La Puce de Mme Desroches

Part 2

Chapter 23,603 wordsPublic domain

_Ou, s'il te vient à desir, Tu vas tes esbas choisir Dessus sa gorge albastrine Ou sur sa large poictrine._

_De là tu viens suçoter Deux tetons pour t'alaicter, Et là, petite friande, Se trouve aussi ta viande._

_Soulée d'un bon repas, Tu prens ton deduit plus bas, La part qui m'est, helas! close, Et que nommer je ne t'ose._

_Bref, Pucette, s'il te plaist, Rien d'elle caché ne t'est; Quelque endroit où tu te porte, Là t'est ouverte la porte._

_Tu peus exercer tes tours Par tout où tu prens ton cours: Il n'y a voile ni robe Qui tes plaisirs te desrobe._

_Tu peus estancher sans fin La soif et la longue faim Dont tu te trouves saisie De Nectar et d'Ambrosie._

_Voila, Puce, les presens De fortune que tu sens; Mais tu as pris en partage Un bien plus grand advantage:_

_Estant celebré ton nom D'un Phebus, d'une Clion, Et que chacun d'eux te pousse Au ciel, de sa plume douce;_

_Estant celebré ton nom Du Palatin Apollon, D'un vers gaillard dont il louë Les tours que l'Amour lui jouë;_

_Estant celebré ton nom D'une vierge de renom, Qui merite d'avoir place Au haut sommet de Parnasse._

_Ainsi, Puce, à qui mieux mieux Ils te trompettent tous deux, Se faisant chacun à croire D'en rapporter la victoire._

_Un homme chante ton heur, Une vierge ton honneur; Les Roches encor te sonnent, Et les palais pour toy tonnent,_

_Et font courir jour et nuit Par cet univers ton bruit, Pour voir une belle vierge Qui te serve de concierge._

_Est-il aux Grands Jours venu Quelqu'un qui ne t'ayt cogneu Par les douces chansonnettes De ces renommez Poëtes?_

_C'est pourquoy chacun de nous T'estime heureuse sur tous; Mais il y a bien encore Un point qui plus te decore:_

_C'est que doux t'est le plaisir Soit de vivre ou de mourir; O point qui vraiment surpasse Tout autre de long espace!_

_Car, si le sort inhumain Te fait mourir de la main De nostre gente pucelle, Veus-tu une mort plus belle?_

_Et si, par un autre sort, Tu meurs de ta belle mort, Y a-t'il tombe plus belle Que le sein d'une pucelle?_

_Quand les Parques de mes jours Auront devidé le cours, Vueillez, ô dieux, que je tombe Sous une si noble tombe._

E. PASQUIER.

[Ornement]

A UN ENVIEUX.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Je ne doute, envieux, que d'une dent maligne Tu mordras nos escrits comme une chose indigne, Et diras que ces jeuz feurent pris pour object Par nous, dedans Poictiers, par faute de subject. La troupe qui battit par plaisir ceste enclume Consulte, et, pour autruy, met la main à la plume, Quand ta langue est muette et que tu n'as le don D'escrire, de plaider et faire rien de bon._

AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Ne mesdy, nous lisant, ou je veux que tu sçaches Que Puce deviendras et rat, si tu nous fasches._

AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Toy qui n'as main ny langue, es-tu bien si osé De mordre cil qui mesle à son estat ces jeus? Le mesdire de nous absens t'est bien aisé: Si nous ne te plaisons, fay quelque œuvre de mieux._

AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)

_Je me veux gouverner d'un folastre caquet, Et non estre un Caton sourcilleux au banquet; Que dedans nos repas la gaillarde franchise, La rencontre à propos, soit entre nous permise. Maintenant, me jouant sur la Puce, je viens M'esjouir à ta table avecq' toy et les tiens. Je te veux mal, Lecteur sobre, qui ne t'esgayes, Et me mocque de toy par escrits pleins de bayes._

[Ornement]

LA PUCE DE JOSEPH DE L'ESCALE.

(Traduit du latin.)

PUCELETTE _noirelette, Noirelette pucelette, Plus mignarde mille fois Qu'un aignelet de deux mois, Et mille fois plus mignonne Que l'oisillon de Veronne, Comme pourra mon fredon Immortaliser ton nom?_

_Pucelette noirelette, Noirelette pucelette, Diray-je que nostre bien Est petit au pris du tien, Lors que quand tu veux tu baise La bouche de ma mauvaise, Et moy je ne sçaurois pas En avoir aucun soulas, Sans plus je nourris ma vie D'une impatiente envie?_

_Diray-je que nostre bien Est petit au pris du tien, Quand, cachée sous l'enflure De ceste belle vouture Qui éleve en rond son sein, Tu rassasies ta faim, Mordillant, audatieuse, Sa gorge delicieuse; Puis, sautelant tout autour De ce beau palais d'amour, Plaine de delicatesses, Plaine de douces liesses, Tu fais mille et mille jeus Dessus son sein amoureux; Et elle, sentant ta playe, Tousjours en embusche essaye De te prendre, et va jurant Ta mort si elle te prent. Mais d'un saut promt et agile Tu trompes sa main subtile, Et tu t'enfuys droit au lieu Où Amour, ce petit Dieu, Asseuré fait sa retraicte, Sa retraicte plus secrette, Et où un autre ne peut Arriver s'il ne le veut; Qu'oncques la main ny la veuë N'ont ny touchée ny veuë, Et dont le penser sans plus Me fait devenir perclus._

_Pucelette noirelette, Noirelette pucelette, Diray-je que nostre bien Est petit au pris du tien, Quand, lors qu'un doux somme presse Les beaux yeux de ma maistresse, Seule tu cognois combien L'archerot Idalien Lui fait endurer de peine, De peine douce inhumaine; Seule tu sçais ses desirs, Seule tu oys les soupirs Dont seule, sous la nuit brune, Les astres elle importune. Puis, deçà de là, courant Et sautelant, et errant Dessus les rares merveilles De ses beautez nompareilles, Tu cueille un heur dont les dieux S'estimeroient bien heureux. Lasse en fin tu te reposes Sur ceste gorge de rozes, Et entre cent mille appas Tu goustes un tel soulas Qu'yvre de sa mignardise, Tu mourrois soudain éprise, Si ma belle, te sentant, Ne t'alloit point poursuivant. Bien heureuse sera l'heure Quand il faudra que je meure, Si, comme toy, je me meurs Entre ces douces douceurs._

_Pucelette noirelette, Noirelette pucelette, Si d'aventure je veux Baiser sa bouche ou ses yeux Pendant que le sommeil flate Sa paupiere delicate, Garde de la mordiller, De peur de ne l'esveiller. Ainsi, pucette noirette, Noirelette pucelette, Puisse tu dedans les Cieux Luire entre les moindres feux, Estoille guide asseurée Des soldats de Cytherée._

COURTIN DE CISSE.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE D'ANTHOINE LOISEL.

(Traduit du latin.)

J'ESCOUTE _ja pieça, et si lis à part moy La Puce qu'à l'envy trompeter je vous voy, Enjalouzez du los de l'incertain Poëte. Quoy me tairay-je seul? mon Beaumont je souhaite, Si tu le trouves bon, abandonner le frein, Puis qu'ainsi le permet le bon Pere Martin: Il n'y a nul si fier, ou si dur qui retive._

_Je voy ce grand torrent de l'elloquence vive, Cest azile commun de l'ancienne loy, Au milieu du public se desrober à soy, Pour corner en tous lieux de la Puce la gloire; Je voy ce deux fois né, RENÉ fils de memoire, Quittant le triple droit dont il s'est annobly, Mettre de son Anjou la coustume en oubly, Et faire d'une Puce un bien grand orateur Et Poëte. Car quant à toy, premier auteur, Qui as fait que voions la Puce sauterelle, Toy dis-je qui premier dressas cette querelle, Ce n'est rien de nouveau: d'autant que des neuf seurs Et Graces en naissant tu suças les douceurs, Ayant du saint Laurier la temple couronnée, Si qu'arrivant icy comme un nouvel Orfée, Tu flechis les rochers, fais que ta dame ainsi Qu'un Echo te respond, tu luy respons aussi. Dont chacun estonné choisit ce mesme titre, Mangot, Rapin, Tournebe, et ce nouvel arbitre, Et celuy qui de Marthe emprunta le saint nom, Celuy qui de l'Escale a encor le surnom, Auquel Dieu octroya et l'esprit et l'usage De s'expliquer en trois manieres de langage. Ja void on dans Poictiers Apollon le divin De tous estre chanté comme vray Poitevin, Et prendre ce surnom quittant c'il de Pythie._

_Je me trompe: une image en mes sens mal bastie D'un object fantastic vainement me repaist: Ce n'est point, croyez-m'en, une Puce, ce n'est, Si de bien augurer j'ay le nom de mon pere._

_Cette saffre Sapphon du monde l'impropere. Vilaine, infame, duite à tremousser son corps Ingenieusement en mil honteux accors, Jalouse des vertus qui logent en la belle, Qui les hommes en meurs et doctrine precelle, Non fille vrayement, mais un Dieu Poitevin, Envoya de Lesbos son Demon sur le Clin, Qui se voulut voiler d'une noire vesture, De la Puce empruntant l'habit et la figure, Pour d'elle practiquer quelque folastre amour. Habile il obeit, et sans aucun sejour Se fait leger et noir tout ainsi qu'une Puce, Et sous ce masque là dedans son sein se musse, La prend à l'impourveu, et d'un doux aiguillon La pique doucement, ores sur le teton, Or' sur tous les endroits de son beau corps voltige. Et peut estre se perche au plus pres du beau tige (Que nul n'osa jamais, tant fut-il chaste, voir) Pensant par ses attraicts la vierge decevoir._

_Je le sçay, je l'ay veu sans offenser ma veue, La fille fut espointe, et doucement esmeuë, D'un feu tout virginal, dout les traces je vis. Elle ne s'oubliant recourt aux doux devis De Pallas, à sa plume, ensemble à sa quenouille: Ne permets, ô Pallas (dit-ell'), que je me souille. Ce dit, ses pensements restent aussi entiers Comme font ces grands rocs, ou Roches de Poictiers. Ainsi sur les papiers veillant et sur la laine, Ell' vainquit le Demon de Sapphon la vilaine, Et la Puce-Demon en l'air s'esvapora._

_Ou si c'est une Puce, elle ne s'engendra, Comme les autres font, d'une vilaine ordure, Ains est du chien d'en haut la vraie creature, Descendue du ciel avec Astrée icy, Astrée de Poictiers et Poictou le soucy, Laquelle avecq' Harlay par un commun office, Desirant restablir l'ancienne justice, Tout soudain le logis du grand Harlay a pris, Et la Puce le sein d'une sage Cypris. L'une et l'autre jouant diversement son roolle, A fait aux beaux esprits, renaistre la parolle, Qui trompettent d'un ton et chant au ciel ravy La Puce, la Pucelle, et l'Astrée à l'envy, Tellement que la Puce et Pucelle sont prestes D'estre au ciel, par nos vers, deux beaux Astres celestes._

E. PASQUIER.

CHANSON.

_Io! belle pepiniere, La fidelle jardiniere Des fleurs et fruits d'Helicon, Chantons, brigade, la gloire Des neuf filles de memoire Et de leur frere Apollon._

_Ainçois plustost de l'Astrée Dedans le Poictou r'entrée Sous Harlay, le grand guerrier, Lequel, armé de justice, A exterminé le vice, Ceignant son front de laurier._

_Chantons encor' la Pucelle Qui toutes autres precelle, Des vertus le parangon, Et cette Puce bien née Qui, sage, s'est obstinée De fureter son teton._ _Pucelle en qui la nature, Aux autres avare et dure, A prodigué tout son beau, Pour puis apres, l'ayant faicte Une Pandore parfaicte, En faire un Astre nouveau,_

_Jusques à ce qu'elle meure, Fay, Astrée, ta demeure En France au meillieu de nous. Si sa mort te donne envie De reprendre au ciel ta vie, Nous te prions à genous_

_Que ceste vierge etherée Soit un Astre aveq' Astrée, Et que tu loges aux cieux, Pres l'estoille Poussiniere, Une estoille Puciniere Par un soin devotieux._

E. PASQUIER.

TRADUCTION

De cinq vers latins signés _Petrus Pithæus_.

_D'une continue concorde Phebus avecq' ses sœurs s'accorde: Ny la Puce ne nous a fait, Tant de Poetes, mais la Roche, Qui du Roch d'Helicon est proche, A produit cest œuvre parfait._

E. PASQUIER.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE CLAUDE BINET,

Advocat en la Cour de Parlement.

MIGNARDE, _vous avez grand tort D'appeller Hercule à la mort, A la mort d'une pucelette, Qui tant mignardement furette, Comme un petit surion d'Essain Sur les roses de vostre sein. Je veux, je veux qu'on vous appelle Du nom de belle et de cruelle, Qui pour si petit animal Invoquez Hercul chasse-mal; Animal dont la petitesse Passe des autres la grandesse, Soit qu'on fasse comparaison Des parcelles de la raison, De la souplesse ou de l'astuce Qui recommande cette Puce._

_Belle, si vous aimez le beau,_ _Voyez quelle gentille peau: Ne diriez-vous pas qu'elle est teinte Ou des couleurs de l'Hyacinthe (Hyacinthe honneur des beaux mois), Ou de pourpre, couleur de Roys?_

_Vrayment si la trouvez gentille, Sa proportion plus subtile Vous doit inciter à pitié, Pour luy porter quelque amitié, Si comme vous mignardelette, Elle est prompte, polie et nette._

_Laissez vous picquer un petit, Sus, la voila en appetit, Voyez, belle, voyez, mignarde, Comme un éguillon elle darde, Eguillon en long eguisé, Et qui pourtant est pertuisé, Pour couler la douce ambrosie, Qu'en vostre sein elle a ravie. Je ne la sçaurois accuser, Sinon d'avoir l'heur de baiser Si long temps ceste peau tendrette, Qui un tel bon-heur ne me prette._ _Mais, Puce, je t'excuse bien, Car par toy nous goustons le bien De mille amoureuses delices, Quand dans un beau sein tu te glisses, Et sçais les premiers fruits ravir Des filles neuves au plaisir, Tantost en baisottant leur face, Or sucçotant en autre place, Aprenant à l'homme grossier Comme il faut l'amour varier._

_Encore que Venus s'en fache, Je veux que tout le monde sache Que la Puce eut l'honneur premier D'inventer le mignard baiser, Baiser qu'encor Amour farouche N'alloit sucçant dessus la bouche, Et que Venus n'eut sçeu sucrer, S'elle n'eut veu la Puce encrer Sa petite bouche ebenine Sur la moitte jouë Adonine. Depuis la gentille Cypris, Ayant le glout baiser appris D'une larronnesse languette, Languette mutuelle et moëtte,_ _Sceut bien à l'envie du Ciel Coler deux bouchettes de miel._

_Que diray-je de sa saignee Qui par elle fut enseignee? N'en déplaise à l'antiquité, La Puce a l'honneur merité, Et non le cheval qui se treuve Aux bras de l'Egiptien fleuve: Car la Puce, tant seulement Avec un doux chatoüillement, Tire sans aucune ouverture Le sang ennemy de nature._

_O petit animant heureux, Utile aux hommes et aux Dieux, Si or je t'ay sauvé la vie Des mains de ma douce ennemie, Et si je t'ay fait tant d'honneur D'estre de deux biens inventeur, Succe de ma maistresse belle Ce gros sang qui la rend rebelle, Si qu'ayant rapuré son sang D'un courage amoureux et franc, D'un œil semonneur elle attise_ _Le doux feu de ma convoitise, Et qui ne se puisse appaiser Que par la langueur d'un baiser._

A E. PASQUIER.

(Traduit du latin de Claude Binet.)

_Pourquoy louëz-vous tant Orphee? Pourquoy d'un si brave trophee Honorez-vous, Poëtes saincts, Le bruit de sa lyre sonante, La voix aussi douce-coulante Que le miel des picquans essains?_

_Pourquoy vostre chanson sacree, Qui aux Rois et aux Dieux agree, Sonne tant le loz d'Arion? Pourquoy vantez-vous le miracle De l'Ogygien habitacle Basti par la voix d'Amphion?_

_Et toy_, PASQUIER, _qui par tes carmes Coulans de Permesse nous charmes, Arrosez du Nectar des Dieux, Pourquoy d'une docte faconde Vas tu chantant à tout le monde Saphon l'honneur des siecles vieux?_

_Hé! pourquoy dis-tu que sa grace Toutes autres dames surpasse En beauté, vertu et sçavoir: Puis qu'en cette belle_ ROCHETTE, _Ainçois cette belle Rosette, Le Ciel ses tresors nous fait veoir?_

_Cette Claniene Naiade, Cette montaignere Oreade En sagesse, en grace, en beauté, En vertus, en mœurs, en doctrine Surpasse la troupe plus digne Du mont des neuf sœurs frequenté._

_Ha! mon Dieu! le teint de sa joüe Et la tresse d'or qui se joüe Sur son sein en flots ondoyans, Et ses yeux deux flames jumelles,_ _Me font prendre dans leurs cordelles, Et ardre en leurs rais flamboyans._

_Voy ses cheveux que l'Arabie, Ny le baume de l'Assyrie, N'egalent en bonnes odeurs; Cheveux dont Venus la doree Voudroit sa teste estre honoree, Et non des primeraines fleurs._

_O beaux filets d'or de Minerve, Mon ame se plaist d'estre serve De vos nœuds mignardement tors: Il luy plaist bien d'estre contrainte Par vous d'une si douce estrainte Quittant la prison de son corps._

_Sur tout la neige blanchissante Sur son front bien poly m'enchante, Et ce beau pourpre Tyrien Qui fait vermeiller son visage, Et ce double flambeau volage Du petit Dieu Cytherien._

_Or si ces deux levres vermeilles, Plus douces que n'est des abeilles_ _Le miel, et le thim Hyblean, Me permettoient un baiser prendre Plus sucré que la rose tendre Qui croist au champ Pestanean,_

_Incontinant je rendroy l'ame Dedans le beau sein de Madame, Et par l'air de ce baiser pris, Pasmé sur sa levre jumelle, Nous ferions, moy et ma rebelle, Un doux change de nos esprits._

_Mais que diray-je de la Grace Du reste de sa belle face, Et de son fourchelu menton Resemblant une poire franche Qui va meurissant sur la branche Sous l'abry d'un jeune bouton?_

_Ce beau col de marbre, où Zephire Entre mille rameaux soupire, Un sang chaudement amoureux, Par une volontaire force Desrobe mon cueur, et l'amorce Sous l'apast d'un mal doucereux,_

_Et fait que je porte une envie, O Puce, au bon heur de ta vie, Mais non plus Puce, à mon advis, Ains Amour, qui par fine astuce Dessous le teint noir d'une Puce N'agueres admirer te fis,_

_Quand d'une subtile cautelle Tu vins au sein de la Pucelle, Qui d'un ingenieux conseil Te permit d'y faire retraite, Afin que ta couleur noirette Donnast lustre à son blanc vermeil._

_Et par cette blanche campaigne, Où poingt une double montaigne D'Agathe blanchement douillet, Folastrement tu te promenes Entre les beautez sur humaines De ce sein blanc et vermeillet._

_Ore d'un plein saut tu te jettes Sous les amoureuses cachettes De ses esselles mignotant, Et entre mille fleurs escloses_ _Tu flaires ces boutons de roses Que tu mordilles sucçottant._

_Puis d'une mignarde secousse Ce lait qu'un Zephire entrepousse Tu humes à longs traits goulus. O Puce, que tu fus heureuse Lors que d'un tel bien desireuse Loger en ce sein tu voulus!_

_Ha Dieux! un enfant de sa mere Ne peut avoir chose plus chere Que le lait de ses deux tetins. Jamais Venus dedans Gargaphe N'en fit plus au mutin de Paphe En ses tendres mois enfantins._

_Mais puis que d'une pudeur vierge, De ses chastes beautez concierge, La robe ne doit à nos yeux Permettre de voir, ny qu'on sache Ce que jalouse elle nous cache, Compaigne du bon heur des Dieux,_

_Il ne faut_, PASQUIER, _que la plume Represente dans ce volume Ce que l'habit ne laisse hors: Car la mesme pudeur honneste Doit voiler le front du Poete Comme l'habit couvre le cors._

_Quant à moy, brulant de la flame Dont son bel œil mon cœur entame, Je n'en puis longuement parler; Mais toy en qui le Ciel assemble Les Graces et vertus ensemble Pour les Dieux mesmes esgaller,_

_Tu peux mieux les Graces connoistre D'elle, que Minerve a fait naistre Merveille unique de ce temps: Il suffit, pourveu qu'elle entende Que, mourant d'une amour trop grande, Je n'ay peu alonger mes chans._

FRANÇOIS DE LA COULDROVE.

C. DES ROCHES A CL. BINET,

Sur ses vers latins.

_Dy moy, Rochette, que fais tu? Ha, tu rougis: c'est de la honte De voir un portraict qui surmonte Ta foible et debile vertu._

BINET _a voulu dextrement Representer une peinture, Qui est de celeste nature, Et la nommer humainement._

_Ayant pillé dedans les Cieux Le pourtraict d'une belle idee, Ne voulant comme Promethee Irriter le courroux des Dieux,_

_D'un artifice nompareil Il a voilé son beau visage D'un nom obscur, comme un nuage Qui cache les rais du Soleil._

_C'est afin de n'estre repris, Rendant aux hommes manifeste Une beauté toute celeste, Digne des immortels espris._

ROCHE, _tu ne sçaurois user D'un autre plus evident signe, D'estre de tant d'honneurs indigne, Que ne pouvoir t'en excuser._

C. DES ROCHES.

MACEFER A CL. BINET.

SONET.

_Ne croy pas, mon_ BINET, _qu'un baiser de Charite Face que son esprit, laissant si beau sejour, Se place dedans toy, et que d'un mesme tour Ton ame s'envolant, dedans son cors habite;_

_Mais crain que ton esprit, par une sage eslite Amorcé du baiser nourrisson de l'amour,_ _Choisissant ce beau cors, sans espoir de retour, Pour mieux s'habituer sa demeure ne quitte._

_Ou bien crain que l'esprit de l'une des neuf Sœurs, L'esprit de ma Charite aymé de tant de cueurs N'attire à sa beauté ton ame enamouree:_

_Ainsi, mon cher_ BINET, _l'aimant Magnesien Attire à soy le fer d'invisible lien, Qui le suit amoureux de sa force admiree._

MACEFER.

AMOUR PIQUÉ.

_Amour, ce méchant petit Dieu, Un jour s'en vint aupres du lieu Où les Poitevines Nymphettes Aux rives du Clain doux-coulant Chantoient de l'Amour nonchalant Les presque inutiles sagettes._

_Si tost que Cupidon entend Des Nymphes le plaintif accent, Ha, dict-il, voicy belle prise: Ainsi d'un amoureux desir La bergere de trop dormir Son amy reprend et mesprise:_

_Alors l'oiseau Cytherien, Oubliant son vol ancien, Se vint parquer au milieu d'elles. C'est icy, dict-il, où il faut Esprouver si le cœur me faut Et l'effet à mes estincelles._

_Les Nymphes l'aiant aperceu, Comme un enfançon l'ont receu, Egaré de sa triste mere. Ne cognoissant pas qu'il estoit, Chacune à tour le baisottoit D'une faveur non coutumiere._

_Amour s'apprivoise, et soudain Il cache en sa petite main Une flamme vive et segrette, Il se mire au sein le plus beau Et range son petit flambeau En vain sur le cœur de Rochette._

_De fortune, entre le destour De son teton franc de l'amour Une Puce faisoit son giste, Qui pour son hostesse vanger Piqua le bras porte danger, Y traçant sa marque petite._

_Soudain Amour, remply de dueil, La plaie au bras, la larme à l'œil, S'envolle au secour de sa mere, Disant, un petit chose noir M'a piqué, vous y pouvez voir La flamme et la place meurtriere._

_C'est, dict-il, c'est un Serpenteau Qui va sautellant sur la peau, Puce est nommé par les Pucelles. Las! je n'eusse jamais pensé D'un si petit estre offensé Si pres de mes flammes mortelles._

_Lors Venus, souriant, voy-tu, Vois-tu, dit-elle, sa vertu A la tienne du tout semblable? Sinon que petit, aux grans dieux Et aux humains dardant tes feux, Tu fais une plaie incurable._

CL. BINET.

A ANTHOINE LOISEL.

_J'ay dit que c'est Amour, le plus rusé des Dieux, Qui, surpris des beautez de ma belle Charite, Se vint loger au sein, où la chaleur subite Brula ses ailerons et son cœur Amoureux._

_De fait sentant griller ses plumes et cheveux, Et voyant basaner sa peau à demi cuite, Petit Puceau prent forme en la Puce petite, Par la mesme couleur voulant tromper nos yeux._