La petite Fadette

Part 15

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Quant à Sylvain, il ne le fut point, et continua sa route jusqu'à la frontière; car c'était le temps des grandes belles guerres de l'empereur Napoléon. Et, quoiqu'il n'eût jamais eu le moindre goût pour l'état militaire, il commanda si bien à son vouloir, qu'il fut bientôt remarqué comme bon soldat, brave à la bataille comme un homme qui ne cherche que l'occasion de se faire tuer, et pourtant doux et soumis à la discipline comme un enfant, en même temps qu'il était dur à son propre corps comme les plus anciens. Comme il avait reçu assez d'éducation pour avoir de l'avancement, il en eut bientôt, et, en dix années de temps, de fatigues, de courage et de belle conduite, il devint capitaine, et encore avec la croix par-dessus le marché.

--Ah! s'il pouvait enfin revenir! dit la mère Barbeau à son mari, le soir après le jour où ils avaient reçu de lui une jolie lettre pleine d'amitiés pour eux, pour Landry, pour Fanchon, et enfin pour tous les jeunes et vieux de la famille: le voilà quasiment général, et il serait bien temps pour lui de se reposer!

--Le grade qu'il a est assez joli sans l'augmenter, dit le père Barbeau, et cela ne fait pas moins un grand honneur à une famille de paysans!

--Cette Fadette avait bien prédit que la chose arriverait, reprit la mère Barbeau. Oui-da qu'elle l'avait annoncé!

--C'est égal, dit le père, je ne m'expliquerai jamais comment son idée a tourné tout à coup de ce côté-là, et comment il s'est fait un pareil changement dans son humeur, lui qui était si tranquille et si ami de ses petites aises.

--Mon vieux, dit la mère, notre bru en sait là-dessus plus long qu'elle n'en veut dire; mais on n'attrape pas une mère comme moi, et je crois bien que j'en sais aussi long que notre Fadette.

--Il serait bien temps de me le dire, à moi! reprit le père Barbeau.

--Eh bien, répliqua la mère Barbeau, notre Fanchon est trop grande charmeuse, et tellement qu'elle avait charmé Sylvinet plus qu'elle ne l'aurait souhaité. Quand elle vit que le charme opérait si fort, elle eût voulu le retenir ou l'amoindrir; mais elle ne le put, et notre Sylvain, voyant qu'il pensait trop à la femme de son frère, est parti par grand honneur et grande vertu, en quoi la Fanchon l'a soutenu et approuvé.

--Si c'est ainsi, dit le père Barbeau en se grattant l'oreille, j'ai bien peur qu'il ne se marie jamais, car la baigneuse de Clavières a dit, dans les temps, que lorsqu'il serait épris d'une femme, il ne serait plus si affolé de son frère; mais qu'il n'en aimerait jamais qu'une en sa vie, parce qu'il avait le coeur trop sensible et trop passionné.

FIN.

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Liste des modifications:

page 13: l'aure remplacé par l'autre (sacrifier l'un à l'autre.) page 48: celle par celles (mais regarde donc celles d'ici!) page 50: ente par pente (une branche morte sur une pente) page 75: fiance par confiance (qu'il n'y a pas de confiance) page 78: enmêlés par emmêlés (les cheveux tout emmêlés) page 85: inqniétude par inquiétude (d'un air d'inquiétude) page 120: téait par était (du sauteriot, qui... était plus rageur) page 153: crus par cru (et tu as cru que) page 178: sou par soûl (je n'ai mangé ni dormi mon soûl) page 188: Nais par Mais (Mais la petite Fadette) page 211: Il remplacé par Ils (Ils ont fait une telle insulte) page 216: qne par que (et que les autres garçonnets) page 226: ajouté le (Mais sitôt que le sauteriot vit passer) page 241: bonhenr remplacé par bonheur (L'amour et le bonheur) page 258: ajouté la (et de la loi de la nature)