAUD,

SAUMUROIS.

QUE _vous estes bien abusez, Poëtes qui vous amusez A descrire cette puçette Qui travaille cette Rochette Que, sous un petit animal Qui jour et nuit luy fait du mal, Remplis de fureurs poetiques, Vous honorez de vos cantiques! Devriez-vous, ô bons esprits, Graver en vos divins escris La Puce qui sans fin mordille Cette belle pucelle fille? Ell' se musse dans ses cheveux, Frisez, retors de mille neus; De ses cheveux elle sautelle Sur son sein vermeil qui pommelle, Puis ell' s'ecoule bondissant Sur un petit rond fleurissant, Rond vermeillet comme une rose, Où la puce souvent repose. Cessez donques de loüanger Cette Puce qui veut manger D'une charneure si doüillette. Que d'entre vous quelque Poete S'efforce, sans nous le celer, Cette dame depuceler, (Cette dame toute divine Ornée de rare doctrine) Si d'elle il a quelque pitié, Ou luy porte quelque amitié._

[Ornement]

[Ornement]

VERS DE PIERRE SOULFOUR,

PRESIDENT.

(Traduit du latin.)

AUX _Grands Jours n'y a rien d'égal, Et rien de petit ne s'y treuve: La Puce, un petit animal, Logée au Ciel, nous en fait preuve._

A LA PUCE.

_Puce, tu t'es bien abusée De te prendre à un tel morceau: Où penses-tu estre posée, Volant sur ce tertre jumeau?_

_Tu ressemble à ce taon champestre Qui droit dessus la peau vola, Pour y cuider son bec repaistre, Du taureau que Myron tailla._

_L'airain pur, et non la chair vive, Luy repoussa son petit soc: O Puce! la blancheur naïve Que tu picotes, c'est un roc,_

_Un roc de marbre que la Muse A basti loin de Cytheron, D'autre artifice et plus grand' ruse Que n'est le Taureau de Myron._

TRADUCTION DU LATIN.

_Ce que la mouche fit au Taureau de Myron, Toy, petit animal, tu l'as fait au giron, Ou quelque peu plus haut, au sein d'une Deesse. Tous deux estes trompez d'une mesme simplesse:_

_L'un s'est pris à l'airain, l'autre s'abuse au roc. Mais toy, plus avisé, poussant ton petit soc Sur l'yvoire poli de sa chaste mamelle, En touchant l'immortel tu te rens immortelle._

APOLLON EN PUCE.

_O Puce, vien donc mon esprit De ta vive fureur attaindre, Afin que par le mien escrit Ton loz en mon vers puisse empraindre._

_Puce Muse, ô Puce Apollon, Je te reclame, il n'y a ame Qui n'ait senti ton aiguillon Et ton puissant entousiasme._

_Apollon, jadis, en tirant L'oreille de ce grand Virgile, Luy donna le stil doux coulant Pour chanter Chromis et Mnasile._

_Ta vertu est certainement A celle de Phœbus pareille, Tu nous eschaufe également, Chacun a la Puce à l'oreille._

_O Puce des Puces l'honneur, Puce des pucelles compagne, Tu as mis en rut et fureur La France, l'Itale et l'Espagne._

_Moymesme qui suis de bien loin, Et qui cloche apres la grand' bande, Si suis-je attaint du mesme soin, Qui me violente et commande._

_Un Elephant et un Grifon Sont plus grands que toy de corsage, Mais si nous posons ton renom, Tu as bien sur eux l'avantage._

_Un Elephant, si grand soit-il, Ne peut musser sa grandeur vaine Au beau sein où toy, plus subtil, Puce, tu caches ton ebene._

_Un Elephant ne pourroit pas, Comme l'oyseau porte-tonnerre, Par l'air subtil guider ses pas, Sans se laisser tomber à terre._

_Mais toy tu fais encore mieux Que cest oyseau qui son œil darde Vers le plus clair flambeau des cieux, Car seulement il le regarde._

_Toy, tu as trop mieux regardé, Puis franchi d'un brave courage, De plein vol, et puis possedé Le plus bel astre de nostre âge._

_Volans droit, tu sçeus te percher Sur cette colline jumelle Où devant toy se vint nicher La Muse et la Grace avec elle._

_Icarus ainsi ne vola Avecques sa plume cirée; Mais en trebuchant il bailla Le nom à la mer Icarée._

_C'est pourquoy je ne pense pas Que comme une Puce commune Tu nous apparaisse icy bas, Ton vol ne despend de fortune._

_Tu es quelque Demon mussé Finement là, si dire j'ose; Tu es Apollon deguisé Dessous cette Metamorphose._

_Apollon a jadis hanté Son Helicon et son Parnasse, Et s'en est longtemps contenté, Fuyant le bruit du populace,_