La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï

Part 15

Chapter 154,040 wordsPublic domain

La parole exprime la pensée et peut servir à unir ou à désunir les hommes; c'est pourquoi on doit en user avec précaution.

I.--_La parole est une grande chose._

1

La parole peut unir les hommes; la parole peut les désunir; la parole peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimitié et la haine. Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimitié et la haine.

2

La parole exprime la pensée; la pensée manifeste la puissance divine; c'est pourquoi la parole doit correspondre à ce qu'elle exprime. Elle peut être indifférente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal.

3

L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa divinité par la parole. Comment dès lors ne pas observer de la prudence en parlant?

4

Le temps passe, et la parole dite reste.

5

Si tu as le temps de réfléchir avant de commencer à parler, réfléchis sur la nécessité de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort à personne. Car il arrive le plus souvent qu'après avoir réfléchi, tu ne commences même pas à parler.

6

Réfléchis avant de parler. Mais arrête-toi avant que l'on ne te dise «assez». La faculté de la parole met l'homme au-dessus de la bête, mais il lui est inférieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tête.

SAADI.

7

Après une longue conversation, tâche de te rappeler tout ce qui a été dit, et tu seras étonné de voir combien tout ce qui a été dit était vain, inutile et souvent méchant.

8

Ecoute, sois attentif, mais parle peu.

Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas à toi; lorsque l'on t'interroge, réponds de suite et brièvement, et ne sois pas honteux si tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande.

SOUFI.

9

Si tu veux être sage, apprends à questionner raisonnablement, à écouter attentivement, à répondre tranquillement et à cesser de parler quand tu n'as plus rien à dire.

LAVATER.

10

Ne loue pas, ne blâme pas, ne discute pas.

11

Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien même ses actes ne correspondraient pas à son enseignement. L'homme doit s'instruire, quand bien même les préceptes seraient gravés sur un mur.

SAADI.

12

Il existe trois mots excellents très courts: _Je ne sais._ Habitue ta langue à les dire plus souvent.

_Sagesse orientale._

13

Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_, c'est-à-dire: «dis du bien des morts ou n'en parle point». Combien cela est injuste! On aurait dû dire, au contraire: «Dis du bien des vivants ou n'en parle point.» Combien de souffrances cela aurait évité aux hommes, et comme cela est facile!

Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au contraire, on s'est accoutumé, par suite de l'usage des nécrologies et des jubilés, de ne faire aux morts que des éloges exagérés, par conséquent, dire des mensonges. Et ces éloges mensongers sont nuisibles parce qu'ils cachent la différence entre le bien et le mal.

14

A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la clef du trésor; lorsque la porte est fermée, personne ne peut savoir ce qui y est renfermé: des pierres précieuses ou du rebut inutile.

SAADI.

15

Bien que le silence soit utile d'après la doctrine des sages, la parole libre est également utile, mais utile en son temps seulement. Nous péchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire.

SAADI.

II.--_Tais-toi lorsque tu te fâches._

1

Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien, tu le leur diras. Tu tâcheras de le leur exprimer de façon à ce qu'ils croient à tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu dois t'efforcer de leur transmettre tes idées sans irritation et colère, mais avec calme et bonté.

2

Si tu veux, dans la conversation, faire part à ton interlocuteur de quelque vérité, l'essentiel est de ne pas te fâcher et de ne pas prononcer une seule parole mauvaise ou blessante.

D'Après ÉPICTÈTE.

3

Une parole non prononcée est d'or.

4

Si tu ne peux pas calmer ta colère immédiatement, tiens ta langue. Tais-toi, et tu te calmeras bientôt.

BAKSTER.

5

Tâche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes arguments fermes. Tâche non pas de vexer ton adversaire, mais de le convaincre.

WILKINS.

6

Dès que nous sentons la colère pendant la discussion, nous ne discutons plus pour la vérité, mais pour nous-mêmes.

CARLYLE.

III.--_Ne discute pas._

Une querelle qui s'allume est pareille à un torrent qui mine une digue: dès qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est provoquée et alimentée par la parole.

_Le Talmud._

2

La discussion ne convainc personne, mais elle désunit et irrite. La discussion est, par rapport à l'opinion des gens, la même chose que le marteau par rapport au clou. Après la discussion, les opinions, encore vagues, se calent solidement dans la tête, de même que les clous enfoncés dans le mur jusqu'à la tête.

D'après JUVÉNAL.

3

Pendant la discussion, on oublie la vérité. Celui qui est le plus sage cesse le premier à discuter.

4

Prête l'oreille aux discussions, mais ne t'y mêle point. Dieu te préserve de l'emportement et de l'irritabilité, même dans leur moindre manifestation. La colère est toujours déplacée, mais surtout dans une affaire où l'on a raison, parée qu'elle ne fait que l'obscurcir et la troubler.

GOGOL.

5

La meilleure réponse à un fou est le silence. Chaque mot de réplique te reviendra par ricochet. Répondre à une offense par l'offense revient au même que de jeter du bois dans le feu.

IV.--_Ne juge point._

1

«Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés; car on vous jugera du même jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la même mesure dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de ton frère, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton œil? Ou bien, comment dis-tu à ton frère: Permets que j'ôte cette paille de ton œil, et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premièrement de ton œil la poutre, et alors tu penseras à ôter la paille de l'œil de ton frère.»

MATTH. VII, 1-6.

2

En pénétrant en notre for intérieur, nous découvrons presque toujours le péché que nous blâmons chez un autre. Et si nous ne connaissons pas le même péché, nous n'avons qu'à chercher pour en trouver un plus mauvais encore.

3

Lorsque tu te mets à juger un homme, pense à ne pas dire de mal de lui, si tu es sûr qu'il a commis ce mal, et, à plus forte raison, lorsque tu n'en sais rien et que tu répètes simplement les paroles d'autrui.

4

Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut jamais savoir ce qui s'est passé et ce qui se passe dans l'âme de celui que l'on juge.

5

Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrête l'autre, si l'un de vous deux commence à médire de son prochain. Et si tu n'as pas un tel ami, entends-toi là-dessus avec toi-même.

6

Il est mauvais de médire des gens en leur présence, parce que cela les offense, et il est malhonnête de le faire en leur absence, parce que cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres, de l'oublier, mais de le chercher en soi-même et de s'en rappeler.

7

La médisance spirituelle est comme un plat de charogne à la sauce. La sauce cache toutes les saletés que l'on mange sans s'en apercevoir.

8

Moins on est renseigné sur les mauvaises actions des gens, plus on est sévère envers soi-même.

9

N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de vous-mêmes.

10

Celui qui médit de toi derrière ton dos te craint, et celui qui te loue en ta présence te méprise.

_Proverbe chinois._

11

La médisance plaît tellement aux gens qu'il est très difficile de se contenir de ne pas être agréable à ses interlocuteurs en médisant des absents. Mais si tu tiens absolument à régaler les gens, offre-leur autre chose que des mets malsains, tant pour toi-même que pour ceux que tu régales.

12

Cache le péché d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux.

V.--_Le danger de l'intempérance de langage._

1

Nous savons que nous devons manier les fusils chargés avec précaution, et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mêmes précautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais causer plus de mal que la mort.

2

Nous nous révoltons devant les crimes de la chair: excès de table, coups de poing, adultère, meurtre; et nous considérons avec beaucoup de légèreté les crimes de la parole: médisance, offense, trahison, publication de paroles mauvaises et dépravantes, et, cependant, les conséquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que les crimes commis par la chair. La seule différence entre les deux catégories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperçoit immédiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et dans l'espace.

3

Il y avait une nombreuse réunion, plus de mille personnes, dans un grand théâtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: «Au feu!» Le public s'élança vers les portes. Tous se ruèrent, s'écrasant, et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes étaient tuées et 50 blessées.

Ce grand mal n'a été causé que par une sotte parole.

Ici, au théâtre, le mal causé est perceptible immédiatement, mais souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore, quoiqu'on ne le remarque pas immédiatement.

4

Rien n'encourage l'oisiveté autant que les vains discours. Si les gens se taisaient, au lieu de dire les bêtises pour chasser l'ennui de l'oisiveté, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient à travailler.

5

En parlant mal des gens, on fait du tort à trois personnes à la fois: à celui dont on parle, à celui à qui on parle, et surtout à celui qui parle.

BASILE LE GRAND.

6

Il est surtout mauvais de médire des gens hors leur présence, parce que l'opinion exprimée qui pourrait être utile à l'absent, si elle lui était dite en face, lui demeure cachée; par contre, elle est communiquée à celui à qui elle est nuisible, parce qu'elle éveille en lui un mauvais sentiment envers celui dont on médit.

7

On se repent rarement d'avoir gardé le silence, mais combien de fois on se repentira d'avoir parlé, et on s'en serait repenti plus souvent encore si l'on connaissait toutes les conséquences de sa parole.

8

Plus on a envie de parler, plus il y a de danger à dire du mal.

9

L'homme qui sait se taire, même s'il a raison, possède une grande force.

CATON.

VI.--_L'utilité du Silence._

1

Laisse davantage reposer ta langue que tes bras.

2

Le silence est souvent la meilleure des réponses.

3

Tourne ta langue sept fois avant de te mettre à parler.

4

Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures que le silence.

5

Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est nécessaire, à lui, non aux autres.

6

J'ai vécu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de mieux pour l'homme que le silence.

_Le Talmud._

7

Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il fallait, tu regretteras sûrement 99 fois sur cent d'avoir parlé lorsqu'il fallait te taire.

8

Seul le fait d'avoir exprimé une bonne intention affaiblit déjà le désir de la réaliser. Mais comment retenir l'expression des élans nobles et pleins de fatuité de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et que l'on voit ensuite fanée et foulée au pied.

9

La parole est la clef du cœur. Si la conversation est vaine, un seul mot est déjà superflu.

10

Lorsque tu es seul, pense à tes péchés; lorsque tu es en société, oublie ceux des autres.

_Sentence chinoise._

11

Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait plus un sot.

12

Quand tu parles, tes paroles doivent être meilleures que le silence.

_Proverbe arabe._

Celui qui est loquace ne peut éviter le péché.

Si la parole coûte un denier, le silence en vaut deux.

Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots.

_Le Talmud._

VII.--_L'Utilité de la tempérance du langage._

1

Moins tu parleras, plus tu travailleras.

2

Deshabitue-toi de médire, et tu éprouveras, dans ton âme, un accroissement de la capacité d'aimer, tu ressentiras une augmentation de vie et de bonheur.

3

Mahomet et Ali rencontrèrent un jour un homme qui, considérant Ali comme son offenseur, se mit à l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se mit à répondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'écarta d'eux. Lorsqu'Ali revient à Mahomet, il lui dit d'un ton vexé: «Pourquoi m'as-tu laissé seul à supporter les injures de cet homme insolent?»--«Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui répondaient. Mais quand tu t'es mis à lui répondre par des injures, les anges t'abandonnèrent, et je me suis écarté également».

_Légende musulmane._

4

Cacher les défauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des prochains.

Des _Pieuses Pensées._

5

Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une mauvaise parole détruit l'amour.

CHAPITRE XXIII

PENSÉE

De même que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit mauvais, il peut repousser une pensée qui l'attire et qu'il croit mauvaise. C'est en cette abstention de pensées qu'est la force principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pensée.

I.--_Le rôlé de la pensée._

1

On ne peut se débarrasser des péchés, des tentations et des superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par l'effort de la pensée. C'est par l'effort de la pensée qu'on peut s'habituer à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture. Quand l'homme aspire à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture, il a également la force de lutter dans la vie quotidienne contre les péchés, les tentations et les superstitions.

2

Bien que ce ne soit pas la pensée qui nous ait révélé que l'on doit aimer--elle ne pouvait nous le révéler--elle importe en raison de ce fait qu'elle nous indique ce qui empêche l'amour. C'est précisément cet effort intellectuel contre ce qui empêche l'amour qui est plus important et plus nécessaire que tout le reste.

3

Si l'homme n'avait pas la faculté de réfléchir, il ne comprendrait pas pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus cher à l'homme que de savoir penser.

4

Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides différents. En réalité, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est-à-dire, la reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix décide indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et chaque homme peut toujours évoquer cette voix par un effort de pensée.

5

Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les ouvrait jamais, il aurait été très misérable. De même, et plus encore, est misérable l'homme qui ne comprend pas que la faculté de penser lui est donnée pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable, il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur, et ensuite, que chaque malheur est utile à un homme raisonnable. Et pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tâchent de l'éviter.

Ne serait-il pas préférable de nous réjouir de ce que Dieu nous ait donné la faculté de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive, indépendamment, de notre volonté, et de Le remercier de ce qu'Il ait subordonné notre âme uniquement à ce qui est en notre pouvoir: notre raison? Il n'a soumis notre âme ni à nos parents, ni à nos frères, ni à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Par Sa bonté, Il l'a seulement subordonnée à ce qui dépend de nous: à nos pensées.

C'est sur ces pensées-là et sur leur pureté que nous devons veiller de toutes nos forces pour notre bien.

D'après ÉPICTÈTE

6

Lorsque nous apprenons une nouvelle pensée et que nous la trouvons juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler maintenant de ce que nous savions déjà. Toute vérité se trouve déjà dans l'âme de tout homme. Ne l'étouffe pas seulement par le mensonge, et, tôt ou tard, elle se révélera à toi.

7

Souvent nous vient une pensée qui nous semble juste et étrange à la fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, après avoir bien réfléchi, nous voyons que la pensée qui nous semblait étrange est la plus simple vérité à laquelle on ne peut plus cesser de croire, dès l'instant qu'on l'a apprise.

8

Pour pénétrer dans la conscience de l'humanité, toute vérité doit traverser trois phases. La première: «C'est tellement inepte que ce n'est même pas la peine de discuter.» La deuxième: «C'est immoral et contraire à la religion.» La troisième: «Ah, c'est tellement connu de tous que ce n'est même pas la peine d'en parler!»

9

En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la solitude. Et réfléchis dans la solitude sur ce que tes relations avec les autres t'ont appris.

10

Nous pouvons arriver à la sagesse par trois chemins: d'abord, par la voie de l'expérience, et ce chemin-là est le plus difficile; ensuite, par la voie de l'imitation, et ce chemin-là est le plus facile; enfin, par la voie de la réflexion, et ce chemin-là est le plus noble.

CONFUCIUS.

II.--_La vie de l'homme est déterminée par ses pensées._

1

Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'après la façon dont il comprend sa vie.

2

Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de même que dans la vie de l'humanité entière, commencent et s'accomplissent dans la pensée. Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les actes, un changement dans les pensées doit s'effectuer d'abord.

3

Tout ce qui est bon et nécessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi que l'on apprend les métiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre d'une vie juste.

Pour apprendre à vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer à n'avoir que des bonnes pensées.

4

Les passages de notre vie d'un état dans un autre ne se déterminent pas par les actions, accomplies selon notre volonté: par le mariage, le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc., mais par les pensées qui nous viennent pendant la promenade, au milieu de la nuit, en mangeant et, surtout, par les pensées qui, englobant tout notre passé, nous disent: «Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait d'agir autrement.» Et tous nos actes ultérieurs servent ces pensées servilement, exécutent leur volonté.

THOREAU.

5

Nos désirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrigé les habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des déductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre.

SÉNÈQUE.

6

Ce qui est calme peut être maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est pas encore manifesté peut être facilement prévenu. Ce qui est encore faible peut facilement être brisé. Ce qui n'est pas encore nombreux peut facilement être dispersé.

Un gros arbre a commencé par être une tige mince. Une tour à neuf étages a commencé à être élevée par la pose de quelques petites briques. Un voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention à vos pensées: elles sont le commencement de vos actes.

LAO-TSEU.

7

De même que la vie et la destinée d'un homme sont déterminées par ce à quoi nous prêtons le moins d'attention, par ses pensées, la vie des sociétés et des peuples est déterminée non par les événements qui ont lieu dans ces sociétés et ces peuples, mais par les idées qui unissent la plupart des hommes de ces sociétés et de ces peuples.

8

Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent être sages. La sagesse est nécessaire à tous les hommes, et c'est pourquoi ils peuvent tous être sages. La sagesse consiste à savoir quelle est l'œuvre de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de se rappeler que la pensée est une grande chose, et, par conséquent, réfléchir.

III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes réside non pas dans leurs actes, mais dans leurs pensées._

1

Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu as fait, mais de ce que tu as pensé.

2

Les pensées qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles que les actes eux-mêmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action et s'en repentir; tandis que les mauvaises pensées engendrent les mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour les autres mauvaises actions; les mauvaises pensées entraînent sur cette route.

3

Pour qu'un flambeau puisse donner une clarté calme, il faut qu'il soit mis à l'abri du vent. Si le flambeau est exposé au vent, la lumière vacillera et donnera des ombres étranges. Les mêmes ombres tomberont dans l'âme de l'homme lorsque ses pensées seront futiles, vacillantes et incontrôlées.

_Sagesse brahmane._

IV.--_L'homme est maître de ses pensées_

1

Notre vie peut être bonne ou mauvaise, suivant la qualité de nos pensées. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien, l'homme doit travailler à ses pensées, ne pas écouter les mauvaises.

2

Travaille à purifier tes pensées. Si tu n'as pas de mauvaises pensées, tu ne commettras pas de mauvaises actions.

CONFUCIUS.

3

Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre désir de servir Dieu ou nous-mêmes. Nous ne pouvons empêcher les oiseaux de voler au-dessus de nos têtes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De même, nous ne pouvons empêcher les mauvaises pensées de traverser notre esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur nid pour couver et engendrer de mauvaises actions.

LUTHER.

4

On ne peut chasser une mauvaise pensée lorsqu'elle vient à l'esprit, mais on peut comprendre que cette pensée est mauvaise. Et si l'on sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous vient l'idée que tel ou tel autre homme est méchant. Je ne pouvais pas m'empêcher de le penser, mais si j'ai compris que cette idée était mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de médire des gens, que je suis mauvais moi-même, et je peux ainsi me contenir de la médisance, même par la pensée.

5

Si tu veux que ta pensée te serve, tâche de réfléchir indépendamment de tes sentiments et de ta situation, c'est-à-dire de ne pas agir contre tes idées afin de justifier la sensation que tu éprouves, ou la chose que tu as faite ou que tu feras.

V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de gouverner ses pensées_.

1

Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la force matérielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle, la force de la pensée, nous semble insignifiante, et nous ne la reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.

2