La manière de bien traduire d'une langue en aultre
Chapter 1
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LA MANIERE DE BIEN TRADVIRE D'VNE LANGVE EN AVLTRE.
D'aduantage.
_De la punctuation de la langue Francoyse._
Plus.
_Des accents d'ycelle._
_Le tout faict par Estienne Dolet natif d'Orleans._
[SCABRA, & IMPOLITA AD AMVSSIM DOLO, ATQVE PERPOLIO.]
_A Lyon, chés Dolet mesme._
M. D. XL.
Auec priuileige pour dix ans.
_AV LECTEVR._
Ly, & puis iuge: ne iuge toutesfois deuant que d'auoir ueu mon Orateur Francoys, qui (possible est) te satisfaira quant aux doubtes, ou tu pourras encourir lisant ce liure.
_ESTIENNE DOLET A_ Monseigneur de Langei humble salut, & recongnoissance de sa liberalité enuers luy.
_Ie n'ignore pas (Seigneur par gloire immortel) que plusieurs ne s'esbaissent grandement de ueoir sortir de moy ce present Oeuure: attendu que par le passé i'ay faict, & fais encores maintenant profession totalle de la langue Latine. Mais à cecy ie donne deux raisons. L'une, que mon affection est telle enuers l'honneur de mon pais, que ie ueulx trouuer tout moyen de l'illustrer. Et ne le puis myeulx faire, que de celebrer sa langue, comme ont faict Grecs, & Rommains la leur. L'aultre raison est, que non sans exemple de [En marge: Autheurs antiques illustrateurs de leur langue.] plusieurs ie m'addonne à ceste exercitation. Quant aux Antiques tant Grecs, que Latins, ilz n'ont prins aultre instrument de leur eloquence, que la langue maternelle. De la Grece seront pour tesmoings Demosthene, Aristote, Platon, Isocrate, Thucydide, Herodote, Homere. Et des Latins ie produis Ciceron, Cæsar, Salluste, Virgille, Ouide. Lesquelz n'ont delaissé leur langue, pour estre renommés en une aultre. Et ont mesprisé toute aultre: sinon qu'aulcuns des Latins ont apprins la Grecque, affin de scauoir les arts, & disciplines traictées par les Autheurs d'ycelle. [En marge: Aulcuns Autheurs modernes illustrateurs de leur langue, tant en Italien, qu'en Francoys.] Quant aut modernes, semblable chose que moy a faict Leonard Aretin, Sannazare, Petracque, Bembe (ceulx la Italiens) & en France Budée, Fabri, Bouille, & maistre Iacques Syluius. Doncques non sans l'exemple de plusieurs excellents personnages i'entreprends ce Labeur. Lequel (Seigneur plein de bon iugement) tu recepuras non comme parfaict en la demonstration de nostre langue, mais seulement comme ung commencement d'ycelle. Car ie scay, que quand on uoulut reduire la langue Grecque, & Latine en art, cela ne fut absolu par ung homme, mais par plusieurs. Ce qui se faira pareillement en la langue Francoyse: & peu a peu par le moyen, & trauail des gens doctes elle pourra estre reduicte en telle parfection, que les langues dessusdictes. A ceste cause (Seigneur tout humain) ie te requiers de prendre ce mien labeur en gré, & s'il ne reforme totallement nostre langue, pour le moyns pense, que c'est commencement, qui pourra paruenir à fin telle, que les estrangiers ne nous appelleront plus Barbares. Te soubuienne aussi en cest endroict, qu'il est bien difficille, qu'une chose soit inuentée, & parfaicte tout a ung coup. Parquoy tu te doibs contenter de mon inuention, & en attendre ou par moy, ou par aultres la parfection auec le temps. Ioinct aussi, qu'en choses grandes, & difficilles le uouloir doibt estre [En marge: Le comble des uertus de Monsieur de Langei.] asses. Ie laisse ce propos, & te ueulx dire ce, qui m'a esmeu de te dedier ce Liure. Certes l'opinion, & estime grande, que i'ay de ton scauoir, eloquence, & iugement en tout esmerueillable, m'a induict à ce faire, aultant ou plus, que l'humanité, & liberalité, de laquelle tu uses de iour en iour de plus en plus en mon endroict: & ce sans aulcun mien merite: car de te faire aulcun seruice meritant telle amour, que me la portes, & monstres par effect, cela est hors totallement de mon pouuoir. Toutesfoys pour suppliment du pouuoir la uoulunté te doibt satisfaire: laquelle est telle, que sans exception d'aulcun Humain ie te reuere, comme ung Demidieu habitant en ces lieux terrestres, & estincellant de tous costés par une lumiere de uertus à toy seul octroiées par l'Omnipotent: Omnipotent enuers toy prodigue de ses graces, si iamais il en eslargist à aulcune sienne creature. Et qui est celuy, qui puisse à mon dict coutredire, s'il a congnoissance de tes faicts? Nul ne doubte de la bonté de ta nature. Chascun se sent de ta munificence. Toutes Nations estranges ne preferent aulcun a toy, touchant l'art militaire, & conduicte de guerre. Quant a la politique, & gouuernement equitable d'ung pais, le Piedmont en donnera tesmoignage: en laquelle Prouince tu es a present gouuerneur soubz l'autorité du Roy, qui t'a esleu à ceste charge, comme personne idoine à touts faicts de grand conseil, & prudence. Croy (Seigneur le premier des Humains) que ie suis l'homme le moins admirant les hommes sans raison, & cause uehemente: mais tes uertus, & perfections infinies m'ont rauy iusques a la, que sur touts ie t'adore: & ceste affection, la Posterité n'ignorera, si mes Oeuures meritent immortalité de nom. Icy feray fin de mon epistre, te priant de rechef auoir ce mien Liure pour aggreable. De Lyon ce dernier iour de May, Mil cinq cents quarante._
_ESTIENNE DOLET_ au peuple Francoys humble salut, & accroyssement d'honneur, & puissance.
_Depuis six ans (ô peuple Francoys) desrobbant quelcques heures de mon estude principalle (qui est en la lecture de la langue Latine, & Grecque) te uoulant aussi illustrer par touts moyens, i'ay composé en [En marge: l'Orateur Francoys.] nostre langage ung Oeuure intitulé l'Orateur Francoys: duquel Oeuure les traictés sont telz._
_La grammaire._ _L'orthographe._ _Les accents._ _La punctuation._ _La pronunciation._ _L'origine d'aulcunes dictions._ _La maniere de bien traduire d'une langue en aultre._ _L'art oratoire._ _L'art poëtique._
_Mais pource que ledict Oeuure est de grand importance, & qu'il y eschet ung grand labeur, scauoir, & extreme iugement, i'en differeray la publication (pour ne le precipiter) iusques a deux, ou troys ans. Ce pendant tu t'ayderas des instructions, qui sont en ce present Liure. Lequel si ie congnois t'estre aggreable, ie seray plus enclin a te bien polir, & parfaire le demeurant de mon entreprinse. Combien que i'en attends plus tost contentement de la Posterité, que du Siecle present: [En marge: La uertu du uiuant est tousiours enuiée.] car le cours des choses humaines est tel, que la uertu du uiuant est tousiours enuiée, & deprimée par Detracteurs, qui se pensent aduantager en reputation, s'ilz mesprisent les labeurs d'aultruy. Mais l'homme de scauoir, & de bon iugement ne doibt regarder à telz resueurs, & plus tost s'en mocquer du tout. Ainsi faisant, ie poursuiuray mon effort, & attendray legitime los de la Posterité: non d'aulcuns uiuants par trop pleins d'ingratitude, & mauluais uouloir. Contente toy pour ceste heure (ô peuple Francoys) de ce petit Oeuure: & prens pour pleige l'affection, que ie porte à ma renommée, que dedans quelcque temps ie te rendray parfaict l'Oeuure dessusdict. Et si aulcuns se delectent en tel labeur, cela n'est que bon. Que pleust à dieu, que pour ung il y en eust mille: car par telz efforts le plus parfaict sera congneu, & en demeurera la gloire au bien entendant la langue Latine, & Francoyse. Pour le moins de mon costé ie tascheray de faire mon debuoir en si noble, & louable passetemps. Vray est, que si i'estois enuieux du bien d'aultruy, ie me deporteroys de ce mien labeur: pource que i'ay congneu telle [En marge: L'ingratitude d'aulcuns personnages de ce temps.] ingratitude entre les hommes de mon temps, que ceulx, qui ont le plus proffité sur mes Oeuures, sont les premiers, qui taschent de deprimer mon renom: mais pour leur meschante nature ie ne laisseray de produire par Oeuures le don de grace, que le Creatur m'a faict tant en la congnoissance de la langue Latine, que de ma maternelle Francoyse. Et ce tout à l'honneur, & gloire de luy (luy seul autheur de tout bien) & à l'utilité de la chose publicque: laquelle ie prefere aux maldicts de touts mes Enuieux, & Detracteurs: qui à la fin se trouueront trompés en moy: car leur meschant langage ne me sert, que d'ung esguillon à la uertu: tout au rebours de ce qu'ilz uouldroient de moy proceder. Mais ie scay, comme il fault tromper telles bestes chaussées: & en telle prudence consumeray le demeurant de ma uie, taschant tousiours de perpetuer mon nom par Oeuures recommendables à la Posterité, & aage futur: lequel se trouuant uuide d'enuie en mon endroict, & muni de bon uouloir, ne se monstrera ingrat, mais par une equité, & raison louera ce, qui est de louer. Ceste esperance m'a tousiours esmeu à escrire, & donné cueur de prendre les labeurs, que i'ay iusques icy prins en la uacation literaire. Car au iugement des uiuants il y a bien peu d'equité, & racueil pour les Doctes. A dieu Peuple le plus triumphant du Monde, soit en uertu, soit en puissance. A Lyon, ce dernier iour de May, l'an de grace. Mil cinq cents quarante._
LA MANIERE DE BIEN TRADVIRE D'VNE LANGVE EN AVLTRE.
_Autheur Estienne Dolet natif d'Orleans._
La maniere de bien traduire d'une langue en aultre requiert principallement cinq choses.
[En marge: La premiere reigle pour bien traduire.]
En premier lieu, il fault, que le traducteur entende parfaictement le sens, & matiere de l'autheur, qu'il traduict: car par ceste intelligence il ne sera iamais obscur en sa traduction: & si l'autheur, lequel il traduict, est aulcunement scabreux, il le pourra rendre facile, & du tout intelligible. Et de ce ie te uois bailler exemple familierement. [En marge: Lieu de Ciceron interpreté.] Dedans le premier Liure des questions Tusculanes de Ciceron il y a ung tel passage Latin. Animum autem animam etiam ferè nostri declarant nominari. Nam & agere animam, & efflare dicimus: & animosos, & bene animatos: & ex animi sententia. Ipse autem animus ab anima dictus est.
Traduisant cest Oeuure de Ciceron, i'ay parlé, comme il s'ensuict. Quant à la difference (dy ie) de ces dictions animus, & anima, il ne s'i fault point arrester: car les facons de parler Latines, qui sont deduictes de ces deux mots, nous donnent à entendre, qu'ilz signifient presque une mesme chose. Et est certain, que animus est dict de anima: & que anima est l'organe de animus: comme si tu uoulois dire la uertu, & instruments uitaulx estre origine de l'esprit: et iceluy esprit estre ung effect de ladicte uertu uitale. Dy moy (toy qui entends Latin) estoit il possible de bien traduire ce passage, sans une grande intelligence du sens de Ciceron? Or saiche doncques, qu'il est besoing, & necessaire à tout traducteur d'entendre parfaictement le sens de l'autheur, qu'il tourne d'une langue en aultre. Et sans cela il ne peult traduire seurement, & fidellement.
[En marge: La seconde reigle.]
La seconde chose, qui est requise en traduction, c'est, que le traducteur ait parfaicte congnoissance de la langue de l'autheur, qu'il traduict: & soit pareillement excellent en la langue, en laquelle il se mect a traduire. Par ainsi il ne uiolera, & n'amoindrira la maiesté de l'une, & l'aultre langue. Cuydes tu, que si ung homme n'est parfaict en la langue Latine, & Francoyse, il puisse bien traduire en Francoys [En marge: Chascune langue a ses proprietés.] quelcque oraison de Ciceron? Entends, que chascune langue a ses proprietés, translations en diction, locutions, subtilités, & uehemences à elle particulieres. Lesquelles si le traducteur ignore, il faict tort à l'autheur, qu'il traduict: & aussi à la langue, en laquelle il le tourne: car il ne represente, & n'exprime la dignité, & richesse de ces deux langues, desquelles il prend le manîment.
[En marge: La tierce reigle.]
Le tiers poinct est, qu'en traduisant il ne se fault pas asseruir iusques à la, que lon rende mot pour mot. Et si aulcun le faict, cela luy procede de pauureté, & deffault d'esprit. Car s'il a les qualités dessusdictes (lesquelles il est besoing estre en ung bon traducteur) sans auoir esgard à l'ordre des mots il s'arrestera aux sentences, & faira en sorte, que l'intention de l'autheur sera exprimée, gardant curieusement la proprieté de l'une, & l'aultre langue. Et par ainsi c'est superstition trop grande (diray ie besterie, ou ignorance?) de commencer sa traduction au commencement de la clausule: Mais si l'ordre des mots peruerti tu exprimes l'intention de celuy, que tu traduis, aulcun ne t'en peult reprendre. Ie ne ueulx taire icy la follie [En marge: C'est follie de uouloir rendre ligne pour ligne, ou uers pour uers.] d'aulcuns traducteurs: lesquelz au lieu de liberté se submettent à seruitude. C'est asscauoir, qu'ilz sont si sots, qu'ilz s'efforcent de rendre ligne pour ligne, ou uers pour uers. Par laquelle erreur ilz deprauent souuent le sens de l'autheur, qu'ilz traduisent, & n'expriment la grace, & parfection de l'une, & l'aultre langue. Tu te garderas diligem^ment de ce uice: qui ne demonstre aultre chose, que l'ignorance du traducteur.
[En marge: La quarte rigle.]
La quatriesme reigle, que ie ueulx bailler en cest endroict, est plus à obseruer en langues non reduictes en art, qu'en aultres. I'appelle langues non reduictes encores en art certain, & repceu: comme est la Francoyse, l'Italienne, l'Hespaignole, celle d'Allemaigne, d'Angleterre, & aultres uulgaires. S'il aduient doncques, que tu traduises quelcque Liure Latin en ycelles (mesmement en la Francoyse) il te fault garder [En marge: Il se fault garder d'usurper mots trop approchants du Latin.] d'usurper mots trop approchants du Latin, & peu usités par le passé: mais contente toy du commun, sans innouer aulcunes dictions follement, & par curiosité reprehensible. Ce que si aulcuns font, ne les ensuy en cela: car leur arrogance ne uault rien, & n'est tolerable entre les gens scauants. Pour cela n'entends pas, que ie die, que le traducteur s'abstienne totallement de mots, qui sont hors de l'usage commun: car [En marge: La langue Grecque, ou Latine est plus riche en dictions, que la Francoyse.] on scait bien, que la langue Grecque, ou Latine est trop plus riche en dictions, que la Francoyse. Qui nous contrainct souuent d'user de mots peu frequentés. Mais cela se doibt faire a l'extreme necessité. Ie scay bien en oultre, qu'aulcuns pourroient dire, que la plus part des dictions de la langue Francoyse est deriuée de la Latine, & que si noz Predecesseurs ont heu l'autorité de les mettre en usage, les modernes, & posterieurs en peuuent aultant faire. Tout cela se peult debattre entre babillarts: mais le meilleur est de suiure le commun langage. En mon Orateur Francoys ie traicteray ce poinct plus amplement, & auec plus grand' demonstration.
[En marge: La cinquiesme reigle.]
Venons maintenant à la cinquiesme reigle, que doibt obseruer ung bon traducteur. Laquelle est de si grand' uertu, que sans elle toute composition est lourde, & mal plaisante. Mais qu'est ce, qu'elle contient? Rien aultre chose, que l'obseruation des nombres oratoires: [En marge: Nombres oratoires.] c'est asscauoir une liaison, & assemblement des dictions auec telle doulceur, que non seulement l'ame s'en contente, mais aussi les oreilles en sont toutes rauies, & ne se faschent iamais d'une telle harmonie de langage. D'yceulx nombres oratoires ie parle plus copieusement en mon Orateur: parquoy n'en feray icy plus long discours. Et de rechef aduertiray le traducteur d'y prendre garde: car sans l'obseruation des nombres on ne peult estre esmerueillable en quelcque composition que ce soit: & sans yceulx les sentences ne peuuent estre graues, & auoir leur poix requis, & legitime. Car pense tu, que ce soict asses d'auoir la diction propre, & elegante, sans une bonne copulation des mots? Ie t'aduise, que c'est aultant que d'ung monceau de diuerses pierres precieuses mal ordonnées: lesquelles ne peuuent auoir leur lustre, à cause d'une collocation impertinente. Ou c'est aultant, que de diuers instruments musicaulx mal conduicts par les ioueurs ignorantz de l'art, & peu congnoissantz les tons, & mesures de la musique. En somme, c'est peu de la splendeur des mots, si l'ordre, & collocation d'yceulx n'est telle, qu'il appartient. En cela sur touts fut iadis estimè Isocrate Orateur grec: & pareillement Demosthene. Entre les Latins Marc Tulle Ciceron à este grand obseruateur des nombres. Mais ne pense pas, que cela se doibue plus obseruer par les Orateurs, que par les Historiographes. Et qu'ainsi soit, tu ne trouueras Cæsar, & Salluste moins nombreux, que Ciceron. Conclusion quant à ce propos, sans grande obseruation des nombres ung Autheur n'est rien: & auec yceulx il ne peult faillir a auoir bruict en eloquence, si pareillement il est propre en diction, & graue en sentences, & en arguments subtil. Qui sont les poincts d'ung Orateur parfaict, & uray^ment comblé de toute gloire d'eloquence.
LA PVNCTVATION DE LA LANGVE FRANCOYSE.
Si toutes langues generalement ont leurs differences en parler, & escripture, toutesfoys non obstant cela elles n'ont qu'une punctuation [En marge: Toutes langues n'ont qu'une punctuation.] seulement: & ne trouueras, qu'en ycelle les Grecs, Latins, Francoys, Italiens, ou Hespaignolz soient differents. Doncques ie t'instruiray briefuement en cecy. Et pour t'y bien endoctriner il est besoing de deux choses. L'une est, que tu congnoisses les noms, & figures des poincts. L'aultre, que tu entendes les lieux, ou il les fault mettre.
[En marge: Les figures des poincts.]
Quant aux figures, elles sont telles, qu'il s'ensuit.
1 , ou en ceste sorte / . 2 : 3 . 4 ? 5 ! 6 ( )
[En marge: Les noms d'yceulx.]
1 Le premier poinct est appellé en Latin incisum: & en Francoys (principalement en L'imprimerie) on l'appelle ung point à queue, ou uirgule: & se souloit marcquer ainsi / .
2 Le second est appellé en grec Comma: & les Latins ne luy ont baillé aultre nom. Mais il fault entendre, que toutes ces sortes de punctuer n'ont leur appellation, & nom à cause de leur forme, & marcque, ains pour leur effect, & proprieté.
3 Le tiers est dict par les Grecs Colon. En Latin on l'appelle punctum. Et en l'imprimerie on l'appelle ung poinct, ou ung poinct rond. Toutesfoys quant à l'efficace il n'y a pas grand' difference entre colon, & comma. Sinon que l'ung (qui est comma) tient le sens en partie suspens, Et l'aultre (qui est le colon) conclud la sentence. Par ainsi on pourroit dire, que le colon peult comprendre plusieurs comma: & non pas le comma plusieurs colon.
[En marge: Preuention contre les detracteurs.]
Si en cest endroict quelcque maling detracteur ueult dire, que i'entends mal ce, que les Grecs appellent comma, & colon: ie luy responds, que combien que les Grecs ayent appellé comma, ce que i'appelle ung poinct à queue: & que dudict comma ie marcque ung colon: & que ie constitue ung colon pour fin de sentence, certainement ie n'erre en rien. Car les Latins interpretent comma pour incisum: & si les Grecs le prennent pour incision de locution, ie le ueulx prendre pour incision de sentence, c'est asscauoir pour sentence moyenne, & suspendue: & le colon pour sentence finale du periode. Ie dy cecy, pour obuier aux maldisants, & calumniateurs. Desquelz il est au temps present si grand nombre, que si ung homme d'esprit s'arrestoit à eulx, il ne composeroit iamais rien. Mais mon naturel est tel, que ie n'ay aultre passetemps, que de telz folz.
4 Le quart est nommé par les Latins interrogans: & par les Francoys interrogant.
5 Le quint differe peu du quart en figure: toutesfoys il se peult appeller admiratif, & non interrogant.
6 Le sixiesme est appellé parenthese: & est double, comme l'on peult ueoir par ses deux petits demys cercles.
[En marge: La collocation des poincts.]
Or puisque tu congnois leurs noms, & figures, ie te ueulx maintenant monstrer familierement, quelz lieux ilz doibuent auoir en nostre parler, & escripture. Et te prie y uouloir entendre: car une punctuation bien gardée, & obseruée sert d'une exposition en tout oeuure.
[En marge: Qu'est ce que periode.]
Premierement il te fault entendre, que tout argument, & discours de propos, soit oratoire, ou poëtique, est deduict par periodes.
Periode est une diction Grecque, que les Latins appellent clausula, ou compræhensio uerborum: c'est adire une clausule, ou une comprehension de parolles. Ce periode (ou aultrement clausule) est distingué, & diuisé par les poincts dessusdicts. Et communément ne doibt auoir que deux, ou trois membres: car si par sa longueur il excede l'alaine de l'homme, il est uicieux. Si tu en ueulx auoir exemple, ie te uoys forger ung propos, ou il y aura troys periodes: dedans lesquelz touts les poincts, que ie t'ay proposés, seront contenus: & puis ie te declaireray par le menu l'ordre, & la cause d'ung chascun. Or mon propos sera tel.
[En marge: Exemple d'ung periode parfaict.]
L'Empereur congnoissant, que paix ualoit mieulx, que guerre, a faict appoinctement auec le Roy: & pour plus confirmer ceste amytié, allant en Flandre il a passé (chose non esperée) par le Royaulme de France: ou il a esté repceu en grand honneur, & extreme ioye du peuple. Car qui ne se resiouyroit d'ung tel accord? Qui ne loueroit dieu de ueoir guerre assopie, & paix regner entre les Chrestiens? Ô que long temps auons desiré ce bien! ô que bien heureux soient, qui ont traicté cest accord! que mauldicts soient, qui tascheront de le rompre!
[En marge: . L'usage, & collocation de l'incisum, dict en Francoys poinct a queue, ou uirgule.]
Au premier periode (qui se commence l'Empereur congnoissant) ie te ueulx monstrer l'usage du poinct à queue, du comma, de la parenthese, & du poinct final, aultrement dict poinct rond. Le poinct à queue ne sert d'aultre chose, que de distinguer les dictions, & locutions l'une de l'aultre. Et ce ou en adiectifs, substantifs, uerbes, ou aduerbes simples. Ou auec adiectifs ioincts aux substantifs expressément. Ou auec adiectifs gouuernants ung substantif. Ou auec uerbes regissants cas: ce que nous appellons locutions. Exemple de l'adiectif simple. Il est bon, beau, aduenant, ieune, & riche. Ne uois tu pas, que ce poinct distingue ces dictions bon, beau, aduenant, ieune, & riche? Exemple du substantif simple. Il est plein de grand' bonté, beaulté, addresse, ieunesse, & richesse. Exemple du uerbe simple. Il ne faict rien que manger, boire, & dormir. Exemple de l'aduerbe. Il a faict cela prudem^ment, courageusement, & heureusement. Exemple de l'adiectif ioinct au substantif. Il est de grand courage, de prudence singuliere, & execution extreme. Exemple de l'adiectif gouuernant ung substantif. Il a tousiours uescu bien seruant dieu, secourant ses prochains, & n'offensant personne. Exemple du uerbe regissant cas. C'est chose louable de bien seruir Dieu, secourir ses prochains, & n'offenser personne.