La maison d'un artiste, Tome 2
Part 9
JEAURAT.—Les états avant la lettre du TRANSPORT DES FILLES DE JOIE A L'HOPITAL et du CARNAVAL DES RUES DE PARIS, de la PLACE MAUBERT, et une belle épreuve du JOLI DORMIR, et presque tout entière la série des planches de mœurs du peintre parisien, nous donne à voir, dans le FIACRE, la tenue guenilleuse du pauvre diable de cocher du temps, dans les CITRONS DE JAVOTTE, un de ces déjeuners d'huîtres que l'on faisait à l'_Auberge du Bout du Monde_, au coin de la rue de ce nom et de la rue des Petits-Carreaux.
LANCRET.—L'état avant la lettre, et le seul que je connaisse, du GLORIEUX, cette riche mise en scène à la Comédie-Française d'une comédie bourgeoise: un état de la planche gravée par Dupuis, d'un velouté dans les noirs tout à fait extraordinaire. C'est ce qu'on appelle, en langage moderne, une planche _retroussée_, par un tour de main qui est d'un emploi ordinaire dans le tirage des eaux-fortes d'à présent, mais qui était d'un usage très restreint dans le tirage des planches au burin du dix-huitième siècle. La planche, encrée et essuyée avec la paume de la main, est après cela époussetée, fouettée avec un chiffon qui fait sortir l'encre des tailles, et donne à l'impression des ombres, ces étendues de noir où il n'y a pas de petits points blancs.
LA TOUR.—Les états avant la lettre des portraits de PARIS de MONTMARTEL, de RESTOUT, de VICENTINI dit THOMASSIN.
LAWREINCE.—Les états avant la lettre de _Qu'en dit l'Abbé_, du BILLET DOUX et des deux planches de l'INDISCRÉTION et de l'AVEU DIFFICILE, gravées par Janinet, et fraîches comme si elles sortaient de la presse.
Les états avant la dédicace de L'ÉCOLE DE DANSE, du COUCHER DES OUVRIÈRES EN MODES, du LEVER DES OUVRIÈRES EN MODES, DE L'ASSEMBLÉE AU SALON.
Les états d'eau-forte de _Qu'en dit l'Abbé_, du BILLET DOUX, du ROMAN DANGEREUX, de l'ASSEMBLÉE AU SALON, de l'ASSEMBLÉE AU CONCERT.
LECLERC.—L'estampe curieuse de l'ABBÉ EN CONQUESTE, représentant sous l'ombre d'arbres rameux un galant et poupin abbé filant au fuseau aux pieds d'une lectrice distraite.
MOREAU LE JEUNE.—Les états avant la lettre de ses gracieux cadres pour l'annonce des spectacles de la cour à Fontainebleau, et la rarissime planche de LA CINQUANTAINE, et malheureusement une seule suite des deux séries exécutées par l'artiste pour le «Monument du Costume», mais de l'exemplaire de souscription, sur ce solide papier lisse où la fleur de la gravure vient dans le moelleux d'une impression sur peau vélin. Je possède encore de lui le tombeau de Rousseau à Ermenonville, une épreuve, avant que n'ait été effacée sur le cuivre la vieille femme agenouillée, dont l'agenouillement fut jugé impie par la Sorbonne.
PATER.—L'état avant la lettre de la grande composition du peintre qui a pour titre: L'ESSAI DU BAIN, et au bas de laquelle sont écrites à la plume trois pièces de vers par Savary, pour le choix de l'une être fait par l'éditeur.
SAINT-AUBIN (Gabriel).—La rare estampe non terminée de «la Parade des boulevards» et qui porte à l'encre, sur l'exemplaire du cabinet des Estampes, le nom de Duclos comme graveur. Et voici une planche encore plus rare: un éventail fait pour le mariage de Marie-Antoinette et de Louis XVI, représentant les deux nations fêtant l'alliance, le verre en main, pendant que des Amours roulent le plan de la dernière guerre; c'est un état d'eau-forte très légèrement indiqué, et entièrement retravaillé et accentué au crayon par Gabriel de Saint-Aubin qui a écrit dans le demi-rond blanc de l'éventail: «_Je prie M. Duclos de me conserver cette épreuve retouchée avec le plus grand soin._» La planche a été terminée, j'en ai vu une épreuve chez Gosselin, mais c'est la seule épreuve que j'aie vue pendant toute ma carrière d'amateur et de chercheur. Aux passionnés de Gabriel, j'indiquerai également deux autres pièces gravées d'après lui: une vue de la statue équestre de «_Louis le Bien-Aimé_» en empereur et que dessine un homme assis sur une chaise: une estampe format grand in-8°, ayant l'air de faire partie d'un livre et qui est gravée en 1763 par Laroque. Une autre pièce, toute petite et toute couverte de l'écriture de Gabriel de Saint-Aubin, qui en a longuement écrit le titre, est le frontispice d'un almanach de Bourgogne pour l'année 1755, où l'on voit le buste du prince de Condé couronné par des Amours, et au bas duquel se lit: _G. Aubin in. del. Fessard sculp. 1754_.
SAINT-AUBIN (Augustin).—Les états avant la lettre de la PROMENADE DES REMPARTS DE PARIS, des PORTRAITS A LA MODE, de _Au moins soyez discret_; les états avant la réduction des planches du CONCERT et du BAL PARÉ, l'état d'eau-forte de la PROMENADE DES REMPARTS DE PARIS, et d'un certain nombre de portraits de femmes, et encore l'état d'eau-forte de la petite estampe qui, si je me rappelle bien, a pour titre «le Jour de l'an» et qui, sans être signée, est signée partout Augustin de Saint-Aubin; puis les deux rares petites suites de six planches, l'une imprimée en noir, l'autre imprimée en rouge, qui ne sont pas dans l'œuvre d'Augustin du cabinet des Estampes, etc. DE MES GENS ou _commissionnaires ultramontains_ j'ai pu réunir des sept planches, y compris le veilleur du Pont-Neuf, plusieurs états d'avant la lettre, de remarque pour le graveur, d'eau-forte, dont le plus grand nombre sont repris de blanc de gouache et de crayon par le dessinateur graveur.
TOUZÉ.—L'état avant la lettre de l'estampe intitulée: ZÉMIRE ET AZOR.
TROY (de).—Les deux estampes, dans des premiers états, de la TOILETTE POUR LE BAL et du RETOUR DU BAL, gravées par Beauvarlet, ces deux planches d'une si puissante rocaille dans les bronzes, les meubles ventrus, les plis des amples dominos, au milieu d'ombres et de lueurs faites par les grosses bougies de cire jaune.
WATTEAU.—Les états avant la lettre de la SAINTE FAMILLE, de l'ESCORTE D'ÉQUIPAGES, une épreuve entièrement reprise au crayon par Cars, des COMÉDIENS ITALIENS, épreuve venant de la vente de M. Thiers, de la FINETTE, d'HARLEQUIN JALOUX, de la DISEUSE D'AVENTURE, du RENDEZ-VOUS DE CHASSE, de la PERSPECTIVE avec quelques détails non terminés et l'enfermement de la poitrine d'une petite fille dans un corsage indiqué par un trait de plume.
Les états d'eau-forte de l'EMBARQUEMENT POUR CYTHÈRE, de la LEÇON D'AMOUR, des ENTRETIENS AMOUREUX, de l'ASSEMBLÉE GALANTE, de la CONTRE-DANSE, des CHARMES DE LA VIE, des AGRÉMENTS DE L'ÉTÉ, des PLAISIRS PASTORAL (_sic_), de la CONVERSATION, de l'OCCUPATION SELON L'AGE, de l'INDIFFÉRENT, de la RÉCRÉATION ITALIENNE, des FÊTES VÉNITIENNES, de l'ILE ENCHANTÉE, du BOSQUET DE BACCHUS, du TRIOMPHE DE CÉRÈS, des COMÉDIENS FRANÇOIS, de l'AMOUR AU THÉATRE-FRANÇOIS, de l'AMOUR AU THÉATRE-ITALIEN, du DÉPART DES COMÉDIENS ITALIENS, du CAMP-VOLANT, du RETOUR DE CAMPAGNE, des FATIGUES DE LA GUERRE, du MARAIS, de l'ABREUVOIR, de J.-B. REBEL, d'ANTOINE DE LA ROQUE: une vingtaine d'eaux-fortes de ces grands graveurs, appelés Cochin, Lépicié, Cars, Le Bas, Aveline, Scotin, qui, sous leur apparence d'esquisses, de gravures croquées, conservent les délicatesses du dessin presque toujours alourdi par le burinage définitif, reproduisent le charmant _aigu_ des profils, des mains, le zébré des étoffes _zinzolin_, gardent l'ensoleillement de la composition en des travaux de lumière, et dont le _bris_ des petites lignes ondulantes dans le lointain des ciels, fait, pour ainsi dire, clapoter le vague des fonds paradisiaques du Maître.
Dans le dénombrement rapide de mes gravures, je veux faire une pause, une station aux portraits de femmes du dix-huitième siècle gravés, et les étudier non pas seulement sous le rapport de la gravure, mais au point de vue de leur beauté vraie, de leur caractère physiologique, des détails techniques de leur costume et des _fanfioles_ de leur toilette, m'efforçant, avec un rien d'histoire, avec une anecdote tenant dans une ligne, de faire faire au public la connaissance des inconnues, des femmes dont le bruit de la vie s'est éteint avec le siècle. Dans cette série, je joins aux portraits les estampes se rapportant à la biographie intime de la femme, les gravures satiriques, les caricatures, les _memento_ historiques de certaines particularités de la vie, et même, quand cela existe, la planche qui nous ouvre la chambre à coucher de la femme, la planche qui nous donne l'effigie des animaux aimés avec lesquels s'est passée son existence.
Madame ADÉLAÏDE DE FRANCE.—Peinte par Nattier, en 1756, sous l'allégorie de l'Air, gravée par Beauvarlet.—La troisième fille de Louis XV, la faiseuse du ministère Maurepas, la femme personnifiant la politique anti-autrichienne, la dénonciatrice des amusements frivoles de Marie-Antoinette, est représentée dans la beauté impérieuse de ses vingt-quatre ans, traînée sur les nuages par un paon qui fait la roue.
Barbe Cochoy, marquise d'ARGENS.—Petite eau-forte anonyme qui se trouve être à la fois un des plus rares et des plus épouvantables portraits de femme du dix-huitième siècle, avec son nez en pied de marmite et ses rares cheveux ramenés sur le front à la façon d'un toupet d'homme. C'est cette Cochoy, cette actrice attachée au théâtre de Berlin, dont Mainvilliers a raconté les amours, dans les «Mémoires d'un petit-maître philosophe», et qu'épousa le chambellan du roi de Prusse à l'âge de soixante ans.
Marie-Thérèse, princesse de Savoie, comtesse D'ARTOIS, née le 31 janvier 1756, mariée à Versailles le 16 novembre 1773.—Peinte par Drouais, gravée par Cathelin.—Des yeux d'une ingénuité charmante avec un grand nez terminé par un méplat des plus bizarres. Nous retrouvons la comtesse d'Artois dans un autre singulier portrait, où, derrière elle, est un berceau contenant deux de ses enfants, et où, sur ses genoux, son dernier-né tout nu, et dans une forme embryonnaire, foule un carreau de velours. Cette estampe est gravée par Ingouf, «_d'après la boëte donnée par cette princesse à M. Busson, son premier médecin_.»
Anne-Charlotte Gauthier de Loiserolle, femme d'AVED, peintre du Roy.—Peinte par Aved, gravée par Balechou, son ami.—La rude compagne du peintre de portraits: une tétonnière à la tignasse noire, aux sourcils charbonnés, au visage verruqueux, au triple menton; les robustes épaules couvertes d'un manteau qui fronce.
«Magdeleine-Élisabeth Bailleu, femme de Nicolas BAILLET, compagnon serger à Beauvais, affligée depuis huit ans d'une néphrite très douloureuse qui la rendoit percluse de la moitié du corps, guérie à Paris, en l'église de Saint-Germain-des-Prés, pendant les SS. Mystères, à l'invocation de saint Maur, le mardi de la Pentecôte, 12 juin 1764.» Une tête de paysanne émaciée, sous un béguin, avec une croix au cou sur son fichu blanc.
Madame la comtesse du BARRY.—Peinte par Drouais, gravée par Beauvarlet.—C'est le portrait en habit de cheval montrant la maîtresse de Louis XV dans toute la séduction mutine de sa beauté de trente ans, et qu'il faut avoir, comme je l'ai, avant la lettre.
Un portrait plus rare, gravé à Londres, d'après une peinture de Cosway, par Condé, nous représente Mme du Barry à quarante ans, peut-être plus charmante encore avec ses grands yeux en coulisse, les mille boucles de sa chevelure blonde, le charme amoureusement mourant de sa personne d'alors.
«La Chasseuse aux cœurs» (Mlle DE BEAUJOLAIS, d'après l'attribution des catalogues d'estampes).—Peinte par Nattier, gravée par Henriquez.—La princesse, très mal gravée par parenthèse, la princesse, une épaule sortant de sa courte chemise de déesse, essaye du bout d'un de ses doigts le dard d'une flèche tirée d'un carquois d'amour.
Madame DU BOCAGE.—Peinte par Mlle Loir, gravée par Tardieu le fils.—L'auteur du «Paradis terrestre», dont une branche de laurier passe en bandoulière sur la robe, a de beaux grands yeux souriants et une bouche finement découpée.
Les catalogues de vente font de la FLORE A SON LEVER, le portrait anonyme de Nattier, gravé par Maleuvre, une Mme du Bocage, mais je crois l'attribution erronée. Nattier est, par excellence, le portraitiste des femmes de race princière et ne descendait pas aux bourgeoises, aux _littératrices_.
Marie-Gab{elle}-L{ise} de la Fontaine Solare DE LA BOISSIÈRE.—Peinte par La Tour, gravée par Petit.—Sous une coiffure basse, une courte et ramassée figure, au nez charnu, à la grande bouche arquée, aux yeux veloutés et souriants, à la physionomie sensuelle et ironique, et au cou gras coupé par un ruban noir. Accoudée de face sur le rebord de pierre d'une terrasse que balayent les amples dentelles de ses _engageantes_, Louise de la Boissière a les deux mains enfoncées dans un manchon, le blanc de sa poitrine un peu découverte, apparaissant dans le détortillement d'une fourrure jetée sur sa robe de velours.
Marie-Françoise Perdrigeon, épouse d'Étienne-Paul BOUCHER, secrétaire du Roy, décédée le 30 janvier 1734, âgée de 17 ans 3 mois et 16 jours.—Peinte par Raoux, en 1733; gravée par Dupuis, en 1736.—Mme Boucher, habillée de satin blanc, et soulevant un voile qui couvre sa jeune tête, en son costume de prêtresse de Vesta,—une allégorie affectionnée par le dix-huitième siècle pour le portrait de ses jeunes mortes,—dépose un sarment enflammé sur un autel au pied duquel est une magnifique aiguière, enguirlandée de fleurs.
Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, duchesse DE BOURBON, née à Saint-Cloud, le 9 juillet 1750.—Peinte par Le Noir, gravée par Le Beau, en 1774.—De petits traits peu réguliers dans une figure poupine.
Louise-Adélaïde DE BOURBON, fille du prince de Condé. La tendre et pure épistolaire d'amour qui écrivit les lettres à M. de la Gervaisais, et qui devint plus tard la mystique sœur Marie-Joseph de la Miséricorde, n'a pour portrait qu'une petite image de mode, bien plus préoccupée de la représentation du bonnet au _parterre galant_ que porte la princesse, que de la vraie figure de Mademoiselle de Condé.
Stéphanie-Louise de BOURBON.—Dessinée par Fouquet, gravée au physionotrace, par Chrétien.—La fausse fille naturelle du prince du Conti qui a écrit deux volumes sur sa prétendue légitimation. Un profil aigu, un nez pointu, un chignon lâche rattaché au haut de la tête, un maigre cou auquel pend une médaille.
J. A. Poncet de la Rivière, comtesse DE CARCADO.—Gravée par Maradan.—Une femme dont la douceur des yeux, dit la gravure, ne peut être exprimée par l'art, dans une robe de femme du monde qui a quelque chose de claustral, et qui porte sur la poitrine un ordre où il y a une croix.
Marguerite de Valois, comtesse DE CAYLUS, «morte à Paris, le 15 avril 1729, âgée de cinquante-sept ans».—Peinte par Rigaud, gravée par Daullé, en 1743.—L'auteur des «Souvenirs», publiés par Voltaire, est représentée dans l'ouverture d'une baie de fenêtre, avec sa fine, intelligente et pensive figure de vieille femme, sous l'envolement d'un petit bonnet de dentelle, un camail de taffetas noir au gros nœud, bouffant, jeté sur les épaules.
Fra.-Marg. Pouget, femme de M. CHARDIN, peintre du Roy, conseiller et trésorier en son Académie.—Dessinée par Cochin, gravée par Cars, en 1755.—Une bonne et honnête tête sous un bonnet de linge, un collier de ruban au cou, en un propret costume bourgeois.
Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, duchesse DE CHARTRES.—Peinte par Duplessis, gravée par Henriquez.—Dans un costume moderne, où ses pieds nus sont traversés de bandelettes, la duchesse de Chartres est étendue sur une grève, regardant sur la mer la flotte qui emporte son mari au combat d'Ouessant, avec ses yeux profonds et rêveurs.
Nous retrouvons le charme candide des yeux de la duchesse et de son délicat ovale dans une autre estampe gravée par Saint-Aubin et Helman, d'après une peinture de Lepeintre, où l'artiste a montré l'épouse souriant à l'entrée de Philippe-Égalité, un enfant dans des langes de dentelle sur ses genoux, un plus grand appuyé contre elle, et qui sera un jour Louis-Philippe.
Madame la duchesse DE CHATEAUROUX.—Peinte par Nattier, gravée par Pruneau.—C'est la reproduction du buste avec changements et un peu d'alourdissement dans les traits de la grande Maîtresse déclarée, dans l'allégorie de la FORCE.
A ces deux portraits bien incontestables, il faut joindre la figure allégorique de Nattier, gravée par Maleuvre, qui a pour titre: _la Nuit passe, l'Aurore paroît_, et que les catalogues d'estampes donnent généralement pour une Mme de Mailly, tandis que c'est une Châteauroux, à n'en pas douter, d'après les «Mémoires inédits des Membres de l'Académie», qui mentionnent ce portrait de la duchesse sous la désignation du «Point du Jour». En revanche, je ne crois pas que la planche de LA BELLE SOURCE, gravée par Melliny, soit une Châteauroux; elle serait plutôt une Mme de Pompadour d'après le catalogue du Musée de Limoges, où la peinture originale est conservée. Et je n'ai pas même une très grande confiance en ce baptême.
Gabrielle-Émilie de Breteuil, marquise DU CHATELET.—Peinte par Marie-Anne Loir, gravée par Langlois, en 1780.—Une grâce un peu grimaçante sur de grands traits, sans moelleux, sans ce _fondant_ exigé par les amateurs du beau sexe du temps, et dont la charpente osseuse se lit encore mieux dans la gravure de Lempereur, exécutée d'après une peinture de Monnet. Reconnaissons toutefois un élégant et distingué goût de toilette chez la mathématicienne amie de Voltaire, dont voici la jolie coiffure basse terminée par un _repentir_ floconneux derrière une épaule, et l'étroit collier, qu'on dirait fait de petites plumes noires, attaché par un nœud de diamant, et le bout de dentelle ressorti d'entre ses deux seins et pendillant sur le sillon d'une fourrure rêche bordant une ample robe.
Fortunée-Marie d'Este, princesse DE CONTI.—Dessinée par Cochin et gravée par Augustin de Saint-Aubin, en 1781, comme pendant d'une vue intérieure de la nouvelle église de Saint-Chaumont.—Sous un bonnet de femme, une forte figure d'homme, au nez bourbonien. C'est la princesse qui avait conservé l'habitude de traiter de Mademoiselle les femmes mariées de la bourgeoisie, et cela lors même qu'elles étaient enceintes.
«La Jeunesse peinte sous les habillements de la Décrépitude» (Mme COYPEL, d'après une note d'une vieille écriture sur l'épreuve conservée au Cabinet des Estampes).—Peinte par Charles Coypel, gravée par Renée-Élisabeth Marlié Lépicié, 1751.—Assise dans un tonneau d'osier, l'aimable vieille, au visage tout jeune, encapuchonnée et colletée, a le cordon d'une béquille passée autour d'un bras et des besicles dans une main. Est-ce en réalité la femme de Charles Coypel? Il me reste dans le souvenir,—l'ai-je lu? me l'a-t-on dit?—que Lépicié avait une femme ou une fille infirme, et que ce portrait serait le portrait de cette femme ou de cette fille, de la graveuse peut-être?
«Traité de géographie dédié à Mlle CROZAT», et dont le frontispice représente son portrait.—Peinte par Paoli, gravée par Langlois.—La fillette est coiffée et drapée à l'antique dans un médaillon que soutiennent des amours estropiés. N'est-ce pas la riche héritière qui deviendra la duchesse de Choiseul?
Marguerite-Claude DENIS, née de Foissy.—Gravée au bistre, en manière de crayon, par François.—Une longue figure avec un reste de beaux traits dans une physionomie béate, au regard clignotant.
Madame la marquise DU DEFFAND.—Dessinée par Carmontelle _ad vivam_, gravée par Forshel.—Le maigre profil de l'aveugle sort de l'embéguinage de ses coiffes chaudes et ouatées à peu près comme sortirait, par un temps de gelée, un profil d'une guérite, et elle parle en remuant des doigts crochus semblables à ceux d'une Chinoise.
Une estampe qui se rattache à la femme est la petite planche de Cochin ayant pour titre: _Les Chats angola de Mme la marquise du Deffant_. Dans cette image intime, Cochin nous introduit dans la chambre à coucher de la marquise, nous fait voir son ample bergère à coussins mollets, sa charpagne à laines, sa petite étagère-bibliothèque, son encoignure de porcelaines, son lit couvert d'une perse à ramages: une chambre qui a pour maîtres deux chats, deux chats aux énormes colliers de faveurs, les chats adorés que Mme du Deffand faisait graver en or sur le dos de ses reliures.
«Angélique-Marguerite DUCOUDRAY, pensionnée et envoyée par le Roy pour enseigner l'art des accouchements dans tout le royaume.»—Gravée par Robert.—Une corpulente matrone, dont le bonnet forme comme deux évents autour de sa face réjouie, et qui a entre les seins un bouquet qui est tout un arbuste.
Mademoiselle DU T*** (Mlle DUTHÉ).—Peinte par Lemoine, gravée par Janinet, en 1779.—L'impure, aux harnais de marcassite, est représentée dans la charmante impression en couleur, accoudée à sa toilette, un bouquet de roses dans une main, une lettre ouverte dans l'autre, et tout habillée de tulle et de satin bleu de ciel. Le peintre l'a peinte de manière que son joli minois minaudier, qu'on voit de trois quarts, soit reproduit de profil par la glace de la toilette, en sorte que l'on a deux fois le portrait de la courtisane illustre.
Madame Louise-ÉLISABETH DE FRANCE, duchesse de Parme.—Peinte par Nattier en 1750 sous l'allégorie de la Terre, gravée par Balechou.—La première fille de Louis XV, celle qui lui ressemblait davantage, celle qu'il aimait le plus, est représentée avec ses durs yeux noirs, son petit nez carré, sa mâchoire lourde, en déesse de la Terre, un coude sur une sphère, une main perdue dans des fleurs et des fruits.
F. B. G. Joly de Fleury, marquise D'ESTAMPES.—Dessinée par Fouquet, gravée par Chrétien, inventeur du physionotrace, 1790.—Une vieille femme poudrée, aux traits énergiques, le cou et les épaules enveloppés d'un grand fichu blanc. Un des rares portraits, parmi les centaines de portraits de Chrétien, qui porte le nom du personnage en haut du médaillon.
Madame la marquise DE LA FERTÉ-IMBAULT.—Dessinée par Quenedey, avec le physionotrace. C. 85.—L'enjouée _Souveraine de l'Ordre incomparable des Lanturelus, protectrice de tous les lampons, lampones, lamponets_, cette femme qui «parlait comme un livre composé par un homme ivre» et dont Mme Geoffrin était aussi étonnée d'être la mère qu'une poule qui aurait couvé un œuf de cane, a dans son portrait une grande figure _louis-quatorzienne_, surmontée d'une haute coiffure ébouriffée qui rappelle la perruque du grand roi.
Stéphanie-Félicité Ducrest, marquise de Sillery, ci-devant C{sse} DE GENLIS, gouvernante des enfants de S. A. S. Monseig{r} le duc d'Orléans.—Peinte par Miris, gravée par Copia; réduction d'un plus grand portrait gravé en Angleterre.—On la voit, un élégant chapeau de paille garni de gaze en pouf sur ses cheveux poudrés, assise à un petit bureau tout chargé de papiers, et écrivant ses «Annales de Vertu» sur une feuille que recouvre à demi son «Théâtre d'Éducation». Mais où l'on se fait une meilleure idée de la tourmente mauvaise de ses petits traits de travers dans leur court ovale, de la fausseté, je dirai même de la coquinerie de sa physionomie, c'est dans un portrait gravé à Londres, par Meyer, en 1819, où elle semble coiffée des noirs tortils de serpents d'une tête de Méduse, sous un turban révolutionnaire à la façon d'une coiffure de Théroigne, un jour de prise des Tuileries.
Madame GEOFFRIN, «née le 2 juin 1699, morte à Paris le 6 octobre 1777.»—Gravée par Miger.—Un vrai portrait de femme affichant bravement la vieillesse et se donnant à voir avec ses rides, le décharnement de ses traits, le rentrant d'une bouche démeublée, et tout simplement vêtue d'un manteau de lit, mais cela dans l'emmitouflement de ce beau linge, le linge le plus uni et le plus fin, qu'admirait un jour Diderot à un piquet au Grandval, et qui était le luxe de la vieille femme, portant, depuis des années, des robes gris de fer.
Madame DE GRAFIGNY.—Gravée par Levêque.—De grands, de gros et d'assez bêtes traits disent que l'auteur des «Lettres péruviennes» n'a jamais été jolie, et que tous les aimables portraits, à l'huile, au pastel, au crayon, sans attribution, et dont les catalogues de vente font des Grafigny, ne sont point le portrait de la portraitiste de Voltaire en déshabillé.