Chapter 5
CCLXI.--«Quoi donc! Collatin, la douleur guérit-elle la douleur? les blessures soulagent-elles les blessures? le chagrin apporte-t-il un remède au chagrin? est-ce te venger que de te frapper toi-même pour cet attentat qui coûte la vie à la belle Lucrèce? Cette puérilité vient d'une âme faible. Ta malheureuse épouse s'est abusée en se tuant de la main qui aurait dû tuer son ennemi.
CCLXII.--«Vaillant Romain, n'abaisse pas ton coeur à ces lamentations et à ces larmes; mais fléchis le genou avec moi pour m'aider à supplier les dieux de Rome de permettre que la force de nos bras bannisse les oppresseurs abominables qui déshonorent Rome par leurs forfaits.
CCLXIII.--«Voici, par le Capitole que nous adorons, par ce chaste sang si injustement souillé, par le soleil qui nous éclaire et renouvelle les richesses de la nature, par tous nos droits comme citoyens de Rome, par l'âme de cette chaste Lucrèce qui naguère encore nous confiait ses affronts, par ce couteau sanglant, nous vengerons la mort de cette femme fidèle.»
CCLXIV.--Il dit, appuie sa main sur son coeur et baise le fatal couteau pour consacrer son serment: il excite ses amis à le répéter avec lui. Tous le regardent avec surprise et l'écoutent parler, puis ils s'agenouillent à ses côtés: Brutus répète son serment solennel, tous jurent d'y être fidèles.
CCLXV.--Quand ils eurent prononcé ce voeu de vengeance, ils résolurent de porter Lucrèce à Rome pour exposer à tous les yeux le corps sanglant, et publier ainsi le noir attentat de Tarquin. Ce projet s'exécute aussitôt, et les Romains applaudissent au décret qui bannit à jamais Tarquin.
FIN DE LA MORT DE LUCRÈCE.