La mort de César: Tragédie

Chapter 16

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CASSIUS _un poignard à la main_, DOLABELLA, Romains.

CASSIUS.

C'en est fait, il n'est plus.

DOLABELLA.

Peuples, secondez-moi, frappons, perçons ce traître.

CASSIUS.

Peuples, imitez-moi, vous n'avez plus de Maître, Nations de Héros, vainqueurs de l'Univers, Vive la liberté; ma main brise vos fers.

DOLABELLA.

Vous trahissez, Romains, le sang de ce Grand-homme?

CASSIUS.

J'ai tué mon ami, pour le salut de Rome. Il vous asservit tous, son sang est répandu. Est-il quelqu'un de vous de si peu de vertu, D'un esprit si rampant, d'un si faible courage, Qu'il puisse regretter Cesar & l'esclavage? Quel est ce vil Romain, qui veut avoir un Roi? S'il en est un, qu'il parle, & qu'il se plaigne à moi. Mais vous m'applaudissez, vous aimiez tous la gloire.

ROMAINS.

Cesar fut un Tyran, périsse sa mémoire.

CASSIUS.

Maîtres du monde entier, de Rome heureux enfans, Conservez à jamais ces nobles sentimens. Je sai que devant vous Antoine va paraître; Amis, souvenez-vous que Cesar fut son Maître; Qu'il a servi sous lui, dès ses plus jeunes ans, Dans l'école du crime & dans l'art des Tyrans, Il vient justifier son Maître & son Empire; Il vous méprise assez pour penser vous séduire. Sans doute il peut ici faire entendre sa voix: Telle est la loi de Rome; & j'obéis aux Loix. Le Peuple est désormais leur organe suprême, Le juge de Cesar, d'Antoine, de moi-même. Vous rentrez dans vos droits indignement perdus; Cesar vous les ravit, je vous les ai rendus: Je les veux affermir. Je rentre au Capitole; Brutus est au Sénat, il m'attend, & j'y vole. Je vais avec Brutus, en ces murs désolés, Rappeller la justice, & nos Dieux exilés; Etouffer des méchans les fureurs intestines, Et de la liberté réparer les ruïnes. Vous, Romains, seulement consentez-d'être heureux, Ne vous trahissez pas; c'est tout ce que je veux; Redoutez tout d'Antoine, & surtout l'artifice.

ROMAINS.

S'il vous ose accuser, que lui-même il périsse.

CASSIUS.

Souvenez-vous, Romains, de ces sermens sacrés.

ROMAINS.

Aux vengeurs de l'Etat nos coeurs sont assurés.