La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï
Part 10
De même qu'il existe des superstitions d'idolâtrie, de présages, de culte extérieur, etc., il existe chez les hommes une superstition universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres à mener une bonne vie. Les premières superstitions commencent à disparaître ou ont disparu, mais celle qui fait croire à la possibilité de rendre les hommes heureux par le châtiment des mauvais, continue à être reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.
2
«Alors les scribes et les pharisiens Lui amenèrent une femme surprise en adultère et, l'ayant placée au milieu d'eux, Lui dirent: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, Moïse nous a ordonné dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en dis-tu? Ils disaient cela pour L'éprouver, afin de pouvoir L'accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, se mit à écrire de son doigt sur le sable. Et comme ils continuaient à L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. Et s'étant de nouveau baissé il se remit à écrire sur le sable. Quand ils entendirent cela, dénoncés par leur conscience, ils se retirèrent l'un après l'autre, en commençant par les plus notables jusqu'aux derniers, et Jésus lut laissé seul avec la femme. Alors Jésus s'étant relevé et ne voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, où sont tes accusateurs? Personne ne t'a-t-il condamnée? Elle dit: Personne, Seigneur; Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pèche plus.»
JEAN VIII, 3-11.
3
Les hommes font du mal par méchanceté pour se venger d'une offense, par une fausse notion des moyens de se protéger; puis, afin de se justifier, ils persuadent les autres et eux-mêmes qu'ils agissent ainsi afin de corriger celui qui leur a fait du mal.
4
Un certain ordre subsiste dans notre société, non pas parce qu'on inflige des punitions à ceux qui troublent cet ordre, mais parce que, malgré la mauvaise influence de ces châtiments, les hommes s'aiment et ont pitié quand même les uns des autres.
5
Le châtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit, que parce qu'il déprave celui qui punit.
III.--_La vengeance dans les rapports individuels._
1
Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter davantage.
2
Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté de jouir des bienfaits de la vie.
3
Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action qu'ils qualifient de châtiment.
4
On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne puissent être plus raisonnables qu'un ours?
IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._
1
La thèse sur la rationalité du châtiment non seulement n'a pas contribué et ne contribue pas à la bonne éducation des enfants, à la meilleure organisation des sociétés et à la moralité de ceux qui croient au châtiment dans l'autre monde, mais encore a causé et cause des malheurs innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et déprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de son fondement principal.
2
Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal, c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitués, depuis leur enfance, à croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne saurait exister.
3
S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les méfaits: vols, misère, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte et la vengeance. Toute chose engendre une chose à son image et tant que nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs par des actes absolument contraires et que nous continuons à agir comme eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que nous désirons supprimer. Nous arriverons à redonner au mal un aspect différent, mais le fond restera.
D'après BALLOU.
4
Des dizaines, des centaines d'années s'écouleront peut-être, mais il viendra un temps où nos petits enfants s'étonneront de nos châtiments comme nous nous étonnons aujourd'hui des autodafés et des tortures. «Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruauté, l'inutilité de ce qu'ils faisaient» diront nos descendants.
V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire place à l'amour fraternel et le mal ne sera plus enrayé par la violence._
1
Que faire lorsqu'un homme se fâche contre toi et te fait du mal? On peut faire bien des choses, mais il ne faut sûrement pas en faire une; il ne faut pas faire de mal, c'est-à-dire la même chose qu'il t'a fait.
2
Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi; mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.
MAHOMET.
3
La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement parce que c'est bien pour l'homme et pour son âme de subir le mal, et de rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrête le mal, l'éteint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'éteindre.
4
Il y a assez longtemps que les hommes ont commencé à comprendre l'incompatibilité du châtiment avec l'essence supérieure de l'âme humaine, et qu'ils ont commencé à imaginer différentes doctrines qui permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le châtiment est nécessaire pour effrayer; les autres, qu'il est nécessaire pour corriger, les troisièmes pour instaurer la justice. Mais toutes ces doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'égoïsme, la haine. On invente bien des choses, mais on ne se décide pas à faire une seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a péché se repentir ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant à ceux qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils n'ont qu'à laisser les autres tranquilles et à avoir eux-mêmes une bonne conduite.
5
Réponds au mal par le bien et tu feras disparaître chez le méchant tout le plaisir qu'il voit au mal.
6
Rien ne réjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien ne procure plus de joie à celui qui le fait.
7
La bonté vainct tout, et elle-même est invincible.
8
On peut résister à tout hormis à la bonté.
D'après ROUSSEAU.
9
Rendez le mal pour le bien; pardonnez à tous, alors seulement il n'y aura plus de mal sur la terre. Peut-être n'auras-tu pas la force de le faire; mais sache qu'il ne faut désirer que cela, qu'il ne faut aspirer qu'à cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.
10
Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque l'offenseur est au pouvoir de l'offensé.
MAHOMET.
11
Alors Pierre, s'étant approché de Lui, dit: Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il pêchera contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? Jésus lui répondit: je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.
(MATTH., XVIII, 21, 22)
12
Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: «je pardonne», mais il faut extirper de son cœur le mauvais sentiment que l'on éprouve à l'égard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses propres péchés; alors on découvrira sûrement en soi des actes plus repréhensibles que ceux pour lesquels on se fâche.
13
La doctrine d'après laquelle, on ne peut se venger quand on aime, est tellement claire qu'elle découle elle-même du sens général de cette doctrine. Si même il n'était pas expressément mentionné dans la doctrine du Christ que tout chrétien doit rendre le bien pour le mal et aimer ceux qui vous haïssent, quiconque comprend cette doctrine déduit lui-même cette exigence d'amour.
VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._
1
Les hommes désirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en même temps que leur vie soit meilleure.
2
Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut être réalisé que par l'accomplissement de la loi éternelle du bien, qui est révélée à chaque homme, à sa raison et dans son cœur.
3
On dit qu'on est forcé de payer le mal par le mal, parce que si on ne le fait pas, les méchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que c'est tout le contraire: les méchants opprimeront les bons, lorsque les hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela se passe, en effet, chez tous les peuples chrétiens. Les méchants sont aujourd'hui les maîtres des bons précisément parce qu'il a été suggéré à tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal aux hommes.
4
En parlant de la doctrine chrétienne, les savants écrivains font généralement semblant de croire que la question de l'impossibilité d'appliquer le christianisme dans son sens réel est déjà définitivement tranchée depuis longtemps.
«Il est inutile de s'occuper de rêves, il faut penser aux choses sérieuses, il faut vérifier les rapports entre le capital et le travail, organiser le travail, la propriété foncière, ouvrir des marchés, instituer des colonies pour le trop plein de la population, régler les rapports de l'Église et de l'État, conclure des alliances, garantir la sécurité des États et ainsi de suite.
«Il faut s'occuper de questions sérieuses, dignes de l'attention et des soins des hommes et non pas rêver à un ordre de choses permettant de tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vêtement lorsqu'on vous enlève votre chemise et de vivre comme les oiseaux du ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le fond de toutes ces questions, est précisément contenu en ce qui est qualifié de vain radotage.
En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le capital et le travail, jusqu'à celle des nationalités et des rapports entre l'Église et l'État, reviennent à cette seule question: Y a-t-il des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal à son prochain, ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps où les hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet, l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui accablent l'humanité d'aujourd'hui ont conduit les hommes à reconnaître la nécessité de trouver à cette question une solution. Il y a dix neuf cents ans que cette question est définitivement résolue par la doctrine du Christ. Et c'est pourquoi, à notre époque, nous ne pouvons plus faire semblant de méconnaître cette question et d'ignorer sa solution.
VII.--_La véritable conception des conséquences de la doctrine défendant la nécessité de la violence, commence à pénétrer dans la conscience de l'homme moderne._
1
Le châtiment, est une idée que l'humanité commence à dépasser.
2
L'esprit de Jésus, qu'on s'efforce d'étouffer, se manifeste néanmoins partout d'une façon éclatante. L'esprit évangélique n'a-t-il point pénétré dans les peuples, ne commence-t-il pas à venir à la lumière? Les idées sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux lois plus équitables, aux institutions protégeant les faibles, fondées sur une juste égalité? L'ancienne inimitié entre ceux qu'on a désunis par force, ne s'éteint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas frères?
Tout cela est l'œuvre d'un germe prêt à lever, l'œuvre de l'amour, qui débarrassera le monde du péché, qui ouvrira aux peuples une nouvelle voie de vie, dont la loi intérieure ne sera plus la violence, mais l'amour des uns pour les autres.
LAMENNAIS.
CHAPITRE XVI
DE LA VANITÉ
Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'après les préceptes des sages et selon leur propre conscience, mais d'après ce qui est reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l'on vit.
I.--_En quoi consiste la tentation de la vanité._
1
La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre âme, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.
2
Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, que la préoccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des louanges des autres.
L'homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante contre lui-même, et par l'évocation continuelle de son unité avec Dieu, cherchant ainsi son approbation seule.
3
Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie, nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tôt, afin que ces vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'être imaginaire qui existe dans la pensée des autres.
Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition de passer pour braves.
PASCAL.
4
L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: «tous font ainsi.»
5
Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi l'homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes réside dans le désir d'être glorifié par les hommes.
6
On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier, mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre conscience lorsque nous l'étouffons pour être agréables aux gens. Nous n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons: nous ne l'entendons plus.
7
Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs; il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.
SÉNÈQUE.
8
Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant.
EMERSON.
9
Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d'être approuvé par les gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour être glorifié par les autres.
10
Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu'il n'aimait pas.
--Parce que tous le font, répondit celui-ci.
--Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.
--Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.
--Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les intelligents?
--Certainement ce sont les sots.
--Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.
II.--_Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas que cette opinion soit juste._
1
Le mal ne cesse pas d'être mauvais parce que beaucoup de gens agissent ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.
2
Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être prudent à l'égard de cette croyance et avoir plus, d'attention.
3
Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire presque toujours qu'il faut faire mal.
LA BRUYÈRE.
4
Il n'y a qu'à s'habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les considérer comme bonnes.
5
L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu'à son jugement.
6
Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde.
7
Si la foule déteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu'un, il faut également, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.
CONFUCIUS.
III.--_Conséquences pernicieuses de la vanité._
1
La société dit à l'homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme nous nous habillons.» Si quelqu'un ne se soumet pas à ces exigences, la société l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de ne pas y obéir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.
D'après LUCIE MALAURY.
2
C'est très bien quand les hommes s'instruisent pour leur âme, pour être plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s'ils étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l'instruction devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas étudié du tout.
_Traduit du chinois._
3
Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font périr l'âme en reportant les préoccupations de l'âme sur la gloire des hommes.
4
Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blâme, la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais, continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus à l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.
5
L'inobservation des traditions n'a pas occasionné une millième partie du mal causé par le respect des anciennes coutumes.
Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais ils les observent néanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des gens les blâmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.
IV._--La lutte contre la tentation de la vanité._
1
Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse. C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne penser qu'à son âme.
2
Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant, à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre sa vie à se perfectionner y doit être préparé.
3
C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la raison en subissant les coutumes pernicieuses.
4
On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.
5
Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as pas besoin de t'en préoccuper--ne fais pas attention à leur opinion. Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend rien à son métier n'approuve pas son travail.
Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?
D'après ÉPICTÈTE.
6
Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet, quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie.
EMERSON.
7
Quiconque s'est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience réclame autre chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l'opinion publique.
V.--_On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire._
1
Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d'un homme vertueux, n'est pas de paraître tel devant les hommes, mais de faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux.
_Causeries_ de SOCRATE.
2
Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d'un autre homme. Soumettre sa pensée à quelqu'un est un servage plus humiliant que de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de ce que te diront les gens.
3
Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu, que celui qui perd volontiers la réputation d'un homme de bien, uniquement pour rester bon dans son for intérieur.
SÉNÈQUE.
4
Lorsqu'un homme est habitué à ne vivre que pour l'opinion publique, il lui répugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir la réputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l'opinion des gens; apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu'elles soient critiquées par la foule, n'en restent pas moins des bonnes œuvres.
Les hommes vivent et agissent d'après leurs idées, ainsi que d'après les idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs actes, les hommes se distinguent entre eux.
6
Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme, pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi si tu continuerais à y travailler si tu savais d'avance que personne n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais, c'est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu.
VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._
1