La Mort De Brute Et De Porcie Ou La Vengeance De La Mort De Ces
Chapter 14
BRUTE, UN CHEF.
BRUTE.
Quelle voix vient de se faire entendre?
TITINE.
Celle d'un innocent que la parque va prendre.
UN DE LA SUITE DE BRUTE.
O malheur sans pareil! Cassie est aussi mort.
BRUTE à part soy.
Il faut dissimuler.
UN DE LA SUITE.
O dure loy du sort!
BRUTE.
Les hommes courent tous une mesme avanture, Par cét ordre fatal prescrit par la Nature; La mort void d'un mesme oeil les Bergers & les Rois, Et tout également succombe sous ses lois. Ne murmurez donc plus, mais reprenans courage, Esperez le repos de la fin de l'orage: Par de divers moyens le Ciel peut secourir, Cassie estoit un homme, il devoit donc mourir, En tuant un Tyran on a peu sauver Rome, Mais on ne la pert pas dans la perte d'un homme; Car bien que la grandeur des puissans attentats Semble estre le pilier qui soustient leurs Estats; Si le Ciel n'est l'Atlas de ces lourdes machines, Bien-tost tout leur esclat se change en des ruines, Quand de tous nos Soldats le dessein perverty Voudroit favoriser le contraire party. Et quand le monde entier s'armeroit pour Octave, Si le Ciel est pour nous, il sera nostre esclave, Il verra que l'orgueil ne le monte si haut Que pour luy procurer un plus funeste saut; Celuy qui des Geans ne fit qu'un peu de poudre, Garde le mesme bras qui leur lança la foudre, Et n'a point relaché de son adversion, Pour ces Monstres boufis de trop d'ambition, Il se sert quelquefois de nous & de nos armes Pour respandre du sang, & pour tarir des larmes: Mais s'il voit que nos bras ne sont pas assez forts, Soudain il a recours à de meilleurs efforts; Il inspire la peur dans la troupe ennemie, Qui bien-tost en fuyant se noircit d'infamie, Et sans sçavoir pourquoy craint si fort le trespas, Que les plus fiers torans ne l'aresteroient pas. Amis, esperons tout de la faveur Celeste, Nous n'avons rien perdu puis que cela nous reste, Cassie est à present le butin du trespas, Mais les Dieux sont vivans & nous avons des bras; Cependant quand la nuict mettra sa robbe obscure, Portez sans bruit ce corps dedans la sepulture, Et j'espere demain par ma langue & mes mains De redonner le coeur & Rome à nos Romains.
ACTE QUATRIEME.
SCENE PREMIERE.
OCTAVE, MARC ANTHOINE.
OCTAVE.
Tous ceux qui comme nous combatent pour la gloire, Se peuvent asseurer d'emporter la victoire, Les Dieux ne choquent point un dessein genereux, A plus forte raison quand il n'est que pour eux, La mort du grand Cæsar appele leurs justices, A punir son autheur avec tous ses complices, Et je croy qu'à l'instant que ce coup fut donné Contre les criminels leur cholere eust trouvé, S'ils eussent peu choisir la flamme d'un Tonnerre, Qui n'eust pas avec eux bruslé toute la terre: Mais ne pouvans agir avec un moins puissant, Ny perdre ces meurtriers sans perdre l'innocent; Ils veulent que nos mains en fassent la vengeance, Et purgent ce païs de cette noire engeance, Déja leur volonté s'explique heureusement, Et vostre valeur fait ce doux evenement.
ANTHOINE.
Vos voeux mieux que mon bras me l'ont rendu possible.
OCTAVE.
Ha cette flatterie est un peu trop visible! Chacun sçait comme quoy vous avez combatu; Mais un coeur genereux doit cacher sa vertu.
ANTHOINE.
C'est pourquoy tous les jours vous nous cachez la vostre.
OCTAVE.
Je vous respondroy bien si vous estiez un autre, Mais dans les complimens comme dans les combats, Il faut à vostre abord mettre les armes bas.
ANTHOINE.
Ce Soldat de retour porte sur le visage Les signes evidens d'un funeste presage.